UN ARTICLE SLOVENE REND HOMMAGE A MON DOCUMENTAIRE SUR BORIS PAHOR

Boris Pahor devant les 200 spectateurs présents à l'avant-première parisienne le 14 juin dernier. Photo Arnaud Bauman. Tous droits réservés.

Boris Pahor devant les 200 spectateurs présents à l’avant-première parisienne le 14 juin dernier.
Photo Arnaud Bauman. Tous droits réservés.

Cliquez ici pour voir l’article original :

http://www.pogledi.si/ljudje/boris-pahor-ambasador-strpnosti-dolgozivosti

Voilà la traduction française de l’article par Andrée Lück-Gaye :

Il en est de Boris Pahor comme de tous les classiques, comme aussi des pizzas : On aime les manger sous leur forme originale, mais on aime aussi les goûter traitées autrement pourvu que leur composition ne laisse pas prévoir que leur goût ne nous plaira pas. Boris Pahor à la mode française ?
Ça sonne comme une promesse, celle d’un regard étranger qui perçoit ce qui nous échappe à nous qui considérons Boris Pahor comme Slovène, même s’il est avant tout Triestin (pas seulement de nationalité mais aussi d’état d’esprit). Dans un long-métrage documentaire, Boris Pahor, portrait d’un homme libre, Fabienne Issartel nous sert un Boris Pahor à la mode française. La réalisatrice et scénariste qui depuis la fin des années 80 filme des documentaires a, de 2008 à 2013, accompagné Boris Pahor « comme une ombre » ainsi que le portraituré décrit leur collaboration.
Le 31 mars 2014, tous deux, le sujet et l’auteur du portrait filmé, ont présenté, en avant-première, le documentaire dans un lieu assez inhabituel pour ce genre de cérémonie : dans le bâtiment qui héberge l’Institut français et l’Institut italien au bord de la Ljubljanica. Ces Instituts avaient pour l’occasion uni leurs force et reçu leurs hôtes dans la grande salle du premier étage, qui était comble. Les autorités compétentes n’ont semble-t-il pas montré d’intérêt pour rediffuser Portrait d’un homme libre, par exemple à la télévision nationale.
Mais alors qu’on pouvait supposer que le documentaire sur Boris Pahor serait à l’évidence une présentation de facture française destinée au marché étranger et à un public idoine qui ne connaît l’écrivain que de loin, cette présomption s’avère fausse après une heure et demie de visionnage. Le portrait apporte ce qu’il promet : une description très détaillée de la vie et de l’œuvre de l’auteur triestin partagé entre deux mondes, slovène et italien, parfois entre deux femmes. Fabienne Issartel lui a rendu sa première visite en 2008, le jour où pour la première fois paraissait dans la Republicca un long article qui attirait l’attention des Italiens autant sur la littérature que sur la ville où il vit (Trieste est loin du centre et encore plus du sud de l’Italie…) et surtout sur le côté sombre du peuple des saints, des poètes et des navigateurs qui s’est libéré de ses chaînes pendant la deuxième guerre mondiale. Les exhortations de Boris Pahor sur les atrocités de la guerre, sur les crimes contre l’humanité, et ce afin qu’ils ne se répètent pas (même s’il est clair que ses efforts sont vains) sont aussi, comme dans ses conférences, le fil rouge du film (à côté de sa littérature, bien entendu). La caméra l’accompagne dans sa visite souvenir sur les lieux du camp de Natzweiler-Struthof et lors de rencontres avec des jeunes en France qui l’écoutent gravement, mais la narratrice revient sans cesse au passé, depuis la Maison de la culture de Trieste et en passant par Zaliv et l’affaire de l’interview de Kocbek (la revue a été pendant un temps la chose la plus recherchée par les douaniers dans les trains entre Trieste et Ljubljana). Elle va jusqu’au Livre de Rada, dans lequel Boris Pahor parle de sa « vie amoureuse et fait scandale », quand à quatre-vingt-dix neuf ans, « il avoue en effet ses relations extra-conjugales. »
Le documentaire ne suit donc aucun programme adapté aux spectateurs français que les dissensions slovènes de l’époque de la deuxième guerre mondiale ne peuvent probablement pas intéresser, mais il embrasse tout sans sous-estimation et avec objectivité. Peut-être même plus que ne l’aurait fait une équipe slovène. Bien sûr, il ne faut pas se cacher que c’est surtout à cause du modèle que Portrait d’un homme libre agréable à regarder. Qui donc n’aurait pas plaisir à voir un homme de quatre-vingt-dix ans passés (au début du film) qui descend seul de l’avion et apparaît dans le hall de l’aéroport, la valise à la main comme s’il entrait dans un bureau de tabac de Prosek et non après avoir traversé la moitié de l’Europe ? Et qui après un siècle n’a pas fondamentalement changé son style de vie ; en fait, il est plus recherché d’année en année (il y a là une certaine logique), et il est intéressant que Fabienne Issartel saisisse cette période de sa vie où Pahor, d’écrivain lu et connu localement, se transforme en une sorte de héraut européen de la tolérance, du multiculturalisme, de la slovénité, du caractère sacré de la vie. La liste est longue de ses nobles objectifs et on pourrait encore l’agrandir, et on pourrait peut-être aussi le qualifier d' »ambassadeur de la longévité ». Sa vie d’homme libre lui apportera-t-elle l’immortalité, se demande la documentariste. On espère une réponse affirmative car dans ce cas, les valeurs qu’il promeut ne pourraient que progresser.
Traduction Andrée Lück-Gaye

Andrée Lück-Gaye qui a traduit de nombreux ouvrages de Boris Pahor, a aussi reçu le prix européen de traduction :

http://www.prixeuropeendelitterature.eu/luck-gaye.html

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