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Vous êtes venus nombreux à PRIORITE PIETON vendredi 12 avril 2019 dans le bar du Cirque Electrique pour assister au PERMIS D’EXHUMER de mes films-promenade. C’était beau ! Un bonus ici pour vous : le film « Où va le lapin ? » 1997.

 

Fabienne Issartel regarde ses spectateurs qui la regardent

Fabienne Issartel regarde ses spectateurs qui la regardent

 

En me donnant en quelque sorte un « permis d’exhumer » pour ces 4 films promenade des années 90, Hervé du Cirque Electrique nous a permis de partir tous ensemble dans une étrange promenade que je savais être aussi celle de la fin d’un cycle. Impression confuse. La magie de cette quadruple projection dans un même espace-temps rendait en tous cas soudain perceptible la cohérence d’une certaine vision du monde et aussi d’une époque. C’en était troublant. Car la soirée prit peu à peu son envol de façon autonome, s’épanouissant dans une nouvelle promenade live où les moments in et off des projections se mêlaient curieusement, où se fabriquait avec les spectateurs de ce moment béni une dernière oeuvre éphémère en direct. J’étais très émue d’observer toute cette énergie accompagner mes films vers leur autre vie. « Vous nous avez fait prendre conscience que le monde a changé. Tout cela n’est plus possible maintenant. Quel choc d’en prendre à nouveau conscience … Où allons nous, dans quel mur du fond ? » m’ont déclaré gravement plusieurs personnes. De mon côté pourtant j’étais fière de constater que ce miracle de convivialité libre pouvait justement toujours avoir lieu et de partager cela avec vous au Cirque Electrique, l’un des endroits parmi les plus poétiques de la capitale. Nostalgie, larmes et grands éclats de rire accompagnèrent ce rite. Deux jours plus tard je regardais hébétée les flammes qui consumaient le corps vivant de Notre-Dame dans la nuit. Notre coeur à tous filait vers le ciel. Je ne pouvais m’empêcher de relier les deux évènements, celui de ma projection et celui de l’incendie, comme le signe de l’exact moment où tout se remet à zéro et où l’on va à nouveau re-commencer à fabriquer une vie aussi belle, aussi libre et aussi conviviale que les précédentes. Car « pour prendre, il faut laisser quelque chose », dit mon amie Jake Je comprends chaque jour toujours plus ce qu’elle a voulu dire.

 

Fabienne Issartel sous la voute du Cirque Electrique le 12 avril 2019

Fabienne Issartel sous la voute du Cirque Electrique le 12 avril 2019

Pour la première fois dans une même soirée ces quatre films-promenade des années 90 de Fabienne Issartel pensés pour faire partie d’un même ensemble se sont enfin parlés dans un lieu digne de leur donner leur envol, celui vraiment unique du Cirque Electrique. Vous êtes venus nombreux partager le moment de 19 h à 24 h, Porte des Lilas, place du Maquis du Vercors. Merci à vous !
https://cirque-electrique.com/programmation/

 

4 films-promenade de Fabienne Issartel. De bas en Haut : Là-Haut sur la Montagne, Porte de Montempoivre, Etat de Siège, Printemps.

Les films-promenade :

Ni documentaires, ni fictions, ni reportages, les films-promenade de Fabienne Issartel mettent en scène des promeneurs non-acteurs circonscrivant de leurs pas des espaces de circulation parisiens : le canal Saint-Martin, la Seine, la ligne de bus 29 ou la rue de Ménilmontant. L’apparente futilité du quotidien est sous-tendue par l’idée du sens de la vie. – Qu’est-ce que la vie ? – La vie est une longue promenade. – Qu’est-ce qui nous pousse à avancer ? – L’étrange banalité. – Où allons-nous ? – Vers ce quelque part qui n’est peut-être nulle part ! Chacun de ces films autoproduits, tournés et montés en urgence, est un bout de la « GRANDE PROMENADE » dont le lieu est le personnage principal. L’esprit du lieu suffit à l’histoire.
Ces films expérimentaux tournés en une journée, voire une seule après-midi, et dans des formats vidéos anciens (U.Matic, vidéo 8…), ont donc été sauvés in-extremis grâce à cette soirée.

