HIER, 26 août, BORIS PAHOR A EU 101 ans ! BON ANNIVERSAIRE BORIS !

HIER, BORIS PAHOR A EU 101 ans, et forcément j’ai pensé bien fort à lui.

Mon cadeau, c’est Le film que je lui ai consacré et qui relate les grandes lignes de sa vie hors norme.

BON ANNIVERSAIRE CHER BORIS PAHOR !

Boris Pahor en 2009 à Trieste

Boris Pahor en 2009 à Trieste

Pour l’occasion, Voilà ci-dessous quelques notes concernant mon film, une nouvelle inédite de Boris Pahor « Place Oberdan », et quelques articles internationaux publiés aujourd’hui.

NOTES GENERALES DE REALISATION de « Boris Pahor, portrait d’un homme libre », 98’

« L’expérience des camps pour Boris Pahor, forcément fondamentale, occupe dans le temps une seule année de sa longue vie, mais un an où il aura su rester vivant. Et c’est déjà énorme.

Sans doute avait-il donc déjà en lui, cette propension rare à une certaine endurance hors-norme.

Le film raconte justement comment cette résistance inhabituelle lui a non seulement permis de survivre dans l’environnement hostile des camps, mais aussi de savoir conquérir sans cesse, avec courage et opiniâtreté, de nouveaux champs de connaissance et de liberté. Car la culture, l’instruction, et la lecture ont été de toute évidence pour lui des chemins d’émancipation. C’est notamment grâce à sa bonne pratique de plusieurs langues vivantes qu’il sortira debout des camps. Les œuvres de Camus, Dostoievski, Baudelaire ou du poète slovène Srecko Kosovel ont eu aussi une influence déterminante sur la conduite de sa vie. « J’écris pour tous les humiliés », déclare-t-il, faisant sienne la déclaration de Camus : « Oui, il y a la beauté et il y a les humiliés. Quelles que soient les difficultés de l’entreprise, je voudrais n’être jamais infidèle ni à l’une ni aux autres. » (l’Été, 1954)

Mes tournages – qui n’étaient à priori au début qu’un simple travail de repérage – ont démarré en 2008 dès notre première rencontre, chez lui, dans les hauteurs de Trieste. Six ans plus tard, je réalisais que j’avais chez moi quelques 120 h de rushs le mettant en scène ici ou là : précieuses archives dont il fallait maintenant faire quelque chose. N’ayant trouvé aucun diffuseur français voulant s’impliquer financièrement dans de ce film, je continuais néanmoins à le retrouver dès qu’une opportunité se présentait, caméra à la main. Il y a un an et demi, je décidais alors en parrallèle qu’il était maintenant temps de procéder moi-même, au montage et à la post-production de ce film avec ce qui avait été tourné. Seule dans un premier temps, puis avec l’aide de Slobodan Obrenic, je donnais peu à peu vie et rythme à ce documentaire dont j’avais imaginé les grandes lignes.

Ce serait donc « un portrait », comme le titre que j’avais choisi l’indiquait clairement. Et un portrait implique à 100 % son portraitiste, c’est à dire moi ! Ce film est donc le fruit de mon interprétation, de la vision que j’ai de mon héros, des émotions ressenties tout au long de ces six années où je l’ai croisé régulièrement pour des rencontres orchestrées, des échanges épistolaires ou bien téléphoniques.

Je décidais d’abord d’éliminer du film tout intervenant extérieur qui parlerait de Boris Pahor à la troisième personne. L’omniprésence de notre personnage vivant, et donc toujours capable à 100 ans, de s’exprimer lui-même, serait la ligne de force du documentaire. J’en étais convaincue !

Quelques questions s’étaient imposés à moi pour diriger les entretiens filmés :

Comment un homme peut-il tisser la trame de son propre destin dans le temps donné de sa vie, avec les éléments incontournables et réels de toute existence : l’histoire d’une enfance, d’un peuple et d’un pays ? Pour Boris, cette réalité nauséabonde avait surgi bien tôt dans son existence de petit garçon… Quelle peut-être l’incidence de l’exercice de la littérature dans la façon d’apréhender le monde ? Autrement dit, quelle part de fiction l’artiste écrivain Boris Pahor a-t-il pu ou su insuffler dans sa propre vie ? À quoi lui sert aujourd’hui cette fiction pour imaginer l’au-delà ? Et jusqu’à quand vit-on ?

