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DERNIÈRE AVANT-PREMIÈRE FRANCAISE DE « BORIS PAHOR PORTRAIT D’UN HOMME LIBRE » À SRASBOURG LE 20 JUIN À 18 H AU CINÉMA ODYSSÉE

Deux articles à propos de mon documentaire : http://blogs.mediapart.fr/blog/alicia-deys/081014/boris-pahor-un-sommet-d-humanite

« Jeune homme de 101 ans, dont l’énergie,  l’esprit critique, la rébellion contre l’oppression sont restés intacts, Boris Pahor est un poète, un homme phare. « Portrait d’un homme libre«   tisse méticuleusement son parcours incroyable, au cœur d’une Europe ensanglantée et meurtrie, chamboulée de toutes parts,  y compris dans ses frontières  et dans ses valeurs profondes. Pour lui-même, et au nom des siens – la communauté slovène à laquelle il appartient-, Boris Pahor n’a jamais cessé de  déclarer son amour pour la langue,  en premier lieu sa langue maternelle, longtemps interdite-, langue pour laquelle il s’est battu sans relâche, langue  grâce à laquelle il a pu renaître des cendres  et recouvrer son identité d’homme libre. »

http://www.humanite.fr/boris-pahor-portrait-dun-homme-libre-554108

« Des quais de Trieste aux reliefs tourmentés du plateau du Karst, Fabienne Issartel saisit avec une grande générosité la silhouette frêle et décidée du vieil écrivain. Ce « Portrait d’un homme libre » est aussi retour sur un siècle de résistances et de profonde humanité. » Rsa Moussaoui. 

Boris Pahor, infatigable, en route, accompagné de Liza Japelj, pour une nouvelle rencontre à Tours en mai 2015. Une étape de la grande tournée des projections du documentaire

Boris Pahor, infatigable, en route, accompagné de Liza Japelj, pour une nouvelle rencontre à Tours en mai 2015.
Une étape de la grande tournée des projections du documentaire « Boris Pahor, portrait d’un homme libre ». Photo Fabienne Issartel

Cliquez icci pour le flyer de la projection de Strasbourg : FlyerPRINT-BPahor-Strasbourg (Side 01) Résumé du film : FlyerPRINT-BPahor-Strasbourg (Side 02) La dernière étape de notre valeureuse tournée avec Boris Pahor, 102 ans, pour faire connaître le documentaire « Boris Pahor, portrait d’un homme libre »,  aura lieu à Strasbourg le 20 juin au cinéma Odyssée à 18 h. Ce sera la toute dernière avant-première française. Suivront ensuite, comme vous l’espérez tous, de belles diffusions sur les chaînes de télévisions européennes, qui permettront au plus grand nombre de faire connaissance avec mon héros. Nous attendons toutes les propositions qui conviendront à ce film atypique.

Boris Pahor et Fabienne Issartel arrivent à l'aéroport de Lyon Saint Exupéry début mai 2015.A

Boris Pahor et Fabienne Issartel arrivent à l’aéroport de Lyon Saint Exupéry début mai 2015.

A Luc en Diois, à l'occasion de la commémoration du 8 mai 45, Boris Pahor confie au député de la Drôme Hervé Mariton, son attachement à l'oeuvre de l'écrivain Vercors, et notamment à sa fameuse nouvelle

A Luc en Diois, à l’occasion de la commémoration du 8 mai 45, Boris Pahor confie au député de la Drôme Hervé Mariton, son attachement à l’oeuvre de l’écrivain Vercors, et notamment à sa fameuse nouvelle « le silence de la mer ». Le soir même avait lieu dans le village une projection de notre documentaire devant 200 personnes. Autre étape de notre tournée début mai 2015. Photo Fabienne Issartel.

La projection de

La projection de « Boris Pahor, portrait d’un homme libre » à Luc en Diois dans la salle des fêtes le 8 mai 2015.

Boris Pahor sera présent à Strasbourg pendant trois jours. Le 19 juin à 17 h, une rencontre sera organisée également à la librairie Kléber et Georges Federmann Président du Cercle Menachem Taffel lui remettra à cette occasion le prix Véronique Dutriez. Véronique Dutriez, présidente du MRAP à Strasbourg, n’a pas survécu à l’agression dont elle a été victime avec son époux Georges Federmann, psychiatre. « Le 15 novembre 2005, un ancien patient a fait irruption dans notre cabinet et a tué Véronique. J’ai reçu 4 balles dans le corps. Au-delà de la douleur profonde et cruelle liée à l’absence de ma femme, je poursuis les œuvres que nous avions bâties ensemble pour rester fidèle à sa mémoire. » Déclare Georges Federmann. Un hommage spontané avait eu lieu le mardi 17 novembre 2005 en fin d’après-midi. Environ 250 personnes se sont recueillies à la mémoire de Véronique Dutriez devant le lieu du drame. Le même jour se tenait à Strasbourg un colloque sur la médecine nazie. Georges et Véronique devaient y participer. Georges et ses amis du cercle Menachem Taffel voient enfin leurs efforts couronnés : un geste de mémoire officielle sera enfin inscrit à l’Institut d’anatomie de Strasbourg pour signaler le massacre génocidaire survenu au camp du Struthof tout proche des 86 Juifs victimes de la déraison de la médecine nazie. http://www.revue-quasimodo.org/PDFs/9 – Federmann.pdf

Georges Federmann et Véronique Dutrie

Georges Federmann et Véronique Dutriez

« Il aura fallu la mort de Véronique pour que cette demande soit entendue par les autorités », déclare Georges Federmann. En tant que médecin psychiatre il se sent aujourd’hui alerté par une médecine à deux vitesses encore tentée par une ségrégation quasi raciale à l’égard des sans-papiers et démunis. Le prix Véronique Dutriez pour les droits des « sans-papiers » remis chaque année veut mettre en lumière une personnalité humaniste dont la vie a été guidée par le devoir de mémoire et de justice au service des humiliés et des démunis. Boris Pahor a mené toute son existence dans cette perspective. Il recevra ce prix 2015 à la librairie Kléber le 19 à 17 h. Venez nombreux pour le féliciter ! ATTENTION : SIGNATURES-DEDICACES DES OUVRAGES DE BORIS PAHOR à 16 h AVANT LA REMISE DU PRIX : Boris Pahor sera à la librairie Kleber pour signer ses ouvrages et vous rencontrer avant la remise du prix entre 16 h et 17 h.

Boris Pahor et Fabienne Issartel avec sa caméra lors du tournage au camp du Struthof dans les Vosges en 2009. Photo Sylvie Goubin.

Boris Pahor et Fabienne Issartel avec sa caméra lors du tournage au camp du Struthof dans les Vosges en 2009. Photo Sylvie Goubin.

Ciquer pour voir le PDF de l’événement à Strasbourg : affiche Pahor-bd L’annonce de la venue de Boris Pahor sur le site du camp du Struthof : http://www.struthof.fr/fr/actualites/fiche/boris-pahor-a-strasbourg/

L’annonce de Médiapart :

http://blogs.mediapart.fr/blog/alicia-deys/170615/boris-pahor-strasbourg

Je raccompagne Boris Pahor à son hôtel non loin de la rue de la Gaieté en juin 2014. Photo Liza Japelj.

Je raccompagne Boris Pahor à son hôtel non loin de la rue de la Gaieté en juin 2014. Photo Liza Japelj.

Le dernier article paru dans les dernières nouvelles d’Alsace (en entier pour les abonnées seulement) : http://www.dna.fr/edition-de-strasbourg/2015/06/12/boris-pahor-temoin-de-l-indicible

Grande salle, Cinéma l'Odyssée, Strasbourg.

Grande salle, Cinéma l’Odyssée, Strasbourg.

L'article dans le quotidien DNA annonçant la venue de Boris Pahor à Strasbourg du 19 au 21 juin.

L’article dans le quotidien DNA annonçant la venue de Boris Pahor à Strasbourg du 19 au 21 juin.

Le contenu de l’article dans les dernières nouvelles d’Alsace du 13 juin : STRASBOURG Il reçoit le prix Véronique Dutriez du cercle Menachem Taffen Boris Pahor, témoin de l’indicible Il a été ce « pèlerin parmi les ombres », témoin de l’horreur des camps nazis auxquels il survécut : l’écrivain slovène, Boris Pahor, 101 ans, est l’invité de la Ville de Strasbourg. Si, comme de nombreux historiens l’affirment, le XXe  siècle commence avec le déclenchement de la Grande Guerre, c’est alors bien un témoin du XIXe  siècle qui sera reçu par la Ville de Strasbourg, vendredi prochain. La chose nous semble inouïe aujourd’hui, mais Boris Pahor est né sujet de l’empire d’Autriche-Hongrie, en août 1913, lorsque les Habsbourg régnaient sur sa ville natale de Trieste, en Slovénie. C’était un an avant que l’Europe ne s’embrase, mais à l’horreur des tranchées allait succéder un autre rendez-vous vertigineux avec la mort. Et de celui-là, de l’exercice méthodique du crime et de la cruauté, de cette manifestation du plus total déni de la dignité humaine, Pahor sera le témoin au plus près. Entré dans la résistance yougoslave, il est arrêté et déporté. Une trajectoire suivra dans l’indicible, dans l’impensable, dont les stations auront pour noms Natzweiler-Struthof, Dachau, Mittelbau-Dora et Bergen-Belsen. De cette voix qui fait douloureusement écho à celle d’un Primo Levi, de ces mots qui entrent en résonance avec les peintures hallucinées d’un Zoran Music, le lecteur français avait pu découvrir, en 1990, à la faveur d’une traduction du slovène, signée Andrée Lück Gaye, toute la force dramatique – froide, clinique, et pourtant émouvante. En longs paragraphes, couvrant parfois plusieurs pages, Boris Pahor se faisait, au Struthof, P èlerin parmi les ombres (éditions La Table Ronde). Deux temporalités s’y articulaient l’une à l’autre : celle de la déportation, d’une traversée de l’enfer nazi dont la relation participe du défi de « l’incommunicable » ; et celle d’un Pahor retournant bien des années plus tard, dans ces hauteurs vosgiennes apaisées, réactivant sur place une mémoire meurtrie, imperméable aux attentes des visiteurs contemporains du site. De ce rapport quasi-hermétique du passé au présent, que double pourtant cette nécessité morale de témoigner, Pèlerin parmi les ombres est totalement imprégné. Peut-on encore parler aux morts ? « En cet instant, j’aimerais dire quelque chose à mes anciens camarades mais j’ai l’impression que tout ce que je leur dirai en pensée sera faux, écrit-il. Je suis vivant, voilà pourquoi mes sentiments les plus sincères sont quelque part impudiques. » Familier de la capitale alsacienne, dont il avait reçu en 2012 la médaille d’honneur de la Ville, Boris Pahor en est une nouvelle fois l’invité ainsi que du cercle Menachem Taffel qui lui remettra son 9e prix Véronique Dutriez. Il sera également accueilli par la librairie Kléber . Il y évoquera, en dialogue avec Georges Federman, sa trajectoire d’homme libre. Celle d’une conscience happée par la terrible mécanique de l’Histoire, d’un adolescent qui assiste, médusé, en 1920, à l’incendie de la Maison de la Culture slovène par les fascistes italiens. De quoi ancrer au plus profond de son âme cette volonté de s’exprimer à jamais, comme homme et comme auteur, dans cette langue slovène qu’on tenta de lui interdire. Ce refus de toute forme d’autoritarisme l’avait également conduit, en 2004, à participer, à Strasbourg, à un appel « contre l’extrémisme », lancé alors par la municipalité, en réaction à la tenue d’un meeting du Front National. Il y disait son espoir en l’homme. Mais sans angélisme, racontant comment, au sortir des camps, il eut l’impression de retrouver « le paradis terrestre ». Pour découvrir l’horreur de la bombe atomique. SERGE HARTMANN Rencontre avec Boris Pahor, vendredi 19 juin, à 17 h, à la librairie Kléber. © Dna, Samedi le 13 Juin 2015 – Tous droits de reproduction réservés

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STANDING OVATION PENDANT DE LONGUES MINUTES POUR BORIS PAHOR après la projection de mon documentaire « Boris Pahor, portrait d’un homme libre », 98’, AU FESTIVAL ETONNANTS VOYAGEURS DE SAINT-MALO LE DIMANCHE 24 mai À 14H À LA GRANDE PASSERELLE

Affiche Boris Pahor sans

Saint-Malo veille sur ses Etonnants Ecrivains Voyageurs de mai 2015. En sortant du restaurant avec Boris Pahor.

Saint-Malo veille sur ses Etonnants Ecrivains Voyageurs de mai 2015.
En sortant du restaurant avec Boris Pahor.

Un étonnant voyageur arrive ce samedi 23 mai 2015 par le train du livre. C'est Boris Pahor, le doyen du festival.

Un étonnant voyageur arrive ce samedi 23 mai 2015 par le train du livre. C’est Boris Pahor, le doyen du festival.

Salle comble pour cette projection à la Grande passerelle, un lieu qui vient d’être inauguré à St Malo d’une remarquable qualité technique. Une cinquantaine de personnes ont dû néanmoins rebrousser chemin par manque de place. La plus grande salle avait été donnée à Michel Serres en face à la même heure. A la fin de la projection, quand nous entrons dans la salle, Boris Pahor et moi, le public se lève et applaudit à tout rompre pendant de longues minutes.Je regarde les gens un par un et je vois qu’ils ont des larmes dans les yeux. Puis je dis quelques mots avant de laisser la parole à Boris Pahor. Chaque fois le miracle se reproduit. Les gens n’en reviennent pas de voir entrer en chair et en os le héros de mon film dont la facture s’apparente quelque peu à de la fiction. Boris Pahor, 102 ans leur parle en flots continus de l’esprit de résistance qui a régi toute sa vie. Je lui tiens le micro. Yann Nicol, médiateur du débat ne peut pas « en placer une » non plus. Tous ces moments sont à vivre au présent comme s’ils étaient les derniers. Alors nous écoutons Boris bien sagement comme des enfants.

Une petite photo envoyée par Michel et Michèle venus de la Ville Jaunet à côté de Saint-Brieuc. Après la projection du film, la rencontre avec Boris Pahor, Fabienne Issartel et Yann Nicol

Une petite photo envoyée par Michel et Michèle venus de la Ville Jaunet à côté de Saint-Brieuc. Après la projection du film, la rencontre avec Boris Pahor, Fabienne Issartel et Yann Nicol

« La grande passerelle » à St Malo, lieu de notre projection « Etonnants Voyageurs »

Boris Pahor au 25 ème festival Etonnants Voyageurs. Mai 2015.