 

"Etat de siège" de Fabienne Issartel, capture d'écran

« Etat de siège » de Fabienne Issartel, capture d’écran

 

UN BONUS pour le nouveau monde : « Où va le lapin ? », 30′, 1997

En bonus, je laisse encore un petit quelque chose, ce « nouveau/dernier » film de 1997 exhumé lui aussi ces jours-ci : « Où va le lapin ? ». On y voit les auteurs Jean-Christophe Menu, David B, Matt Konture, Vincent Sardon et Lewis Trondheim, dessiner devant la caméra une des cases d’un strip qui conte la quête d’un lapin… Où va-t-il donc lui aussi, ce sacré lapin ?

“LAPIN” était à cette époque le nom de la revue de la plus iconoclaste des maisons d’édition de bandes dessinées françaises, fondée en mai 1990.

 

 

PRIORITE PIETON : Soirée déambulatoire décontractée et gaie !

C’était LE PROGRAMME : 

SUR UN MONITEUR à l’extérieur et pendant toute la soirée il y avait :
“Foule de gens des années 80”. 72 personnes des années 80 répondent en plan serré visage à 2 questions : De quoi avez-vous peur ? Qu’est-ce qui vous rend fier ?

SUR UN ECRAN dans le bar du Cirque Electrique les 4 films-promenade dans l’ordre chronologique de leurs tournages.

 

LES AFFICHES DES FILMS ET DES TEXTES ci-dessous :

. 2 textes à propos de « là-haut sur la montagne »

. Un texte de Pacôme Thiellement sur « Printemps », 

. Mon Manifeste du film-promenade rédigé dans les années 90.

 

Là-Haut sur la Montagne, un film de Fabienne Issartel

 

« Là -haut sur la montagne » (26’). Un homme remonte la rue de Ménilmontant en pénétrant dans chaque café rencontré sur sa route. Un film en forme de chemin de croix tourné en l’an 1992.

« j’ai trouvé Là-haut sur la montagne très réussi avec cette économie de moyens qui caractérise tous tes films sauvages. L’image post-VHS est finalement belle, presque vibrante et on est bien à divaguer avec Ernest en 1992. Le passage du temps rajoute du charme à ton film. Ce Paris là est bien loin maintenant », Stéphane Sinde, réalisateur.

DEUX TEXTES SUR CE FILM

TEXTE 1. Une métaphore des mystères de la mémoire,

par Jean-François Chaput, opérateur des prises de vues du film, 15 février 2018.

Jean-François Chaput, opérateur de prises de vues de "Là-haut sur la montagne", photo d'époque nature de "Foule de gens" (1986)

Jean-François Chaput, opérateur de prises de vues de « Là-haut sur la montagne », photo d’époque nature de « Foule de gens » (1986)

J’y étais sur ce tournage, puisque c’est moi qui ai fait l’image. Cette journée je l’ai vécue, entièrement. J’ai respiré le même air que les autres membres de l’équipe, j’ai échangé, ri, bu avec eux. J’ai écouté Fabienne, je l’ai vu travailler. J’ai gardé les yeux ouverts toute la journée, j’ai tout entendu, tout ressenti. Et pourtant je me souviens de si peu de choses.

Quel jour était-ce, quel mois, quelle année ? Vers 1990. Il ne faisait pas froid, pas très chaud non plus. Je me souviens du premier ou du deuxième café dans lequel nous tournons, en bas de la rue de Ménilmontant. C’est un plan sur Ernest, le personnage principal du film, il est assis sur un tabouret haut, accoudé au zinc du bar. Derrière lui, les portes vitrées du café donnent sur la rue, avec sa lumière blanche sans soleil et ses commerces. Je vois un homme surgir d’une boutique, il traverse la chaussée et semble venir droit sur moi. Il a une blouse de travail blanche et une barbe noire, il a l’air sévère, il marche vite, il entre dans le café. C’est bien vers moi qu’il avance ; il se plante à cinquante centimètres de mon visage, en colère : « Vous n’avez pas le droit de filmer les gens sans autorisation, c’est ma boutique, c’est privé. » Je vois sa boutique derrière, je n’y avais pas fait attention jusque-là. C’est une boucherie, la façade extérieure est ancienne, fraîchement repeinte de rouge vif, l’intérieur est tout blanc et fortement éclairé de néons blancs. Je lui explique que ce n’est pas sa boutique que nous filmons, mais un acteur, ici présent au premier plan. Il repart le sourcil froncé, pas content, pas convaincu.

Plus tard, nous sommes dans un autre café, Ernest est assis au comptoir devant un autre verre. Je le filme en gros plan, en contre-plongée. Je me dis que la lumière est faiblarde ; c’est un jour gris, et le café est sombre. Je me dis que ce serait bien d’avoir le temps d’éclairer mieux, je me demande ce qu’il aurait fallu faire pour bien éclairer ce plan. J’ai la caméra sur l’épaule, le plan dure longtemps, c’est lourd une Béta, des raideurs dans le bras commencent à se faire sentir, mais j’aime filmer. A la fin du plan, le photographe de plateau, me dit quelque chose comme : « C’est super, t’es resté stable pendant tout le plan. » Je suis bêtement flatté évidemment, quelqu’un a remarqué ce que je crois être mon style. Du coup je me souviens de son nom : Hervé Sellin, un grand maigre, les traits du visage aiguisés, avec des lunettes fines à montures noires, et un Leica greffé à la main qu’il vient coller devant son œil, dans un mouvement régulier comme une respiration.

Un autre bar plus haut. C’est un grand café, vitré sur toute sa longueur. La caméra est posée sur le comptoir, il est en métal couleur cuivre, et fait comme une long ruban doré où sont échoués différents personnages. Ça parle fort, le lieu est bruyant, je n’entends pas les dialogues. Fabienne court partout. J’aime la pratique du tournage-performance de Fabienne : se servir du cinéma pour faire pétiller la vie, épouser le mouvement du réel pour faire des films vivants. J’avais tourné peu avant un court film en une nuit, dans la rue, avec trois comédiens plongés dans le tourbillon de la nuit du 31 décembre au 1er janvier 1987. À l’époque nous faisions groupe avec Fabienne et Rodolphe Garabédian. Nous avons fait quelques films ensemble, nous partagions un désir et une vision du cinéma. Nous n’avons pas continué, nous nous sommes séparés, c’est dommage. Chacun est parti sur sa route solitaire. Nous ne pouvions pas faire autrement.

Le dernier trocson il me semble. La lumière du jour faiblie, les lampes du bar sont allumées, l’ambiance est jaune-orangée. Ernest commence à être vraiment bourré, ça se voit et ça s’entend. Les patrons sont sympas et souriants. On rigole, on boit tous un coup à la fin.

C’est la fin du tournage. Toute l’équipe stationne devant la cité du 104 rue de Ménilmontant avant de se séparer. Je tiens la caméra au bout de bras par sa poignée, comme une valise. Trois mômes sortis de je ne sais où, se glissent dans notre cercle ; ils sont agressifs. Ils ont quoi ? dix ans, douze ans ? ils sont petits mais hargneux. L’un des trois, le plus décidé, pénètre au centre de notre groupe : – « On veut pas de journalistes ici. » Il pose son pied sur la caméra et appuie brusquement deux trois fois dessus pour la faire tomber. J’accompagne le mouvement vers le bas pour éviter le choc, la caméra ne tombe pas. Hervé gueule : – « Et la liberté de la presse alors ? » Ça m’énerve un peu, parce qu’on n’est pas de la presse, on n’est pas des officiels, on est juste des individus comme eux, alors je dis : – « Et la liberté tout court, putain ! » Nous sommes tout de même nombreux. Ils s’en vont. Ils étaient trois mômes, nous étions six ou sept adultes et pourtant ils pouvaient avoir le dessus, parce qu’habités par une violence et une détermination qui nous est étrangère. Flippant.

Voilà tout ce dont je me souviens. Je n’ai jamais revu le film. Maintenant que Fabienne a numérisé Là-haut sur la montagne, je vais le redécouvrir, et je vais sans doute m’apercevoir que mes souvenirs, en plus d’être parcimonieux, sont inexacts.

