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Le vénérable Boris fêté chez le grand Charles, le mardi 16 octobre à Lille

NAÎTRE ET RENAÎTRE à LILLE

En avril 1945, Boris Pahor arrive à Lille avec deux de ses compagnons de déportation. Les trois amis sont venus par étapes de Bergen-Belsen et portent encore leurs costumes rayés quand ils passent le seuil de la gare. Boris Pahor raconte ses tous premiers pas d’homme libre dans les rues de Lille dans la nouvelle « le berceau du monde ».

En 2004, la Villa Marguerite Yourcenar l’accueille à Lille pour une résidence d’écrivain.

Le 16 octobre 2018, Boris Pahor, 105 ans, sera à l’honneur à Lille où un bel hommage lui sera rendu à la Maison natale Charles de Gaulle.

 

L’ouvrage « Et si c’était à refaire – chemins de Boris Pahor », dirigé par Guy Fontaine, Les Lettres Européennes

 

Rencontre organisée par la Villa départementale Marguerite Yourcenar autour de Boris Pahor à la Maison natale Charles de Gaulle à Lille de 17 h à 20 h.

Cliquer sur ce lien pour voir le carton

Boris Pahor à Lille le 16 octobre

Le programme :

– Mon documentaire « Boris Pahor – Portrait d’un homme libre », 98’, sera projeté avec une présentation de Boris Pahor par Guy Fontaine, conseiller littéraire de la Villa Marguerite Yourcenar

– Lecture de la nouvelle de Boris Pahor « Le berceau du monde » par le comédien Serge Flamenbaum.

– Table ronde autour de “litérature et déportation” avec Guy Fontaine, Thierry Capillier, directeur du Musée de la Coupole d’Helfaut, Laurent Seillier, responsable pédagogique du Musée de la Coupole, et Fabienne Issartel, réalisatrice du documentaire.

– Enfin l’ouvrage “Et si c’était à refaire – chemins de Boris Pahor”, de 130 pages, dirigé par Guy Fontaine (Les lettres européennes) a été spécialement édité pour l’occasion. On y découvrira de nombreux textes “hommage”, trois nouvelles de Boris Pahor et un entretien inédit entre Boris Pahor et Stéphane Hessel.

 

La machine à écrire de Boris Pahor dans la cuisine, septembre 2018

 

Voilà ci-dessous quelques extraits d’une lettre envoyée à Boris Pahor pour son 105ème anniversaire, en août 2018

Lettre à Boris,

« Je vous imagine Boris dans la cuisine de votre maison sur les hauteurs de Trieste à deux pas de Kontovel et de Prosek, assis sur le banc de bois clair verni, dos à la baie. Vous lisez, affairé comme un ministre votre abondant courrier et les journaux du jour. Vous réclamez du café à la dame qui est à vos côtés. Ce qui vous pousse à avancer plus loin, ce qui vous a toujours porté est cette haute idée de l’homme, d’une justice, ou plutôt peut-être d’une justesse. Car que serait la justice sans la justesse, n’est-ce pas ? Et la justesse, cette forme de sagesse, ne peut advenir sans la mémoire. La vôtre par miracle est restée intacte. Mais quel miracle ? Les nerfs du corps et de l’esprit marchent de paire chez vous. « Le nerf de la guerre » c’est d’abord beaucoup de travail et d’abnégation, mais aussi « la direction », le sens donc que l’on donne à toutes choses.
Quand bien même l’état du monde vous donne tort, vous avez cette certitude qu’il y a en chaque homme cette pépite d’éternité lumineuse qui ne demande qu’à être révélée, déclenchée, activée, que chacun dans son coin peut échafauder avec sa conscience notre Babel à tous. Alors vous ne ménagez pas votre peine. Votre vie suit les lignes d’un dessein imaginé par vous dès l’enfance au contact de vos parents, de vos grands-parents, de vos sœurs, de votre peuple slovène : ce « petit peuple » qui a atteint aujourd’hui à travers votre littérature sa dimension universelle. Vous avez réussi. Oui. Votre littérature a la limpidité de la justesse.
Aucun adjectif, aucun développement de phrases en longs intermèdes, aucun dialogue, ne surgit dans le texte par hasard. Il n’y a pas de fioritures pour faire joli. Et pourtant on est emmené et c’est joli. On partage la lumière et la sensualité de la nature du golfe de Trieste, la beauté rudes des âmes qui se promènent sur le karst. Plus encore, on est comme englobé dans le paysage.
Vous avez compris comment la fiction, la littérature, pouvait révéler avec encore plus d’acuité la réalité. Votre existence toute entière est littéraire. Il faudrait que vos œuvres soient réunies un jour dans un seul bouquin qui témoignerait de l’unité de ce souffle poétique et politique qui a régi de façon obsessionnelle votre travail.
Votre résistance fait honneur à l’idée même de la vie : cette mystérieuse flamme qui est chair et sang. »
Fabienne Issartel, août 2018

 

Sur la route de Kontovel, au-dessus de Trieste, septembre 2018

 

Page 181, « Pèlerin parmi les ombres », de Boris Pahor (ed la petite vermillon)

« Je repris les escaliers et montai lentement jusqu’à la terrasse du haut. Les terrasses étroites ressemblaient à celles qui s’étagent sur les flancs des collines triestines depuis la mer jusqu’au bord du plateau du karst. Mais là-bas, elles s’arquent dans la côte, cachées parmi les acacias et les ronces épaisses. Grâce à elles, nos jambes nous portent dans un vignoble tantôt à droite, tantôt à gauche là où de vieux ceps bravent le soleil et le contraignent lentement à enrichir le raisin noir du suc de la terre cuivreuse. »

 

En montant vers Kontovel, au dessus de Trieste, septembre 2018

En montant vers Kontovel, au dessus de Trieste, septembre 2018

 

Pages 188 – 189, « Pèlerin parmi les ombres », de Boris Pahor (ed la petite vermillon)

« … c’est à même le sol que l’homme se repose le mieux. Même dans l’univers concentrationnaire. Et quand je m’y étendis pour la troisième fois, il me sembla que le repos allait être définitif. Mais je me tirais à nouveau d’affaire comme un chien coriace. Ensuite le tissage et le découpage tranquille et idiot firent le reste. Et le panari à côté de mon auriculaire gauche. C’est alors que je vis mon sang. Il était rose comme de l’eau dans laquelle on aurait versé quelques gouttes de sirop de framboise… »

 

Dans la cuisine de Boris Pahor un admirateur allemand arrive par hasard avec un livre de Boris pour réclamer une dédicace. Je filme la scène assez surréaliste. Septembre 2018, Trieste.

Dans la cuisine de Boris Pahor un admirateur allemand arrive par hasard avec un livre de Boris pour réclamer une dédicace. Je filme la scène assez surréaliste. Septembre 2018, Trieste.

 

La note de réalisation du documentaire que j’ai consacré à Boris Pahor

UN PORTRAIT EN FORME DE PAYSAGE

 

L’expérience des camps pour Boris Pahor fondamentale, occupe dans le temps une année de sa longue vie, mais un an où il aura su rester vivant. Sans doute avait-il en lui cette propension rare, hors-norme, à l’espérance. Le film raconte comment cette résistance intérieure lui a non seulement permis de survivre dans l’univers hostile de la détention, mais l’a accompagné sans relâche toute sa vie pour conquérir avec courage et opiniâtreté de nouveaux champs de connaissances et de libertés. Car la culture, l’instruction et la littérature ont été ses chemins d’émancipation.
« J’écris pour tous les humiliés », déclare-t-il, faisant sienne la déclaration en 1954 de Camus dans « l’Eté » : « Oui, il y a la beauté et il y a les humiliés. Quelles que soient les difficultés de l’entreprise, je voudrais n’être jamais infidèle ni à l’une ni aux autres. »

Les tournages avec Boris Pahor ont démarré en février 2008 chez lui, lors de notre première rencontre sur les hauteurs de Trieste. Dès qu’une opportunité se présentait, je le retrouvais avec ma caméra. Six ans plus tard, j’avais ainsi quelques 120 h de rushs tournés dans plusieurs pays. Je procédais d’abord seule alors au montage, puis avec l’aide de Slobodan Obrenic et de Thomas Bertay de Sycomore Films. Peu à peu le portrait se dessinait sous mes yeux, trouvait naturellement les rythmes dont j’avais imaginé les grandes lignes.
J’avais décidé d’abord d’éliminer du film tout intervenant extérieur qui parlerait à la place de Boris Pahor. L’omniprésence de notre personnage serait la ligne de force du documentaire. Un film avec un vrai héros universel. Boris Pahor en avait de toute évidence l’étoffe. Il faudrait comprendre comment un homme peut tisser la trame de son propre destin avec les éléments donnés de toute existence : l’histoire d’une enfance, d’un peuple et d’un pays. Je me demandais quelle avait été l’incidence de la littérature dans sa façon d’appréhender le monde, autrement dit quelle part de fiction l’écrivain Boris Pahor avait-t-il pu ou su insuffler dans sa propre vie ?

J’imaginais alors que le film s’articulerait autour d’une succession de différents niveaux de plans qui feraient échos à ceux « des paysages » de Boris Pahor.

Au premier plan, se présente le corps de Boris. Car c’est son corps qui s’impose d’abord à mon regard. Celui d’aujourd’hui et celui d’hier. Je suis fascinée par son corps de vieillard qui est aussi un corps d’enfant. Chez lui jeune homme, cette ambivalence existait déjà. On peut le constater sur les photos. Filmer le corps de Boris Pahor serait donc une de mes priorités. La façon dont il tient ses mains par exemple est éloquente. Car ses mains doublent sa pensée et parfois la précèdent. Elles sont posées devant lui ostensiblement, les doigts longs et reptiliens en attente. Et puis de mystérieux tempos les mettent en vibration et la parole advient. Quand on le regarde en train d’écrire, la détermination avec laquelle il imprime comme un sportif son énergie sur les touches de sa machine à écrire manuelle est également significative. De toute évidence, son corps a la parole ! Cette parole qui lui a été arrachée enfant, quand le slovène sa langue maternelle lui fut confisqué dans les rues et les écoles de l’Italie devenant fasciste. Son corps a dû développer alors cette expressivité. Aujourd’hui encore, je vois que sa présence physique impressionne toujours ses interlocuteurs. Son rapport à l’amour qui se révèle dans une expression littéraire éminemment sensuelle, relève aussi sans doute de ce statut que Boris Pahor a su donner à son propre corps.

Au deuxième plan se dessinent les contours des paysages de Trieste et de son arrière-pays. C’est un autre corps vivant dans lequel Boris est enchâssé, une nature sauvage suscitant attirance et malaise au gré des évènements plus ou moins tragiques dont elle a été le théâtre. Pour aller de la mer Adriatique, de ce golfe de Trieste jusqu’aux plus hauts sommets des Alpes Juliennes, il faut, entre les deux, traverser le plateau du karst, creusé de grottes souterraines, ces gouffres noirs au centre de la terre, refuges ou charniers. La réalité physique, topographique, de ce paysage tridimensionnel, dévoile les contours du paysage mental, intérieur, cosmique de Boris Pahor. Il fallait filmer avec soin ces trois niveaux de conscience du paysage. « Quand je suis à la montagne », dit notre héros, « j’ai envie de retourner au bord de la mer. Et dès que je suis devant la mer, j’ai envie de rechausser mes chaussures de montagne ». Boris Pahor a pratiqué la randonnée en haute montagne toute sa vie, notamment autour du mont Triglav dont les trois dents acérées ornent le drapeau slovène…

Au troisième plan du film se présente le corps des livres de Boris Pahor, avec leurs mots et leurs phrases qui prennent ici dans le film « vie autonome », portée par le timbre chaud et velouté de la voix du grand comédien Marcel Bozonnet.

Ma propre voix off circonscrit aussi le film. Il s’agit de dire que je suis là, que c’est bien moi la réalisatrice qui scrute les paysages de Boris et que ce documentaire est aussi l’histoire de notre rencontre.

A la fin du film… Pour les 99 ans de Boris, nous avions décidé de rejoindre le mont Nanos non loin de Trieste : le Nanos où il avait échangé les premiers baisers avec sa femme Radoslava et où son beau-frère, le grand résistant Janko Preml, avait mené de farouches combats contre les fascistes… Ce lieu avait du sens. Nous nous sommes donc mis en route vers ce sommet étrangement recouvert en ce jour d’août d’une brume épaisse. Comme la météo n’encourageait guère à la promenade, nous étions donc les seules âmes de ces contrées. La grâce de ce moment fut à la hauteur des efforts incessants que j’avais déployés pour vaincre les premières réticences de mon héros. Un bonheur intense, magique, nous envahit dès que nous nous trouvâmes sur cette lande déserte au-dessus du monde. Je pleurais de joie en courant après Boris, et au-dessus des précipices avec ma caméra, nous rêvions aux voiles blanches des petits bateaux là-bas au-delà de l’horizon, traçant des sillons d’écume sur la mer si bleue, si pure, de la baie de Trieste.
Fabienne Issartel

La mer si bleue vue du château de Dino près de Trieste. Boris Pahor aimait se baigner dans la petite crique en bas du château !

La mer si bleue, si pure vue du château de Duino près de Trieste, septembre 2018. Boris Pahor aimait se baigner dans la petite crique en bas du château !

 

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« PLACID et MUZO : à rire ou à pleurer ? », un film de Fabienne Issartel et Eric Roussel, 1987

Pour passer un bon petit moment aux portes de l’automne, voilà un  film réalisé autrefois dans les années 80 avec les artistes Placid et Muzo.

« Placid et Muzo », noms d’emprunt de deux dessinateurs aux célèbres stars de Pif gadget

Placid et Muzo y Cervantes

 

Le film « Placid et Muzo : à rire ou à pleurer ? » a été tourné à la galerie Guy Mondineux en novembre 1987 pendant une exposition en duo des artistes Muzo et Placid, organisée par Daniel Mallerin. Un extrait de ce film avait été montré à l’époque pendant une « nuit sur l’art » sur Canal +.
Les images surex sont un choix artistique voulu et assumé par Eric Roussel. Le point de vue choisi ici est celui des acheteurs des toiles des deux artistes.
Grand souvenir épique que ce tournage auxquels avaient participé toute une bande de joyeux amis !

PLACID ET MUZO à RIRE ou à PLEURER, 

Conception, réalisation et montage : Fabienne Issartel et Eric Roussel.

Cliquez sur la petite flèche !

 

Découvrez le Placid d’aujourd’hui :

A travers un texte de Daniel Mallerin :
http://www.galeriecorinnebonnet.com/sites/default/files/documents/version_4_horizontal.pdf

 

Par Placid

 

ou un ITV de Jean Rouzaud
http://www.nova.fr/index.php/novamag/76461/placid-punk-frais

 

Placid, le métro, huile sur toile, 38x55cm, 2016

 

Découvrez le Muzo d’aujourd’hui :

http://www.galeriecorinnebonnet.com/artiste/muzo

 

Par Muzo

 

Ou feuilletez le toutmuzo ici :

http://www.toutmuzo.fr/peintures.php

 

« Contes & Légendes », acrylique sur toile, 64 x 80 cm, 2016 (© Frédéric Bieth)

 

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BORIS PAHOR, LE PLUS VIEUX CANDIDAT DU MONDE défend DANS UNE VIDEO la cause des migrants. C’est RUSHES N°1. Des nouvelles ICI de la projection en mai de mon film portrait de Boris Pahor à Ajdovscina (Slovénie). Les articles sur son dernier recueil de nouvelles et le TEASER du film !

Boris Pahor était sans doute le plus vieux candidat du monde, présent dans une liste aux élections régionales de la Frioulie Vénétie Julienne fin avril 2018. Il n’a finalement pas été élu, mais a obtenu quand même quelques 500 voix. Pas mal du tout à 105 ans et pour ce seul parti représentant la communauté slovène en Italie, associé au parti démocrate ! A la fin de cet article, retrouvez des articles de la presse locale annonçant en avril son improbable candidature.

Boris Pahor en 2009 à Trieste

Boris Pahor en 2009 à Trieste

VIDEO : RUSHES N° 1 Boire une goutte d’eau (cliquez ci-dessous)

« Tout le monde devrait avant toute chose, pouvoir boire et manger dans ce monde. Il faudrait tous se mobiliser pour cette cause, pour que plus personne ne meurent de soif sur la terre », déclare Boris Pahor.

Dans cette petite vidéo, le message de paix pour le monde de Boris pahor est prémonitoire des événements politiques italiens de ces derniers jours. Il plaide notamment pour l’organisation d’Etats généraux pour réfléchir et tenter d’anticiper avec humanité les problèmes migratoires de notre planète.

C’est le premier opus d’une série que j’appelle RUSHES (et dans laquelle on retrouvera sans doute encore Boris Pahor). RUSHES présentera des petits bouts d’instantanés de rencontres, de promenades ou de réflexions, à la façon de notes consignées dans un carnet. Dans ces moments apparemment sans importance dont nos vies sont peuplées, instants magiques en pointillés où il ne se passe presque rien et qui nous façonnent pourtant, nous ressentons soudain cette émotion particulière d’une intimité avec le temps. Alors dans une pulsion de vie, simple et belle, nous participons au « grand tout » à notre façon. En agissant. En témoignant. En cadrant.

 RUSHES N° 1 : contexte du tournage

« Je séjournais à Trieste pendant une semaine en septembre dernier pour la projection de mon film « Boris Pahor, portrait d’un homme libre » dans sa version slovène. Aussi j’allais fréquemment visiter mon héros Boris, l’écrivain slovène de Trieste, rescapé des camps, humaniste toujours aussi combatif à 105 ans. Dans sa cuisine, nous discutions  librement du monde. Ce jour-là, le 2 septembre, Boris Pahor parlait des réfugiés en lisant le journal et des droits humains élémentaires : boire et manger d’abord, circuler ensuite. Il évoqua aussi la durée de la vie et les idées transhumanistes qui se développent… Un très léger flottement dans l’air m’obligea tout à coup à saisir ma caméra – une vieille sony à K7 même pas HD –, et j’enregistrais quelques bribes de notre rencontre. Je ne savais pas encore à ce moment-là que Boris Pahor serait présent sur la liste du parti slovène Slovenska Skupnost pour les élections régionales du 29 avril 2018. Quand j’ai pris connaissance de cette incroyable nouvelle, je me suis souvenue de cette journée du 2 septembre, dans la touffeur d’une après-midi de fin d’été où notre marathonien, bras nus et en « marcel », voulait une fois de plus sauver le monde : Don Quichotte levant son glaive devant les moulins dans la lumière de l’Adriatique… La petite K7 attendait depuis des mois sur mon bureau de révéler la parole libre de Boris Pahor, le plus vieux candidat du monde ! »

Fabienne Issartel, avril 2018

 

 

Le message de Boris pahor était prémonitoire !

Le 23 mai 2018, Giuseppe Conte, un professeur de droit de 54 ans devient finalement le nouveau chef du gouvernement italien, fruit du compromis trouvé par les responsables du Mouvement 5 étoiles et de la Ligue : Luigi Di Maio et Matteo Salvini. Dans le programme de cette coalition, est inscrite l’expulsion annoncée (et irréaliste d’ailleurs) de 500.000 migrants d’Italie (le rythme actuel des expulsions étant de 6.514 en 2017 selon le ministère de l’Intérieur). Une partie des 4,2 milliards d’euros devant être consacré chaque année à l’accueil, sera maintenant transféré vers les expulsions. Marco Minniti, ancien communiste passé par les services secrets et devenu ministre de l’Intérieur en décembre 2016, avait déjà réussi à faire chuter les arrivées de 80% de la Libye depuis la mi-juillet ( Cf. une manifestation en septembre à Trieste mentionnant la politique migratoire de Minniti dans la vidéo ci-dessus). Grâce à ses vieux contacts en Libye, Minniti avait pu signer des accords avec les autorités, mais aussi avec des milices dans ce sens. Ainsi, pour réguler ces flux, l’Italie, avec le soutien européen, a contribué à former et à équiper les garde-côtes libyens, aux méthodes souvent plus que musclées.

Boris Pahor parle dans cette vidéo d’Etats généraux qu’il faudrait organiser pour réfléchir ensemble aux problèmes migratoires. Des initiatives s’organisent ces temps-ci dans ce sens. Ce 26 ET 27 MAI aura lieu la PREMIÈRE SESSION NATIONALE DES ETATS GÉNÉRAUX DES MIGRATIONS à Montreuil (93). Un document  » Socle commun pour une politique migratoire respectueuse des droits fondamentaux et de la dignité des personnes » a été établi pour préparer ce rassemblement. 

Renseignements ici :

https://eg-migrations.org/26-et-27-mai-premiere-session-nationale-des-Etat-Generaux-des-Migrations

https://www.lemonde.fr/immigration-et-diversite/article/2018/05/26/etats-generaux-des-migrations-les-associations-poussees-a-jouer-collectif_5305004_1654200.html

Les ministres de l’Intérieur de l’Union Européenne se réunissent à Luxembourg le 5 juin pour parler des lois européennes asile et immigration :

https://www.la-croix.com/Monde/Europe/LEurope-reste-prudente-nouvel-executif-italien-2018-06-03-1200944071?id_folder=1200943713&from_univers=lacroix&position=0

L’Aquarius près des côtes libyennes :

https://www.letemps.ch/grand-format/cimetiere-marin-mediterranee

https://www.letemps.ch/grand-format/piege-haute-mer

Dernières nouvelles du 12 juin : dans quel pays pourra accoster l’Aquarius avec ses plus de 600 passagers ?

http://www.repubblica.it/cronaca/2018/06/12/news/aquarius_sos_mediterrane_e_i_migranti_saranno_portati_a_valencia_da_navi_italiane-198786734/

Sur France Inter (12 juin) : Aquarius : « Rome refuse, Paris regarde ses chaussures »

https://www.franceinter.fr/emissions/l-edito-politique/l-edito-politique-12-juin-2018#xtor=EPR-5-%5BMeilleur12062018%5D

DERNIERES NOUVELLES EN MEDITERRANEE LE 23 juin
Berlin, 22.06.2018
Le HCR rapporte qu’au cours des trois derniers jours, environ 220 personnes sont mortes en tentant de traverser la mer Méditerranée. Cette augmentation du nombre de morts a poussé l’agence des Nations Unies à réclamer plus de capacité de sauvetage en mer, tandis que les gouvernements européens, avec l’Italie dans un rôle de premier plan, font tout pour éviter un sauvetage maritime efficace : ces noyades sont un effet direct de la répression actuelle sur le sauvetage en mer. Sea-Watch demande donc aux communautés européennes, au niveau national ou local, de contribuer à la recherche d’une solution, tout en permettant au minimum aux navires de sauvetage civils de continuer leur travail de sauvetage sans être harcelés par les autorités de l’Etat. 
Depuis le 21 juin, avec 226 hommes à son bord, sauvés en vertu de toute la législation internationale applicable, LIFELINE est en route vers le nord. Comme aucun port de sûreté n’est encore assigné et qu’aucun MRCC accrédité par l’OMI n’en a pris la responsabilité, MISSION LIFELINE craint qu’une situation similaire à celle de l’Aquarius il y a une semaine puisse se profiler à l’horizon. L’ONG appelle donc les autorités compétentes à réagir rapidement en fonction de leur obligation de désigner un lieu sûr.

Ci-dessous : Trente écrivains ont participé à cet ouvrage collectif passionnant et engagé pour la cause des migrants, sorti lors du dernier festival Etonnants Voyageurs de Saint-Malo qui en est le co-éditeur avec les éditions Philippe Rey :

Les droits d'auteur de l'ouvrage "Osons la fraternité, les écrivains aux côtés des migrants" (mai 18) seront versés au GISTI

Les droits d’auteur de l’ouvrage « Osons la fraternité, les écrivains aux côtés des migrants » (mai 18) seront versés au GISTI

 

PROJECTION de « Boris Pahor, portrait d’un homme libre » à AJDOVSCINA le 13 mai 2018 :

Boris Pahor et Fabienne Issartel après la projection du film à Ajdovscina, Slovénie, le 13 mai 2018Boris Pahor, 105 ans, et Fabienne Issartel, après la projection du film à Ajdovscina, Slovénie, le 13 mai 2018

Les 7 membres de l’Institut culturel « Zavod Fluvium », (« les 7 mercenaires de la culture », je les appelle) m’avaient invitée ce dimanche 13 mai 2018 avec Boris Pahor à une nouvelle projection de mon film dans le cinéma de la ville slovène d’Ajdovscina ! Boris Pahor est arrivé de Trieste pour l’occasion. Le public s’est levé enthousiaste pour le saluer dans un tonnerre d’applaudissements quand il est apparu sur la scène après le générique de fin du documentaire. Il a partagé ensuite pendant presque une heure, avec les 70 spectateurs présents dans la salle en ce milieu d’après-midi, ses visions toujours si pertinentes de notre monde. Cette tournée surréaliste d’avant-premières se poursuit donc encore et encore ! Jusqu’à quand ?

Merci à la « Zavod Fluvium » pour ces moments d’échanges riches et chaleureux. Merci à Boris de me soutenir et de continuer à m’accompagner dans cette aventure.

 

Fabienne Issartel après la projection à Ajdovscina le 13 mai 2018 avec quelques uns des imminents membres de la "Zavod Fluvium"

Fabienne Issartel avec quelques uns des imminents membres de la « Zavod Fluvium », après la projection de « Boris Pahor portrait d’un homme libre » à Ajdovscina le 13 mai 2018

Le au-revoir à Boris Pahor qui retourne à Trieste après la projection du 13 mai à Ajdovscina. Boris Pahor que je devrai revoir en principe le 4 octobre en France....

Le au-revoir à Boris Pahor qui retourne à Trieste après la projection du 13 mai à Ajdovscina. Boris que je devrais revoir, en principe, le 4 octobre en France….

D’autres photos de cette projection prochainement sur cet article !

 

Le TEASER de mon documentaire « Boris Pahor, portrait d’un homme libre » :

 

ARTICLES à propos de la parution du recueil de nouvelles « Place Oberdan à Trieste » de Boris Pahor :

  • Dans l’excellente revue littéraire « En attendant Nadeau », l’article de Linda Lê, « Les errants de Boris Pahor »

En-attendant-Nadeau-n°51 Boris Pahor

  • Dans le magazine mensuel CAUSEUR N°57 de mai 2018, actuellement en kiosque, page 82, l’article « Boris Pahor, une vie parmi les ombres » de Daoud Boughezala qui a rencontré Boris Pahor à Trieste au mois de février.

 

PLACE OBERDAN A TRIESTE : c'est aussi le titre du dernier recueil de nouvelles de Boris Pahor, paru en France en janvier 2018

LA PLACE OBERDAN A TRIESTE : « Place Oberdan, c’est  le titre du dernier ouvrage de Boris Pahor paru en janvier 2018, et aussi d’une des nouvelles page 63 »

 

Quelques livres de Boris Pahor dans une librairie de Ljubljana en 2012

Quelques uns des livres de Boris Pahor dans la grande librairie de Ljubljana en 2012

 

Boris pahor dans les rues de Paris en 2014Boris pahor dans les rues de Paris en 2014 entouré de ses amies Liza Japelj à gauche et Anne-Marie Mansuy à droite

 

Boris Pahor candidat aux élections régionales italiennes :

Quelques liens pour mémoire, parmi une ribambelle d’articles, qui annonçait sa candidature (accompagnés d’éléments de traduction) :

L’écrivain italien Boris Pahor, qui appartient à la minorité slovène, participe aux élections régionales à Trieste à l’âge de 104 ans. « Je ne pouvais pas dire non. »dit-il. L’homme de lettres né à Trieste à l’époque des Habsbourg en 1913, participe avec l’Union slovène aux élections régionales du Frioul le 22 avril. « J’ai toujours été attaché aux droits des minorités. » Boris Pahor est considéré comme le représentant le plus internationalement reconnu de la littérature contemporaine slovène. Il a été interné pendant la Seconde Guerre mondiale dans quatre camps de concentration nazis, notamment en Alsace au Natzweiler-Struthof. Il raconte ses expériences des camps dans « Necropolis ». Ses œuvres, disponibles en traduction allemande, comprennent «Villa am See», «The Darkening», «Nomads without Oasis», «In the Labyrinth» et «Secret Language Gifts».
En 2007, Jacques Chirac l’a fait « Chevalier de la Légion d’honneur » en France. Depuis 2009, il est membre de l’Académie slovène des Sciences et des Arts. En 2010, il a reçu « la Croix d’honneur » en Autriche pour la science et l’art.
TRIESTE – Ses 104 ans ne l’arrêtent pas. En effet, l’écrivain slovène Boris Pahor va tenter de gagner une place au Conseil régional sous la bannière de Slovenska Skupnost, dont il est président d’honneur, aux élections du 29 avril prochain en Frioul-Vénétie Julienne. S’il est élu, il ne sera sûrement pas un homme de paille, juste inclus dans les listes pour attirer et recueillir davantage de voix, car on sait que Pahor est respecté par les institutions, comme le montre son engagement à la reconstruction historique de ce qui s’est passé dans cette partie du Nord-Est et à travers la frontière dans les terribles années de la Seconde Guerre mondiale et après. Donc, c’est une vraie candidature, malgré vénérable de 104 ans inscrit sur sa carte d’identité. Il est probablement le candidat le plus âgé de tous les temps. L’auteur de Necropolis et de nombreux autres livres, a survécu aux camps de concentration, pendant plus d’un an et a assisté à de terribles évènements toute sa vie. Pahor tente une nouvelle aventure en se portant candidat pour la première fois aux élections régionales en soutien à Sergio Bolzonello, candidat à la présidence et déjà vice-président de la Région. « Actif et enjoué – rapporte l’Ansa – Boris Pahor continue d’écrire des livres et surtout de rencontrer les jeunes et aller dans  les écoles. Et s’il devait être élu, il pourrait donner raison au slogan dont on abuse parfois : « à partir de demain, votre vie va changer. »
Le plus que centenaire candidat à la région Friuli-Venezia Giulia,  l’écrivain slovène de Trieste Boris Pahor, est né le 26 Août 1913. Auteur de romans et d’essais, plusieurs fois en lice pour le prix Nobel, son nom apparaît maintenant sur la liste de l’Union slovène qui soutient le Parti démocrate. « Je crois que je ne serai pas élu – dit-il – mais si c’est le cas, je passerai la main. Sans parler de mon âge avancé, je ne suis pas un politicien. Ma place est devant la machine à écrire. Ce que je veux faire, c’est témoigner de l’identité slovène, piétinée par l’histoire. Cette réalité n’est guère connue en Italie, ni comprise même « .
Comment la proposition pour cette candidature est-elle née? « Ce n’est pas la première fois, mais la cinquième, si je ne me trompe pas. Mais je n’ai jamais été élu de toute façon. La minorité dans la minorité. En 2009, par exemple, je me suis présenté comme candidat slovène avec le Sudtiroler Volkspartei. En tout cas, il y a quelque temps, Igor Gabrovec, l’actuel vice-président du Conseil régional Frioul-Vénétie-Julienne, est venu chez moi et m’a demandé d’entrer dans la liste. Évidemment, j’ai accepté. « 
Seriez-vous également prêt à assister à des réunions publiques? « Je le répète, je ne suis pas un politicien, mais si on me proposait d’organiser une sorte de conférence dans la Région, je ne dirais pas non. Bien sûr, je suis en forme. En ce moment je le suis. D’autre part, mon activité de conférencier est rodée. Si vous saviez dans combien d’écoles j’ai été… Les jeunes au moins devraient connaître cette histoire. »
Quels en sont les faits les plus marquants ?
«Mon livre le plus célèbre est Nécropole. Il raconte de l’intérieur, l’expérience atroce vécue dans les camps de concentration nazis. Mais la répression, même pour nous Slovènes, n’était pas seulement le fait d’Hitler. Cela avait commencé avec le fascisme dans les années 1920. En 1926, les lois de Mussolini envers nous devinrent particulièrement agressives. Mais en Italie, l’argument semble être tabou. Dans ma mémoire, il y a une date cruciale, celle du 13 Juillet 1920, ou enfant, j’ai vu des fascistes faire brûler à Trieste le Narodni Dom, la Maison du peuple slovène « .
Vous vous présentez avec l’Union slovène, un parti actif dans les élections politiques de 1963, d’inspiration chrétienne-sociale. Mais Boris Pahor n’est pas croyant, n’est-ce pas ?
« C’est vrai, je ne suis pas un croyant, et je le souligne. Politiquement, aujourd’hui je pourrais m’appeler un social-démocrate. Mes idées ont mûri lorsque, quittant le camp de concentration, je me suis retrouvé dans un sanatorium à Paris pour me soigner contre la tuberculose. A cette époque, je lisais de nombreux essais sur le communisme, mais entre le pro-communisme de Sartre et les idées de Camus, qui se détachaient du communisme, j’ai opté pour ce dernier. L’engagement civil de Camus, pas enclin aux idéologies, est un exemple. Après avoir clarifié cela, je soutiens volontiers Slovenska Skupnost pour sa ligne de défense des minorités. Et c’est bon pour moi de soutenir le Parti démocrate. Lors des élections du 4 mars, malgré la baisse des votes pour le PD, mon amie Tatjana Rojc, écrivain, traductrice, a été élue au Sénat en tant qu’indépendante. La loi italienne devrait néanmoins garantir la représentation des minorités au Parlement « .
Aujourd’hui l’écrivain anti-fasciste Pahor est candidat avec l’Union slovène: « J’ai toujours lutté pour les droits des minorités. Oui. Je me présente aux élections à 104 ans « . La voix du grand écrivain slovène de Trieste Boris Pahor est toujours énergique. Donc c’est bien vrai : il sera candidat pour le Regionali de Friuli-Venezia Giulia. C’est peut-être un record du monde : s’il était élu, le mandat se terminerait à 109 ans. À Trieste, il doit y avoir un élixir de longue vie, car c’est ici aussi qu’est né l’ultracentenaire Gillo Dorfles. Pahor né sous les Habsbourg, a été déporté dans les camps nazis en raison de ses idées antifascistes.
Pahor a survécu aux nazis. Et à son retour, il a écrit des livres extraordinaires comme Nécropoles  avec des passages éblouissants: «De la mort et de l’amour on ne peut parler qu’avec soi-même ou avec l’être aimé. Ni la mort ni l’amour ne tolèrent la présence d’étrangers « . Aujourd’hui, il se présente aux élections régionales: « Je postule pour l’Union slovène du Frioul-Vénétie Julienne. Je ne pouvais pas dire non, je me suis toujours battu pour les droits des minorités. Cela fait plus d’un demi-siècle que je me bats pour ça. L’Italie reconnaît douze langues, mais aujourd’hui il semble qu’il n’y ait pas d’argent pour payer les enseignants. Peut-être que mon nom sur la carte servira à ça, à attirer un peu l’attention sur ceux qui n’ont pas de voix. Mais s’il gagne ? Pahor sourit. « S’il arrivait que … beaucoup de gens choisissaient mon nom sur la carte … eh bien, je laisserais immédiatement la place à ceux qui viendraient après moi. Je ne veux pas faire de politique maintenant.  » Mais à partir de sa villa à Barcola, à Trieste, Pahor continue de regarder le monde: «L’Europe écrase les Catalans». Et l’Italie? « Carlo Cattaneo, les Etats-Unis d’Italie, me vient à l’esprit. Peut-être que cela aurait été la bonne solution « .
Pahor, comme recette de vie parle d’un petit déjeuner avec du café, pain, beurre et confiture. Pahor a souffert et a vécu intensément : « j’ai côtoyé ma dernière femme à 85 ans », a-t-il raconté il y a peu de temps au Corriere della Sera. Et sa dernière  nomination aura lieu – qui sait – à 104. Et il n’a pas l’intention de ralentir : « je travaille encore plusieurs heures par jour. Et si on m’appelle, si on vient me chercher en voiture, je vais partout pour parler… J’ai parlé des centaines de fois de ce que j’ai vécu. Je suis un missionnaire… de la mémoire « .
"Le ciel est sous nos pieds", place de l'Unité à Trieste, photo Fabienne Issartel

Sur la place de l’Unité à Trieste, cet homme me rappelle mon film « Le ciel est sous nos pieds », photo Fabienne Issartel

En août, celui qui aura 105 ans a de nouveau attiré l’attention du public italien après avoir accepté la candidature du Conseil régional sur la liste de la Communauté slovène. Le journal du Corriere della Sera consacre aujourd’hui un entretien complet avec lui. Quand on lui a demandé s’il accepterait de participer à une réunion électorale, il a répondu par l’affirmative. « Je ne suis pas un politicien, mais si vous me demandiez d’assister à une réunion dans le pays, je ne refuserais pas. Je devrais, bien sûr, me sentir en forme, mais pour le moment ça va. « Dans un entretien il a dit qu’il ne croyait pas en Dieu, qu’il est un socialiste d’après la vision du monde. Il se sent proche de Camus. Il est heureux de soutenir la communauté slovène qui défend les droits des minorités. « Je suis d’accord pour qu’il soit  affilié au Parti démocrate », a déclaré le plus âgé des candidats cette année aux élections du Frioul Vénétie Julienne.
"Seule, la nuit place de l'Unité à Trieste", photo Fabienne Issartel

« Seule la nuit, place de l’Unité à Trieste », photo Fabienne Issartel

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Une projection de : « MOI JEAN LACOMBE MARIN ET CINEASTE » de Fabienne Issartel, a eu lieu au FILMAR d’Hendaye ce samedi 24 mars à 9 h. Un film culte !

Une nouvelle projection de « Moi Jean Lacombe, marin et cinéaste » est toujours un événement. Sélectionné au prestigieux festival de la mer, le FILMAR 2018 d’Hendaye (du 22 au 25 mars), vous avez pu le découvrir ce SAMEDI 24 MARS 2018 à 9 h à l’auditorium Sokoburu d’Hendaye. 9 h, un horaire idéal pour tous les amoureux de la mer, lesquels, on le sait aiment se lever tôt !

Le film n’ayant pas été produit cette année, il n’était pas en compétition officielle, mais pouvait prétendre néanmoins au plaisir de votre regard

Entrée gratuite. Laissez vos messages ici à l’issue de la projection.

En savoir plus http://filmar.hendaye.com/

Jean lacombe à son arrivée à Porto Rico avec son Hippocampe, le 23 janvier 1955

« A mon réveil, le 23 janvier, il y avait attroupement sur le quai : journalistes, photographes, télévision, actualités cinématographiques ! Les navigateurs solitaires viennent rarement à Porto Rico, et mon minuscule Hippocampe est spectaculaire. Ma barbe aussi sans doute. » Jean Lacombe dans « A moi l’Atlantique ! », Robert Laffont

Voilà le seul film consacré à Jean Lacombe, célèbre pour avoir couru la première transat anglaise de 1960, puis à bord d’un Golif, celle de 1964 qui lui valut aux côtés de Tabarly les félicitations du Général De Gaulle ! Le documentaire dévoile l’intimité de ce navigateur autodidacte, opiniâtre et révolté, exilé à New York pour vivre dans la marge et la liberté. Avec une caméra 16 mm, Jean Lacombe a filmé ses multiples traversées de l’Atlantique Nord toujours à bord de petits voiliers. Après sa mort en Martinique en 1995, la famille de Jean Lacombe confie ce trésor de bobines de film à Eric Vibart et Laurent Charpentier, journalistes à Voiles et Voiliers. La réalisatrice Fabienne Issartel viendra plusieurs années après terminer avec eux ce travail de résurrection de « Jeannot », personnage hors-normes qui nous donne à tous la force de suivre notre destin.

LE FILM A ETE RECOMPENSE EN 2014 PAR LE PRIX du film « MEMOIRES DE LA MER » de la Corderie Royale de Rochefort

Jean Lacombe à New-York sur « Tigre », un bateau en polyester de 7 m, au début des années 70

Jean Lacombe : le Kerouak de l’Atlantique !

Aventurier plus que marin de compétition, Jean Lacombe fit de l’Atlantique nord, tempétueux et froid, de façon obsessionnelle, son domaine d’élection. Marginal, enthousiaste, il accepta délibérément une vie précaire à New York où il s’était établi dès les années cinquante pour assouvir dès qu’il le pouvait sa passion dévorante de navigations sur des bateaux qu’il voulait absolument de taille modeste (de 5, 48 m à 7, 42 m). A l’aube de la plaisance moderne, il a traversé l’Atlantique sur le premier voilier en polyester.

Issu d’un milieu populaire, artisan maroquinier à Paris, Jean Lacombe, sextant en main acheté aux puces, sera un “clochard céleste” à la manière d’un Slocum. Sans aucune expérience maritime, il construira lui-même son premier bateau, refusa toujours tout sponsoring qu’il considérait comme une compromission. Franc-tireur, attaché par-dessus tout à son libre-arbitre, il assuma jusqu’au bout les conséquences de ses choix. Son seul viatique était sa foi, la certitude que l’aventure lui ouvrirait les portes d’une vie libre initiatique.

Jean Lacombe filme sa vie quotidienne de marin solitaire

Dès 1960, il emporte avec lui une caméra 16 millimètres mécanique et des boîtes de pellicule inversible. Auto-filmeur avant l’heure, son habileté d’opérateur alliée à ses qualités de photographe – profession qu’il exerça aussi à New York – permettent de bénéficier d’une matière visuelle d’une étonnante richesse. Hormis un montage personnel jamais diffusé de 662 mètres (environ une heure), le marin cameraman a laissé de très nombreux rushes (extraits de reportages, moments d’intimité en mer ou à terre) numérisés pour le film que personne n’avait jusqu’alors visionnés.

En suivant ce chemin solitaire, sa vie devint une quête qu’il évoque dans des manuscrits dont beaucoup sont restés inédits. Dans « A moi l’Atlantique », seul livre publié chez Robert Laffont en 1957, il raconte l’épopée de sa toute première traversée en 55, sur « Hyppocampe », bateau qu’il avait imaginé, dessiné et fait construire à Sartrouville près de Paris. Il relate ses Transatlantiques, dont celle de 1960 sur un « Cap Horn » dans les revues maritimes de l’époque. Il esquisse aussi le début d’une curieuse autobiographie militante qu’il appelle « moi, un blanc marron ! ».

Jean Lacombe à New-York, auto-filmage, années 70

Nous avons besoin de croiser des vies d’hommes libres comme celle de Jean Lacombe assumée jusqu’à la perfection, pour avoir l’énergie de réaliser nos propres rêves. Alors il fallait aussi achever le travail du Jean Lacombe cinéaste, dans le respect de l’esprit qu’il avait voulu insuffler. Ce fut ma mission. Débrouillard, fantasque, râleur, toujours en mouvement, acharné à perfectionner un idéal réclamant volonté et courage, Jean Lacombe a tracé un sillage unique dans l’histoire de la voile hauturière. Sur sa route, il aurait pu croiser un Kerouac…

Fabienne Issartel, réalisatrice

L’entretien bouleversant avec Pierre Gazarian, l’ami de New-York de Jean, tourné pour le film, est ici en entier :

Cliquez sur ce lien pour écouter Pierre Gazarian :

https://vimeo.com/258217983

Jean Lacombe fait des essais de flottaison dans sa baignoire avec la maquette de son dernier bateau Yang, avec lequel il traversera encore bien souvent l'Atlantique

Jean Lacombe fait des essais de flottaison dans sa baignoire avec la maquette de son dernier bateau Yang, avec lequel il traversera encore bien souvent l’Atlantique dès 1980

Autres articles concernant le film sur ce site :

Sortie du DVD, et témoignage de l’ami new-yorkais de Jean, Pierre Gazarian :
https://fabienneissartel.wordpress.com/2017/12/09/evenement-pour-tous-les-fans-de-jeannot-moi-jean-lacombe-marin-et-cineaste-enfin-disponible-en-dvd/

Le premier bateau de Jean Lacombe retrouvé :
https://fabienneissartel.wordpress.com/2014/12/30/on-a-retrouve-hippocampe/

Le film au Festival Etonnants Voyageurs :
https://fabienneissartel.wordpress.com/2014/05/20/moi-jean-lacombe-marin-et-cineaste-au-festival-etonnants-voyageurs-de-st-malo/

l’Hippocampe de Jean Lacombe échoué sur les rochers de l’ïle Graciosa aux Canaries le 22 septembre 1955

A propos du festival FILMAR dans la presse :

http://www.aquitaineonline.com/actualites-en-aquitaine/euskal-herria/3451-festival-film-de-la-mer-hendaye-filmar.html

https://presselib.com/11eme-festival-international-film-de-mer-de-environnements-dhendaye-sera-preside-celebre-navigateur-bien-bel-evenement/

New-York dans les années 50 filmé en 16mm par Jean Lacombe

 

Jean Lacombe pose sur le Golif dans les chantiers Jouet. Photos de Roland de Greef :

https://rolanddegreefphotos.photoshelter.com/gallery/G0000xFuak3ZpT0Y

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Un recueil de nouvelles inédites de BORIS PAHOR vient de paraître. Grand succès cet automne 2017, à Trieste et à Ljubljana autour des premières projections du film « Boris Pahor, portrait d’un homme libre » devant un public slovène.

Depuis le 18 janvier 2018 vous pouvez trouver dans vos librairies « PLACE OBERDAN À TRIESTE », un recueil de nouvelles inédites de Boris Pahor, l’écrivain slovène de Trieste, 104 ans.
Les nouvelles ont été traduites du slovène par Andrée Luck-Gaye (qui a reçu le prix européen de traduction).
C’est sur la place Oberdan, au sous-sol d’un bâtiment, siège de la Gestapo à Trieste, que Boris Pahor a été enfermé, interrogé et torturé en 1943, avant d’être finalement emmené dans les camps allemands. C’est aussi sur cette place en 1920, enfant, qu’il avait vu les « chemises noires » de Mussolini incendier la Maison de la culture slovène (Narodni dom). Aujourd’hui on trouve sur cette place, emblématique des luttes et de la résistance slovène, la grande librairie slovène de Trieste…

Commandez « PLACE OBERDAN À TRIESTE » dans votre librairie de quartier !

Le recueil de nouvelles « PLACE OBERDAN À TRIESTE », DE BORIS PAHOR
(Editions Pierre-Guillaume de Roux, 208 pages, 23 euros)

  • Dans le magazine mensuel CAUSEUR N°57 de mai 2018, actuellement en kiosque, page 82, l’article « Boris Pahor, une vie parmi les ombres » de Daoud Boughezala qui a rencontré Boris Pahor à Trieste au mois de février.
  • Dans l’excellente revue littéraire « En attendant Nadeau », l’article de Linda Lê, « Les errants de Boris Pahor »

En-attendant-Nadeau-n°51 Boris Pahor

Boris Pahor, chantre de la mémoire slovène, évoque à travers ces nouvelles des actes de résistance tantôt frappants tantôt subtils, les souffrances passées inaperçues et les gestes d’amour de quelques héros anonymes.

« Guglielmo, blond, élancé, de nature réservée, enleva le k final de son nom de famille et se mit à fréquenter les irrédentistes. Il ne s’adonna probablement pas à leurs rixes urbaines, il s’inscrivit à l’École polytechnique de Vienne et fut bientôt appelé au service militaire. Ne voulant pas servir sous les ordres de la capitale autrichienne haïe, il jeta son uniforme aux orties et franchit la frontière. Psychiquement instable, il était obsédé par une seule idée, comment réveiller le cœur de Trieste et allumer chez ce peuple commerçant la flamme de la révolte ? Il voulait se sacrifier, donner l’exemple, scandaliser si nécessaire ; et au moment de son arrestation à Ronchi, il répéta avec ostentation que sa bombe était bien destinée à l’empereur François Joseph qui devait venir à Trieste en 1 882. Il l’affirma encore résolument devant le tribunal afin d’être condamné comme, en quelque sorte, un coupable qui aurait déjà lancé la bombe.

Oui, voilà des choses bien connues, me disais-je tout en constatant que ma façon de voir ce jeune homme avait changé. Il est vrai qu’il avait abandonné sa consonne finale, me disais-je, mais il n’avait pas pu rejeter, avec elle, ce qui était archétypique dans la lignée de Jozefa Marija, cette tendance à l’idéalisme et à la recherche de l’universalité. Le jeune homme avait transmis l’aspiration de la petite communauté maternelle à dépasser son cadre étroit à un groupe de fanatiques qui rêvaient de liberté et luttaient contre le puissant empire. C’est ainsi que dans la crypte qui lui est dédiée, là où la corde a serré sa nuque, il y a la statue d’un homme nu qui est un martyr pour la communauté italienne et, pour la communauté slovène, un cas typique de ses nombreuses pertes, tragiques et pitoyables à la fois.

J’ai évidemment pensé à Franc Kavs, un jeune homme de Tolmin, à sa ceinture bourrée d’explosifs, qui aurait dû libérer la population de la dictature fasciste lors de la visite de Mussolini ; mais Kavs avait un idéal de liberté bien différent. Il ne fut pas pris avant l’attentat, il y renonça de lui-même car l’explosion aurait ôté la vie à des écoliers venus saluer le grand chef. Malgré cet acte profondément éthique, Kavs fut condamné à mort puis gracié ; mais le juge italien, comme avant lui son collègue autrichien, le condamna ensuite sur sa seule intention. »

Et aussi l’article de Thierry Clermont dans le figaro du 1er février :

Dans Le Figaro,Thierry Clermont a lu le dernier ouvrage de Boris Pahor, 1er février 2018

La bande annonce française du documentaire « Boris Pahor, portrait d’un homme libre », documentaire de Fabienne Issartel, 98′:

 

L’affiche du film en version sous-titrée slovène :

Affiche slovène du film « Boris Pahor, portrait d’un homme libre » de Fabienne Issartel, présenté pour la première fois au public slovène en septembre 2017

Aidée par des amis slovènes, j’ai oeuvré pour que « Boris Pahor, portrait d’un homme libre » soit enfin entièrement sous-titré en langue slovène. Un gros travail. C’était mon cadeau d’anniversaire pour les 104 ans de Boris. Il était fondamental pour lui que les slovènes puissent enfin assister aux projections de son film – car il dit toujours « mon film »-. Alors, voilà c’est fait. J’ai ramené le film à la maison. Je suis contente. Ce fut une fois de plus une véritable épopée accompagnée par la présence énergétique de mon héros. Ce film décidément m’aura nourrie d’une belle façon pendant toutes ces années (2008), et auprès de Boris, j’ai connu une forme de grâce, d’émotion intense et pure, jusqu’alors inédite.

Ci-dessous quelques articles parus en septembre dernier après les projections du film en slovène à Trieste et à Ljubljana.

Boris pahor et Fabienne Issartel le 1er septembre 2017, Opicine, Trieste, projection en slovène organisée par les rencontres DRAGA

Article paru dans Mladika après la projection organisée lors des 52 ème rencontres DRAGA à Opicine, sur les hauteurs de Trieste :

Article dans Mladika après la projection de Trieste

Dans l’encadré en couleur beige présent dans l’article, mes réponses traduites ici en français à trois questions :

Quand avez-vous eu envie de parler de Boris Pahor la première fois ?
C’est un slovène prénommé Igor Korsic qui m’a parlé pour la première fois de Boris Pahor lors d’un festival de cinéma à Pécs dans le sud de la Hongrie. Il avait su trouver les mots pour exciter ma curiosité puisque à mon retour à Paris j’ai acheté et lu tous les livres traduits en français de Boris Pahor. Ce fut une révélation, et grâce à lui, s’est ouvert en moi un nouvel espace de conscience. Car il avait réussi dans son oeuvre à relier le particulier à l’universel, les paysages de sa Vénétie Julienne à la grande histoire, l’âme au corps ! C’est là je crois la grande force de son écriture que d’avoir pu redonner aux causes de l’humanité leur dimension sensuelle. C’est ce qu’on appelle la littérature tout simplement. Mais c’est rare. La nécessité d’une rencontre avec Boris, je veux dire physiquement, en face à face, s’est donc tout naturellement imposée dans mon esprit et je suis partie pour Trieste.

Que s’est-il passé lors de votre première rencontre et qui vous a donné envie de faire un film ?

Quand je suis arrivée à Trieste en février 2008, tout m’a semblé étonnamment familier, et dès mes premières rencontre avec Boris, je fus séduite par son accueil chaleureux, sa vivacité d’esprit et aussi son humour. J’ai eu l’impression de retrouver un vieil ami et j’ai commencé tout de suite à filmer. Ma venue avait étrangement coïncidée avec la publication de deux grands articles en pleine page dans « La Repubblica », et le « Piccolo », qui relatait enfin au grand public l’histoire de Boris Pahor. Avec la réédition, quelques jours auparavant de « Necropoli », préfacé par le célèbre écrivain Claudio Magris, l’Italie découvrait donc, et en même temps que moi, l’existence de son héros de 95 ans. En quelques semaines, tout le pays s’est ému de son destin. Boris Pahor en était tout joyeux et je partageai avec lui ce bon moment. Nous nous retrouvions
alors chez lui et dans les rues de Trieste pour manger des gnocchis chez Fabris place Oberdan ou boire des caffè ristretto au San Marco. C’était un contexte idéal pour commencer ce film qui allait témoigner de ce soudain engouement médiatique autour du personnage « hors normes » de Boris Pahor.

Quel est le message de ce documentaire ?

L’expérience des camps pour Boris Pahor, fondamentale, occupe une seule année de sa très longue vie : mais un an où il aura su rester vivant ! Sans doute avait-il en lui dès l’enfance cette propension rare, hors-norme, à l’espérance, c’est à dire, une certaine foi dans l’humanité. Ce film raconte donc comment cette résistance intérieure lui a permis de survivre dans l’environnement hostile des camps, mais aussi de pouvoir conquérir sans cesse, avec courage et opiniâtreté, de nouveaux champs de connaissance et de liberté. La culture, l’instruction et la littérature ont été ses chemins d’émancipation. On sait que c’est grâce à sa bonne pratique de plusieurs langues étrangères qu’il devra sa survie dans les camps. C’est avec la culture et sa machine à écrire qu’il participera auprès des siens, les Slovènes, à la résistance contre le fascisme, le nazisme, puis plus tard, le communisme. « J’écris pour tous les humiliés », déclare Boris Pahor, faisant sienne la déclaration en 1954 de Camus qui écrivait dans son livre « l’Eté » : « Oui, il y a la beauté et il y a les humiliés. Quelles que soient les difficultés de l’entreprise, je voudrais n’être jamais infidèle ni à l’une ni aux autres. »

projection au Cankarjev Dom à Ljubljana, septembre 2017, Fabienne Issartel, Boris Pahor et le Ministre de la Culture slovène

l’article dans DELO du 19.9.17 après la projection de Ljubljana au Cankarjev Dom devant 600 spectateurs
Ou le lien internet, si le PDF est difficile à déchiffrer :
http://www.delo.si/kultura/film/osem-let-na-poti-z-borisom-pahorjem.html

Quelques phrases de cet article, traduites du slovène par Andrée Luck-Gaye :

« Boris Pahor : portrait d’un homme libre est une merveille de documentaire à petit budget réalisé par Fabienne Issartel. La réalisatrice française qui appelle le Triestin de maintenant cent quatre ans « mon héros » montre avec enthousiasme et entrain un Pahor déterminé, contemplatif, rêveur, pensif et réfléchi. »

« Ce film de Fabienne Issartel – qui a, pendant huit longues années, accompagné comme une ombre, caméra en main , Boris Pahor dans ses voyages en Europe, dans les festivals littéraires, les écoles, et même dans l’ascension du Nanos – est « long et court, comme la vie ». Jusqu’à présent on ne l’a malheureusement vu que rarement. »

« Dans un français fluide, l’écrivain a remercié la réalisatrice « pour avoir choisi le représentant d’un petit peuple pour parler de ce qui concerne le monde entier car », a-t-il ajouté, « il ne s’agit pas d’un film sur Boris Pahor mais d’un film sur le XXe siècle » ».

« Fabienne Issartel a réussi à faire un film sophistiqué qui mérite plus qu’une place dans le documentaire du mois à la télévision nationale, mais plutôt celle de la section des documentaires de la décennie. »

https://www.cd-cc.si/sl/kultura/kino/boris-pahor-portret-svobodnega-cloveka-boris-pahor-portrait-d-un-homme-libre

Quelques photos parues dans un journal de Ljubljana après la projection du Cankarjev Dom

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EVENEMENTS POUR TOUS LES FANS DE JEANNOT : une projection au FILMAR d’Hendaye, le 24 mars à 9 h de « MOI JEAN LACOMBE MARIN ET CINEASTE », un film culte enfin disponible en DVD. Et en exclusivité ici, le témoignage bouleversant de son ami de New-York Pierre Gazarian !

« On ne devient pas esclave. On naît esclave. Si vous allez en Haïti, vous verrez à Port au Prince, la statue de l’esclave qui a brisé ses chaînes et s ‘évade vers la liberté. C’est le « Nègre Marron ». Ne sommes-nous pas tous les esclaves d’une société qui nous impose ses lois auxquelles il est difficile de se soustraire… Alors, moi aussi un jour j’ai brisé mes chaînes et me suis enfui sur la mer, tout seul, avec un petit voilier. Je suis devenu un « Blanc Marron ». C’est ce marronnage à la recherche de la liberté qui va être ici raconté. »

Jean Lacombe

EVENEMENT :

Le film « Moi Jean Lacombe, marin et cinéaste » à été sélectionné au festival FILMAR 2018 qui se déroulera à Hendaye du 22 au 25 mars 2018.

PROJECTION LE SAMEDI 24 MARS 2018 à 9 h à l’auditorium Sokoburu, Hendaye

 

La galette du DVD de MOI JEAN LACOMBE MARIN ET CINEASTE / Jeannot dans son Hippocampe, 1955

Bonne nouvelle pour tous les fans de ce marin mythique : le film « MOI JEAN LACOMBE MARIN ET CINEASTE », prix « Mémoires de la mer » 2014 du documentaire de la Corderie Royale de Rochefort, est enfin disponible en DVD.
Vous pourrez bientôt vous le procurer à la Corderie Royale de Rochefort et dès maintenant auprès de la production l’Heure Bleue (en laissant vos coordonnées mail à yoann@hbleue.fr ou encore en laissant un message sur ce site. Le film est en vente prix de 21 €, frais de port inclus.

LA PRESSE /

Un article sur le film et le DVD par François-Xavier Ricardo, rédacteur en chef du magazine « Bâteaux » :

https://www.bateaux.com/article/27288/moi-jean-lacombe-marin-cineaste

 

La jaquette du DVD de JEAN LACOMBE MARIN ET CINEASTE, sortie décembre 2017

 

Dans le Voiles et Voiliers de mars 2018, page 24

 

Le 9 mars sur le site petits voiliers :

https://www.petitsvoiliers.com/2018/03/09/jean-lacombe-le-grand-navigateur-en-petit-voilier/

 

Jean Lacombe était le héros populaire de la plaisance naissante, mais aussi un esprit libre, « un vagabond céleste » qui méprisait les conventions sociales. Sa fantaisie s’apparentait à celle d’un « facteur cheval », à un virtuose de « l’art brut » pour qui cette notion d’amateur ou de professionnel n’avait plus de sens…

Un jour, il décide de quitter sa vie d’artisan, de construire son propre bateau et de partir, tout seul, vers les Amériques :

« J’achetais des livres techniques, dépouillais toutes sortes de revues de yachting, regardais les plans et les récits des navigateurs à la voile, solitaires de préférence. Et la conclusion s’imposa à moi (…) Le mieux était de faire à mon idée (…) Je décidai de dessiner moi-même mon bateau. Les femmes qui veulent un sac à main se classent en trois catégories : celles qui prennent ce qu’on veut leur vendre, celles qui choisissent parmi ce qu’on leur offre, et c’est quelquefois très long, et celles qui disent : « je le veux comme ceci, comme cela ». Ce sont les plus emmerd… , mais au fond, celles que je respecte le plus. Après tout, c’est pour elles, le sac : pas pour moi ! Deux ou trois fois, la cliente a su bien m’expliquer sa conception, la dessiner. Quand j’ai eu compris, le résultat a été bon. Elles n’étaient pourtant pas du métier. Moi non plus, je n’étais pas architecte naval. Mais je pouvais essayer… »

Jean Lacombe, à propos de la conception de son premier bateau, Hippocampe.

Mise à l’eau d’Hippocampe à Sartrouville le 17 décembre 1953

 

« Hippocampe, conçu au hasard des idées de notre parisien populaire et archi terrien, retrouve les formes les formes les plus traditionnellement marines. C’est extraordinaire ! Ce bateau rejoint les admirables coques des petits bateaux cancalais, si profondes, si « coulées », qu’on les croirait faîtes avec de la glaise par les mains d’un sculpteur de génie ! Hippocampe serait peu commode pour la petite croisière. Mais l’Atlantique est assez profond. Et c’est là que Lacombe a compris : tel usage, telle forme ! Il a ainsi fait de son bateau « un petit roc », alors que la tendance de cent ans, en plaisance et en traversée solitaire, avait été de créer des « mouettes »

Jean Merrien, dans la préface de « A moi l’Atlantique »

 

Une publicité pour le livre récit de la première traversée de l’Atlantique de Jean Lacombe, 1957

 

Jean lacombe l’ingénu est devenu marin, cinéaste, photographe et même écrivain. Le film raconte avec les propres images du navigateur et les témoignages de ses amis, quelques-uns des épisodes de sa vie hors-normes.

Jean Lacombe est parti seul sur la grande mer ne sachant qu’à peine naviguer. C’est comme cela qu’il se retrouve un matin échoué sur une plage de Graciosa aux Canaries. Ce total manque d’expérience lui permet de vivre une expérience humaine exceptionnelle qui s’apparente à la fameuse scène de Fitzcarraldo, ce film allemand de Werner Herzog, sorti en 1982 avec Claudia Cardinale et Klaus Kinski…

Impossible de remettre Hippocampe à l’eau du côté où il s’est échoué à cause de l’état de la mer. Les habitants de Graciosa n’ont alors d’autre choix que celui de porter le bateau qui pèse quand même 2 tonnes de l’autre côté de l’île par-dessus une colline. Pas de machines. Tous les hommes vaillants participent à cette curieuse épopée. Le bateau glisse maintenu droit sur des rondins de bois…

Jean Lacombe à propros de cet épisode dans « A moi l’Atlantique ! »

« On prend la montée en biais, mais le bateau ne dérape pas. Dans les passages difficiles et les virages, il faut avoir recours à des leviers… Cette foule est adroite, calme, disciplinée. A tant d’hommes, tout est facile. Je comprends comment on a bâti les pyramides. Sous le soleil, les hommes transpirent. Voici Hippocampe au sommet. Il prend la pose comme un alpiniste victorieux. Je vais chercher ma bonbonne de vin et fais une distribution générale. On redescend de l’autre côté, sans que le bateau ne glisse. Ces gens sont vraiment des as. A midi, ça y est ! Hippocampe est à la petite crique, après avoir été traîné pendant plus d’un kilomètre. Mon cœur bat de joie. »

Après cette première traversée sur Hippocampe, Jean Lacombe décide de s’installer à New-York. Pierre Gazarian devient son grand ami :

 

Pierre Gazarian, l’ami français de New-York, le complice indéfectible de Jean lacombe

 

Pierre Gazarian qui témoigne dans le film nous a quitté depuis un an. Laurent Charpentier qui avait tourné à New-York cet entretien de Pierre parlant de Jean Lacombe pour mon film, vient de mettre en ligne sur son site un long moment de son évocation si sensible de mon héros. J’espère que là-haut, les deux indéfectibles amis se sont retrouvés  !

L’entretien bouleversant avec Pierre Gazarian tourné pour le film, ici en entier :

Cliquez sur ce lien pour écouter Pierre Gazarian :

https://vimeo.com/258217983

Il avait écrit aussi plusieurs textes pour parler de son ami Jean :

« Je vois arriver cet homme petit, carré, la tête un peu penchée de côté, comme un oiseau. Son teint est bronzé, ses yeux intenses et pétillants d’espièglerie : des yeux bleus gris de marin, phosphorescents, habitués à ce concentrer sur l’horizon. Nous allons déjeuner. Il s’installe, solide à table. Il verse le vin rouge. C’est un français. Non. Un parisien. Dans des conditions précaires, il trouve toujours le moyen d’inviter les copains. Jean, c’est le génie de la débrouillardise, c’est l’expert pour faire beaucoup avec rien, c’est l’anti gaspilleur rayonnant avec toujours une grande énergie physique et mentale. Il méprise tout ce qui est étriqué et rigide. Il avait le goût de la discussion. Il aimait la confrontation et mettre l’interlocuteur en porte à faux. Et pourtant, il avait aussi besoin d’être compris et admiré. Jean aimait le paradoxe. Il disait : « être premier, cest facile. Mais arriver dernier, c’est plus difficile. C’est ça la véritable épreuve ! Je ne sais combien de fois, j’ai voulu lui arracher quelques descriptions héroïques de ses traversées, mais sans succès… Il disait « Les problèmes, c’est avec les gens quand j’arrive. En mer je me débrouille… » La relation de Jean et de son voilier était très importante. L’un et l’autre se confondent, comme un cavalier et sa monture d’une façon animée, presque organique…  Pierre Gazarian 

Qui était Pierre Gazarian :

Né à Paris en 1932, Pierre Gazarian est arrivé à New-York à l’âge de 15 ans. A l’époque où il fait la connaissance du navigateur Jean Lacombe, il est président de Renault pour l’Amérique du Nord. L’un et l’autre, libres-penseurs à leur manière, seront des amis proches. Retiré des affaires en 1987, Pierre Gazarian publie des livres de poésie et donne des chroniques régulières au Suffolk Times, un hebdomadaire papier (et quotidien sur le Web) de la côte Est des Etats-Unis. Il décède chez lui, à Manhattan, le 8 février 2017.

Et pour retrouver les autres articles parus précédemment sur ce site à propos du film « moi jean Lacombe, marin et cinéaste » :

https://fabienneissartel.wordpress.com/tag/jean-lacombe/

 

Jean Lacombe sur Le tigre à New-York

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ALERTE ROUGE : aujourd’hui 7 juillet, tout le monde se promène !

Le métro Barbès Rochechouard à Paris non loin de la porte de la Chapelle,
vu par Plantu, 2017, pour l’association « Cartooning for Peace », tous droits réservés

Depuis ce matin 6 h, 2771 migrants de la Porte de la Chapelle à Paris sont mis à l’abri pour l’été dans des gymnases d’Île de France encadrés par une foule de CRS. On les entasse à la queue leu leu dans 60 bus aux destinations inconnues, pendant que des pelleteuses détruisent les traces de leurs oripeaux… Au même moment, d’autres migrants, des vacanciers, envahissent les routes et les trains pour rejoindre leurs lieux de villégiatures à la mer ou la montagne. Eux-aussi sont partis tôt. À Hambourg, il est dix heures et les dirigeants du monde entier viennent d’arriver en avion pour participer au G 20. Ils vont parler du climat, du terrorisme, du libre échange et de la sécurité. Un séjour de deux jours à huis clos sous haute surveillance. Dans les rues de la ville allemande, depuis l’aurore, des manifestants anti capitalistes marchent aussi. « Nous voulons leur faire savoir que nous sommes le peuple » disent ces individus dits «violents» qui vont essayer de s’infiltrer dans la zone dite «rouge» de l’assemblée des plus riches chefs d’états de la planète. Une trentaine d’actions sont prévues par ces militants déterminés venus du monde entier.
Quelle drôle de journée. Quel monde fou, n’est-ce pas ?

Et que retiendra l’histoire de cette journée ? Sans doute celle de deux premières rencontres : celle de Donald Trump et de Vladinir Poutine, et celle d’Emmanuel Macron et du président chinois Xi Jinping. Les images de ces deux poignées de mains feront alors le tour de la planète à la vitesse de la lumière…
Pendant ce temps-là, d’autres CRS (comprendre Collectif Roya Solidaire) de la vallée de la Roya continuent leur travail de fourmis, prennent des trains, chez eux, entre la gare de Garavan et de Vintimille à la frontière italienne, pour témoigner des agissements «hors la loi» des polices des frontières vis à vis de migrants mineurs.
Voir leur vidéo édifiante ici :

http://www.europe1.fr/societe/video-une-association-francaise-denonce-le-renvoi-expeditif-de-migrants-vers-litalie-3381857

Aujourd’hui, c’est aussi la 7ème étape du Tour de France, 213 kms entre Troyes et Nuits-Saint-Georges pour ce peloton qui traversera sous la canicule les plus beaux vignobles de France…
Oui, aujourd’hui 7 juillet, tout le monde se promène.
Alerte rouge !

Fabienne Issartel, réalisatrice, 7 juillet 2017

QUELQUES MOTS SUR MON PROCHAIN DOCUMENTAIRE

Après « Chacun cherche son train », je prépare un nouveau documentaire qui s’appellera

« (DELITS) DE SOLIDARITE »

Des médecins viennent en aide aux boat-people vietnamiens qui viennent d’être recueillis sur le Rose Schiaffino en 1987, photo Laurent Charpentier

Cliquez :

couverture dossier de DELITS DE SOLIDARITE – copie

Voilà ci-dessus la couverture du dossier de mon prochain documentaire qui interroge l’idée de solidarité vis à vis des migrants des années 70 à nos jours, solidarité qui est devenue aujourd’hui souvent un délit. Le travail militant des citoyens du Collectif Roya Solidaire dont je parle plus haut, sera l’objet d’une séquence de ce documentaire. Seule une réponse politique planétaire sans déni pourra répondre aux violences du monde et aux réalités climatiques, qui poussent des milliers de gens en détresse à quitter leurs maisons vers un destin incertain : des flux humains qu’on ne pourra pas indéfiniment contenir derrière les murs qui s’élèvent partout.
Dans les années 70 et 80, les boat-people asiatiques ont pourtant été accueillis à bras ouverts chez nous et se sont bien intégrés. Que s’est-il passé depuis ? Que vaut la vie humaine ? Celle d’un enfant français vaut-elle celle d’un enfant syrien ou érythréen ?
Que dévoile cette situation sur l’état de nos démocraties occidentales ?

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Le dernier train de nuit sera le mien ! « CHACUN CHERCHE SON TRAIN » sera REDIFFUSÉ à 0 H 25 le mercredi 17 janvier 2018 sur les chaînes de France 3 Nouvelle Aquitaine !

L’affiche du documentaire « chacun cherche son train » de Fabienne Issartel

Alors que l’on annonce, quelle tristesse, la disparition des trains de nuit en ce début janvier 2018 (http://www.liberation.fr/france/2017/11/27/nice-paris-requiem-pour-un-train-de-nuit_1612908), vous pourrez prendre place à bord de « Chacun cherche son train », et oui à 0 h 25, ce 17 janvier sur les chaînes de Nouvelle Aquitaine (après Enquête de région, c’est à dire tard, en troisième partie de soirée) pour une rediffusion. Belle projection à tous ceux qui n’ont pas encore vu cette petite fantaisie sur le temps et l’accélération du monde !

Lire aussi ici le bel article de Rosa Moussaoui à propos du film, paru le 30 juin dans l’Humanité :

http://www.humanite.fr/entre-les-rails-en-quete-de-nouveaux-horizons-638282

TRAINS DE NUIT /
Collectif « Oui au train de nuit »
ouiautraindenuit.wordpress.com

Dans le train de nuit paris Toulon dans « Chacun cherche son train »

Vous pourrez le regarder en direct à la télévision (si vous habitez des régions près de Bordeaux, Poitiers, Limoges), ou alors sur vos chaînes régionales via internet (répétez-les à l’avance selon vos opérateurs), ou encore directement sur votre ordinateur en cliquant sur ce lien de France 3 Nouvelle Aquitaine (une fenêtre s’ouvre et vous assistez au direct des 3 régions). 

Le lien pour ouvrir sur votre ordi cette fenêtre :

http://france3-regions.francetvinfo.fr/nouvelle-aquitaine/tv/direct/aquitaine

La gare de Limoges la nuit dans « Chacun cherche son train » de Fabienne Issartel

Le film « CHACUN CHERCHE SON TRAIN » : une réflexion sur le temps

« Immobiles devant les fenêtres du train, les écrans de cinéma ou ceux des ordinateurs, nous regardons défiler notre monde en pleine mutation. « Les écrans sont ces miroirs du temps qui annulent l’horizon » dit Paul Virilio, le grand penseur de la vitesse. « Alors, comment retrouver un rythme propre, un petit tempo battant au coeur de cette accélération inéluctable ? », se demandent les protagonistes du film, passagers en quête de sens sur le chemin furtif de leur vie et dont le train devient ici la métaphore. Un « film promenade » pour croiser dans les baies vitrées les reflets de nos âmes, qui le temps du film, sont « le paysage » mouvant d’un voyage. Où vont-ils tous ? Eux ? Moi ? Où allons-nous ? « Chacun cherche son train ». Un film en marche, dans lequel l’homme et la machine cherchent désespérément à s’aimer. Un film pour « refaire le monde » à notre image ! »

Image : Marine Tadié – son : Olivier Vieillefond – Montage : Xavier Franchomme –
Musique originale : Ariane Issartel – Une coproduction MARMITAFILMS/FRANCE TELEVISIONS
AVEC LES VOYAGEURS : Hermine Karagheuz, Pacôme Thiellement, Médéric Collignon, François Abdelnour, Klavdij Sluban, Benoît Duteurtre, Dominique Maugars, Marc Armengaud, Denis Brochard, Denis Sire, Yves Belaubre, Lola Salès, Pascal Desmichel, Julien Rapegno, Jean-René Malivert, Dominique Olivier, Michel Prioux et Rémi Sagot.
L’ouvrage « Grande vitesse » de Jochen Gerner, les arrangements pour orgue d’Antoine Bitran, les dessins de Ferdinand Dubreuil, les textes d’Alessandro Baricco.

(Retrouvez les visages des personnages du film dans un article sur le film du 5/07/16 sur ce site)
https://fabienneissartel.wordpress.com/2016/07/05/chacun-cherche-son-train-le-dernier-documentaire-de-fabienne-issartel-52-2016-sera-diffuse-le-26-septembre-2016-sur-france-3/

Le site Facebook du train des Mouettes : https://www.facebook.com/letraindesmouettes/

Quelques images du début du film ici :

Vous le savez, le 1er juillet 2017 a été inaugurée cette toute nouvelle ligne à grande vitesse Sud Europe Atlantique Paris-Bordeaux. Notre nouveau président n’était pas à bord finalement (car aux obsèques d’Helmut Kohl à Strasbourg), mais Nicolas Hulot et Elisabeth Borne ont fait le voyage. Le train est arrivé avec 2 minutes 35 » d’avance. Ce TGV qui s’appelle maintenant InOui, accueille donc depuis des voyageurs qui peuvent rejoindre Bordeaux de la capitale à 320 kms/h en 2 h et 4 minutes (contre 3 heures 14 précédemment). Cet événement après des travaux gigantesques engagés pendant plus de  4 ans, avait été le prétexte de ma réflexion pour imaginer la narration de CHACUN CHERCHE SON TRAIN, autour de l’idée de la vitesse, de la lenteur, du temps et du progrès. 

On sait que depuis il y a eu un certain nombre de dysfonctionnements dans les trafics ferroviaires…

Pour revoir l’émission spéciale de France 3 Nouvelle-Aquitaine relatant l’arrivée historique de ce premier train cliquez sur ce lien :

http://france3-regions.francetvinfo.fr/nouvelle-aquitaine/gironde/bordeaux-metropole/bordeaux/emission-speciale-arrivee-du-premier-train-ligne-grande-vitesse-paris-bordeaux-1288193.html

François Abdelnour, réalisateur, à gauche, et Klavdij Sluban, photographe, à droite, cherchent leur train dans un wagon immobile… Voyageurs de « Chacun cherche son train » de Fabienne Issartel

Que d’avancées depuis 1829 où la fameuse « Rocket » de George Stephenson fit sensation, circulant à Rainhill en Angleterre à 59 kms/h devant un public médusé et effrayé.
24 ans plus tard, en 1853, quatre trains reliaient quotidiennement Paris à Bordeaux, le train le plus rapide effectuant alors le parcours en plus de treize heures…
Pourquoi aller plus vite ? Que faire de « ce temps gagné sur le temps » ? Dans nos trains toujours plus performants les usagers seront-ils encore de vrais voyageurs ?

Travées de chemin de fer à la gare du Puy en Velay avant les travaux de 2017

La petite gare de La Ciotat où les frères Lumière ont tourné les premières images du cinéma n’a guère changée.

IL N’Y A PAS DE POUVOIR SANS VITESSE

La vitesse du train a fasciné les populations, fascination qui se rapproche étrangement de celle que nous avons pour le cinéma. La fenêtre du train est sans doute le premier écran de cinéma. Nous avons l’impression que le paysage y défile, alors qu’en réalité, le mouvement est dans la machine. Au cinéma, c’est pareil. Il n’y a que des photogrammes immobiles qui se succèdent, l’un après l’autre, grâce au mouvement d’une machine : le projecteur. Notre internet procède de ce même mouvement qui semble reproduire le réel, mais qui est en fait régi lui aussi par une machine. C’est un flux de données numériques – et donc échantillonnées, discontinues et circulant d’un point à l’autre à travers des câbles qui constituent un réseau semblable à celui d’un réseau ferroviaire. Marcello Vitali Rosati, professeur de Littérature et de culture numérique à l’Université de Montréal déclare d’ailleurs dans une de ses conférences :
« le train est l’ancêtre d’internet » !

Gare du Puy en Velay, « départ », photo F. Issartel

Mon premier voyage

Il y a eu pour chacun de nous un premier voyage en train seul. Le mien eu lieu peu après avoir eu mes 15 ans ! J’habite à ce moment-là dans la petite ville du Puy en Velay. C’est la fin de l’été. Je vais voir mon frère à Lyon. Le voyage de 135 kms dure 2 heures car le train s’arrête dans toutes les gares. La gare du Puy, un terminus, est presque déserte. Partir pour la première fois d’un terminus c’est étrange ! Mais d’un terminus on va forcément quelque part.
Le chef de gare que je surveille accoudée à la fenêtre, fenêtre qui s’ouvre encore à cette époque, siffle le départ de mon aventure. L’heure, c’est l’heure, et c’est encore et toujours le chef de gare avec son tout petit sifflet qui décide du départ. Le coup de sifflet doit être puissant, sec, déterminé. On doit l’entendre à l’autre bout du train.
Chaque départ me rappellera ensuite celui-là, un moment flottant où s’entremêlent les bribes du passé proche sur le quai avec cette promesse vague d’une arrivée à destination dont on est plus vraiment responsable. Un espace où tout se dissout, où l’esprit peut vaquer sans entraves. On glisse dans une extase cinétique en huis-clos avec la machine. Oui, je me souviens bien de cette drôle de sensation où je réalisais tout à coup :
« tiens, j’ai tout mon temps ! »

Dans le train entre Le puy en Velay et firminy

Pour que le train puisse passer là des hommes avaient dû travailler dur au péril de leur vie. Il avait fallu trouer les montagnes, construire des ponts et élever des murs pour que ce gros jouet puisse, en surplomb de la haute vallée de la Loire naissante, sinueuse et profonde, nous procurer ces sensations sauvages.

La vallée sauvage de la Loire naissante vue du train entre Le Puy en vêla et firminy, photo F. Issartel

Après avoir dépassé Firminy, j’arrivais enfin à Saint-Etienne. En 74, St-Etienne est une ville noire comme du cirage. Elle vit les derniers sursauts de l’ère industrielle : celle du charbon qui a vu naître le train ! Ces hangars immenses aux verrières cassées qui longent la voie de part et d’autre ne savent pas encore qu’ils deviendront les cathédrales du nouveau monde. Leurs toitures rouillées se plissent à perte de vue autour des terrils qui s’inclinent doucement sous le ciel rouge. C’est beau et triste : la fin de quelque chose qui ne reviendra pas, de mon enfance aussi sans doute, qui s’est évaporée dans le temps du voyage.

Les quais de la gare de Saint-Etienne Chateaucreux, 2014, photo Fabienne Issartel

A l’époque, c’est bien là, entre St-Etienne et Lyon qu’est née en 1833 la toute première ligne de chemins de fer de France, volonté des frères Seguin et de l’académicien Biot. L’idée était de trouver le moyen d’acheminer la houille et les minerais du riche bassin minier de Saint-Etienne vers la Loire, en direction de Roanne et Paris, ou alors vers le Rhône en direction de Lyon. Le charbon transitait ensuite par voies d’eau. Le premier parcours qui allait de St Etienne à Andrézieux, long de 21 kms, était d’abord équipé de rails en fonte posés sur des dés en pierre. Les wagonnets de marchandises, tirés par des chevaux puis par des locomotives, embarqueront finalement les premiers voyageurs en 1844.

Un des premiers billets de chemin de fer

Ma mère nous emmena un jour mon frère et moi au Musée du « vieux St-Etienne » où l’on pouvait voir le tout premier billet de chemin de fer connu en France, daté du 17 février 1834 et valable pour le trajet de St Etienne à Lyon. Nous regardions ce bout de papier jauni, orné d’une écriture à la plume avec déférence. Et je me souviens bien que sur la ligne « heure de départ », il était simplement mentionné : « à l’heure ! »

L’homme marche d’abord à côté de l’animal qui porte la charge. Puis l’homme invente le centaure, la monture : il est sur l’animal. Le cheval est beau depuis qu’on en a fait un véhicule, que les arabes ont créé « le pur sang ». La cavalerie va alors dominer le monde. Le cheval de guerre et celui de la poste sont les grandes inventions liées à l’idée de vitesse. Puis l’homme invente un véhicule dans lequel il entre. Il est à l’intérieur. Aujourd’hui, on invente des machines à ingurgiter, absorbées par le corps, des implants qui seront bientôt sans doute plus performants que nos propres organes…

Est-il encore possible de ralentir ?

Petite fille, j’avais pris maintes fois avec ma mère une toute petite ligne de chemin de fer disparue aujourd’hui qui allait à St Etienne. J’habitais alors le petit bourg de Pont-Salomon, juste à la limite de la Haute-Loire et de la Loire. Les jeudi, nous empruntions ce train pour aller acheter nos chaussures ou nos blouses d’école chez « Furtos». Les wagons étaient toujours bondés. Rares étaient les femmes qui possédaient un permis de conduire à cette époque. Tout ce beau monde coloré et criard s’entassait dans les compartiments. Les sandwichs, les pommes, le raisin en grappes et les gourdes de citronnade sortaient des filoches en plastique tressées. La nourriture était partagée avec enthousiasme et simplicité par les convives de hasard. On se faisait des copains qu’on retrouvait souvent quelques semaines plus tard sur la même ligne. C’était dans les années 64-65 et on s’amusait bien.

Une reproduction du petit train de Palavas aujourd’hui disparu, par le grand dessinateur Dubout, tous droits réservés

C’est ainsi que le train a dynamisé les campagnes au début, qu’il y eu un maillage du territoire aussi important que le maillage des canaux de l’ancien régime. Maintenant le TGV ne s’arrête plus dans les petites localités, et s’il veut tenir son temps – 2 h 05 pour notre nouvel INOUI – il faudra même qu’il ne s’arrête plus du tout !

Entre ceux qui ne peuvent pas descendre du train et ceux qui ne peuvent plus y monter, deux mondes se séparent.

Il n’y a pas de pouvoir sans vitesse.

Fabienne Issartel, réalisatrice de « Chacun cherche son train »

Un petit poème :

TRAIN

 

Voitures jaunes rouges à l’envers

coquelicots en genêts jaunes

car bleu et blanc

berline rouge,

se croisent et se dépassent.

Cyprès dans les jardins

les fils qui s’allongent,

identique toujours le poteau

devant mes yeux,

et encore,

ciel gris du souvenir

jardins

voitures jaunes rouges à l’envers.

Coquelicots en genêts jaunes

car bleu et blanc

berline rouge

se croisent et se dépassent.

Fabienne Issartel, 1975

 

 

Jean-rené Malivert de Limoges est un des nombreux personnages du documentaire « Chacun cherche son train » de Fabienne Issartel

 

Le film avait été rediffusé le 30 juin.
Merci à tous pour vos messages chaleureux qui témoignent de cette passion étrange que nous entretenons avec le chemin de fer !

 

« CHACUN CHERCHE SON TRAIN », de Fabienne Issartel, 52’, 2016
Quelques réactions des premiers spectateurs

« Chacun cherche son train » synthétise ta philosophie : la vie comme une promenade, une déambulation poétique enrichie par lectures et rencontres. Il dit que l’important du voyage n’est pas la destination, mais l’acte de se mettre en mouvement… Et pas n’importe comment : à pied ou en train, moyens propices aux rencontres et à la rêverie. Ce film est le manifeste d’un art de vivre en une déambulation littéraire et musicale. Laurent C. Photographe et journaliste

« Chacun cherche son train », c’est un film qui va à la vitesse des trains, à la fois un peu plus lent que la pensée, et un peu plus rapide que les actes (et parfois l’inverse). On ne cesse de voir le « paysage », même quand on écoute les paroles des acteurs. On passe d’un personnage à l’autre, on les perd, on les retrouve comme des passagers avec qui on se lie d’amitié. Les humains s’accordent comme les instruments d’un orchestre. Il y a une beauté douce, un lyrisme un peu cinglé, une énergie mélodique de poésie verlainienne. Ce n’est pas seulement un film qui épouse le lyrisme des trains, c’est un film qui nous montre que les trains eux-mêmes épousent le lyrisme des films. C’est un film sur un paradis perdu – qui est encore là. Le train est devenu la clé pour retrouver le rythme des vies : le train et les films de Fabienne Issartel.
Pâcome T. Ecrivain

Image 15Pacôme Thiellement a aussi pris mon train

Éloge de la lenteur et de la dérive, la SNCF n’a qu’à bien se tenir, au train où vont les choses !
Antoine B et K, musiciens

Ton film est dense au sens où il ne s’épuise pas après un premier visionnage. Car ton travail ne se « contente » pas de synthétiser quelques belles idées (ce qui ne serait déjà pas mal…), mais il produit une réflexion, donne à penser, à poursuivre le sujet-poétique. Le charme s’instaure au fur et à mesure, il gagne en puissance. Tu es pour moi à la croisée exacte du documentaire et du poétique. Pascal D. Géographe

C’est une caméra discrète et toujours amie, vers laquelle les gens sont à l’aise pour parler ou juste se taire, avec un petit sourire tout désarmé et un peu mélancolique, comme ce cheminot avec ses gravures. Je crois que c’était mon préféré… ou peut-être aussi le fils de cheminot qui raconte son enfance dans la minuscule gare de province déserte devant les guichets condamnés. Les choses que dit Duteurtre c’est aussi tellement vrai : on pensait qu’en pouvant faire les choses plus vite, qu’on aurait plus de temps libre. Mais non, on en fait juste toujours plus, et ça augmente notre course à la surproductivité. Bref c’est un film vraiment très délicat. Et puis les lieux sont beaux, parlants aussi, comme le Cirque électrique où le scénariste parle de Wenders avec Lola : on dirait un décor de Wenders en soi cet endroit ! L’image est toujours bien léchée, parfaite : techniquement c’est vraiment une grande réussite. Ariane I Violoncelliste.

Très bon moment de voyage dans le temps et l’espace immobile. Sylvie L. professeur d’anglais

Le résultat est étonnant ! J’ai beaucoup aimé l’ensemble des interventions: l’écrivain (génial), l’actrice, le géographe (émouvant quand il revient sur la gare de son enfance), le photographe, le musicien, les architectes, le fou des trains, le cheminot (essentiel) et le jeune cinéaste. Beaucoup de beaux moments, trouvant tous leur place. Au final, le train est plus qu’omniprésent (malgré ces difficiles conditions de tournage pour toi). Les lieux choisis (même à défaut dans un contexte très contraignant) emportent et donnent envie de les explorer. Et même de dériver à Paris. Lola S, Géographe

Peut-être qu’avec ce film les gens s’interrogeront aussi sur leurs relations avec les autres ? Parce qu’après tout, comme dans un train, on est tous…. embarqués pour une destination connue… ou pas ! Un film qui pose des questions philosophiques, économiques… sur la vie, l’espace, le temps, le travail, les rencontres, le voyage, un film universel, musical, drôle… La force ressentie aussi c’est le travail des hommes qui ont fait le train, le font encore aujourd’hui. Derrière il y a cette magie : « l’orgueil » et la nécessité du travail bien fait…. qui se perd aujourd’hui. Le train ne roule pas tout seul. Il faudra bien, je l’espère, qu’on se pose la question de son devenir : car c’est un moyen de transport écologique ! Or, aujourd’hui, les choix conduisent plutôt aux fermetures de ligne… Un bel hommage aussi au cinéma, à la photo et aux arts. Un film du présent, d’hier et pour demain, qui pose la question du devenir du train, la question de savoir comment on veut vivre.
Elisabeth M

Le train est un sujet en or et personne ne sombre dans la banalité. La richesse du propos – vitesse – temps – ennui – progrès – qui nous conduit à de belles interrogations (d’Illich à Virilio en passant par Fargue, Jarry et même Gébé !), s’équilibre avec un choix savoureux de documents anciens et de moments documentaires (le cheminot au musée, la séquence du train en retard, le passionné et sa maquette de « tout l’Ouest américain dans 21 m2 »).
J’aime particulièrement certains partis-pris :
– ta voix et son propos (l’écriture, la tienne je présume… inspirée, comme souvent… Ce « quelque part qui ne mène nulle part » mais nous conduit là où tu as choisi de nous emmener
– les voix off, en particulier celle d’Hermine (belle à l’image et à entendre)
– la séquence de Pacôme tenant la partition au trompettiste (superbe !)
– le cheminot qui parle du métier avec amour sans excès de nostalgie
– la ballade en « train longtemps » comme on dit à La Réunion (on lit l’émotion dans les yeux d’Hermine)
– le clin d’oeil au Western (encore Hermine et son foulard sur la bouche)
Je t’avais déjà fait part de mon appréciation sur la qualité du regard qui filme. Les images sont belles et au service de ton propos.
Et puis les cordes et le vent… Excellent choix musical pour ressentir les vibrations de CHACUN CHERCHE SON TRAIN, un film qui nous fait avancer dans le besoin de ralentir !

Arnaud B. photographe.

Une voix un peu magique et qui à elle seule est déjà invitation au voyage, celle de la réalisatrice… Les trains, qu’ils soient à l’arrêt, en attente d’une prochaine course ou filant sous nos yeux… ce même pouvoir de nous emmener, loin. Et l’on revit ici ces moments uniques, ceux de la solitude, quand le regard erre sur le paysage, abandonné à ses pensées. Ou un livre sur les genoux, de temps à autre on lève la tête pour voir ailleurs, un horizon plus vaste. Des trains qui invitent à la rencontre. Aller vers soi mais aussi vers l’autre. Connu, inconnu. Les conversations se prolongent, sans cette vibration qui emporte, elles n’auraient pas vu le jour, on se surprend soi-même avant de surprendre l’autre. Des trains, invitation à suspendre le mouvement incessant de nos vies, tandis qu’eux s’animent et se hâtent à notre place.
Anne-Marie M. Psychanaliste

Madame ISSARTEL, oui, nous faisons un peu partie du même clan, ceux qui dans le train voient autre chose que le déplacement. Le mot « voyage » est déjà plus large, et comme vos voyageurs, nous aussi nous cherchons notre train : bon, nous sommes un peu fous, et il en faut, non ?
Olivier J. du train des Mouettes

J’ai trouvé la narration originale et les images très belles. Il y a quelques envolées philosophiques qui m’ont laissé à quai mais tu as bien choisi tes « personnages ». J’aime beaucoup ce que dit Benoit Duteurtre. Et il y a la musique, le choix des images d’archives et un « rythme » : c’est un documentaire poétique. C’est à la fois très contemporain puisque cela interroge notre époque et la forme m’évoque un style « expérimental » des années 1960. Ton commentaire est assez ambitieux au plan intellectuel (ce qui ne me semble plus être à la mode… à une époque où il faut que tout propos soit facilement assimilable par tous) . Vu l’éloge de la lenteur sous-jacent, on peut dire que, si ton film a un train de retard, ça peut être un compliment, non ? Et les faits montrent souvent qu’un train de retard équivaut à un coup d’avance.
Julien R. Journaliste

Je viens de découvrir ton film absolument magnifique, fort, allant à l’essentiel. Heureuse vraiment d’avoir pu le voir tant il questionne sur les fondamentaux de nos vies, croisements, chemins, destinations, strates temporelles superposées, parallèles, tendues, distendues, élasticités, plasticités de nos espaces intérieurs et extérieurs. Nous sommes accompagnés tout au long du film par un rythme et une musicalité tout en finesse et une grande inventivité. Tout cela a fait écho en moi. Catherine N. Artiste Pluri médias

je viens de découvrir votre film : « Chacun cherche son train ». Hé bien c’est formidable de montrer ainsi l’évolution du système ferroviaire depuis l’origine. J’ai quitté Paris dans les années 1964 pour habiter en banlieue parisienne (Sarcelles) et les trains étaient encore tractés par des machines à vapeur. C’était fascinant. A la gare de Bobigny, maintenant désaffectée pour le trafic voyageurs, nous voyons passer lentement de longs trains de marchandises dont le bruit saccadé des roues sur les rails évoque les trains de déportés embarqués dans cette gare à partir de juillet 1943 dans des wagons à bestiaux vers Auschwitz. 22500 personnes ! Henri B. membre de l’Association «Les Familles et Amis des Déportés du Convoi 73»

Laurence et moi venons de regarder ton film. Il est super. Pas formaté. C’est de la télé comme on l’aime. Tous ceux qui t’aiment prendront le train !
Captain Cavern, Dessinateur

C’est vraiment une très belle réussite, où chacun trouve son bien dans ce voyage poétique et intellectuel. J’ai été particulièrement sensible à l’imaginaire ferroviaire, nourri d’archives cinématographiques et de réflexions sur le rythme, le temps, la vitesse chez Jarry, la lenteur chez Fargue. Nous avons d’autant plus apprécié la citation finale de Nicolas Bouvier que nous avons connu et aimé son auteur. Jean-Pierre P. Écrivain et Spécialiste du cinéma d’animation

Très intéressant ! Ton film me fait penser à ce qu’a écrit Henri Vincenot dans La vie quotidienne dans les chemins de fer au XIXe siècle (Hachette, 1975) : « Donner l’heure, pour un cheminot, ne consistait pas à suggérer une vague idée, à deux ou trois minutes près, mais à indiquer l’instant à la minute qui s’écoule. Cet état d’esprit fut le résultat d’un dressage. Les premiers salariés du rail arrivaient dans cette profession avec des notions très élastiques du temps. Certains savaient à peine lire un cadran et, qu’ils vinssent des chantiers, de l’artisanat, du commerce ou de l’agriculture, ces gens appréciaient l’heure à la hauteur du soleil au-dessus de leur tête et à l’état de leur estomac. Il était midi lorsqu’ils avaient faim, il était l’heure d’aller se coucher lorsqu’ils avaient sommeil. Le chemin de fer dut tout enseigner aux Français à ce sujet. Non seulement aux cheminots, mais aux voyageurs. Dans une série de caricatures, Daumier et ses confrères ont dessiné des scènes prétendument comiques et qui, effectivement, faisaient rire aux larmes nos aïeux, et qui maintenant, hélas! ne font plus rire personne. Manquer son train, être pénalisé pour trente secondes de retard était pour eux amèrement drôle parce qu’illogique. Être rappelé à l’ordre par la rigueur d’une machine était, en 1840, pour un homme normal, une mésaventure tellement monstrueuse et paradoxale qu’elle provoquait le rire. On riait parce qu’une civilisation aussi rigide et inhumaine semblait condamnée d’avance.
Il y a maintenant des horloges pointeuses pour régler la vie des moindres bureaux, même au Vatican, et depuis longtemps nous avons pris l’habitude d’obéir sans sourciller aux ordres de la mécanique que nous avons inventée ! Le chemin de fer fut le commencement de l’apprentissage de cet illogisme. »
A.

TGV, photo F.Issartel

Le site de Marmitafilms :

http://www.marmitafilms.fr/project/chacun-cherche-son-train/

Le train des Mouettes

http://www.traindesmouettes.fr/le-parcours-et-infos-pratiques

 

 

LIRE AUSSI CET AUTRE ARTICLE SUR LE FILM SUR MON SITE :

https://fabienneissartel.wordpress.com/2016/07/05/chacun-cherche-son-train-le-dernier-documentaire-de-fabienne-issartel-52-2016-sera-diffuse-le-26-septembre-2016-sur-france-3/

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BORIS PAHOR EN ROUTE POUR L’ÉTERNITÉ

La statue de Boris Pahor érigée en avril 2017, dans le parc Tivoli de Ljubljana, Slovénie, photo Igor korsic

Depuis le jeudi 8 avril 2017 se dresse dans le parc Tivoli de Ljubljana, capitale de la Slovénie, un nouveau mémorial dédié à l’écrivain slovène Boris Pahor. Evènement assez extraordinaire et rare, dans la mesure où le héros a pu assister en chair et en os à son érection.

Inauguration le 6 avril 2017 du mémorial de Boris pahor à Ljubljana en présence du héros,
Photo Borut Zivulovic/Bobo, droits réservés

Oui, ce fut un moment surréaliste que de voir surgir dans le paysage de ce jardin de ville tranquille, cette statue géante hyper réaliste, jaugeant du haut de ses deux mètres de ferraille, son modèle vivant de 104 ans un peu interloqué.
C’est que Boris Pahor ne mesure qu’à peine 1 mètre 68 !
Le monument a été réalisé par le sculpteur Mirsad Begić.
Non loin de lui, est installée depuis 2005 une autre statue réalisée par le sculpteur Boštjan Drinovec. C’est également un homme de fer mais à taille humaine cette fois-ci. Il est assis sur un banc et regarde fixement le monde avec gravité, la tête légèrement penchée. Il a l’air de réfléchir. C’est Edvard Kocbek, poète, écrivain et homme politique slovène.

la statue d’Edvard
Kocbek dans le parc Tivoli de Ljubljana

Voilà que les deux hommes sont à nouveau réunis. Car ils se sont bien connus, et se sont soutenus mutuellement dans leurs luttes contre l’injustice. Tout au long de leur vie,les deux amis n’ont cessé de dialoguer jusqu’à la mort de Kocbek en 1981.

« Je ne savais pas que ma statue allait être aussi grande », me confie Boris Pahor un peu embêté en évoquant la taille plus modeste de celle de son aîné Kocbek. « On ne m’en avait envoyé que des petits bouts pour avoir mon accord. Et je n’avais aucune idée de l’échelle de l’ouvrage ».

Il y a 80 ans, les tous premiers articles de Boris Pahor le triestin, alors aux prises avec le fascisme de Mussolini, avaient été publiés sous un pseudonyme à Ljubljana dans les revues d’avant-guerre d’Edvard Kocbek, lui-même alors proche des « Personnalistes » de la revue Esprit à Paris, et engagé dans les combats contre les franquistes de la guerre d’Espagne et les exactions de l’église catholique.
Après la deuxième guerre mondiale en 1952, alors que Kocbek est victime à son tour de la censure du régime de Tito, placé sous surveillance et mis à la retraite forcée, c’est Boris Pahor qui lui redonne voix et médiatise son histoire hors du rideau de fer dans sa revue ZALIV, une tribune à Trieste pour les intellectuels en résistance au totalitarisme communiste. Pour avoir défendu Kocbek, Pahor sera ensuite interdit de séjour en Slovénie pendant 30 ans.

ZALIV qu’il co-signait avec l’écrivain triestin Aloz Rebula fut sans doute l’un des objets les plus recherchés par les douaniers de l’ex-Yougoslavie à cette époque. Il fallait empêcher sa pernicieuse diffusion à tous prix.

Edvard Kocbek et boris Pahor en 1960

Bien plus tard, en 1989, Boris Pahor racontera en détail le récit des vicissitudes de la vie de Kocbek, embastillé dans son propre pays qu’il avait pourtant si bien contribué à libérer. Dans « Ta océan strasno odprt » (« cet océan meurtri », 1989), Boris Pahor expose de façon méthodique, chirurgicale, les dérives au jour le jour du régime Tito, dont son ami Edvard devenu la bête noire.

Edvard Kocbek en statue dans le parc Tivoli de Ljubljana

On traite Boris de vieux fou qui s’acharne sur les cadavres. Le livre n’est jamais traduit. Je le trouve par hasard dans un coin de la librairie slovène de Trieste et le confie à une amie de Ljubljana, reconnaissante d’avoir pu, grâce à moi, découvrir ces côtés sombres de la Slovénie qu’elle ignorait.

« Cet océan meurtri », livre de Boris Pahor 1989, capture d’écran du film « Boris Pahor, portrait d’un homme libre » (réal. F.Issartel)

Et Boris Pahor a continué inlassablement à chercher les preuves de ce qu’il savait être vrai.Quand nous nous sommes rencontrés en 2008, il m’en parlait régulièrement.
Et voilà qu’il y a un mois, un nouveau livre a fait irruption dans l’espace public comme une bombe. C’est celui d’Igor Omerza qui a retrouvé et produit tous les documents officiels qui attestent maintenant des intuitions bien fondées de Boris Pahor.

« Je suis en train d’étudier tout ça », me dit Boris Pahor. « C’est moche ! »

Alors, l’écrivain qui a presque 104 ans s’est remis à la tâche pour lire et commenter ces nouveaux éléments. Il faut imaginer Boris à moitié aveugle,tapi dans sa chambrette dont il a fermé les volets pour échapper à la canicule, pulsant des mots comme un boxeur sur sa Remington dont il ne trouve plus si facilement les rubans encreurs. Il faut imaginer sa détermination, son ardeur de Sisyphe heureux et incarné !

Maintenant, Edward et Boris sont à nouveau réunis. Formidable et absurde situation…
Eux qui ont payé au prix fort leurs engagements sont là, étrangement côtes à côtes, figés pour l’éternité dans leur gangue de fer au beau milieu de ce paisible jardin de Ljubljana. Que vont-ils se dire pendant des siècles et des siècles de toute cette drôle d’histoire ? Qui enregistrera leurs conversations ? Où sont placés les micros ?

Les mains de l’écrivain Boris Pahor et sa revue ZALIV

… Peut-être enfin seuls, entendront-ils quelques mots de leur cher poète KOSOVEL :

SEUL

L’homme est étale.
Le monde s’est écarté, loin, étrangement.
tu erres et tu divagues ça et là, perdu,
Tout est parti à la dérive, tu ne sais où.

Le radieux visage s’est éteint dans la grise pénombre;
En moi se mirent les châtaigniers nus
Et les feuilles foulées aux pieds dans la pluie
Pourrissantes sous les arbres.

Oh ! Je crierais jusqu’à ce que mon cri revienne
Des montagnes, des bois, des vallées,
Mais je tremble de rester seul
Avec le vide mille fois répercuté.

Texte traduit par Viktor Jesenik et adapté par Marc Alyn,
Kosovel, poètes d’aujourd’hui, Seghers, 1965.

Dans une ferme du Karst en Slovénie, lieu de résistance du front de libération pendant la deuxième guerre mondiale

A propos du livre d’Igor Omerza

Voilà ci-dessous le lien vers un article en slovène qui parle de la sortie du livre d’Igor Omerza, dans lequel est détaillée la surveillance de Boris Pahor par la police secrète :

https://marijanzlobec.wordpress.com/2017/05/22/borisa-pahorja-je-nadzorovala-udba/

Le livre de Igor Omerza sorti en mai 2017 chez un éditeur slovène de Klagenfurt (Autriche) raconte comment Boris Pahor a été surveillé pendant des années par la police secrète yougoslave

Quelques précisions résumées ici pour les français qui voudraient en savoir plus :

L’Udba (police secrète de l’ex Yougoslavie) s’est intéressé à Pahor à partir de 52. Fin 51, il avait écrit une critique élogieuse de « Peur et courage » de Kocbek dans le journal Primorski dnevik,car le livre avait été condamné par le PC yougoslave en décembre 51.
Par la suite il sera aussi suspect pour :
– Sa participation à la revue « Sidro in tokovi » (l’ancre et les courants) (53-56)
– La publication de la revue Zaliv
– La création en 1968 de la « Gauche slovène » à Trieste
– La publication de « Odisej ob jamboru » où il attaque Kardelj (le théoricien du titisme entre autre)
– La publication en 1975 de « Kocbek, témoin de notre temps » dans la revue Zaliv
– En 70 et 77, il est suspecté d’être l’auteur de tracts hostiles
– La défense de Viktor Blažič et Franc Miklavčič (76-77)
– Sa collaboration dans les années 80 à Nova revija et à l’Association des écrivains slovènes

Igor Omerza, l’auteur, avait aussi publié en 2010 « Edvard Kocbek, dossier personnel 584 », biographie politique de Kocbek.

Boris pahor en route vers l’éternité entre les mains de son créateur, le sculpteur Mirsad Begić

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« PRINTEMPS »et « ETAT DE SIEGE », « films promenade » de Fabienne Issartel réalisés en 1996, font écho à la vie qui va !

Le printemps c’est demain !

VOICI DES LIENS VIDEO POUR VISIONNER deux films de 1996 :  

« Printemps », 37′ & « Etat de siège », 21′

Les deux films ont d’abord été mis en ligne par Laurent Charpentier le caméraman. « Printemps »numérisé par Yoann Chenin & « Etat de siège » par Alain Longuet. Merci à eux.

Un peu de lecture accompagne les films, un texte sur ma  « Dé-marche », quelques précisions sur les conditions des tournages, ainsi qu’un beau texte tout à la fin de Pacôme Thiellement qui a vu « Printemps ».

BONNES PROJECTIONS !

« PRINTEMPS »
Un film promenade de Fabienne Issartel, 37′, 4/3, 1996

Image : Laurent Charpentier
Son : Renaud Colas
Musique originale : Thierry Fournier
Musique live : Akosh S

Avec par ordre d’apparition :
Akosh S/Muriel Foures/Solveig Domartin/
Marie Baron Renault/Charlie Schlingo/
Claude Baron Renault/Raymond Mantchala/
Régine Fraval/Eric Roussel/
Claude Rizzo/
Les enfants : Juliette G., Juliette M et Zacharie G./
Hélène Hottiaux/Marc-Edouard Nabe/Gérard Tallet

ce film a été tourné le 1er et 2 juin 1996, à Paris, le long du canal Saint-Martin de République (rue du Fb du Temple) à place Stalingrad, et dans les cafés : l’Atmosphère (scène avec Akosh S/générique début), au Rapid Wolf de la gare de l’Est (scène de nuit), et au Jemmapes (le matin avec Charlie et Marie)
Moyens techniques : Jean-Stéphane Michaux, Corinne Bopp, Jean-Luc Bouvret, Charlotte Meunier
Autoproduction

Tournage de « Printemps », film de Fabienne Issartel, le 1er juin 1996
A la caméra : Laurent Charpentier
Preneur de son : Renaud Colas
Assise sur la barrière : Fabienne Issartel

Le site de laurent Charpentier :
www.laurentcharpentier.com

ETAT DE SIEGE, 1995, a été mis en ligne en janvier 2018 par Laurent Charpentier qui en a fait l’image. Vous le retrouverez sur Viméo, via son site, et aussi sur ma toute nouvelle chaîne youtube.

 

L’affiche du film « état de siège », un film de Fabienne Issartel, 1995

« État de Siège« , un film promenade de Fabienne Issartel, 1996, 21’, autoproduction,

avec Muriel Fourès et Gérald Valmer Mulot, 

Image : Laurent Charpentier, son : Fabienne Issartel, Montage : F. Issartel et L. Charpentier,

Décembre 95 : en ce 14ème jour des grandes grèves quasi générales contre le plan Juppé, il n’y a plus de métros, plus de bus, plus de trains… C’est le blocus total. Et il fait froid, très froid. Pendant que beaucoup de parisiens se retrouvent dans des situations inextricables, notamment pour aller travailler, deux amis désoeuvrés décident de profiter de ce moment béni pour découvrir la Seine sur les bateaux-mouche mis gracieusement au service des parisiens par la mairie. Ce voyage sans but devient alors, pour Muriel et Valmer, au fil de l’eau un acte poétique, une expérience initiatique innattendue qui transforme peu à peu cet état de siège en état de grâce. La Seine, à ce moment donné, devient le personnage principal du film, l’esprit du lieu. Elle est l’histoire ! À la lisière du documentaire et de la fiction, les courts-métrages de Fabienne Issartel mettent en scène des promeneurs non-acteurs circonscrivant de leurs pas des espaces urbains. L’apparente futilité du quotidien est sous-tendue par une idée du sens de la vie. « Qu’est-ce que la vie ? La vie est une longue promenade. Qu’est-ce qui nous pousse à avancer ? L’étrange banalité. Où allons-nous ? Vers ce quelque part qui n’est peut-être nulle part ! » 

Ce film a été numérisé par mon ami Alain Longuet. Merci à lui.

Pour voir le film, cliquez ici :

 

PRIORITE PIETONS OU LA NAISSANCE DES « FILMS PROMENADE »
par Fabienne Issartel, réalisatrice

Un jour d’hiver 1985, je marchais dans la neige à 5 h du matin dans le quartier Montorgueil. Mes pieds dessinaient dans cette virginité ouatée les premiers signes visibles de vie de cette journée historique pour moi. Je me retournais un instant tout en haut de la rue des Petit Carreaux dans le deuxième arrondissement de Paris pour le constater. L’empreinte de mes pas avait ouvert la route. Pourquoi diable n’y avait-il personne ce jour-là dans cette rue du centre de Paris non loin des vieilles Halles ? C’était inhabituel. Un rêve presque. Je me souviens. Il faisait très froid et j’étais harassée. Je n’avais pas voulu me reposer. Au contraire. J’avais tout fait pour échapper à mon destin, pour être à priori incapable de mettre un pied devant l’autre, ayant passé la nuit à épuiser unes à unes méthodiquement les compagnies aléatoires dont tout somnambule professionnel sait faire bon usage. Au-delà de la limite, la limite est dépassée. Aller jusqu’au bout pour déjouer la chance. Pourquoi ? Pour apercevoir l’au-delà sans doute, au bord du bord… C’est un jeu que l’on aime à 20 ans. Je me souviens. Ce matin là, mes pas crissaient dans la rue blanche et déserte et je me demandais avec justesse, avec acuité, qui j’étais ? Peut-être ce dessin tracé d’un chemin derrière moi, pas plus, pas moins, pulsé par la mesure battue de mes semelles.
Seule dans la ville si blanche et si froide, j’allais tourner mon tout premier film. C’était enivrant. Je me souviens. Il allait falloir que je sois un réalisateur qui réalise, qui sait ce qu’il veut et qui assume ce qu’il voit. Cela faisait peur. Je m’en souviens bien. Toute à cette concentration et dans une excitation bizarre, je retrouvais presque en lévitation mon équipe de tournage passage du Désir, sur le boulevard Magenta, non loin de la gare de l’Est. Formidable journée pendant laquelle j’oubliais toute fatigue et qui fut déterminante. Car ça y’était. J’avais été mordu par le grand serpent. Le plaisir de découvrir ce pourquoi on est fait, ce n’est pas rien. Si tourner des films, c’était ça, alors je décidais ce jour-là d’en faire toute ma vie et de ne plus faire que ça.
C’était une autre façon d’écrire le dessein de mes pas et de mes errances, de donner des visages aux rues, de faire battre le cœur de la ville à coups d’instantanés, de circonscrire l’esprit des lieux.

Fabienne Issartel par Hervé Sellin 1985

Alors je suis partie de là où j’étais, de mes pieds. Car c’est ainsi que je conçois la vie depuis toujours, comme une promenade où il faut savoir suivre ses pas. Les marcheurs regardent la ville et moi je regarde les marcheurs. Ce sont dans ces regards croisés que s’opèrent les modestes évènements quotidiens essentiels à la vie, générateurs de convivialité et d’humanité. « Les films promenade » sont nés d’évidences. L’aventure est au coin de la rue pour celui qui regarde les choses à sa hauteur. On s’arrête, on sourit, on discute, on s’installe à une terrasse, sur le parapet d’un pont, ou dans le travelling d’un bus. Et tout cela pour voir le ciel, la lumière d’un jour rouge qui disparaît, ou sous des trombes d’eau les flashs d’acier sur nos ombrelles d’outremer. Et il y a aussi les jours sans, où tout est bouché et où il n’y a que nous. Nous, les paysans de Paris, enfants du « grand monde » comme des bistrots picaresques, dandys effrangés de la nuit, sommes les orphelins toujours heureux sur les trottoirs célestes, de Léon-Paul Fargue et des poètes. La peinture du monde est d’abord infime. Elle donne la priorité aux piétons de toutes les vagues et de tous les temps, qui habitent ontologiquement leur vie là où ils sont. De celui qui immobilise les voitures au milieu du cours de Vincennes pour regarder passer un étrange groupe de mouettes, à ceux, les Zarathoustras ordinaires, qui veillent à Ménilmontant du haut de leur lucarne sur le ventre de Paris : tous ont le sang qui bout. Cela me plaît.
« Même si on nous donne des trucs pour rouler plus vite sur les trottoirs, on marche toujours, on marche toujours…» dit Denis B. à la fin de mon film « Chacun cherche son train ». Voilà des phrases, qui moi me donnent la chair de poule, qui valent de l’or quand elles sont prononcées devant ma caméra avec une gravité inspirée. Des moments qui me donnent envie de mettre une fois de plus la clé sous la porte et de repartir vers ce quelque part qui n’est peut-être nulle part, seule, le nez au vent, juste avec mes yeux, pour continuer à vivre et à tourner des « films promenade ».

Fabienne Issartel, réalisatrice

Le fameux panneau « PRIORITE PIETONS » présent partout dans les de Paris des années 80

 

Voilà un texte de Pacôme Thiellement qui a vu « Printemps », Pacôme avec lequel je projète de tourner prochainement un film que j’appellerai « Pacôme Thiellement ou l’androgynie du coeur », et dans lequel on va beaucoup marcher. 

 

« NOTRE CINEMA, FABIENNE ISSARTEL »

Un texte de Pacôme Thiellement, mars 2017

Pacôme Thiellement en promenade à Montmartre, 2015, photo Fabienne Issartel

Printemps, d’abord, c’est de la musique. Un son incroyable : le saxophone soprano d’Akosh dans une improvisation fiévreuse au bar L’Atmosphère un soir. Un son capable à lui seul de ressusciter immédiatement les années 90 à Paris si vous les avez vécues… A l’époque, on pouvait encore fumer dans les bars et ça se voit immédiatement : les gens sont intenses ; ils ont une ivresse joyeuse, amoureuse, lyrique. La cigarette, c’est l’innocence des poses cinématographiques. Jouer à fumer « comme les stars », faire semblant de savoir fumer jusqu’à qu’on fume vraiment. Jouer à vivre « comme les grands » jusqu’à comprendre que c’était ça, vivre, justement. Qu’il n’y avait rien de plus vivant que cette innocence, cette jeunesse.
Printemps, ensuite, ce sont des hommes et des femmes qui parlent. Ils parlent d’amour bien sûr : de sexe, de beauté, de conneries, de vie future et de réincarnation. Ils s’étalent sur les pelouses. Ils dansent. Ils chantent même ! Mais surtout ils marchent. Ils marchent le long du canal Saint-Martin et le ciel est bleu. Fabienne Issartel, c’est le cinéma des poètes, des errants, des piétons de Paris. La marche, ce n’est pas l’innocence comme la cigarette ; mais c’est encore plus beau : c’est le début du nouveau monde, la victoire sur l’Enfer. C’est peut-être le sens du fragment énigmatique de Walter Benjamin : « Vaincre le capitalisme par la marche à pieds. » On n’a jamais vu un tyran, un affameur ou un businessman se promener.
Dans Printemps, on a l’impression de voir des hommes et des femmes libres. Ou plutôt on les voit en train de se libérer. De quoi se libèrent-ils ? De ce qui les détermine et de ce qui les entrave, de ce qui les sépare et de ce qui les enferme. Ils se libèrent de leur solitude ; ils se libèrent de leur prison. Fabienne Issartel, c’est le cinéma de l’amour qui circule entre les êtres. Et ils sont tous beaux, tous. Pourquoi ne le seraient-ils pas ? Puisque Fabienne Issartel les aime pour ce qu’ils sont, tous. Un peu comme Giacometti qui répétait à Genet : « Comme vous êtes beau ! Comme vous êtes beau ! » alors qu’il dessinait son portrait avant d’ajouter : « Comme tout le monde, hein ? Ni plus ni moins. »
Jusque là, le cinéma n’a pas été fait pour nous. Il ne nous parlait pas, ne nous regardait pas : il nous tournait même le dos. Nous avons besoin d’un cinéma qui nous ressemble, un cinéma qui nous aime et qui nous le montre. Nous avons besoin d’un cinéma dans lequel on puisse marcher.
Printemps, ça date du milieu des années 90 et pourtant ça semble avoir été fait ce matin. Plus exactement, ça a été fait (vécu, tourné, monté) pour ce matin. Vingt ans ont passé qu’on a vécu les yeux fermés ou occupés d’autre chose. C’est maintenant, et maintenant seulement, que les films de Fabienne Issartel peuvent rayonner de leur poésie solaire, de leur lumière d’avant midi.
Nous avons besoin du cinéma de Fabienne Issartel. Libre, ouvert, intense, au plus près de l’instant, aéré comme un jour de printemps : notre cinéma, ni plus ni moins.

Pacôme Thiellement, mars 2017

http://www.pacomethiellement.com

« Printemps », un film promenade de Fabienne Issartel, 37′, 1996

Printemps est le dernier de mes « films promenade » des années 90 autoproduits. C’est sans doute le plus abouti techniquement, puisqu’il a même été mixé. Il est accompagné d’une musique originale très sensible et nerveuse composée sur mesure par le grand Thierry Fournier. Le tournage s’est déroulé sur deux journées autour du canal Saint-Martin. Une grosse organisation préalable avait été nécessaire pour organiser la venue des 16 personnages sur les lieux du tournage à des heures bien précises. Nous n’étions que trois : moi, Renaud Colas au son et « Le précieux » Laurent Charpentier à la caméra, un marin qui en avait « vu d’autres » et qui m’accompagnait avec passion dans ces aventures filmiques, y compris sur les montages. Son sens du cadre parfait, son enthousiasme désintéressé et son endurance hors-normes, ont permis que ces « films promenade » existent. Dévoué corps et âme à mon idée d’un travail à la fois très préparé mais aussi totalement ouvert au dernier moment à la spontanéité des personnages, il a été mon double. C’est d’ailleurs grâce à lui et via son site Viméo que ce film est aujourd’hui en ligne. Merci à lui. L’occasion de jeter un coup d’œil attentif sur son travail de photographe « qui a vu du pays ».
Á l’époque de Printemps, je vivais avenue Mathurin Moreau dans le 19 ème arrondissement de Paris près du parc des Buttes Chaumont. Je descendais par la rue Juliette Dodu, jusqu’à la cour intérieure de l’hôpital Saint Louis où je donnais mes rendez-vous, histoire de prendre l’air dans un endroit qui a de l’allure. Par l’avenue Richerand, à la nuit on rejoignait le canal pour prendre l’apéro de l’autre côté, à l’Atmosphère, toujours bien reçus par Souad, sa sœur et sa mère. Akosh S que l’on entend dans mon générique de début, un excellent musicien hongrois, jouait souvent dans ce café : au moins toutes les deux semaines. Solveig Dommartin -la grande dame des « Ailes du désir »- habitait une rue juste derrière et l’on pouvait terminer la soirée chez elle avec les amis. C’est grâce à Muriel Fourès que je connaissais depuis les années 80, et qui avait appelé sa fille Tarzana, bien avant de faire du trapèze elle-même (justement avec Solveig) que je l’avais connue. La belle amitié profonde de ces deux filles de grand caractère m’avait touchée.

Solveig Dommartin et Muriel Fourès.
Tournage de « Printemps », film de Fabienne Issartel, le 1er juin 1996

D’où l’idée de les filmer ensemble là, entre le canal et la gare de l’est, et notamment au Rapid Wolf où les nuits se terminaient toujours en poésie. J’avais aussi remarqué que Marie la jeune fille avec les grandes jambes, rencontrée dans une laverie de la rue St Sauveur en 1983, s’entendait fort bien avec Charlie, le dessinateur qui cocotte du nougat et qui me fait encore hurler de rire. Marie, avec sa voix de poupée fascinait Charlie Schlingo. Ils étaient très contents de se revoir à cette occasion et l’addition de Charlie – petits calvas du matin »- au bar le Jemmapes fut d’ailleurs salée.

Charlie Schlingo au café « Jemmapes », tournage de « Printemps » (film de Fabienne Issartel), 1er juin 1996

Gérard Tallet serait le docteur, son vrai métier qu’il avait exercé sur les bateaux de croisière, et aussi au sénat, une fonction qui nous permettait de profiter certains jours de la maison dédiée dans le jardin du Luxembourg. J’y retrouvais souvent Marc-Edouard et Hélène, un vrai couple « bras dessus, bras dessous » dans le film : mes chers promeneurs d’un dimanche au bord de l’eau… Régine et Eric allaient avoir un enfant. Ils étaient dans un tournant de leur vie. Claude ma belle violoncelliste n’était pas à une promenade près. Ce fut un plaisir pour elle de parler à ce garçon étrange au longs cheveux, Raymond, danseur infatigable de mes nuits au Satellit café de la rue de la Folie Méricourt.

« Printemps » de Fabienne Issartel, 1996

Enfin, un des rôles principaux fut donné à Claude Rizzo, le pêcheur du canal, l’amoureux dont je ne dirai rien, sinon qu’il fut parfait, et bien au-delà du moment de ce tournage… Beaucoup des protagonistes de Printemps nous ont aujourd’hui quitté. Mais ils sont avec moi, et un peu avec vous maintenant aussi. Bonne projection !

Tournage de Printemps, avec Solveig Dommartin et Muriel Fourès
Réalisation Fabienne Issartel
Paris, 1er juin 1996

Mes « films promenade » avaient été montrés en 2012 en VHS sur une télévision, dans une cave, durant les « Portes ouvertes » de la ville de Bagnolet

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