En ce sens, j’avais donc l’ambition de réaliser là, autour de Boris Pahor, un film universel. Un film où l’on verrait vivre et parler un personnage archétypal, toujours debout, dans de multiples situations, et auquel on pourrait s’identifier comme dans une fiction. Un film avec un héros. Et Boris Pahor en avait de toute évidence l’étoffe !

J’imaginais le film s’articuler autour d’une succession de plusieurs plans, qui feraient échos à ceux du paysage de Trieste.

Au premier plan, donc il y aurait d’abord le corps de Boris.

Car c’est son corps qui s’impose d’abord à mon regard. Celui d’aujourd’hui. Celui d’hier. « L’image n’a pas de passé », comme dit Bachelard. Je suis fascinée par son corps de vieillard qui est aussi un corps d’enfant. Jeune, il était déjà dans cette ambivalence. On peut le constater sur les photos. Filmer le corps de Boris Pahor est donc une de mes priorités. La façon dont il tient ses mains par exemple est éloquente, car ses mains doublent sa pensée, et parfois, la précèdent. Souvent, elles sont posées devant lui ostensiblement, les doigts longs et reptiliens en attente. Et puis de mystérieux tempos intérieurs les mettent en mouvement, et la parole advient… Boris Pahor essaye d’ailleurs souvent de ne pas saisir le micro qu’on lui tend pour pouvoir continuer à parler avec ses mains…

Boris Pahor et sa chère machine à écrire

Boris Pahor et sa chère machine à écrire

Quand on le regarde en train d’écrire, la détermination avec laquelle il imprime son énergie sur les touches manuelles de sa machine à écrire est également significative. De toute évidence, son corps a la parole ! N’ayant pu parler à sa guise le slovène, sa langue maternelle, interdite dans les rues et les écoles de l’Italie fasciste, son corps a dû développer naturellement cette expressivité presque animale, garante de sa survie, enfant, puis dans les camps. Aujourd’hui encore, je vois que sa présence physique dans un lieu impressionne toujours ses interlocuteurs.

Boris Pahor à Paris le 12 juin 2014

Boris Pahor à Paris le 12 juin 2014

Le rapport si particulier qu’il a avec l’idée de l’amour, et qui se révèle dans une expression littéraire éminemment sensuelle, relève sans doute de ce statut que Boris Pahor a su donner à son propre corps – dont l’intégrité a été souillée dans les camps -, et plus largement au corps humain en tant que tel ! Une forme de respect total érigé chez lui en absolu.

Au deuxième plan, on trouve les paysages de la région où il est né : celle de Trieste et de son arrière-pays. C’est un autre corps vivant dans lequel il est enchâssé, suscitant à la fois attirance et malaise, au gré des évènements plus ou moins tragiques dont il est le théâtre.

Pour aller de la mer Adriatique du golfe de Trieste, jusqu’aux plus hauts sommets des Alpes Juliennes, il faut entre les deux, traverser ce plateau du karst, creusé de grottes souterraines qui plongent leurs abîmes au centre de la terre. La réalité physique, topographique une fois de plus, de ce paysage tridimensionnel, décrit les lignes de forces cosmiques du paysage mental, intérieur, de Boris Pahor, omniprésent dans son œuvre.

Il fallait donc filmer avec soin ces trois lieux emblématiques, ces trois niveaux de conscience que sont la mer Adriatique, le plateau du Karst et les montagnes.

« Quand j’étais à la montagne », dit notre héros, « j’avais envie de retourner à la mer. Et dès que j’étais à la mer, j’avais envie de rechausser au plus vite mes chaussures de montagne ». Boris Pahor a beaucoup pratiqué la randonnée en haute montagne et notamment autour du mont Triglav, emblème de la Slovénie. Le dessin des trois dents acérées de son sommet orne d’ailleurs le drapeau slovène.

Au troisième plan du film, on trouve le corps des livres de Boris, et de tous leurs mots enchassés dans les pages. Des mots et des phrases qu’il a fallut extirper du papier pour leur donner dans le film une vie autonome et charnelle à travers le timbre chaud et velouté de la voix du comédien Marcel Bozonnet.

quelques uns des ouvrages de Boris Pahor

quelques uns des ouvrages de Boris Pahor

Ma propre voix enfin serait présente en off tout au long du film. Il s’agira de dire que je suis là, que c’est bien moi qui scrute le paysage intérieur de Boris, que ce film est aussi l’histoire de ma rencontre avec lui.

Je savais depuis le début que je devais l’emmener dans la montagne. Finalement, ce ne fut pas le Triglav mais le mont Nanos, non loin de Trieste, où nous décidâmes de nous rendre pour son 99 ème anniversaire. C’est là où il avait embrassé sa femme la première fois, et où son beau-frère, grand résistant, s’était illustré dans de farouches combats contre les fascistes… Ce lieu avait du sens.