15 mars 2018, après avoir revu le film (par JF. Chaput)

J’ai revu le film hier. Évidemment, c’est fait avec les moyens vidéos de l’époque, l’image serait meilleure aujourd’hui, mais qu’importe. Ce qui me frappe c’est l’aspect documentaire que prend le film avec les années. Plus de vingt-cinq ans ont passés… La plupart de ces bars ont été transformés, le quartier s’est renouvelé, embourgeoisé. La gentillesse d’Ernest, je l’avais oubliée ; elle crève l’écran. Il est tellement aérien, décalé et en même temps disponible, abordable, adorable, fragile. Et ces rencontres hasardeuses, ces visages que l’on ne voit plus, des types humains disparus. Et des vrais cafés avec toutes sortes de gens mélangés, pas cloisonnés en clans sociaux comme aujourd’hui. Merci Fabienne pour ce film. Aujourd’hui tu as affiné et affirmé ton style, mais il y souffle toujours le même air de liberté brave et joyeux que j’aime tellement.

 

Le photographe Hervé Sellin fabriquait à mesure les plans de coupe du film "Là-haut...". Ici la première image du film : Ernest Kerpen le héros du film, sort du métro Ménilmontant un vendredi saint

Le photographe Hervé Sellin a fabriqué à mesure les plans de coupe du film « Là-haut… ». Ici la première image du film : Ernest Kerpen le héros, sort du métro Ménilmontant un vendredi saint pour accomplir l’ascension de la rue de Ménilmuche…

 

TEXTE 2. « Là Haut sur la montagne » par Yves Tenret, écrivain, réalisateur, animateur de radio, mars 2019
(Yves Tenret : ses podcasts de Ma vie est un roman sur Aligre FM http://aligrefm.org/podcasts/la-vie-est-un-roman-155/1)

 

Loïc Connanski prépare la lecture publique du texte d'Yves Tenret sur le film "Là-haut sur la montagne", au Cirque Electrique le 12 avril 2019 dehors, pendant la projection du film

Loïc Connanski prépare la lecture publique du texte d’Yves Tenret sur le film « Là-haut sur la montagne », au Cirque Electrique le 12 avril 2019 dehors, pendant la projection du film

http://loic-connanski.blogspot.com/

 

Sage dérive ou dérive d’un sage ?

– Mon chemin de croix, dit-il.

– Dipsomanie, dis-je.

– Et la dérive promise, demande-t-elle ?

– Spontex foutraque, crache-t-il exaspéré.

Tout dérive de la dérive ! Passage hâtif à travers des ambiances variées. La dérive est le rêve en acte, sens et but du voyage. Tout dérive : les êtres, les plaques tectoniques, les continents. Se déplacer sans but ni projet. Bateau ivre. Métagraphie (il va pleuvoir). Flottement, vacillation, abandon de soi à ce qui vient. Se laisser porter par le courant des influences passagères. Viveurs, sans cap, sans limite, sans fin, sans but. Aller, passer, disparaître. Le temps Pax in hominibus bonae voluntatis. Tout s’écoule, tout passe. Sous le flux, rien ne se maintient, le flux est flux et le reste n’est rien si ce n’est inconscient à ciel ouvert, plaques tournantes, angles mouvants, perspectives fuyantes, petits bars oubliés… Nous nous sommes tant aimés !

Cet homme que tu vois, là, celui qui sort du métro. Condamné à mort, portant sa croix, qui tombe. Tu le vois ? Oui, cet homme, banal, insignifiant, quelconque, voire légèrement insipide, qui croise sa mère, Simon le compatissant et Véronique qui lui essuie le visage. Et bien, cet homme c’est moi. Tu me reconnais ? Seul dans Paris, je tombe, les femmes pleurent, je tombe. Ça ferait un bon titre de livre, Seul dans Paris, hein ? Un peu commun. Rien d’original. Prosaïque. Du déjà vu ? Ah, parce que tu le vois, toi, cet homme ? Dans les rues de Paris si tu le croises, tu ne le vois pas. Tu ne le remarques pas. Je marche dans les rues de la ville. Je deviens la ville. Je suis suivi par elle. On me dépouille de mes vêtements, on me cloue, je meurs. Enfin, ça, c’est que je me raconte parce qu’en fait je me déplace et n’attends nulle illumination. J’attends mais je ne sais pas ce que j’attends. J’attends que quelque chose se passe. Et je marche. J’avance à reculons. Tu pars d’un point A et tu te retrouves à un point B, B comme bistrot. Il y en a une dizaine ou deux sur le chemin. Entre A et B, ce sont des refrains. Ou des rengaines. Ça rythme le truc, tu vois. Ça crée des pauses, des suspensions. Pour ne pas perdre le fil. Comme dans les files d’attente. Dans le hall de la gare, les jours de grève. Plus de train. Plus de point de départ. Plus de déplacement. Le mouvement s’abîme et se replie sur lui-même. On se mord la queue. Va et vient. Dans ce hall de gare, tout est suspendu. On attend. J’attends et je me déplace de A en B. Des rues sortent de ma bouche essoufflée et se déversent en carte routière, en ponts, en tunnels, en caniveaux. Je les suis, je suis et me retrouve dans moi-même. Circulation organique et boyaux inextricables. Le retour du même mais pas tout à fait pareil, tu vois ? Tu manges et puis, enfin, je ne veux pas te le raconter, tu connais, non ?

Je ne me souviens plus de quand on a tourné ce putain de film, ni avec qui. Si ça se trouve ce n’était même pas un film… Commençons par là… dieu sait où cela va nous mener… sans se presser… y a l’heure qui se pointe et toi qui t’mousse et qui mousse… sacré moussaillon… ce n’est pas une armée… j’ai pensé colonne… mais ce n’est pas une armée… tes mots qui flânent en rangs dispersés… ce n’est pas ça non plus… tes chansons en chausson… ta narcose entre chien et loup… ça colle… enfin merde y doit y avoir un moyen pour le dire simplement… Oui, c’est ça… Tu t’es réveillé mal armé… tu ne sais pas ce qui t’arrive, on ne comprends plus rien à ce que tu dis, jamais un coup de dés n’abolira le hasard ! Au secours !!!

La vie d’artiste. Tombe, recommence, chante sous la pluie, tombe la neige, tu ne viendras pas ce soir, et mon cœur s’habille de noir, tout en larmes blanches, l’oiseau sur la branche, pleure le sortilège… C’est ton texte, tout est à toi, prends ce qui te plaît et rejette le reste… Moi, je cherche la chanson, la légende, le récit, la saga, la fille louve, la fille perdue, la fille paumée, ma petite lady qui attend le train de quinze quarante-trois au coin du quai là-bas, tout est à toi et rien n’est à moi…

La dérive. Je ne vois pas le mec qui marche, qui passe de bistrot de bistrot, – il y en avait 600 000, il n’en reste que 2 ou 3, – le mec qui a un sourire crispant. Je vois la gonzesse, celle qui mate, celle qui filme. Elle est la parfaite perdante qui, grâce à un génie propre, prend toujours la mauvaise décision. Chacune de ses tentatives de fuite rend les choses pires encore. Elle est donc celle dont la vie est ordinaire et, malgré cela, malgré tous ses renoncements, celle qui s’attire quand même des ennuis.  La vie sur un trampoline… Juste une menace, une tension, la sensation que quelque chose est imminent, qu’il y a un perpétuel mouvement et que ce mouvement est menaçant. Surtout ne pas savoir où on va, juste décrire, faire circuler la menace. Aller où les anges ne vont pas. Je suis la sœur et la mère, me murmure-elle, des frotteurs qui suent en se branlant sur le cul des clientes de chez Tati. Le bled, la démerde, l’amour des mutants, la voie rêveuse, le sentiment de l’étrangeté des choses, de celles qui se vendent, qui s’échangent mais des autres choses aussi. Sans aucune condescendance, juste bousiller son existence. Réviser ses ambitions à la baisse, s’assigner des limites. Adopter un ton plat, une énonciation timide et n’émettre que d’obstinées banalités. Nous vivons le temps de tout et de son contraire. Il n’y a plus de table permettant d’énoncer le vrai et le juste. Mais au moins, elle n’était pas prolétaire, cette femme, cette enfant rêveuse, qui ne réfléchit jamais aux conséquences incalculables de ses actes.

Raconte encore, lui demande le vieux. Mais la caméra la lâche brusquement et part vadrouiller à l’horizon. Ce n’est plus un texte mais une insurrection. Elle crache sur la distanciation et vise l’empathie totale. Une vitalité en forme de sauve qui peut… Explosif, hilarant, apaisant – m’a réconcilié avec moi-même… Hic ! Et nunc… Yves Tenret, mars 2019

Sur la scène du Cirque Electrique le 12 avril, Yves Tenret, Loïc Connanski et Fabienne Issartel

Sur la scène du Cirque Electrique le 12 avril, Yves Tenret, Loïk Connanski et Fabienne Issartel

Porte de Montempoivre, un film de Fabienne Issartel

 

« Porte de Montempoivre » (26’). Six histoires de rencontres au mois de juillet sur la plateforme arrière du bus 29 direction Porte de Montempoivre. La vie devient un roman le temps d’un trajet.

 

Patricia Moraz et son fils Mathias Rossier partagent un moment sur la plateforme du bus 29 dans "Porte de Montempoivre", film de Fabienne Issartel

Patricia Moraz et son fils Mathias Rossier partagent ici un moment sur la plateforme du bus 29 dans « Porte de Montempoivre », film de Fabienne Issartel

PATRICIA MORAZ est partie pour le grand voyage…

Je l’apprends. Tristesse.

Mon amie Patricia Moraz, réalisatrice, scénariste et productrice, qui avait participé au tournage de Porte de Montempoivre (ci-dessus) nous a quitté ce mardi 16 avril pendant l’incendie de Notre-Dame… Etrange.  

Née le 23 septembre 1939 à Sallanches en Haute-Savoie, elle avait donné notamment un de ses premiers rôles à Isabelle Huppert en 1977 dans son film « les Indiens sont encore loin », très remarqué à la Quinzaine des Réalisateurs cette année-là et devenu culte. Elle avait produit entre autre « Boy meets girl », le premier film de Léos Carax, co-produit « l’Argent » de Bresson, et participé à la fondation de la Fémis en 1986 où elle enseignait d’une façon toujours engagée l’art du scénario et de la production. C’était quelqu’un, comme on dit, qui vous poussait toujours vers la beauté et la poésie, qui donnait envie de croire dur comme fer que « le cinéma, c’est vraiment la vie ».

Bon voyage Patricia vers ce quelque part, qui n’est peut-être nulle part. Tu avances.

La Cérémonie d’adieu à Patricia Moraz aura lieu ce jeudi 25 avril au Crématorium du Père-Lachaise à 13 h 30.

 

 

Muriel Foures et Gérald Valmer Mulot dans « Etat de Siège », de Fabienne Issartel

 

“État de Siège” (20’). 14ème jour des grandes grèves de décembre 95. Plus de métros, plus de bus, plus de trains…C’est le blocus. Deux amis désoeuvrés en profitent pour aller faire un tour « à l’oeil » sur les bateaux-mouches mis au service des parisiens par la mairie.

 

Printemps, un film de Fabienne Issartel

 

“Printemps” (35’). Le long du canal St Martin en 1995 chacun marche vers son destin en rêvant aux promesses d’une nouvelle vie du printemps.

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Tournage de « Printemps », Laurent Charpentier filme Solveig Dommartin et Muriel Fourès le long du canal Saint-Martin, Paris, 1er juin 1996

 

TEXTE 3. « NOTRE CINEMA, FABIENNE ISSARTEL », par Pacôme Thiellement, mars 2017

 

Projection du documentaire de Fabienne Issartel CHACUN CHERCHE SON TRAIN au cinéma le CIN'HOCHE à Bagnolet, le 15 septembre 2016

L’essayiste et réalisateur Pacôme Thiellement, photographié ici en septembre 2016 par Arnaud Baumann, à l’occasion de la projection de « Chacun cherche son train »