Boris Pahor au 25 ème festival Etonnants Voyageurs. Mai 2015.

Pour lire le carnet de bord du festival par l’express : http://www.lexpress.fr/culture/livre/25-ans-d-etonnants-voyageurs-a-saint-malo_1683257.html Extrait du journal de bord : « 9h30: ça gronde au wagon-restaurant. La file d’attente s’allonge, le préposé aligne les cafés sans discontinuer, à croire qu’il n’y a que des Balzac dans le train. En attendant les effets du divin breuvage, l’heure est plutôt au recueillement – pensées profondes les yeux fermés, lectures assoupies, etc. Seul, ou presque, un petit homme semble avoir tous ses esprits et n’hésite pas à donner de la voix. Petit homme, mais grand écrivain, le doyen du TGV, Boris Pahor, affiche 101 ans et demi et une santé de fer. L’auteur slovène du Pèlerin parmi les ombres, récit de sa déportation dans un camp nazi en France, fera l’admiration de tous, trois jours durant. »

Boris Pahor et le grand écrivain d'Afrique du sud Breyten Bretenbach après leur rencontre du lundi 25 mai

Boris Pahor et le grand écrivain d’Afrique du sud Breyten Bretenbach après leur rencontre du lundi 25 mai

« cela commence dès le train qui emmène les participants, le samedi, premier jour du festival. Le Slovène Drago Jancar écrit comment, en 2003, un jour de grève, il a attendu sur le quai en compagnie du Triestin Boris Pahor, et s’est demandé si celui-ci se souvenait de la gare parisienne où il était arrivé, au printemps 1945, en provenance du camp où il avait été déporté. » Extrait de l’article de Libération  : http://www.liberation.fr/livres/2015/05/22/etonnants-voyageurs-l-odyssee-du-livre_1314789

Dans le livre

Dans le livre « 25 ans d’Etonnants Voyageurs », le texte de l’écrivain slovène Drago Jancar, qui raconte un voyage en train vers St Malo qu’il a fait avec Boris Pahor.

Dans notre train du livre de retour vers Paris, l’atmosphère était plutôt joyeuse. Les deux écrivains triestins devisaient avec entrain dans leur dialecte. Je faisais aussi l’extraordinaire rencontre de l’écrivain haïtien Frankétienne. Et Breyten Bretenbach était là lui aussi, par hasard… Moment de grâce…

Boris Pahor et son ami l'écrivain triestin Paolo Rumiz dans le train du livre au retour du festival lundi 25 mai 2015

Boris Pahor et son ami l’écrivain triestin Paolo Rumiz dans le train du livre au retour du festival lundi 25 mai 2015

Dans le train de retour du 25ème festival des Etonnants Voyageurs. En face de Boris Pahor (et moi) l'écrivain haïtien Frankétienne, Paolo Rumiz et aussi Breyten Bretenbach.

Dans le train de retour du 25ème festival des Etonnants Voyageurs. En face de Boris Pahor (et moi) l’écrivain haïtien Frankétienne, Paolo Rumiz et aussi Breyten Bretenbach.

Et le lendemain après une courte nuit près de la gare Montparnasse, nous repartons vers Tours où une nouvelle rencontre a été organisée par une association franco slovène et le comité de jumelage de Montbazon. Nouvelles conférences de Boris Pahor infatigable et projection du film…

A l’heure où se déroulait la panthéonisation officielle à Paris, Boris Pahor remettait un premier prix du concours de la résistance à une belle jeune fille à la préfecture de Tours. Un symbole fort qui montre que l’esprit de résistance de Boris Pahor perdure, tourné vers l’avenir. « N’oubliez jamais que le Mal peut revenir. Lisez des livres que vous choisissez vous-mêmes pour vous faire une idée personnelle de l’histoire et écrire votre avenir ».

L’esprit de résistance est avant tout évidemment une décision individuelle. La culture a un grand rôle à jouer dans cette liberté d’engagement citoyen. Dans ce domaine, Boris Pahor nous montre encore aujourd’hui cette voie.

Boris Pahor remet un premier prix du concours de la résistance à la préfecture de Tours le mercredi 27 mai 2015.

Boris Pahor remet un premier prix du concours de la résistance à la préfecture de Tours le mercredi 27 mai 2015.

Puis nous reprenons le train, encore et encore. Boris est un peu fatigué mais heureux.

Boris Pahor et Liza Japelj dans le train de retour Tours Paris le mercredi 27 mai 2015. Une leçon de vie en direct devant mes yeux !

Boris Pahor et Liza Japelj dans le train de retour Tours Paris le mercredi 27 mai 2015. Une leçon de vie en direct devant mes yeux !

LE DOCUMENTAIRE

« Le documentaire « Boris Pahor, portrait d’un homme libre » donne la parole au grand écrivain slovène de Trieste, Boris Pahor, 101 ans, rescapé des camps.

Boris pahor au camp du Struthof en 2009 lors de mon tournage. Photo Sylvie GoubinI

Boris pahor au camp du Struthof en 2009 lors de mon tournage. Photo Sylvie GoubinI

Cet européen humaniste qui a traversé le siècle nous livre sa vision d’un monde où, pour gagner sa liberté, il a dû sans arrêt lutter contre les totalitarismes qui ont croisé sa vie. Tout commence à Trieste en 1920 quand il voit enfant les « Chemises Noires » de Mussolini mettre le feu à la Maison de la Culture Slovène tout près de chez lui. Puis on lui interdit de parler sa langue slovène. Le petit Boris doit devenir italien de force. Ce traumatisme sera le moteur de sa vie. Toute fumée ensuite, et jusqu’aux rougeoiements le soir dans le ciel de Trieste, lui rappelleront sans cesse que l’incendie lui a volé son âme. C’est avec la culture justement et sa machine à écrire qu’il participe auprès des siens – les slovène – à la résistance contre le fascisme, le nazisme, puis plus tard, le communisme de Tito. Il sera conduit pour cela, après 43, dans les camps nazis. Interné notamment en France au camp du Struthof, il ne devra sa survie qu’à sa capacité à parler de nombreuses langues étrangères et notamment l’allemand. Son récit des camps, « Pèlerin parmi les ombres », publié d’abord en France en 90, est souvent comparé à celui de Primo Levi « Si c’est un homme ». De retour à Trieste, après la guerre, il dirige une revue littéraire engagée – « Zaliv » (« Le Golf ») – qui est acheminé clandestinement vers la Yougoslavie, redonnant du souffle à ceux auxquels on a muselé la parole derrière le rideau de fer. Il paye cher sa liberté. Toujours boycotté d’un côté en tant que slovène par les intellectuels de la communauté italienne de Trieste, il est aussi interdit de séjour de l’autre, par la Slovénie de Tito. Il passe ainsi une grande partie de son existence dans l’anonymat. Professeur de littérature italienne pour gagner sa vie, il poursuit inlassablement son travail d’écrivain dans la cave de sa maison qu’il appelle son « bunker » ou au sein de la nature sauvage du plateau du karst. « Reconquérir dans ma langue mon pays, c’est la première liberté que je me suis donnée ! », dit Boris Pahor. En 2008, après voir lu avec infiniment de plaisir ses ouvrages traduits en français, je décide d’aller lui rendre visite chez lui à Trieste. L’homme m’intrigue ! Le rendez-vous est fixé. Je prends le train… Ce jour-là, quand j’arrive, il me tend joyeusement « La Républica », et « Le Picolo », deux importants quotidiens italiens qui consacrent des pleines pages à l’histoire de Boris Pahor. Je comprends rapidement que cet événement qui coïncide bizarrement avec notre rencontre est exceptionnel. Car Boris Pahor a vécu jusqu’à ce jour sans connaître la célébrité à laquelle il pouvait légitimement prétendre. Avec la réédition de son livre sur les camps – « Necropoli », préfacé par le célèbre écrivain Claudio Magris, l’Italie découvre tout à coup l’existence de ce nouvel héros de 95 ans. Boris Pahor devient alors en quelques mois la coqueluche de tout le pays qui s’émeut de son destin. L’engouement médiatique autour de lui ne cessera plus ensuite. Pas un jour sans que Boris Pahor ne se produise ici ou là, pour raconter inlassablement son histoire, celle de son peuple slovène, et exposer ses points de vues tranchés. Reçu en « prime-time » sur les chaînes de télévision, recevant des récompenses de toutes sortes, il sera même pressenti plusieurs fois pour le Nobel. Moi aussi j’ai été fascinée par l’énergie de Boris Pahor, par ce petit homme porté par la force de ses engagements et qui semblait faire fi du poids des âges. Le filmer serait la bonne façon de rendre compte de sa dimension évidente de personnage. Il fallait faire ce film. C’était une évidence. Son courage, et aussi le mien en donnerait sans doute à d’autres ! Alors, Boris Pahor m’a raconté son histoire, par bribes, dans un excellent français, et le récit de sa vie s’est naturellement superposé au journal de nos rencontres entre 2008 et 2013, de la France à l’Italie, et de la Slovénie à la Belgique. Que ce soit avec Stéphane Hessel à Paris, au camp du Struthof dans les Vosges, chez lui à Trieste, ou encore à Bruxelles, pour une remise d’une médaille du Citoyen Européen, Boris Pahor ne vrille pas dans sa tétermination, toujours préoccupé de vérité et de justice. Il s’applique à transmettre son message de mémoire, mais aussi d’amour pour l’humanité. Car il aime à dire que l’amour l’a sauvé de tout. Son amour pour les femmes, pour « la femme », transparaît partout dans son oeuvre dans des pages très sensuelles. Son amour pour la vie se lit en direct, dans ses yeux irradiant d’une lumière étrange, quand il aborde à la fin du film, dans la brume au sommet du Nanos, l’idée de sa propre disparition. « Vivre en homme libre rendrait-il immortel ? » La réalisatrice Fabienne Issartel

Fabienne Issartel. Autoportrait à l'hôtel Océania de St Malo, après une belle soirée au festival Etonnants Boyageurs 2015

Fabienne Issartel. Autoportrait à l’hôtel Océania de St Malo, après une belle soirée au festival Etonnants Boyageurs 2015

UN PORTRAIT EN FORME DE PAYSAGE !

la jetée de Trieste

la jetée de Trieste

« L’expérience des camps pour Boris Pahor, forcément fondamentale, occupe dans le temps une seule année de sa longue vie, mais un an où il aura su rester vivant. Sans doute avait-il en lui cette propension rare, hors-norme à l’espérance. Le film raconte justement comment cette résistance intérieure lui a non seulement permis de survivre dans l’environnement hostile des camps, mais aussi de savoir conquérir sans cesse, avec courage et opiniâtreté, de nouveaux champs de connaissance et de liberté. Car la culture, l’instruction, et la littérature ont été ses chemins d’émancipation. C’est notamment grâce à sa bonne pratique de plusieurs langues étrangères qu’il devra sa survie dans les camps. L’esprit de Camus, de Dostoïevski, de Baudelaire ou encore du poète slovène Srecko Kosovel ont guidé sa vie. « J’écris pour tous les humiliés », déclare-t-il, faisant sienne la déclaration en 1954 de Camus dans « l’Eté » : « Oui, il y a la beauté et il y a les humiliés. Quelles que soient les difficultés de l’entreprise, je voudrais n’être jamais infidèle ni à l’une ni aux autres. »

Sur ma table de chevet d'Etonnants Voyageurs, quelques livres fétiches que j'emmène avec moi : Heiner Müller, le discours de Suède de Camus et aussi le recueil chez Seguers du poête visionnaire slovène Kosovel que Boris Pahor adore.

Sur ma table de chevet d’Etonnants Voyageurs, quelques livres fétiches que j’emmène avec moi : Heiner Müller, le discours de Suède de Camus et aussi le recueil chez Seguers du poête visionnaire slovène Kosovel que Boris Pahor adore.

Mes tournages – qui n’étaient à priori au début qu’un premier travail de repérage – ont démarré en 2008 dès notre première rencontre, chez lui, dans les hauteurs de Trieste. Six ans plus tard, je réalisais que j’avais chez moi quelques 120 h de rushs : précieuses archives tournées dans plusieurs pays. N’ayant trouvé aucun diffuseur français voulant s’impliquer financièrement dans de ce film, je continuais néanmoins à le retrouver dès qu’une opportunité se présentait, caméra à la main. Il y a un an et demi, je décidais qu’il était temps de donner à ce film sa forme avec les éléments tournés. J’avais hâte tout à coup de pouvoir montrer des images à mon héros. Je procédais alors au montage, d’abord seule, puis avec l’aide de Slobodan Obrenic et de Thomas Bertay de Sycomore Films. Peu à peu le portrait se dessinait sous mes yeux, trouvait naturellement sa vie et les rythmes dont j’avais imaginé les grandes lignes. Pour ce « portrait » qui implique à 100 % son portraitiste, – moi -, je décidais d’abord d’éliminer du film tout intervenant extérieur qui parlerait de Boris Pahor à sa place. L’omniprésence de notre personnage de 101 ans serait la ligne de force du documentaire. J’en étais convaincue ! Il faudrait comprendre comment un homme peut tisser la trame de son propre destin dans le temps donné de sa vie, avec les éléments incontournables et réels de toute existence : l’histoire d’une enfance, d’un peuple et d’un pays. Pour Boris, cette réalité nauséabonde avait surgi bien tôt dans son existence de petit garçon… Quelle avait pu être l’incidence de l’exercice de la littérature dans sa façon d’appréhender le monde ? Autrement dit, quelle part de fiction l’artiste écrivain Boris Pahor a-t-il pu ou su insuffler dans sa propre vie ? Je voulais réaliser là, autour de Boris Pahor, un film universel. Un film où l’on verrait vivre et parler un personnage archétypal, auquel chacun pourrait s’identifier comme dans une fiction. Un film avec un héros. Et Boris Pahor en avait de toute évidence l’étoffe ! J’imaginais que le film devait s’articuler autour d’une succession de plusieurs plans, qui feraient échos à ceux du paysage de Trieste. Au premier plan, donc il y aurait d’abord le corps de Boris. Car c’est son corps qui s’impose d’abord à mon regard. Celui d’aujourd’hui. Celui d’hier. « L’image n’a pas de passé », dit Bachelard. Je suis fascinée par son corps de vieillard qui est aussi un corps d’enfant. Jeune, il était déjà dans cette ambivalence. On peut le constater sur les photos. Filmer le corps de Boris Pahor serait donc une de mes priorités. La façon dont il tient ses mains par exemple est éloquente, car ses mains doublent sa pensée, et parfois, la précèdent. Souvent, elles sont posées devant lui ostensiblement, les doigts longs et reptiliens en attente. Soudain de mystérieux tempos les mettent en mouvement et la parole advient… Quand on le regarde en train d’écrire, la détermination avec laquelle il imprime son énergie sur les touches manuelles de sa machine à écrire est également significative. De toute évidence, son corps a la parole ! Une parole qui lui a été arrachée enfant, quand le slovène, sa langue maternelle lui fut interdite dans les rues et les écoles de l’Italie fasciste. Son corps a dû développer alors naturellement cette expressivité presque animale, garante de sa survie. Aujourd’hui encore, je vois que sa présence physique impressionne toujours ses interlocuteurs. Son rapport à l’idée de l’amour qui se révèle dans une expression littéraire éminemment sensuelle, relève sans doute de ce statut que Boris Pahor a su donner à son propre corps notamment dans les camps : une forme de respect total pour le corps humain érigé en absolu ! Au deuxième plan, on trouve les paysages de la région où il est né : celui de Trieste et de son arrière-pays. C’est un autre corps vivant dans lequel il est enchâssé, suscitant à la fois attirance et malaise au gré des évènements plus ou moins tragiques dont il est le théâtre. Pour aller de la mer Adriatique du golfe de Trieste jusqu’aux plus hauts sommets des Alpes Juliennes, il faut entre les deux, traverser ce plateau du karst, creusé de grottes souterraines qui s’insinuent au centre de la terre. La réalité physique, topographique une fois de plus, de ce paysage tridimensionnel, décrit les lignes de forces cosmiques du paysage mental, intérieur, de Boris Pahor, omniprésent dans son œuvre. Il fallait donc filmer avec soin ces trois lieux emblématiques, ces trois niveaux de conscience du paysage que sont la mer Adriatique, le plateau du Karst et les montagnes des Alpes Juliennes. « Quand je suis à la montagne », dit notre héros, « j’ai envie de retourner au bord de la mer. Et dès que je suis devant la mer, j’ai envie de rechausser mes chaussures de montagne ». Boris Pahor est un marcheur. Il a beaucoup pratiqué la randonnée en haute montagne, notamment autour du mont Triglav, dont les trois dents acérées du sommet orne le drapeau slovène. Au troisième plan du film, on trouve le corps des livres de Boris avec des mots et des phrases qu’il a fallu extirper des textes pour leur donner dans le film une vie autonome, portés par le timbre chaud et velouté de la voix du comédien Marcel Bozonnet. Enfin ma propre voix circonscrit en off tout le film. Il s’agit de dire que je suis là, que c’est bien moi qui scrute le paysage intérieur de Boris, et que ce documentaire est aussi l’histoire de ma rencontre avec lui. Je voulais depuis le début l’emmener sur ses montagnes… Finalement, ce ne fut pas au Triglav mais sur le mont Nanos, non loin de Trieste, où nous nous sommes rendus pour ses 99 ans. Le mont Nanos qui l’avait vu embrasser sa femme la première fois et où son beau-frère, grand résistant, avait mené de farouches combats contre les fascistes… Ce lieu avait du sens ! Nous nous sommes donc mis en route vers ce sommet étrangement recouvert en ce jour d’août d’une brume épaisse. Ce sale temps n’encourageait pas à la promenade. Aussi, comme par miracle, nous étions les seules âmes de ces contrées et la grâce de ce moment fut alors à la hauteur des efforts incessants que j’avais déployés pour vaincre les réticences de mon héros. Un bonheur intense nous envahit dès que nous nous trouvâmes sur cette lande déserte au-dessus du monde, et je pleurais de joie courant après lui avec ma caméra, toute interloquée d’être si bien parvenue à mes fins. Au loin, sur la toute dernière ligne d’horizon, je croyais voir de petits bateaux avec leurs voiles blanches gonflées par le vent, traçant leurs sillons sur la mer bleue de la baie de Trieste. » Fabienne Issartel, réalisatrice, mai 2015

L'écrivain Boris Pahor et la réalisatrice Fabienne Issartel : face à face  en descendant du mont Nanos en Slovénie...

L’écrivain Boris Pahor et la réalisatrice Fabienne Issartel : face à face en descendant du mont Nanos en Slovénie…

Retrouvez aussi Boris Pahor très bientôt à Strasbourg pour une signature à la Librairie Kléber le 19 juin, et une projection de mon documentaire « Boris Pahor, portrait d’un homme libre » au cinéma Odyssée le 20 juin à 18 h. Boris Pahor sera là pour dialoguer avec vous ! Laissez vos commentaires sur mon site. Fabienne Issartel : https://fabienneissartel.wordpress.com L’article sur mon documentaire dans Médiapart : http://blogs.mediapart.fr/blog/alicia-deys/081014/boris-pahor-un-sommet-d-humanite QUI EST Fabienne Issartel ?

Fabienne Issartel Film Kodak Portra 400  Rolleiflex 2,8 GX 14 juin 2014

Fabienne Issartel
Film Kodak Portra 400
Rolleiflex 2,8 GX
14 juin 2014

Fabienne Issartel développe d’abord, dans les années 90, un travail très personnel autoproduit autour de lʼidée de « Films Promenade ». Le dispositif qu’elle met en place, entre réalité et fiction, permet, dans chaque film, de circonscrire poétiquement un lieu de Paris. C’est ainsi que naîtront « Là-haut sur la montagne » (rue de Ménilmontant), « Etat de Siège » (sur les Bateaux-bus de la Seine) ou « Printemps » (le long du canal Saint-Martin). Dans les documentaires de Fabienne Issartel, il y a toujours cette volonté de révéler la dimension de « personnages » des gens filmés. Cette approche cinématographique, proche de la fiction, la conduira ensuite à la réalisation de documentaires où les héros sont souvent des artistes dont elle veut percer le secret. Musiciens, sculpteurs, cinéastes, écrivains viennent ainsi faire un bout de chemin devant sa caméra. Fabienne Issartel les regarde avec la curiosité du promeneur qui se laisse entraîner dans une aventure. Car d’un film à l’autre, c’est la propre quête de la réalisatrice qui est sous-jacente, entre certitude et doute. « Ou allons-nous ? » se demande-t-elle. Ce à quoi elle répond : «vers ce quelque part qui n’est peut-être nulle part ! » Elle tourne ces jours-ci « chacun cherche son train », une réflexion sur le temps et l’accélération du monde mettant en scène des rencontres dans les trains, et montre le portrait qu’elle a réalisé du grand écrivain slovène de Trieste, Boris Pahor.

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LA MEMOIRE DES ATROCITÉS NAZIS DOIT PERDURER AU-DELÀ DU 27 JANVIER ! LISEZ « Pelerin parmi les ombres », le récit de la captivité de Boris Pahor, écrivain de Trieste, au camp nazi du Struthof en France ! SOUTENEZ MON FILM « BORIS PAHOR, PORTRAIT D’UN HOMME LIBRE » QUI RELAIE LE TEMOIGNAGE DE CET HOMME HORS DU COMMUN !

Boris Pahor en 2009 lors de mon tournage au camp du Strthof. photo Sylvie GoubinI

Boris Pahor en 2009 lors de mon tournage au camp du Strthof. photo Sylvie GoubinI

« Boris Pahor, portrait d’un homme libre » : un film qu’il fallait tourner !

Depuis 2008, j’ai tournée seule le documentaire « Boris Pahor, portrait d’un homme libre », l’histoire d’un homme qui a aujourd’hui 101 ans et qui s’est battu toute sa vie contre l’oppression et les dictatures de notre monde. Malgré les vives émotions suscitées par les avant-premières que j’ai organisées l’année dernière en présence de mon héros, aucune chaîne de télévision n’a encore eu la curiosité et la volonté politique de vouloir diffuser mon film afin que le message de Boris Pahor touche enfin le plus grand nombre. C’est étrange à notre époque où l’on parle sans arrêt de devoir de mémoire…
J’ai voulu réaliser ce film pour relayer la parole et les combats de Boris Pahor, qui ont été aussi ceux de nombreux autres européens. « Ne rien oublier » doit encore et toujours être nôtre objectif de simples citoyens. Mais nous avons besoin de vos « hauts parleurs », et pas seulement pendant la seule journée du 27 janvier.
Qu’attendez-vous donc pour parler de notre camp nazi français dans les médias : Que les derniers témoins comme Boris Pahor qui y a séjourné aient disparus ?
Je voudrais que Boris Pahor soit encore vivant quand une grande chaîne de télévision française diffusera ce film qui est aussi le sien. J’aimerai vivement qu’il puisse s’exprimer en vrai après la diffusion. Ils ne sont plus très nombreux parmi nous les rescapés encore en énergie de témoigner. Ils sont notre or. Non ?
Alors ?

MONSIEUR LE PRESIDENT…

Alors, j’adresse une requête ici au Président de la République, au Ministère de la Culture, aux responsables du Mémorial de la shoah et du Musée de l’Immigration, ainsi qu’à tous les décideurs des chaînes de télévisions françaises, pour que ce film soit enfin diffusé ! Pour que Boris Pahor qui a reçu plusieurs distinctions de la part de l’Etat français, puisse regarder avec douceur ce pays qu’il aime si fort. Je sais que Boris attend ce moment avec impatience. Nous ne devons pas le décevoir, mais le conforter dans l’idée que son combat incessant contre la barbarie et pour l’amour entre les hommes ne sera pas vain. Il en va de notre humanité !

Boris pahor au camp du Struthof en 2009 lors de mon tournage. Photo Sylvie GoubinI

Boris pahor au camp du Struthof en 2009 lors de mon tournage. Photo Sylvie GoubinI

Boris pahor au camp du Struthof en 2009 lors de mon tournage. Photo Sylvie GoubinI

Boris pahor au camp du Struthof en 2009 lors de mon tournage. Photo Sylvie GoubinI

Il y avait un camp de concentration nazi en France : celui de Struthof Natzweiler. Il est devenu « le Centre européen du résistant déporté ». Inauguré le 3 novembre 2005 par le Président de la République française, Jacques Chirac, il rend hommage à tous ceux qui, partout en Europe, ont lutté contre l’oppression. Il est le vecteur de l’histoire et de la mémoire de la déportation et des Résistances européennes.

http://www.struthof.fr/fr/accueil/

Sur France Inrer on parle de ce camp du Struthof :

http://www.franceinter.fr/player/reecouter?play=1038527

Quelques articles à propos du film :

http://blogs.mediapart.fr/blog/alicia-deys/081014/boris-pahor-un-sommet-d-humanite
http://www.humanite.fr/boris-pahor-portrait-dun-homme-libre-554108
http://www.pogledi.si/ljudje/boris-pahor-ambasador-strpnosti-dolgozivosti

Un portrait sur France Inter en juin 2014 :

http://www.franceinter.fr/player/reecouter?play=922882

Arrêté à Trieste, voilà la carte des camps dans lesquels Boris Pahor a été interné.

Arrêté à Trieste, voilà la carte des camps dans lesquels Boris Pahor a été interné.

Boris Pahor revient de Bergen Belsen avec deux de ses camarades des camps à travers la Hollande, la Belgique, jusqu’à Lille. Il raconte ce moment incroyable dans une nouvelle qui s’appelle « le berceau du monde » et que vous pouvez acheter via ce lien.

http://www.blockbookster.com/StoryLab/Boris-Pahor/Le-berceau-du-monde/Interview

Boris Pahor se fait tirer le portrait avec sa veste de déporté à Lille avant de la quitter définitivement.

Boris Pahor décide de se faire photographier avec sa veste de déporté à Lille avant de la quitter définitivement !

IL FAUT LIRE D’URGENCE SON « PELERIN PARMI LES OMBRES » ré-édité en poche.
Stéphane Hessel et Boris Pahor se sont croisés dans le camp de Dora où ils ont été internés tous les deux. Ils ne se sont pas vus à ce moment-là, mais ont souhaité le faire pendant le temps de mon tournage.
J’ai voulu filmer évidemment une de leur rencontre très émouvante à Paris à la Maison de l’Amérique latine… Un extrait de ce moment apparaît dans le montage de mon film de 98 minutes.

Stéphane Hessel brandit le "Pelerin parmi les ombres" de Boris Pahor dans son édition originale de 1990 de La Table Ronde

Stéphane Hessel brandit le « Pelerin parmi les ombres » de Boris Pahor dans son édition originale de 1990 à « La Table Ronde »

 La carte de déporté, délivrée par la France, à Boris Pahor qui sera soigné pendant deux ans en France au sanatorium de Villiers sur Marne.

La carte de déporté, délivrée par la France, à Boris Pahor qui sera soigné pendant deux ans en France au sanatorium de Villiers sur Marne.

LA MEMOIRE DES ATROCITÉS NAZIS DOIT PERDURER AU-DELÀ DU 27 JANVIER.LISEZ « Pelerin parmi les ombres », le récit de la captivité de Boris Pahor, écrivain de Trieste, au camp nazi du Struthof en France ! SOUTENEZ MON FILM « BORIS PAHOR, PORTRAIT D’UN HOMME LIBRE » QUI RELAIE LE TEMOIGNAGE DE CET HOMME HORS DU COMMUN !

Boris Pahor revient dans le camp du Struthof lors de mon tournage en février 2009. Photo Sylvie Goubin.I

Boris Pahor revient dans le camp du Struthof lors de mon tournage en février 2009. Photo Sylvie Goubin.I

Lisez aussi tous les articles précédemment publiés concernant mon travail sur ce film et les récits des avant-premières.

Boris Pahor au camp du Struthof et Fabienne Issartel pendant le tournage en 2009. Photo Sylvie Goubin.

Boris Pahor au camp du Struthof et Fabienne Issartel pendant le tournage en 2009. Photo Sylvie Goubin.

A travers ce film, et aujourd’hui, 27 janvier, je veux rendre hommage à toutes les victimes des atrocités nazis : les juifs génocidés de toute l’Europe, les tziganes, les homosexuels, les communistes et tous les résistants européens du triangle rouge. Il faut toujours se souvenir !
Boris Pahor va se recueuillir à chacun de ses passages à Paris au Mémorial de la Shoah.

Boris Pahor au camp du Struthof pendant mon tournage en 2009. Photo Sylvie Goubin.

Boris Pahor au camp du Struthof pendant mon tournage en 2009. Photo Sylvie Goubin.

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On a retrouvé Hippocampe !

Une petite information bien réjouissante pour cette fin d’année : mes deux héros – Laurent Charpentier et Eric Vibart – présents dans mon film « Moi Jean Lacombe marin et cinéastes » ont retrouvé le bateau que le navigateur Jean Lacombe avait dessiné pour sa toute première traversée en solitaire de l’Atlantique dans les années 50.

"À MOI L'ATLANTIQUE", éditions Robert Laffont, avril 1957 : l'extraordinaire récit de la toute première traversée de l'Atlantique en solitaire de Jean Lacombe sur Hippocampe, un bateau construit par lui-même !

« À MOI L’ATLANTIQUE », éditions Robert Laffont, avril 1957 : l’extraordinaire récit de la toute première traversée de l’Atlantique en solitaire de Jean Lacombe sur Hippocampe, un bateau construit par lui-même !

Voici l’article qui paraîtra ces jours-ci dans Voiles & Voiliers, et où il est fait mention du film documentaire que j’ai consacré à cet intrépide navigateur solitaire.

Cliquez ici pour lire l’article en PDF :
527_HIPPOCAMPE_mont*

LE TEXTE DE L’ARTICLE

On a retrouvé Hippocampe !

En 1955, Jean Lacombe traversa l’Atlantique à bord d’un bateau de sa conception de 5,50 m : Hippocampe. Ce voilier libertaire illustrait la vitalité d’un héros modeste, plus tard engagé dans les transats en solitaire de 1960 et 1964 avec, entre autres, un célèbre Golif de 6,50 m. Hippocampe restait quant à lui présumé disparu. Nous l’avons retrouvé aux Eats-Unis. Avec bonheur.
Texte Eric Vibart photos Laurent Charpentier

Fin novembre dans un coin perdu de Caroline du Nord. Deux coups frappés à la porte d’une humble maison en bois déclenchent une déferlante d’aboiements. Agitation confuse, des objets cascadent sur le sol. Roy Mascari, un reste de cheveux longs en bataille, T-shirt verdâtre, bas de jogging tirebouchonné, surgit comme un diable à ressort. A peine présentés, nous voilà saisis par une accolade sans ménagement. Pieds nus dans l’herbe, abordant tous les sujets à la fois, Roy nous entraîne dans une danse de sioux – quand bien même sommes-nous en territoire Cherokee – autour d’une coque devenue sculpture moderne. Le Jack Russel s’époumone toujours : « Stop it, Roses ! Stop ! »
Roy, 70 ans, revenu de son travail de nuit peu avant notre arrivée se révèle tout aussi impossible à interrompre. Un débit si rapide que des phrases entières nous échappent. Puis, après une bonne demi-heure, l’homme se fige : « Hé les gars, ça caille ! Attendez-là, je vais passer un pull ! » Partagés entre fou-rire et sidération, Laurent et moi disposons enfin d’un moment pour contempler Hippocampe en silence, effleurer sa coque, sonder ses plaies. Il n’est guère paré pour un concours d’élégance « notre » Hippocampe, mais il est enfin là. L’étrave béante, vidée de son bois pourri, laisse chaque bord déchiré à distance l’un de l’autre. N’en subsiste pour l’instant que deux ailes stylisées élancées dans le bleu très pur du ciel, impression accentuée par la hauteur exceptionnelle de la coque dont le tirant d’eau atteint 1,20 m pour seulement 4,70 m à la flottaison.
« She’s one of a kind ! » lance Roy qui nous a rejoint, réchauffé par un gros pull bleu, de solides chaussures, et qui paraît davantage dominer son enthousiasme. Certes, il n’y en eut pas deux comme Hippocampe, bateau juvénile, fondateur, cotre norvégien miniature qui reste l’un des plus petits voiliers à avoir traversé l’Atlantique. La suite nous confirmera ce que nous pressentions : Hippocampe et Roy sont faits pour s’entendre.
Tout a débuté à Paris, au Salon nautique 1996. Guy Lacombe, frère de Jean, vint sur notre stand annoncer la disparition du navigateur oublié. Quelques semaines plus tard, ma première rencontre avec Guy et son épouse Gisèle, couple chaleureux s’il en fut, marquait le début d’une belle complicité. Dès lors, commença de se dérouler l’enfance des trois frères Lacombe, les événements familiaux, la vie méconnue de Jean aux Etats-Unis dont la traversée à bord d’Hippocampe avait constitué le voyage d’immigration. Un tout premier voyage épique mené sans le sou entre Toulon et New York, avec escales et échouages entre Barcelone, Mazagan, les Canaries où le bateau jeté à la côte traversa même un isthme par voie de terre, halé sur des rondins à la force des bras de tout un village. Quand au comportement d’Hippocampe, le seul récit publié du vivant de Jean « A moi l’Atlantique » ne laisse guère de doute. Le cotre lilliputien est inconfortable au possible. Gîtard, il progresse liston dans l’eau, mouille, tape dans la vague, se trimballe « à la vitesse d’un enfant qui joue à la marelle », mais avance malgré tout. Jean étant décédé en Martinique, Guy en avait rapporté souvenirs et documents : correspondances, manuscrits inédits, photos, livres. « Et puis çà aussi ! » m’annonça-t-il, ouvrant un carton plein de bobines de films de trois minutes. Une vingtaine, emportées « pour voir » furent visionnées précautionneusement, en tournant la manivelle d’un vieux projecteur d’enfant.
Au fil des rendez-vous, Guy me remit davantage de documents, de papiers, mais surtout des bobines de films de grand diamètre en boîte d’acier marquées par le temps. Cela commençait à faire beaucoup pour un ignare en cinéma connu pour être le plus mauvais photographe de la revue. Heureusement, l’ami Laurent Charpentier était là ! Lacombe devint notre sujet et il nous aura fallu de longs mois pour visionner près de sept heures de rushes, découvrir et inventorier des séquences historiques, enthousiasmantes par leur qualité et l’esprit de leurs prises de vues.
« Would you like to climb in ? » demande Roy approchant une échelle de l’arrière du bateau. « Mind your steps ! » L’emplacement du cockpit parait minuscule, peut-être un mètre de long, une quarantaine de centimètres au plus étroit. La profondeur est en revanche impressionnante. Prenant garde à ses appuis, on se glisse après quelques contorsions dans une coquille sombre à forte odeur d’écorce après l’averse, descente dans le cœur arrêté d’une aventure modeste et inouïe. Même si les emménagements ont été modifiés depuis la mise à l’eau du bateau en décembre 1953, l’ensemble reste protecteur. Je songe à qu’en a dit Jean avec sa bonhommie sans réplique : « J’entends le vent qui siffle dans les haubans et la mer bouillonner sur la coque. M’en fous, c’est dehors ; moi, je suis dedans. » Roy passe une tête par la descente et me bombarde de questions : où était le réchaud ? Ce meuble existait-il ? Et ces équipets ? Cette cloison ? « C’est, dit-il, que je tiens à une restauration la plus authentique possible ! »
Aboutissement des entretiens avec Guy et Gisèle Lacombe, de la recherche de témoins et de l’étude des archives, l’article consacré à Jean ne parut qu’en avril 2001 (voir VV n° 362). En 2007, Laurent est moi réalisions un petit documentaire pour un DVD Voiles et Voiliers utilisant des passages du seul film monté par Jean pour illustrer ses conférences (à voir sur voilesetvoiliers.com et YouTube). Puis, pendant des années, le projet d’un documentaire professionnel de 52 minutes nous préoccupa. Sans résultats tangibles. Au moment on nous apprêtions à tout abandonner, notre amie la réalisatrice Fabienne Issartel reprit le dossier et, en quelques mois, décrochait producteur et financement minimum. Pour Laurent et moi il n’y avait plus à balancer. Lacombe ayant passé trente ans de sa vie à New York, il nous fallait nous rendre aux Etats-Unis interviewer les derniers amis de Jean et son ex-compagne pour compléter le sujet. Faute de budget, nous irions à nos frais avec une caméra prêtée.
Depuis l’origine, une question persistait : où étaient passés les voiliers de Jean ? Pour faire court, tous ses bateaux sont documentés, qu’il s’agisse d’unités de série ou d’éléments retrouvés dans ses archives. Seul échappe le juvénile et fondateur Hippocampe, minuscule cotre norvégien imaginé par Lacombe, artisan maroquinier en mal d’évasion. Avec un soin infini et un désarmant bon sens, Jean avait dessiné des lignes et construit au dixième un modèle naviguant de son transatlantique de 5,50 m, objet que j’avais examiné et photographié chez Guy et Gisèle. Construit en lattes d’acajou de 24 mm collées sur champ par le chantier Croizer de Sartrouville, procédé avant-coureur du strip-planking, Hippocampe était un char d’assaut. Jean en avait calculé le lest comme nul autre: « Il m’a suffit de remplir la baignoire, d’y faire flotter mon modèle en le lestant jusqu’à ce que l’eau atteigne la ligne de flottaison. D’après le principe d’Archimède, il me suffisait de peser l’ensemble pour obtenir le déplacement. Celui-ci était de deux kilos. Il fallait donc que le vrai bateau pèse, tout armé pour la traversée, deux mille kilos […] Pour calculer le lest j’en avais fait une forme en bois, l’avais moulé dans du plâtre puis coulée en plomb. En appliquant le rapport de densité du plomb à la fonte et en multipliant par mille, j’obtins 875 kilos. » Corrigeant ce calcul hasardeux, Jean rajoutera quelques mois plus tard 280 kilos de lest intérieur en ferraille et ciment.
« Look ! » interpelle Roy, brandissant une billette de fonte de 25 cm de long sur 4 à 5 centimètres de section, j’en ai retiré un paquet comme çà ! » Des restes de ciment s’émiettent en frottant la pièce. Mais ce ne fut pas le plus gros travail de Roy qui a passé les dernières semaines à arracher le doublage verre-polyester stratifié sur la coque à une époque indéterminée. « C’était dur ?
– Tu parles ! Autant dépouiller un alligator ! »
En dessous, des mauvaises surprises se sont révélées : étrave pourrie, fonds rongés par endroits, lattes à changer… Les infiltrations par le pont et le manque d’entretien n’ont rien pardonné.
Mais lors de la réalisation du documentaire, le sort d’Hippocampe demeurait inconnu. Peu avant notre départ aux Etats-Unis, pour tenter d’en avoir le cœur net, j’adressais près de 300 emails aux marinas et clubs nautiques de la côte Est, autour de New York, à Long Island, dans le Connecticut et le New Jersey, supposant que le bateau, s’il avait survécu, aurait pu rester dans sa zone géographique d’origine. Peu de réponses, aucune positive. Mais mon message parvint à Bridget Walter, rédactrice en chef d’une revue internet de Long Island « Li Sail » qui me proposa d’écrire un article en anglais, m’assurant que ses lecteurs adoreraient se lancer dans une chasse au trésor. Je bouclais en hâte une traduction anglaise de l’article de Voiles de 2001, papier rapidement mis en ligne et suivit d’une grande page de Bridget exhortant ses lecteurs à partager toute information utile. Mais aucun retour, silence absolu.
Fabienne Issartel réalisa un 52 minutes intitulé « Moi, Jean Lacombe, marin et cinéaste ». Diffusé de multiples fois sur France 3, il obtint le prix Mémoire de la Mer 2014 dans la catégorie film documentaire. Mais toujours rien sur Hippocampe jusqu’à une nuit du printemps dernier où l’insomnie m’avait conduit vers mon ordinateur. A 4 heures du matin arriva un email qui aurait filé directement à la poubelle s’il n’avait été intitulé « Hippocampe ». Message obscur. Dans un anglais nébuleux (je devais apprendre plus tard que Roy utilisait une tablette peu pratique), un certain Roy Mascari me laissait entendre qu’il avait retrouvé Hippocampe et tentait de l’acquérir. Mascari, Mascarille, mascarade, mon premier sentiment fut de soupçonner un canular. Je répondais néanmoins, demandant photos et détails. Quelques jours plus tard arriva une réponse tout aussi confuse et sans images. Un plaisantin ou quelqu’un s’étant trompé de bateau ? Bridget, sur le répondeur de qui Roy avait déposé un message, partageait mes doutes. Quelques emails plus tard, il devenait évident que mon correspondant ne tenait pas à me donner trop de précisions tant que le bateau ne serait pas à lui. Enfin arrivèrent trois photos de détails en plans très serrés. L’une d’elle révélant le rouf caractéristique du bateau leva en grande partie le doute pour Laurent et moi : il s’agissait très probablement d’Hippocampe.
Il fallut des semaines pour que Roy nous adresse enfin des images complètes du bateau et même des vues sous voiles prises lors d’une sortie menée à bord de cette semi-épave qu’il avait découverte trois ans plus tôt lors de ses propres pérégrinations à bord de Blakie, sa vieille baleinière convertie en voilier. Abandonné sur un ponton de Little Snug Harbor Marina, à Deltaville, Virginie, il avait découvert Hippocampe capot de descente ouvert, pont verdâtre et coque pleine d’eau. « Un scandale ! s’exclame Roy, mais en le visitant, j’ai compris tout de suite qu’il n’avait rien de commun. Il s’en dégageait une impression de solidité et de qualités marines, même s’il doit être très gîtard. J’en suis tombé amoureux. Il me le fallait absolument mais le type qui le possédait refusait le contact. »
Le nom en lettres de laiton miraculeusement restées sur le capot coulissant, Roy fit une recherche et, bien que ne parlant pas un mot de français, découvrit le livre de Jean Lacombe « A moi l’Atlantique » puis l’article de « Li Sail » qui lui donnèrent l’essentiel des informations manquantes. Sans beaucoup de moyens financiers – ce qui le rapproche de Lacombe – et doué d’un sens inné de la récupération et de la débrouillardise qui confine au mimétisme, Roy finit par acquérir Hippocampe pour les 500 dollars que son propriétaire devait à la marina. Il acquit une remorque déglinguée, la répara et, en août dernier, perdant une roue en route et réparant de nouveau, finit par parcourir 400 miles sous une pluie battante pour rapporter le bateau chez lui. Touchant une maigre retraite, Roy travaille chaque nuit de 3 à 7 heures du matin à décharger des camions chez Federal Express pour acquérir un peu de « play money » dont une fraction sert à restaurer Hippocampe. « Et puis ça maintient en forme ! » s’exclame Roy gonflant ses biceps comme un lutteur de foire.
Chapeau l’artiste ! Hippocampe qui demande une restauration en profondeur a trouvé un bonhomme digne de lui, une sorte de Lacombe, d’ailleurs à peine plus grand que lui, partagé entre ingénuité et sensibilité, ingéniosité et détermination. L’aide tonique qu’il nous apporta pour effectuer le relevé de la coque ne fut qu’une succession d’habiletés judicieuses. Roy, dont Hippocampe est le sept ou huitième bateau n’a rien d’un plaisantin. Grâce à lui, à Bridget, à beaucoup d’autres et à une longue chaîne de rencontres, le sort d’Hippocampe, cotre hauturier lilliputien, est élucidé.
Nous savons tous que les voiliers sont des objets « chargés », ethniques, magico-religieux. Comme Joshua ou les répliques du Spray, comme Damien ou l’épave d’Anahita, comme chaque fois que des êtres humains ont mis leur âme dans un bateau, œuvre d’art par principe, quand bien même approximative, déroutante ou naïve. Avec Hippocampe et Roy Mascari, l’esprit de Jean Lacombe continue de souffler et c’est bien là l’essentiel.
Eric Vibart.

Hippocampe, 1953. (Dessin Fch dans le serveur)
Architecte : Jean Lacombe
Constructeur : Chantier Croizer, Sartrouville. Construction sur gabarits en lattes d’acajou 20 x 29 collées et clouées sur chants et rivetées sur membrures frênes. Deux virures de fond sur chaque bord, préceintes et pavois en bordés classiques. Charpente axiale, lisses et bauquières en chêne. Pont contreplaqué de 10 mm. Cockpit fait d’une cuve de zinc autovideuse.
Maître-voilier et plan de voilure définitif : Jacques Grivot, Champigny-sur-Marne.

Caractéristiques :
Long., 5,50 m ; long. flottaison, 4,70 m ; largeur, 1,94 m ; largeur flottaison,1,60 m ; franc-bord AV, 0,85 m ; franc bord AR, 0,60 m ; tirant d’eau, 1,20 m ; voilure au près 25 m2 ; déplacement, 2,3 tonnes à vide ; lest, 875 kilos externe, 280 kilos interne.

Remise du prix du film "Mémoires de la mer" 2014, décerné par La Corderie Royale de Rochefort, à Fabienne Issartel.

Remise du prix du film « Mémoires de la mer » 2014, décerné par La Corderie Royale de Rochefort, à Fabienne Issartel.

Le site du yacht club classique en parle :

http://yachtclubclassique.com/2014/12/on-a-retrouve-hippocampe/

Et tout le monde est content et ému !

C’est formidable de voir Hippocampe, ce petit bateau, mythique pour beaucoup, reprendre vie.
En tout cas je souhaite de grandes joies a son nouveau capitaine, et des remerciements à tous ceux qui ont permis cette renaissance.
Claude Sorin

Bonjour de New York,
Quelle aventure! Encore une espieglerie de Jean Lacombe. Cette retrouvaille est bien dans l’esprit de Jean. Il aimait la difficulte. Il en etait l’auteur parfois.Quelle bonne et heureuse nouvelle. Et bravo a Eric Vibart et Laurent Charpentier pour leur poursuite fidele et romantique du bateau fantome.
Pierre gazarian

Bonne nouvelle que d’avoir retrouvé ce bateau !
Le Maître de port principal de La Rochelle, Patrice BERNIER.

Merci de m’avoir envoyé cette information importante et émouvante. En allant sur le chemin de mes chantiers, j’avais vu l’HYPPOCAMPE être mis à l’eau : Il avait été construit par CROIZER, un ancien du chantier JOUËT!
Jean-Pierre Jouët

Merci. Cette nouvelle est assez émouvante quand on a bien connu Jean.Vous connaissez certainement l’existence de son livre « A MOI L’ATLANTIQUE » qui raconte cette première traversée et dont il m’avait donné un exemplaire.
Eric Giblain

Vous aussi, vous pouvez laisser vos commentaires.
Belles fêtes à vous tous !

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FRANCIS VADILLO EST PARTI : « tout ce que l’arbre a dit dans son médaillon marque notre blessure » CE 17 JANVIER, SON FILM UNDERGRONDE A ETE PROJETÉ À PARIS DANS SA VERSION LONGUE SOUS-TITRÉE !

Francis Vadillo pour la présentation de son film "UnderGronde" au Festival International de Bande Dessinée d'Antouleme le 31 janvier 2014. Photo Arnaud Baumann.

Francis Vadillo pour la présentation de son film « UnderGronde » au Festival International de Bande Dessinée d’Antouleme le 31 janvier 2014. Photo Arnaud Baumann.

Francis Vadillo, mon bel et tendre ami, mon collègue aussi, n’est plus.
C’était un grand documentariste. Pour ses deux derniers films, il avait été demandé dans toute l’Europe pour des projections : une vie à sa mesure, celle d’un rocker en tournée…
Rocker, il l’était dans sa chair,totalement, esthète des références les plus confidentielles et aussi magnifique danseur tout à coup, sachant donner son corps à la vie.

Nous partagions ensemble cet adage :
« Quand la vie n’est plus désespérément gaie, elle est heureusement triste. »

SAMEDI 17 JANVIER QUELQUES 80 PERSONNES SE SONT RENDUS À LA PROJECTION DE LA VERSION LONGUE DE SON DERNIER FILM UBDERGRONDE (SOUS-TITRÉE EN ANGLAIS) DANS LE CADRE DE LA PROGRAMMATION DE LA DEUXIÈME ÉDITION DE LA FÊTE DU GRAPHISME.

A ECOUTER D’URGENCE. C’EST FRANCIS QUI PARLE D’UNDERGRONDE SUR DIVERGENCE FM !
Eric Arnaud que je ne connais pas a envoyé ce lien sur le site facebook Adios Amigo Francis Vadillo. On peut y entendre la voix de Francisco parlant de son dernier film UnderGronde et retrouver son bel esprit.

Cliquez sur ce lien :

Il faut aussi aller voir l’ambitieuse exposition Underground à la Cité Nationale des Arts jusqu’au 8 février. Francis aurait été fou de joie de ce beau travail !

Articles « fête du graphisme » :

http://www.telerama.fr/scenes/la-liberte-d-expression-est-a-l-expo-underground,121721.php

http://www.fetedugraphisme.org/evenement/underground-revues-alternatives-une-selection-mondiale-de-1960-a-aujourdhui/

http://next.liberation.fr/arts/2015/01/15/fete-du-graphisme-paris-se-mobilise_1181555

UNDERGRONDE DE FRANCIS VADILLO SAMEDI  17 JANVIER PROJETE À PARIS DANS SA VERSION LONGUE

UNDERGRONDE DE FRANCIS VADILLO SAMEDI 17 JANVIER PROJETE À PARIS DANS SA VERSION LONGUE

Le calendrier des manifestations :
http://www.fetedugraphisme.org/calendrier/

Un hommage à Francis dans le Magazine LM qui vient de paraître. C’est page 77. Le lien :
http://fr.calameo.com/read/00270841148cafe48d50f

Nous nous étions connus en travaillant pour un magazine culturel de France 3 : « j’ai pas sommeil ».
Il n’avait jamais sommeil d’ailleurs. On pouvait l’appeler à toute heure au milieu de la nuit, et il prétendait toujours ne pas avoir été réveillé… C’était tout lui : cette exquise délicatesse.
Il était beau. Il était beau parce qu’il n’avait pas peur d’être lui-même, toujours concentré pour trouver le mot juste qui ne le trahirait pas.C’était ça son éclat. Cette volonté de se respecter totalement. Ainsi, des amis il en avait, et dont le coeur saigne aujourd’hui.
Difficile de réaliser que nous n’aurons plus son aquiescement amusé à nos étranges fantaisies !
Il habitait Montpellier, mais aussi le pays basque où était sa famille, et aussi Sète avec son amoureuse. Sète : sans doute une de ses villes préférées au monde.
Souvent nous avons écouté la « Supplique » ensemble (ci-dessous) :

Supplique pour être enterré à la plage de Sète – Georges Brassens – YouTube

« Les morts cachés sont bien dans cette terre
Qui les réchauffe et sèche leur mystère.
Midi là-haut, Midi sans mouvement
En soi se pense et convient à soi-même
Tête complète et parfait diadème,
Je suis en toi le secret changement. »

Paul Valéry, le Cimetière marin

Francis Vadillo et Pacôme Thiellement pour la projection  à Paris de son film "Matt Konture, l'éthique du souterrain". Photo Arnaud Baumann.

Francis Vadillo et Pacôme Thiellement pour la projection à Paris de son film « Matt Konture, l’éthique du souterrain ». Photo Arnaud Baumann.

Son dernier film « UnderGronde » est un voyage initiatique à travers l’Europe du fanzinat, du graphzine et de la micro-édition, un documentaire en totale immersion dans les lieux de l’underground actuel, produit par Pages & Images et France 3 Poitou-Charentes
Après avoir été un activiste du rock (organisation de concerts, émissions de radio…), Francis participe à des fanzines, au mouvement des radios pirates (avant la légalisation) et à plein d’autres trucs, curieux des arts plastiques et fervent amoureux de la poésie.
Son avant-dernier documentaire « Mattt Konture, l’éthique du souterrain » est une splendeur.

Pour visionner « UnderGronde », cliquez sur ce lien :

Un interview de Francis à propos de son film « l’éthique du souterrain »:

http://montpellierblog.wordpress.com/2012/01/02/francis-vadillo/

Francis Vadillo

Francis Vadillo

DERNIER ADIEU À MONTPELLIER
Vendredi à 11h30 nous avions rendez-vous au complexe funéraire de Grammont pour une cérémonie d’une heure.Puis nous nous sommes tous retrouvés à Figuerolles pour un moment de grâce plein de chaleur et d’énergie.

Le flyer pour Francis Vadillo, le 5 décembre 2014

Le flyer pour Francis Vadillo, le 5 décembre 2014

Les cendres de Francis ont été inhumées à Tarnos dans son Pays Basque, dans le caveau familial mercredi 10 décembre à 11h30.

Les articles pour Francis dans la presse de montpellier :

http://www.lagazettedemontpellier.fr/actu-28165/obseques-du-realisateur-francis-vadillo-ce-vendredi-5-decembre

Francis vadillo alias Shock Corridor a tiré sa révérence. Article dans le midi libre.

Francis vadillo alias Shock Corridor a tiré sa révérence. Article dans le midi libre.

MORT
« Ce qui fait peur dans la mort, ce n’est pas la mort, mais l’idée que même mort, on garde la conscience. Conscience unique dont l’exercice se résume à réaliser éternellement qu’on est bien mort. C’est ça l’enfer ! Conserver cette conscience à l’infini. Il faut aider nos morts à perdre conscience. » (Fabienne Issartel)

The Cramps – Tear it Up – Urgh! A Music War

Francis Vadillo en 1991. Image issue d'un film réalisé par Joël Jacobi.

Francis Vadillo en 1991. Image issue d’un film réalisé par Joël Jacobi.

Raoul Vaneigem – La Vie S ecoule, La Vie S enfuit – avec sous-titres – subtitles

Et encore un petit poême pour toi Francisco :

Le bruit et l’eau
viennent inonder le couloir
rouge et bleu

Je ne peux cesser de prendre
ce chemin
pierres et cristal
crissent
dans l’attente

Tout ce que l’arbre
a dit
dans son médaillon
Marque notre blessure

(pour Francis – F. Issartel)

Racines dans ma cuisine 1. Pour Francis Vadillo - photo F. Issartel

Racines dans ma cuisine 1. Pour Francis Vadillo – photo F. Issartel

Racines dans ma cuisine 2. Pour Francisco - photo F. Issartel

Racines dans ma cuisine 2. Pour Francisco – photo F. Issartel

Et encore – j’allais oublier -, il était le roi de la piperade, pas mauvais du tout à la pétanque, l’ami de Pascal Comelade, et surement un très bon amant…
Que de facettes pour un seul homme !

Le « Tango Rossello » de Comelade

Toutes mes pensées à sa famille : sa mère qui a vécu « Guernica » à Guernica, et ses deux soeurs.

Francis Vadillo en août 2009 au café de la plage à Ondres, pays basque.

Francis Vadillo en août 2009 au café de la plage à Ondres, pays basque.

PACÔME THIELLEMENT PARLE DE FRANCIS VADILLO, DE NOTRE AMITIE INDEFECTIBLE. TEXTE LU LORS DE L’HOMMAGE QUI A ETE RENDU À MONTPELLIER POUR SES OBSEQUES.

Francis Vadillo et moi, nous ne nous sommes pas vus si souvent. Mais à chaque fois que nous nous sommes vus, nous étions des amis évidents, perdus et retrouvés. Lui avec son perfecto de rocker, moi avec ma barbe de pope, nous étions deux personnes très différentes qui avions toujours vécu au milieu de choses analogues et qui parlions le même langage. Qu’il me parle de son amour du « Mont tout-est-lié » ou de Nietzsche, des albums des Beasts of Bourbon, du cinéma de Fassbinder ou de l’histoire de l’anarchie, Francis était une force d’intelligence et de sensibilité, de pudeur et d’intégrité rare. C’était un type digne et droit, avec une voix douce mais une pensée claire, qui savait penser par lui-même et faire de ses pensées des actes. Ces actes étaient devenus des films, et quels films : L’éthique du souterrain, Undergronde… Un cinéma qui épousait l’histoire d’une des plus belles poussées artistiques de notre continent : le comix, le fanzinat, l’auto-édition, l’artisanat, l’amour du dessin, du trait, de l’art, bref : la grande aventure héroïque de notre temps. Un cinéma qui réussissait à être à la fois sobre et percutant, clair et intense, plein d’ombres, de lumières, de sons et de vie.
Grâce à Francis, avec Francis, j’ai retrouvé Mattt Konture que je n’avais pas revu depuis des dizaines d’année. C’était au festival Sismic en Suisse, dans un coin de forêt à l’écart des expositions, sous les arbres et sans ma barbe – on était filmé par Francis tous les deux. C’étaient de vraies retrouvailles malgré la caméra, et on se racontait des vieux souvenirs de grande jeunesse – on évoquait le Paris des années 80 et Galopu, alors qu’il y avait Julie Doucet juste à côté de nous, mais pas dans l’image, hors champ, en observatrice… Le soir même, Jean-Christophe Menu faisait le DJ et je voyais Francis danser comme un beau diable sur Pet Cemetary – sur la terre battue du Sierre alternatif, avec une électricité extraordinaire, et ces mouvements de danse qui ne s’improvisent pas mais se retrouvent dans la transe. Soudain, Francis était le cinquième Ramone.
Grâce à Francis, avec et sans Francis, j’ai rencontré une de mes meilleures amies : Fabienne Issartel. On pourrait presque dire que nos âmes se sont retrouvées grâce à lui. Il a préparé, organisé notre amitié, nous a mutuellement donné rendez-vous à distance. Il nous a dit : rencontrez-vous, et, un Samedi après-midi, on l’a fait. On a dû se descendre une bouteille et demi de vin blanc en parlant de tout et de n’importe quoi et en riant énormément. Depuis, on ne s’est pas beaucoup quitté. Quand Francis venait à Paris, on se voyait au moins tous les trois – dans des soirées de longue dérive qui pouvait partir des Oiseaux à Pigalle, passer par le Gin Go Gae rue Lamartine, la rue Richer, la place de la Bourse, Réaumur-Sébastopol ou la place de la République, la place des Vosges où on ne peut pas s’empêcher d’y tourner comme autour d’une Mecque, pour finir place du Bourg-Tibourg… De quoi on parlait tous les trois ? De tout, un peu. Des confidences, des évidences, des paradoxes ponctués d’éclats de rire.
« Nous avons notre ami en nous désormais, a dit Jean-Christophe Menu quand Francis est parti : et comme il fut parmi les vrais et parmi les purs, nous n’allons pas le décevoir. Il y a maintenant un peu plus d’anarchisme en nous, un peu plus d’Espagne, un peu plus de punk, un peu plus de
révolution ! »
Oui, mais quand même, je veux nous imaginer encore une fois dans une dérive à Paris, tous les trois avec Fabienne, les alcools nous éclairent mais ne nous enivrent pas, la marche nous réchauffe mais nous ne épuise pas, nous tournons autour d’une place qui se met à tourner sur elle-même, la lune se rapproche et s’éloigne alternativement, et il n’y a pas de fin.

Pacôme Thiellement

Des petits dessins évidemment tout près du cercueil de Francis

Des petits dessins évidemment tout près du cercueil de Francis

Le message de sa famillille reçu après la cérémonie de Tarnos :

« Les soeurs de FRANCIS, et ses beaux-frères, ont été extrêmement touchés par les hommages chaleureux et élogieux que vous tous, ses amis, collaboratrices, collaborateurs, et partenaires professionnels, lui avez rendu à Montpellier, vendredi 5 décembre, et vous remercient beaucoup pour tous ces témoignages; aujourd’hui, FRANCIS a été inhumé dans le caveau familial de sa ville natale, Tarnos, accompagné des textes très émouvants de Marie-Christine et de sa petite nièce Inès, mais aussi de la musique de son ami Pascal Comelade, lui rendant ainsi un dernier hommage, entouré de sa famille et d’amis d’enfance et d’adolescence.
Grâce à vous tous, l’immense peine qui nous assaille a été adoucie par tous les signes de profonde affection adressés à FRANCIS, et que ses amis proches, en nous entourant, ont su nous transmettre. Vraiment, merci.
Maryse, Violette, Jacky, Michel »

Le dessinateur Matt Konture rend hommage à son ami Francis  avec l'inspiration souterraine de sa guitare

Pendant la soirée dédiée à Francis à l’Atelier Nord de Figuerolles,le dessinateur Matt Konture rend hommage à son ami Francis avec les flots souterrains des larmes de sa guitare

EMOUVANT MOMENT SAMEDI 17 JANVIER À LA PROJECTION DE LA VERSION LONGUE DE SON FILM UNDERGRONDE AU MUSÉE DES ARTS DECORATIFS À 17 h

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Boris pahor : mon pape à moi !

Pour mémoire, en ce jour officiel de discours papal, je vous encourage à ré-écouter aussi le discours prononcé au parlement européen en 2013 par l’écrivain slovène de Trieste Boris Pahor auquel j’ai consacré un film documentaire « Boris Pahor, portrait d’un homme libre », 98′.
Lui aussi parle d’éthique, d’humanité et de respect des cultures. Et tout cela va aussi avec l’idée de la conservation d’une « Mémoire » !

Fabienne Issartel et Boris Pahor au moment des adieux le 10 octobre 2014 à Montparnasse

Fabienne Issartel et Boris Pahor au moment des adieux le 10 octobre 2014 à Montparnasse

CLIQUEZ SUR CE LIEN ET VISIONNEZ L’EXTRAIT SUR VIMEO :

http://vimeo.com/77903018

Et aussi un article de Nathalie Courtial paru dans le quotidien du Puy en Velay « l’Eveil de la Haute-Loire ». C’est un petit portrait de moi dans lequel il est bien sûr question de Boris Pahor !

l’article portrait que le quotidien l’Eveil de la Haute-Loire m’a consacré

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SALLE PLEINE POUR L’AVANT-PREMIERE DE MON FILM « BORIS PAHOR PORTRAIT D’UN HOMME LIBRE » A BAGNOLET EN PRÉSENCE DE MON HÉROS. LE GRAND ECRIVAIN SLOVÈNE DE TRIESTE, 101 ANS, A UNE FOIS DE PLUS SÉDUIT SON PUBLIC !

l'invitation de la mairie de Bagnolet pour la venue le 8 et 0 octobre de l'écrivain Boris Pahor

l’invitation de la mairie de Bagnolet pour la venue le 8 et 0 octobre de l’écrivain Boris Pahor

LISEZ LES DEUX ARTICLES RELATANT L’ÉVÈNEMENT DANS MEDIAPART ET L’HUMANITÉ. Cliquez sur les liens :
http://blogs.mediapart.fr/blog/alicia-deys/081014/boris-pahor-un-sommet-d-humanite

http://www.humanite.fr/boris-pahor-portrait-dun-homme-libre-554108

Boris Pahor trinque avec Liza Japelj à son arrivée à Paris le 7 octobre 2014

Boris Pahor trinque avec Liza Japelj à son arrivée à Paris le 7 octobre 2014

Boris Pahor est arrivé à Paris mardi en pleine forme, et il était le 8 octobre présent à la Médiathèque de Bagnolet pour une conférence, premier rendez-vous avec les habitants de Bagnolet.

Boris Pahor dans les rues de Paris, en route pour Bagnolet , octobre 2014

Boris Pahor dans les rues de Paris, en route pour Bagnolet , octobre 2014

La rencontre, animée par Liza Japelj, a duré au moins deux heures et demie devant un public très attentif. La traductrice de Boris Pahor ANDRÉE LÜCK-GAYE nous a fait part des émotions bien particulières ressenties pendant son travail autour de l’oeuvre de Boris Pahor, et notamment lors de la traduction du récit que Boris Pahor a consacré à sa détention au camps du Struthof : « Pélerin parmi les ombres ».

Le public de la conférence de Boris Pahor à la Médiathèque de Bagnolet le 8 octobre 2014

Le public de la conférence de Boris Pahor à la Médiathèque de Bagnolet le 8 octobre 2014

Quelques mots de sa traductrice Andrée Lück-Gaye en 2013 :

« « Nekropola », « Pèlerin parmi les ombres », a été ma première traduction publiée et qu’elle est encore maintenant, un peu plus de vingt ans plus tard, la plus visible, la plus lue, j’y reviendrai. Ce texte m’a beaucoup marquée quand je l’ai traduit. J’en ai des souvenirs très précis.
Récemment, avant sa publication en poche, j’ai relu « Printemps difficile » pour lui apporter quelques corrections, et à cette occasion j’ai redécouvert le texte. Pour « Nekropola », nul besoin de relire. De nombreux passages sont restés gravés dans ma mémoire et sans doute à jamais, et pas seulement parce que je tombais sur des mots qui me résistaient ni en raison de la longueur et de la complexité des phrases ; mais parce que la lecture du traducteur est, pour reprendre une belle expression de Boris A. Novak, « la seule qui aille si profondément dans le texte et le contexte », et que j’ai lu et relu ces mots, ces phrases, que j’ai dû m’arrêter sur chacune d’entre elles et que le traducteur n’a pas, comme le lecteur, la possibilité de passer rapidement sur les moments durs, de sauter les passages insupportables, qui font mal, voire de tourner la page.
Souvenir aussi de mes conversations avec M. Pahor, échanges, discussions, parfois confidences. Nous nous rencontrions dans un bistrot de la Place d’Italie pour discuter de ma traduction, corriger mes erreurs le cas échéant … et nous avions parfois de longs échanges à propos de certains termes. Je me rappelle entre autres le débat que nous avons eu pour déterminer si, dans les camps, les détenus portaient des sabots ou des galoches (…) Ce livre a aussi révélé à beaucoup de ses lecteurs l’existence d’un camp de concentration sur le sol français, ce que moi-même j’ignorais alors que j’avais pourtant lu dès les années 70 de nombreux ouvrages sur la deuxième guerre mondiale et les ignominies des nazis. Et quand j’ai visité le Struthof, j’ai eu moi aussi, toutes proportions gardées évidemment, l’impression de faire un pèlerinage, en retrouvant tous les lieux décrits par M. Pahor et qui m’avaient tellement impressionnée, la potence, les terrasses, la table de dissection avec la goulotte pour l’écoulement du sang… et qui me renvoyaient à certains moments intenses, comme la séance chez le coiffeur à l’arrivée dans le camp, la douche, la mort du petit Tchèque… Maurice Braun, du journal « le Déporté », cite quant à lui la description des corps nus dans la neige avant et après la douche et considère qu’il s’agit d’un morceau d’anthologie de la littérature concentrationnaire. (…)
Une autre traduction m’a profondément marquée, c’est celle du recueil de nouvelles « Arrêt sur le Ponte Vecchio » qui donne notamment à voir au lecteur un aspect de l’histoire italienne tout à fait inconnue –en tout cas des Français. Des autres nouvelles, je me souviens, bien sûr, de la campagne du Karst, de la bora, du cliquetis des trams. Mais je me rappelle surtout avoir découvert, là encore comme de nombreux lecteurs français, les horreurs commises par les fascistes italiens pour tenter d’éradiquer les Slovènes, leur langue, leur culture, leur nom même. Je n’oublierai jamais le chef de chœur à qui on fait boire de l’huile de machine, la petite fille que l’instituteur suspend par les tresses à un porte manteau. Dans une critique parue dans Charly Hebdo, Michel Polac a écrit à l’époque : « Il faut faire lire ces pages à nos gens de droite qui veulent faire croire que Mussolini était plus respectable que Hitler un peu trop fou… » (…) »

le samedi 24 mars 2012, Andrée Lück-Gaye a reçu la Bourse de Traduction du Prix Européen de Littérature.

le samedi 24 mars 2012, Andrée Lück-Gaye a reçu la Bourse de Traduction du Prix Européen de Littérature.

Boris Pahor, Liza Japelj et Andrée Lück-Gaye à la Médiathèque de Bagnolet le 8 octobre 2014

Boris Pahor, Liza Japelj et Andrée Lück-Gaye à la Médiathèque de Bagnolet le 8 octobre 2014

LE 9 OCTOBRE À 19 h 30, A EU LIEU LA PROJECTION DE MON DOCUMENTAIRE « BORIS PAHOR PORTRAIT D’UN HOMME LIBRE », 98′, au cinéma le CIN’HOCHE, place de la mairie à Bagnolet.
L’intervention de Boris Pahor après la projection a été remarquable. D’un trait, il nous a proposé un raccourci d’histoire allant de la barbarie des baïonnettes en 1914, aux horreurs des camps de la deuxième mondiale, juqu’aux martyrs égorgés d’aujourd’hui. « A quoi servent donc la mémoire et les témoignages de ce mal, si le pire se reproduit sans cesse ? » a demandé avec énergie Boris Pahor à l’assistance.

Tournage des dernières images du documentaire "Boris Pahor portrait d'un homme libre au sommet du mont Nano. Boris Pahor et Fabienne Issartel.

Tournage des dernières images du documentaire « Boris Pahor portrait d’un homme libre au sommet du mont Nanos. Boris Pahor et Fabienne Issartel.

« Il se pencha sur ses lèvres, retenant sa nuque et ses cheveux dans ses mains, tandis qu’elle s’agrippait à son cou et que son sein le frôlait, à la fois tendu et accueillant. Sous ses paupières mi-closes, il vit à nouveau et clairement que, après l’extermination et la mort, l’irremplaçable entente entre l’homme et la femme constituait la seule vérité de ce monde ; grâce à elle, grâce à la femme, toute chose existante prenait un sens. C’est elle qui devrait enseigner aux enfants de l’homme l’alphabet d’une nouvelle paix. Et pendant qu’il caressait le corps de Luciana, une promesse solennelle naissait de sa passion : « femmes, nous devons t’aimer à la fois avec intensité et avec attention, pour savoir aimer de nouveau notre monde et ceux qui y vivent, avec intensité car c’est seulement d’un amour intense que naîtront la fierté et l’audace, et c’est seulement de l’audace que naîtra la liberté ».
Boris Pahor, Extrait de La Villa sur le Lac, p 201-202, 1955

Toutes les femmes étaient émoustillées d’avoir rencontré ce drôle de personnage encore mystérieusement désirable à 101 ans… Et je me souviens avoir dit à Boris Pahor : « le prochain film que je ferai sur vous s’appellera « le bourreau des coeurs » ».
Mais je crois qu’il ne connaît pas le sens de cette expression en français.

Dernière promenade dans Paris de Boris Pahor avant de prendre l'avion le 10 octobre 2014

Dernière promenade dans Paris de Boris Pahor avant de prendre l’avion le 10 octobre 2014

J’ai reçu de nombreux messages de soutien après la projection. Voilà celui de la présidente des Slovène de Paris »

Chère Madame,

J’ai été émue en regardant la projection de votre film « Boris Pahor, portrait d’un homme libre ».
Le message universel d’humanité y est omniprésent.
En plus, c’est une belle leçon de vie sur les idées reçues et le tabou sur la vieillesse.
Le portrait de l’homme libre est bien réussi. Je me permets d’affirmer que de telles rencontres dans la vie sont rares et d’une
qualité humaine précieuse.