Ce jour de fin août, nous nous sommes donc mis en route vers le sommet de ce mont recouvert d’une brume épaisse. Ce sacré sale temps n’avait encouragé à part nous, aucun autre promeneur. Ainsi, bizarrement, nous étions seuls dans ces contrées. La magie de ce moment de tournage fut alors à la hauteur des efforts incessants que j’avais produits depuis le début pour vaincre les réticences de mon héros. Un bonheur intense l’assaillit dès que nous nous trouvâmes sur cette lande déserte au-dessus du monde, et je pleurais de joie, moi aussi, en courant après lui avec ma caméra, toute interloquée d’être si bien parvenue à mes fins.

La fin ?

Et oui, il faut bien qu’un film s’arrête quelque part, et comme ça, en pleine ascension, c’était assez idéal… Je ne sentais plus mes jambes, et Boris non plus. Il y eut un moment de grâce infini, où nous étions comme en suspension.

Au loin, sur la toute dernière ligne d’horizon en contrebas, de petits bateaux à voiles blanches gonflées par le vent, continuaient à tracer leurs sillons sur la mer bleue de la baie de Trieste.

Boris Pahor et Fabienne Issartel sur le mont Nanos en août 2012

Boris Pahor et Fabienne Issartel sur le mont Nanos en août 2012

Aujourd’hui 26 août 2014, Boris Pahor a 101 ans. Le film presque achevé a été projeté en avant-première plusieurs fois en présence de mon héros. Le spectacle visible de sa sincère satisfaction après les visionnages est ma plus belle récompense.

La ville de Bagnolet où je réside, souhaite faire venir prochainement le grand écrivain européen pour une conférence (le 8 octobre à la Médiathèque) et une projection (au cinéma le CIN’HOCHE le 9 octobre).

J’espère que vous viendrez nombreux partager ce moment avec nous !

Bon anniversaire Boris ! »

Fabienne Issartel

Réalisatrice du documentaire :

« Boris Pahor, portrait d’un homme libre »

Le 26 août 2014

La place Oberdan de Trieste en mars 2014

La place Oberdan de Trieste en mars 2014

Une nouvelle inédite de Boris Pahor : « Place Oberdan »

Cliquez :

http://remue.net/spip.php?article2844

Le 26 août, Boris Pahor était invité d’honneur avec son ami l’écrivain Alojz Rebula à Ljubljana où avait lieu un symposium sur la littérature slovène de Trieste. C’est avec Alojz Rebula, que Boris Pahor a réalisé pendant de très nombreuses années une revue engagée ZALIV.

Boris Pahor et Alojz Rebula en 1950

Boris Pahor et Aloz Rebulla

Des articles italiens, allemands, suisse ou slovènes parus le jour de son anniversaire :

http://www.deutschlandradiokultur.de/boris-pahor-ich-waere-gern-noch-einmal-jung-aber-heute-und.1270.de.html?dram:article_id=295576

http://www.siol.net/kultura/knjige/2014/08/boris_pahor.aspx

http://www.rtvslo.si/kultura/

http://www.rtvslo.si/moja-generacija/pahor-in-rebula-svetovnonazorsko-vsak-na-svojem-bregu-a-vseeno-prijatelja/344885
http://www.srf.ch/kultur/literatur/boris-pahor-ein-leben-fuer-den-widerstand
http://ilpiccolo.gelocal.it/tempo-libero/2014/08/20/news/per-i-101-anni-di-boris-pahor-grande-convegno-a-lubiana-1.9790831

« … dans son œuvre, il avait honoré l’amour et montré par là les chemins du salut. Il avait accompli le sens de sa vie, cependant qu’en continuant son œuvre il luttait contre l’idée de sa fin. Il pensait souvent bien sûr, qu’une date déciderait de la fin de cette beauté qui irradiait maintenant en lui, et le regrettait, mais il ne s’arrêtait jamais longtemps à ces réflexions, puisque le flux de la vie continuait à battre si fort en lui. Mais quand il le faudra, il se fondra dans l’univers, il s’évaporera comme en été les gouttes d’eau sur un chaud rocher de la berge blanche. A cet instant, il pensa à Lucie et souhaita lui donner une part de cette lumière qui l’inondait. »
Extrait du Jardin des Plantes, p 257

la jetée de Trieste

la jetée de Trieste

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :