Un recueil de nouvelles inédites de BORIS PAHOR vient de paraître. Grand succès cet automne 2017, à Trieste et à Ljubljana autour des premières projections du film « Boris Pahor, portrait d’un homme libre » devant un public slovène.

Depuis le 18 janvier 2018 vous pouvez trouver dans vos librairies « PLACE OBERDAN À TRIESTE », un recueil de nouvelles inédites de Boris Pahor, l’écrivain slovène de Trieste, 104 ans.
Les nouvelles ont été traduites du slovène par Andrée Luck-Gaye (qui a reçu le prix européen de traduction).
C’est sur la place Oberdan, au sous-sol d’un bâtiment, siège de la Gestapo à Trieste, que Boris Pahor a été enfermé, interrogé et torturé en 1943, avant d’être finalement emmené dans les camps allemands. C’est aussi sur cette place en 1920, enfant, qu’il avait vu les « chemises noires » de Mussolini incendier la Maison de la culture slovène (Narodni dom). Aujourd’hui on trouve sur cette place, emblématique des luttes et de la résistance slovène, la grande librairie slovène de Trieste…

Commandez « PLACE OBERDAN À TRIESTE » dans votre librairie de quartier !

Le recueil de nouvelles « PLACE OBERDAN À TRIESTE », DE BORIS PAHOR
(Editions Pierre-Guillaume de Roux, 208 pages, 23 euros)

  • Dans le magazine mensuel CAUSEUR N°57 de mai 2018, actuellement en kiosque, page 82, l’article « Boris Pahor, une vie parmi les ombres » de Daoud Boughezala qui a rencontré Boris Pahor à Trieste au mois de février.
  • Dans l’excellente revue littéraire « En attendant Nadeau », l’article de Linda Lê, « Les errants de Boris Pahor »

En-attendant-Nadeau-n°51 Boris Pahor

Boris Pahor, chantre de la mémoire slovène, évoque à travers ces nouvelles des actes de résistance tantôt frappants tantôt subtils, les souffrances passées inaperçues et les gestes d’amour de quelques héros anonymes.

« Guglielmo, blond, élancé, de nature réservée, enleva le k final de son nom de famille et se mit à fréquenter les irrédentistes. Il ne s’adonna probablement pas à leurs rixes urbaines, il s’inscrivit à l’École polytechnique de Vienne et fut bientôt appelé au service militaire. Ne voulant pas servir sous les ordres de la capitale autrichienne haïe, il jeta son uniforme aux orties et franchit la frontière. Psychiquement instable, il était obsédé par une seule idée, comment réveiller le cœur de Trieste et allumer chez ce peuple commerçant la flamme de la révolte ? Il voulait se sacrifier, donner l’exemple, scandaliser si nécessaire ; et au moment de son arrestation à Ronchi, il répéta avec ostentation que sa bombe était bien destinée à l’empereur François Joseph qui devait venir à Trieste en 1 882. Il l’affirma encore résolument devant le tribunal afin d’être condamné comme, en quelque sorte, un coupable qui aurait déjà lancé la bombe.

Oui, voilà des choses bien connues, me disais-je tout en constatant que ma façon de voir ce jeune homme avait changé. Il est vrai qu’il avait abandonné sa consonne finale, me disais-je, mais il n’avait pas pu rejeter, avec elle, ce qui était archétypique dans la lignée de Jozefa Marija, cette tendance à l’idéalisme et à la recherche de l’universalité. Le jeune homme avait transmis l’aspiration de la petite communauté maternelle à dépasser son cadre étroit à un groupe de fanatiques qui rêvaient de liberté et luttaient contre le puissant empire. C’est ainsi que dans la crypte qui lui est dédiée, là où la corde a serré sa nuque, il y a la statue d’un homme nu qui est un martyr pour la communauté italienne et, pour la communauté slovène, un cas typique de ses nombreuses pertes, tragiques et pitoyables à la fois.

J’ai évidemment pensé à Franc Kavs, un jeune homme de Tolmin, à sa ceinture bourrée d’explosifs, qui aurait dû libérer la population de la dictature fasciste lors de la visite de Mussolini ; mais Kavs avait un idéal de liberté bien différent. Il ne fut pas pris avant l’attentat, il y renonça de lui-même car l’explosion aurait ôté la vie à des écoliers venus saluer le grand chef. Malgré cet acte profondément éthique, Kavs fut condamné à mort puis gracié ; mais le juge italien, comme avant lui son collègue autrichien, le condamna ensuite sur sa seule intention. »

Et aussi l’article de Thierry Clermont dans le figaro du 1er février :

Dans Le Figaro,Thierry Clermont a lu le dernier ouvrage de Boris Pahor, 1er février 2018

La bande annonce française du documentaire « Boris Pahor, portrait d’un homme libre », documentaire de Fabienne Issartel, 98′:

 

L’affiche du film en version sous-titrée slovène :

Affiche slovène du film « Boris Pahor, portrait d’un homme libre » de Fabienne Issartel, présenté pour la première fois au public slovène en septembre 2017

Aidée par des amis slovènes, j’ai oeuvré pour que « Boris Pahor, portrait d’un homme libre » soit enfin entièrement sous-titré en langue slovène. Un gros travail. C’était mon cadeau d’anniversaire pour les 104 ans de Boris. Il était fondamental pour lui que les slovènes puissent enfin assister aux projections de son film – car il dit toujours « mon film »-. Alors, voilà c’est fait. J’ai ramené le film à la maison. Je suis contente. Ce fut une fois de plus une véritable épopée accompagnée par la présence énergétique de mon héros. Ce film décidément m’aura nourrie d’une belle façon pendant toutes ces années (2008), et auprès de Boris, j’ai connu une forme de grâce, d’émotion intense et pure, jusqu’alors inédite.

Ci-dessous quelques articles parus en septembre dernier après les projections du film en slovène à Trieste et à Ljubljana.

Boris pahor et Fabienne Issartel le 1er septembre 2017, Opicine, Trieste, projection en slovène organisée par les rencontres DRAGA

Article paru dans Mladika après la projection organisée lors des 52 ème rencontres DRAGA à Opicine, sur les hauteurs de Trieste :

Article dans Mladika après la projection de Trieste

Dans l’encadré en couleur beige présent dans l’article, mes réponses traduites ici en français à trois questions :

Quand avez-vous eu envie de parler de Boris Pahor la première fois ?
C’est un slovène prénommé Igor Korsic qui m’a parlé pour la première fois de Boris Pahor lors d’un festival de cinéma à Pécs dans le sud de la Hongrie. Il avait su trouver les mots pour exciter ma curiosité puisque à mon retour à Paris j’ai acheté et lu tous les livres traduits en français de Boris Pahor. Ce fut une révélation, et grâce à lui, s’est ouvert en moi un nouvel espace de conscience. Car il avait réussi dans son oeuvre à relier le particulier à l’universel, les paysages de sa Vénétie Julienne à la grande histoire, l’âme au corps ! C’est là je crois la grande force de son écriture que d’avoir pu redonner aux causes de l’humanité leur dimension sensuelle. C’est ce qu’on appelle la littérature tout simplement. Mais c’est rare. La nécessité d’une rencontre avec Boris, je veux dire physiquement, en face à face, s’est donc tout naturellement imposée dans mon esprit et je suis partie pour Trieste.

Que s’est-il passé lors de votre première rencontre et qui vous a donné envie de faire un film ?

Quand je suis arrivée à Trieste en février 2008, tout m’a semblé étonnamment familier, et dès mes premières rencontre avec Boris, je fus séduite par son accueil chaleureux, sa vivacité d’esprit et aussi son humour. J’ai eu l’impression de retrouver un vieil ami et j’ai commencé tout de suite à filmer. Ma venue avait étrangement coïncidée avec la publication de deux grands articles en pleine page dans « La Repubblica », et le « Piccolo », qui relatait enfin au grand public l’histoire de Boris Pahor. Avec la réédition, quelques jours auparavant de « Necropoli », préfacé par le célèbre écrivain Claudio Magris, l’Italie découvrait donc, et en même temps que moi, l’existence de son héros de 95 ans. En quelques semaines, tout le pays s’est ému de son destin. Boris Pahor en était tout joyeux et je partageai avec lui ce bon moment. Nous nous retrouvions
alors chez lui et dans les rues de Trieste pour manger des gnocchis chez Fabris place Oberdan ou boire des caffè ristretto au San Marco. C’était un contexte idéal pour commencer ce film qui allait témoigner de ce soudain engouement médiatique autour du personnage « hors normes » de Boris Pahor.

Quel est le message de ce documentaire ?

L’expérience des camps pour Boris Pahor, fondamentale, occupe une seule année de sa très longue vie : mais un an où il aura su rester vivant ! Sans doute avait-il en lui dès l’enfance cette propension rare, hors-norme, à l’espérance, c’est à dire, une certaine foi dans l’humanité. Ce film raconte donc comment cette résistance intérieure lui a permis de survivre dans l’environnement hostile des camps, mais aussi de pouvoir conquérir sans cesse, avec courage et opiniâtreté, de nouveaux champs de connaissance et de liberté. La culture, l’instruction et la littérature ont été ses chemins d’émancipation. On sait que c’est grâce à sa bonne pratique de plusieurs langues étrangères qu’il devra sa survie dans les camps. C’est avec la culture et sa machine à écrire qu’il participera auprès des siens, les Slovènes, à la résistance contre le fascisme, le nazisme, puis plus tard, le communisme. « J’écris pour tous les humiliés », déclare Boris Pahor, faisant sienne la déclaration en 1954 de Camus qui écrivait dans son livre « l’Eté » : « Oui, il y a la beauté et il y a les humiliés. Quelles que soient les difficultés de l’entreprise, je voudrais n’être jamais infidèle ni à l’une ni aux autres. »

projection au Cankarjev Dom à Ljubljana, septembre 2017, Fabienne Issartel, Boris Pahor et le Ministre de la Culture slovène

l’article dans DELO du 19.9.17 après la projection de Ljubljana au Cankarjev Dom devant 600 spectateurs
Ou le lien internet, si le PDF est difficile à déchiffrer :
http://www.delo.si/kultura/film/osem-let-na-poti-z-borisom-pahorjem.html

Quelques phrases de cet article, traduites du slovène par Andrée Luck-Gaye :

« Boris Pahor : portrait d’un homme libre est une merveille de documentaire à petit budget réalisé par Fabienne Issartel. La réalisatrice française qui appelle le Triestin de maintenant cent quatre ans « mon héros » montre avec enthousiasme et entrain un Pahor déterminé, contemplatif, rêveur, pensif et réfléchi. »

« Ce film de Fabienne Issartel – qui a, pendant huit longues années, accompagné comme une ombre, caméra en main , Boris Pahor dans ses voyages en Europe, dans les festivals littéraires, les écoles, et même dans l’ascension du Nanos – est « long et court, comme la vie ». Jusqu’à présent on ne l’a malheureusement vu que rarement. »

« Dans un français fluide, l’écrivain a remercié la réalisatrice « pour avoir choisi le représentant d’un petit peuple pour parler de ce qui concerne le monde entier car », a-t-il ajouté, « il ne s’agit pas d’un film sur Boris Pahor mais d’un film sur le XXe siècle » ».

« Fabienne Issartel a réussi à faire un film sophistiqué qui mérite plus qu’une place dans le documentaire du mois à la télévision nationale, mais plutôt celle de la section des documentaires de la décennie. »

https://www.cd-cc.si/sl/kultura/kino/boris-pahor-portret-svobodnega-cloveka-boris-pahor-portrait-d-un-homme-libre

Quelques photos parues dans un journal de Ljubljana après la projection du Cankarjev Dom

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Une réflexion sur “Un recueil de nouvelles inédites de BORIS PAHOR vient de paraître. Grand succès cet automne 2017, à Trieste et à Ljubljana autour des premières projections du film « Boris Pahor, portrait d’un homme libre » devant un public slovène.

  1. Michele dit :

    Quelle émotion que d’apprendre la parution de ce nouvel ouvrage de Boris. Je lui souhaite tous mes vœux ainsi qu’à toi. Et réserve un exemplaire de ce recueil si intense sans tarder.

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