Mes parents ont vécu le fascisme, l’interdiction de parler, chanter…en slovène.Mon père a été interné à Berlin…
Il est revenu à pied, en wagons pour les animaux…ayant 35 kg. Son voyage a duré 40 jours.

Merci pour ce film exceptionnel, incluant les témoignages et les preuves du passé sombre et inhumain de l’Europe mais aussi
porteur de messages d’amour, de vie, de liberté, de pardon et de paix.
J’éspère qu’il trouvera « sa route » en grande diffusion prochainement.
J’ai bien aimé votre conclusion à la fin : une lecture du texte de Boris Pahor; message d’amour à la Femme.

Au nom de notre communauté Slovène à Paris, je vous exprime notre gratitude pour ce cadeau mémorable
que vous avez fait à Boris Pahor, au peuple slovène, ainsi qu’à tous les autres peuples.

Anna Vicic, Présidente de l’ASSOCIATION DES SLOVENES DE PARIS

Fabienne Issartel et Boris Pahor au moment des adieux le 10 octobre 2014 à Montparnasse

Fabienne Issartel et Boris Pahor au moment des adieux le 10 octobre 2014 à Montparnasse

Encore des photos de Boris Pahor à Paris toujours curieux et toujours en action :

A chacun de ses déplacements Boris Pahor envoie à tous ses amis européens des cartes postales. Octobre 2014 au "Bistrot du Dôme", Paris.

A chacun de ses déplacements Boris Pahor envoie à tous ses amis européens des cartes postales. Octobre 2014 au « Bistrot du Dôme », Paris.

Boris Pahor veut savoir à quoi ressemble le poisson "lotte" qu'il vient de manger. "Ah, un poisson avec des ailes" dit-il en le découvrant sur le smartphone du garçon. Octobre 2014, au "Bistrot du Dôme".

Boris Pahor veut savoir à quoi ressemble le poisson « lotte » qu’il vient de manger. « Ah, un poisson avec des ailes » dit-il en le découvrant sur le smartphone du garçon. Octobre 2014, au « Bistrot du Dôme ».

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BELLE AFFLUENCE POUR « FOULE DE GENS : RUSHS DES ANNEES 80 » LE 20 et 21 septembre AUX PORTES OUVERTES DE BAGNOLET !

Pour la troisième année, j’ai montré dans la cave de la plasticienne Tam thi Pham, des images que vous ne pourriez pas voir ailleurs… Leurs mauvaises qualités techniques, et le format vidéo obsolète ne le permettrait pas. Mais ce travail très ancien sera la base d’un autre à venir, et auquel vous pourrez participer à votre façon. Car c’est bien cela qui est important, n’est-ce pas : participer ? Non ? « Foule de gens », c’est vous. C’est nous tous.

Vous avez été nombreux à venir vous ballader dans notre bonne ville de Bagnolet ! Votre enthousiasme m’a beaucoup touchée. Merci.

Cliquer ici pour découvrir le visuel réunissant les visages de ma foule des années 80 retrouvée dans la K7 oubliée :

foule gens : Rushs des années 80 filmés en VHS secam, aux portes ouvertes de Bagnolet 2014

FOULE DE GENS / PEUR ET FIERTÉ / La K7 oubliée / rushs des années 80 / VHS secam
Proposé par Fabienne Issartel
SAMEDI 20 et DIMANCHE 21 de 14 h à 20 h, à Bagnolet, lieu N°17

la K7 oubliée "foule de gens" de Fabienne Issartel

la K7 oubliée « foule de gens » de Fabienne Issartel

Au début des années 80, et bien avant que je ne fasse des films, on m’avait prêté une caméra vidéo – format VHS secam – que j’avais installée dans ma cuisine située au cinquième étage d’un immeuble de la rue Mandar, dans le quartier Montorgueil du deuxième arrondissement de Paris. Je décidais alors de profiter de ce matériel provisoire pour entreprendre une sorte d’enquête.
Il s’agissait de poser deux questions qui me semblaient essentielles, à des amis, ou à des gens rencontrés au débotté en bas de chez moi :
« De quoi avez-vous peur ? » et « qu’est-ce qui vous rend fier ? »

72 personnes se sont alors succédées une à une en gros plan visage devant l’objectif. Un mois exaltant durant lequel je ne ménageais pas ma peine, montant et descendant à longueur de journées les paliers abrupts de mon logement pour accueillir chaleureusement mes visiteurs. La sincérité avec laquelle ils venaient se soumettre volontairement à ce questionnement connu
à l’avance, et ainsi « faire acte », me déconcertait totalement. Comme si leurs mots fragiles et simples, prononcés justement devant moi, pouvaient tout à coup leur permettre de s’affranchir de leur destin tracé, de les sauver…

Mon idée était de monter ensuite ces entretiens avec des images de grands rassemblements humains : foules pixélisées où chaque personne n’est plus qu’un simple point.
Double face – peur, fierté -, et double genre – foule, individu -, le film « Foule de Gens » était censé susciter chez le spectateur une réflexion sur les différences de comportements, selon qu’un homme est isolé ou inclus dans une foule. Car la foule présente ces deux visages : celui de la peur souvent, celui de la fierté parfois…

Le résultat de ce beau travail était plutôt intéressant. La peur et la fierté amenaient à réfléchir en profondeur à très nombreux sujets et notamment à ce que l’on pouvait gagner en acceptant de perdre… Mais les rushs se révélèrent techniquement de trop mauvaise qualité pour envisager une finalisation « broadcast » du film, et je laissais à regret ce projet en jachère.

La K7 oubliée et retrouvée en VHS secam

La K7 oubliée et retrouvée en VHS secam

Quelques explications :
En mai 2014, par hasard, j’exhumais la précieuse K7 d’une main innocente d’un des cartons de mon grenier. Je croyais l’avoir définitivement égarée et voilà qu’elle ressurgissait 30 ans après ! Emotion. Je m’installais alors un peu fébrile devant mon vieux magnétoscope pour visionner cette étrange antiquité. Les visages familiers, mais oubliés, apparurent alors devant moi comme venant de l’au-delà. Certains étaient « en vrai » d’ailleurs bien morts, et je constatais avec un certain malaise, que leurs réponses aux deux questions auraient presque pu le laisser présager.
La détérioration de la bande révélait l’insolence de leur jeunesse balbutiante d’une manière particulièrement troublante. C’est qu’ils avaient définitivement atteint ici « un âge magnétique » qui colorait leurs joues de façon aléatoire en jaune, en rouge ou en vert. Aux temps arrêtés du tournage de1980, ou de leur existence peut-être maintenant interrompue, se superposait donc en abyme, la vie propre et autonome de cette bande vidéo qui s’oxydait. Il fallait faire quelque chose.
Je décidais alors de fossiliser à tout jamais ces rushs patinés qui avaient gardé leur âme. Grâce à l’artifice d’une copie numérique, les foules de points deviendraient des foules de carrés !
C’est cette copie des rushs que je vous propose de regarder ici, à votre guise, telle quelle, sans montage, comme nouvelle base de travail pour un film à venir… Lequel ? Je ne sais pas encore.
La peur et la fierté ont-elles changé de visage à notre époque ?
Que répondriez-vous aujourd’hui aux deux questions ?
J’attends vos suggestions !
Fabienne Issartel

Dans la cave du 60 rue Hoche, au lieu N°17, installée pour l’occasion en salle de projection – et pour accompagner le travail « BABEL » de la plasticienne Thi-Tam Pham qui m’accueille chez elle -, j’ai donc proposé aux promeneurs, de visionner telle quelle, comme je l’ai redécouverte, sous forme de rushs non montés, la fameuse « cassette oubliée » avec
ses images plein cadre de visages presque effacés.
Je crois que le côté sauvage des rushs a bien plu. Sans doute, le fait de proposer des images non montées permet à chacun d’inventer son propre statut de spectateur…

Comment refaire la même chose aujourd’hui ? Ce ne serait pas si simple.Les formes de désespoir ont changé. Parler devant une caméra en 1980 était un acte de liberté. En 2014, c’est devenu une contrainte sociale. Chacun veut contrôler sa propre image -fierté des selfy- tout en ayant une peur panique du regard de l’autre. BIZARRE !!

Pour rerouver cette forme d’émotion simple et sincère aujourd’hui, il faudrait inventer un dispositif différent. Lequel ? J’y réfléchis…

DEDICACES À QUELQUES-UNS DE MA FOULE :

CE CHER, TRÈS CHER HERVE PRUDHON…

Hervé Prudhon dans les années 80 répond aux questions : "de quoi avez-vous peur ? Et de quoi êtes-vous fier ?". Rushs de Fabienne Issartel.

Hervé Prudhon dans les années 80 répond aux questions : « de quoi avez-vous peur ? Et de quoi êtes-vous fier ? ». Rushs de Fabienne Issartel.

Deux articles retrouvés sur le net pour ceux qui ne le connaissent pas.
Et il faut lire « Tarzan malade »…

http://lettres.blogs.liberation.fr/sorin/2008/11/je-me-souviens.html

http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/extraits-d-ouvrages/article/herve-prudon-les-hommes-s-en-vont-58733

Hervé Prudhon dans la cave-projection

Hervé Prudhon dans la cave-projection

Tristan : peintre, vidéaste, musicien, chanteur
Sa petite chanson inoubliable : « de bonne humeur ce matin »

Tristan dans "Foule de gens" de Fabienne Issartel

Tristan dans « Foule de gens » de Fabienne Issartel

Chris Vila : écrivain
Il faut lire « Sang futur », 1977
http://www.noosfere.org/icarus/livres/auteur.asp?NumAuteur=23

Chris Vila dans "foule de gens" de Fabienne Issartel

Chris Vila dans « foule de gens » de Fabienne Issartel

Olivia Clavel : peintre et membre fondatrice de « Bazooka »
http://fr.wikipedia.org/wiki/Bazooka_(groupe)

Olivia Clavel dans "foule de gens" de Fabienne Issartel

Olivia Clavel dans « foule de gens » de Fabienne Issartel

Jean-Edern Hallier : écrivain

Jean-Edern Hallier dans "foule de gens" de Fabienne Issartel

Jean-Edern Hallier dans « foule de gens » de Fabienne Issartel

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HIER, 26 août, BORIS PAHOR A EU 101 ans ! BON ANNIVERSAIRE BORIS !

HIER, BORIS PAHOR A EU 101 ans, et forcément j’ai pensé bien fort à lui.

Mon cadeau, c’est Le film que je lui ai consacré et qui relate les grandes lignes de sa vie hors norme.

BON ANNIVERSAIRE CHER BORIS PAHOR !

Boris Pahor en 2009 à Trieste

Boris Pahor en 2009 à Trieste

Pour l’occasion, Voilà ci-dessous quelques notes concernant mon film, une nouvelle inédite de Boris Pahor « Place Oberdan », et quelques articles internationaux publiés aujourd’hui.

NOTES GENERALES DE REALISATION de « Boris Pahor, portrait d’un homme libre », 98’

« L’expérience des camps pour Boris Pahor, forcément fondamentale, occupe dans le temps une seule année de sa longue vie, mais un an où il aura su rester vivant. Et c’est déjà énorme.

Sans doute avait-il donc déjà en lui, cette propension rare à une certaine endurance hors-norme.

Le film raconte justement comment cette résistance inhabituelle lui a non seulement permis de survivre dans l’environnement hostile des camps, mais aussi de savoir conquérir sans cesse, avec courage et opiniâtreté, de nouveaux champs de connaissance et de liberté. Car la culture, l’instruction, et la lecture ont été de toute évidence pour lui des chemins d’émancipation. C’est notamment grâce à sa bonne pratique de plusieurs langues vivantes qu’il sortira debout des camps. Les œuvres de Camus, Dostoievski, Baudelaire ou du poète slovène Srecko Kosovel ont eu aussi une influence déterminante sur la conduite de sa vie. « J’écris pour tous les humiliés », déclare-t-il, faisant sienne la déclaration de Camus : « Oui, il y a la beauté et il y a les humiliés. Quelles que soient les difficultés de l’entreprise, je voudrais n’être jamais infidèle ni à l’une ni aux autres. » (l’Été, 1954)

Mes tournages – qui n’étaient à priori au début qu’un simple travail de repérage – ont démarré en 2008 dès notre première rencontre, chez lui, dans les hauteurs de Trieste. Six ans plus tard, je réalisais que j’avais chez moi quelques 120 h de rushs le mettant en scène ici ou là : précieuses archives dont il fallait maintenant faire quelque chose. N’ayant trouvé aucun diffuseur français voulant s’impliquer financièrement dans de ce film, je continuais néanmoins à le retrouver dès qu’une opportunité se présentait, caméra à la main. Il y a un an et demi, je décidais alors en parrallèle qu’il était maintenant temps de procéder moi-même, au montage et à la post-production de ce film avec ce qui avait été tourné. Seule dans un premier temps, puis avec l’aide de Slobodan Obrenic, je donnais peu à peu vie et rythme à ce documentaire dont j’avais imaginé les grandes lignes.

Ce serait donc « un portrait », comme le titre que j’avais choisi l’indiquait clairement. Et un portrait implique à 100 % son portraitiste, c’est à dire moi ! Ce film est donc le fruit de mon interprétation, de la vision que j’ai de mon héros, des émotions ressenties tout au long de ces six années où je l’ai croisé régulièrement pour des rencontres orchestrées, des échanges épistolaires ou bien téléphoniques.

Je décidais d’abord d’éliminer du film tout intervenant extérieur qui parlerait de Boris Pahor à la troisième personne. L’omniprésence de notre personnage vivant, et donc toujours capable à 100 ans, de s’exprimer lui-même, serait la ligne de force du documentaire. J’en étais convaincue !

Quelques questions s’étaient imposés à moi pour diriger les entretiens filmés :

Comment un homme peut-il tisser la trame de son propre destin dans le temps donné de sa vie, avec les éléments incontournables et réels de toute existence : l’histoire d’une enfance, d’un peuple et d’un pays ? Pour Boris, cette réalité nauséabonde avait surgi bien tôt dans son existence de petit garçon… Quelle peut-être l’incidence de l’exercice de la littérature dans la façon d’apréhender le monde ? Autrement dit, quelle part de fiction l’artiste écrivain Boris Pahor a-t-il pu ou su insuffler dans sa propre vie ? À quoi lui sert aujourd’hui cette fiction pour imaginer l’au-delà ? Et jusqu’à quand vit-on ?

En ce sens, j’avais donc l’ambition de réaliser là, autour de Boris Pahor, un film universel. Un film où l’on verrait vivre et parler un personnage archétypal, toujours debout, dans de multiples situations, et auquel on pourrait s’identifier comme dans une fiction. Un film avec un héros. Et Boris Pahor en avait de toute évidence l’étoffe !

J’imaginais le film s’articuler autour d’une succession de plusieurs plans, qui feraient échos à ceux du paysage de Trieste.

Au premier plan, donc il y aurait d’abord le corps de Boris.

Car c’est son corps qui s’impose d’abord à mon regard. Celui d’aujourd’hui. Celui d’hier. « L’image n’a pas de passé », comme dit Bachelard. Je suis fascinée par son corps de vieillard qui est aussi un corps d’enfant. Jeune, il était déjà dans cette ambivalence. On peut le constater sur les photos. Filmer le corps de Boris Pahor est donc une de mes priorités. La façon dont il tient ses mains par exemple est éloquente, car ses mains doublent sa pensée, et parfois, la précèdent. Souvent, elles sont posées devant lui ostensiblement, les doigts longs et reptiliens en attente. Et puis de mystérieux tempos intérieurs les mettent en mouvement, et la parole advient… Boris Pahor essaye d’ailleurs souvent de ne pas saisir le micro qu’on lui tend pour pouvoir continuer à parler avec ses mains…

Boris Pahor et sa chère machine à écrire

Boris Pahor et sa chère machine à écrire

Quand on le regarde en train d’écrire, la détermination avec laquelle il imprime son énergie sur les touches manuelles de sa machine à écrire est également significative. De toute évidence, son corps a la parole ! N’ayant pu parler à sa guise le slovène, sa langue maternelle, interdite dans les rues et les écoles de l’Italie fasciste, son corps a dû développer naturellement cette expressivité presque animale, garante de sa survie, enfant, puis dans les camps. Aujourd’hui encore, je vois que sa présence physique dans un lieu impressionne toujours ses interlocuteurs.

Boris Pahor à Paris le 12 juin 2014

Boris Pahor à Paris le 12 juin 2014

Le rapport si particulier qu’il a avec l’idée de l’amour, et qui se révèle dans une expression littéraire éminemment sensuelle, relève sans doute de ce statut que Boris Pahor a su donner à son propre corps – dont l’intégrité a été souillée dans les camps -, et plus largement au corps humain en tant que tel ! Une forme de respect total érigé chez lui en absolu.

Au deuxième plan, on trouve les paysages de la région où il est né : celle de Trieste et de son arrière-pays. C’est un autre corps vivant dans lequel il est enchâssé, suscitant à la fois attirance et malaise, au gré des évènements plus ou moins tragiques dont il est le théâtre.

Pour aller de la mer Adriatique du golfe de Trieste, jusqu’aux plus hauts sommets des Alpes Juliennes, il faut entre les deux, traverser ce plateau du karst, creusé de grottes souterraines qui plongent leurs abîmes au centre de la terre. La réalité physique, topographique une fois de plus, de ce paysage tridimensionnel, décrit les lignes de forces cosmiques du paysage mental, intérieur, de Boris Pahor, omniprésent dans son œuvre.

Il fallait donc filmer avec soin ces trois lieux emblématiques, ces trois niveaux de conscience que sont la mer Adriatique, le plateau du Karst et les montagnes.

« Quand j’étais à la montagne », dit notre héros, « j’avais envie de retourner à la mer. Et dès que j’étais à la mer, j’avais envie de rechausser au plus vite mes chaussures de montagne ». Boris Pahor a beaucoup pratiqué la randonnée en haute montagne et notamment autour du mont Triglav, emblème de la Slovénie. Le dessin des trois dents acérées de son sommet orne d’ailleurs le drapeau slovène.

Au troisième plan du film, on trouve le corps des livres de Boris, et de tous leurs mots enchassés dans les pages. Des mots et des phrases qu’il a fallut extirper du papier pour leur donner dans le film une vie autonome et charnelle à travers le timbre chaud et velouté de la voix du comédien Marcel Bozonnet.

quelques uns des ouvrages de Boris Pahor

quelques uns des ouvrages de Boris Pahor

Ma propre voix enfin serait présente en off tout au long du film. Il s’agira de dire que je suis là, que c’est bien moi qui scrute le paysage intérieur de Boris, que ce film est aussi l’histoire de ma rencontre avec lui.

Je savais depuis le début que je devais l’emmener dans la montagne. Finalement, ce ne fut pas le Triglav mais le mont Nanos, non loin de Trieste, où nous décidâmes de nous rendre pour son 99 ème anniversaire. C’est là où il avait embrassé sa femme la première fois, et où son beau-frère, grand résistant, s’était illustré dans de farouches combats contre les fascistes… Ce lieu avait du sens.

Ce jour de fin août, nous nous sommes donc mis en route vers le sommet de ce mont recouvert d’une brume épaisse. Ce sacré sale temps n’avait encouragé à part nous, aucun autre promeneur. Ainsi, bizarrement, nous étions seuls dans ces contrées. La magie de ce moment de tournage fut alors à la hauteur des efforts incessants que j’avais produits depuis le début pour vaincre les réticences de mon héros. Un bonheur intense l’assaillit dès que nous nous trouvâmes sur cette lande déserte au-dessus du monde, et je pleurais de joie, moi aussi, en courant après lui avec ma caméra, toute interloquée d’être si bien parvenue à mes fins.

La fin ?

Et oui, il faut bien qu’un film s’arrête quelque part, et comme ça, en pleine ascension, c’était assez idéal… Je ne sentais plus mes jambes, et Boris non plus. Il y eut un moment de grâce infini, où nous étions comme en suspension.

Au loin, sur la toute dernière ligne d’horizon en contrebas, de petits bateaux à voiles blanches gonflées par le vent, continuaient à tracer leurs sillons sur la mer bleue de la baie de Trieste.

Boris Pahor et Fabienne Issartel sur le mont Nanos en août 2012

Boris Pahor et Fabienne Issartel sur le mont Nanos en août 2012

Aujourd’hui 26 août 2014, Boris Pahor a 101 ans. Le film presque achevé a été projeté en avant-première plusieurs fois en présence de mon héros. Le spectacle visible de sa sincère satisfaction après les visionnages est ma plus belle récompense.

La ville de Bagnolet où je réside, souhaite faire venir prochainement le grand écrivain européen pour une conférence (le 8 octobre à la Médiathèque) et une projection (au cinéma le CIN’HOCHE le 9 octobre).

J’espère que vous viendrez nombreux partager ce moment avec nous !

Bon anniversaire Boris ! »

Fabienne Issartel

Réalisatrice du documentaire :

« Boris Pahor, portrait d’un homme libre »

Le 26 août 2014

La place Oberdan de Trieste en mars 2014

La place Oberdan de Trieste en mars 2014

Une nouvelle inédite de Boris Pahor : « Place Oberdan »

Cliquez :

http://remue.net/spip.php?article2844

Le 26 août, Boris Pahor était invité d’honneur avec son ami l’écrivain Alojz Rebula à Ljubljana où avait lieu un symposium sur la littérature slovène de Trieste. C’est avec Alojz Rebula, que Boris Pahor a réalisé pendant de très nombreuses années une revue engagée ZALIV.

Boris Pahor et Alojz Rebula en 1950

Boris Pahor et Aloz Rebulla

Des articles italiens, allemands, suisse ou slovènes parus le jour de son anniversaire :

http://www.deutschlandradiokultur.de/boris-pahor-ich-waere-gern-noch-einmal-jung-aber-heute-und.1270.de.html?dram:article_id=295576

http://www.siol.net/kultura/knjige/2014/08/boris_pahor.aspx

http://www.rtvslo.si/kultura/

http://www.rtvslo.si/moja-generacija/pahor-in-rebula-svetovnonazorsko-vsak-na-svojem-bregu-a-vseeno-prijatelja/344885
http://www.srf.ch/kultur/literatur/boris-pahor-ein-leben-fuer-den-widerstand
http://ilpiccolo.gelocal.it/tempo-libero/2014/08/20/news/per-i-101-anni-di-boris-pahor-grande-convegno-a-lubiana-1.9790831

« … dans son œuvre, il avait honoré l’amour et montré par là les chemins du salut. Il avait accompli le sens de sa vie, cependant qu’en continuant son œuvre il luttait contre l’idée de sa fin. Il pensait souvent bien sûr, qu’une date déciderait de la fin de cette beauté qui irradiait maintenant en lui, et le regrettait, mais il ne s’arrêtait jamais longtemps à ces réflexions, puisque le flux de la vie continuait à battre si fort en lui. Mais quand il le faudra, il se fondra dans l’univers, il s’évaporera comme en été les gouttes d’eau sur un chaud rocher de la berge blanche. A cet instant, il pensa à Lucie et souhaita lui donner une part de cette lumière qui l’inondait. »
Extrait du Jardin des Plantes, p 257

la jetée de Trieste

la jetée de Trieste

UN ARTICLE SLOVENE REND HOMMAGE A MON DOCUMENTAIRE SUR BORIS PAHOR

Boris Pahor devant les 200 spectateurs présents à l'avant-première parisienne le 14 juin dernier. Photo Arnaud Bauman. Tous droits réservés.

Boris Pahor devant les 200 spectateurs présents à l’avant-première parisienne le 14 juin dernier.
Photo Arnaud Bauman. Tous droits réservés.

Cliquez ici pour voir l’article original :

http://www.pogledi.si/ljudje/boris-pahor-ambasador-strpnosti-dolgozivosti

Voilà la traduction française de l’article par Andrée Lück-Gaye :

Il en est de Boris Pahor comme de tous les classiques, comme aussi des pizzas : On aime les manger sous leur forme originale, mais on aime aussi les goûter traitées autrement pourvu que leur composition ne laisse pas prévoir que leur goût ne nous plaira pas. Boris Pahor à la mode française ?
Ça sonne comme une promesse, celle d’un regard étranger qui perçoit ce qui nous échappe à nous qui considérons Boris Pahor comme Slovène, même s’il est avant tout Triestin (pas seulement de nationalité mais aussi d’état d’esprit). Dans un long-métrage documentaire, Boris Pahor, portrait d’un homme libre, Fabienne Issartel nous sert un Boris Pahor à la mode française. La réalisatrice et scénariste qui depuis la fin des années 80 filme des documentaires a, de 2008 à 2013, accompagné Boris Pahor « comme une ombre » ainsi que le portraituré décrit leur collaboration.
Le 31 mars 2014, tous deux, le sujet et l’auteur du portrait filmé, ont présenté, en avant-première, le documentaire dans un lieu assez inhabituel pour ce genre de cérémonie : dans le bâtiment qui héberge l’Institut français et l’Institut italien au bord de la Ljubljanica. Ces Instituts avaient pour l’occasion uni leurs force et reçu leurs hôtes dans la grande salle du premier étage, qui était comble. Les autorités compétentes n’ont semble-t-il pas montré d’intérêt pour rediffuser Portrait d’un homme libre, par exemple à la télévision nationale.
Mais alors qu’on pouvait supposer que le documentaire sur Boris Pahor serait à l’évidence une présentation de facture française destinée au marché étranger et à un public idoine qui ne connaît l’écrivain que de loin, cette présomption s’avère fausse après une heure et demie de visionnage. Le portrait apporte ce qu’il promet : une description très détaillée de la vie et de l’œuvre de l’auteur triestin partagé entre deux mondes, slovène et italien, parfois entre deux femmes. Fabienne Issartel lui a rendu sa première visite en 2008, le jour où pour la première fois paraissait dans la Republicca un long article qui attirait l’attention des Italiens autant sur la littérature que sur la ville où il vit (Trieste est loin du centre et encore plus du sud de l’Italie…) et surtout sur le côté sombre du peuple des saints, des poètes et des navigateurs qui s’est libéré de ses chaînes pendant la deuxième guerre mondiale. Les exhortations de Boris Pahor sur les atrocités de la guerre, sur les crimes contre l’humanité, et ce afin qu’ils ne se répètent pas (même s’il est clair que ses efforts sont vains) sont aussi, comme dans ses conférences, le fil rouge du film (à côté de sa littérature, bien entendu). La caméra l’accompagne dans sa visite souvenir sur les lieux du camp de Natzweiler-Struthof et lors de rencontres avec des jeunes en France qui l’écoutent gravement, mais la narratrice revient sans cesse au passé, depuis la Maison de la culture de Trieste et en passant par Zaliv et l’affaire de l’interview de Kocbek (la revue a été pendant un temps la chose la plus recherchée par les douaniers dans les trains entre Trieste et Ljubljana). Elle va jusqu’au Livre de Rada, dans lequel Boris Pahor parle de sa « vie amoureuse et fait scandale », quand à quatre-vingt-dix neuf ans, « il avoue en effet ses relations extra-conjugales. »
Le documentaire ne suit donc aucun programme adapté aux spectateurs français que les dissensions slovènes de l’époque de la deuxième guerre mondiale ne peuvent probablement pas intéresser, mais il embrasse tout sans sous-estimation et avec objectivité. Peut-être même plus que ne l’aurait fait une équipe slovène. Bien sûr, il ne faut pas se cacher que c’est surtout à cause du modèle que Portrait d’un homme libre agréable à regarder. Qui donc n’aurait pas plaisir à voir un homme de quatre-vingt-dix ans passés (au début du film) qui descend seul de l’avion et apparaît dans le hall de l’aéroport, la valise à la main comme s’il entrait dans un bureau de tabac de Prosek et non après avoir traversé la moitié de l’Europe ? Et qui après un siècle n’a pas fondamentalement changé son style de vie ; en fait, il est plus recherché d’année en année (il y a là une certaine logique), et il est intéressant que Fabienne Issartel saisisse cette période de sa vie où Pahor, d’écrivain lu et connu localement, se transforme en une sorte de héraut européen de la tolérance, du multiculturalisme, de la slovénité, du caractère sacré de la vie. La liste est longue de ses nobles objectifs et on pourrait encore l’agrandir, et on pourrait peut-être aussi le qualifier d' »ambassadeur de la longévité ». Sa vie d’homme libre lui apportera-t-elle l’immortalité, se demande la documentariste. On espère une réponse affirmative car dans ce cas, les valeurs qu’il promeut ne pourraient que progresser.
Traduction Andrée Lück-Gaye

Andrée Lück-Gaye qui a traduit de nombreux ouvrages de Boris Pahor, a aussi reçu le prix européen de traduction :

http://www.prixeuropeendelitterature.eu/luck-gaye.html