“Printemps” d’abord, c’est de la musique. Un son incroyable : le saxophone soprano d’Akosh S dans une improvisation fiévreuse au bar L’Atmosphère un soir. Un son capable à lui seul de ressusciter immédiatement les années 90 à Paris si vous les avez vécues… A l’époque, on pouvait encore fumer dans les bars et ça se voit immédiatement : les gens sont intenses ; ils ont une ivresse joyeuse, amoureuse, lyrique. La cigarette, c’est l’innocence des poses cinématographiques. Jouer à fumer « comme les stars », faire semblant de savoir fumer jusqu’à qu’on fume vraiment. Jouer à vivre « comme les grands » jusqu’à comprendre que c’était ça, vivre, justement. Qu’il n’y avait rien de plus vivant que cette innocence, cette jeunesse.
 Printemps, ensuite, ce sont des hommes et des femmes qui parlent. Ils parlent d’amour bien sûr : de sexe, de beauté, de conneries, de vie future et de réincarnation. Ils s’étalent sur les pelouses. Ils dansent. Ils chantent même ! Mais surtout ils marchent. Ils marchent le long du canal Saint-Martin et le ciel est bleu. Fabienne Issartel, c’est le cinéma des poètes, des errants, des piétons de Paris. La marche, ce n’est pas l’innocence comme la cigarette ; mais c’est encore plus beau : c’est le début du nouveau monde, la victoire sur l’Enfer. C’est peut-être le sens du fragment énigmatique de Walter Benjamin : « Vaincre le capitalisme par la marche à pieds. » On n’a jamais vu un tyran, un affameur ou un businessman se promener.
 Dans “Printemps” on a l’impression de voir des hommes et des femmes libres. Ou plutôt on les voit en train de se libérer. De quoi se libèrent-ils ? De ce qui les détermine et de ce qui les entrave, de ce qui les sépare et de ce qui les enferme. Ils se libèrent de leur solitude ; ils se libèrent de leur prison. Fabienne Issartel, c’est le cinéma de l’amour qui circule entre les êtres. Et ils sont tous beaux, tous. Pourquoi ne le seraient-ils pas ? Puisque Fabienne Issartel les aime pour ce qu’ils sont, tous. Un peu comme Giacometti qui répétait à Genet : « Comme vous êtes beau ! Comme vous êtes beau ! » alors qu’il dessinait son portrait avant d’ajouter : « Comme tout le monde, hein ? Ni plus ni moins. » 
Jusque là, le cinéma n’a pas été fait pour nous. Il ne nous parlait pas, ne nous regardait pas : il nous tournait même le dos. Nous avons besoin d’un cinéma qui nous ressemble, un cinéma qui nous aime et qui nous le montre. Nous avons besoin d’un cinéma dans lequel on puisse marcher.
 “Printemps” ça date du milieu des années 90 et pourtant ça semble avoir été fait ce matin. Plus exactement, ça a été fait (vécu, tourné, monté) pour ce matin. Vingt ans ont passé qu’on a vécu les yeux fermés ou occupés d’autre chose. C’est maintenant, et maintenant seulement, que les films de Fabienne Issartel peuvent rayonner de leur poésie solaire, de leur lumière d’avant midi. 
Nous avons besoin du cinéma de Fabienne Issartel. Libre, ouvert, intense, au plus près de l’instant, aéré comme un jour de printemps : notre cinéma, ni plus ni moins. Pacôme Thiellement, mars 2017

 

4. MANIFESTE POUR LE FILM PROMENADE, printemps 1996

Voilà ci-dessous le texte que j’avais écrit à l’époque pour parler de ma démarche pour fabriquer mes films-promenade.

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Fabienne Issartel par Hervé Sellin 1985

MANIFESTE POUR LE FILM PROMENADE, printemps 1996

Filmer la vérité d’un évènement (reportage) à travers la trame d’un scénario (fiction), est une méthode de travail propre à créer un genre particulier : le reportage-fiction, que je préfère appeler « film promenade ». Ici, le mécanisme d’identification de la fiction oblige le spectateur à se remettre en question dans une vision active de la réalité. De toute façon pour moi, tout film est une fiction.

Plusieurs films fabriqués sur ce mode ont vu le jour. Pour chacun d’eux le lieu et la date de tournage sont bien spécifiques : la rue de Ménilmontant un vendredi saint, les bals des pompiers un 14 juillet, la plateforme du bus 29 pendant l’été, les bateaux-mouches pendant les grandes grèves de décembre, le canal Saint-Martin au printemps… Le lieu n’est jamais un décor en toile de fond pour servir une histoire, mais le « personnage principal » du film. La date du tournage va faire également partie intégrante du scénario. Lieu et date sont donc la base de départ du travail de construction du film.
Il faudra ensuite choisir des personnages ouverts et curieux pour leur adéquation, voire leur inadéquation avec l’esprit du lieu. Car c’est à travers leur yeux que nous allons découvrir en direct cet endroit de Paris, que nous allons vivre de fait un moment historique, même s’il ne se passe rien -parce que daté- comme si nous y étions.
Il n’y aura donc pas d’histoire à proprement parler si ce n’est celle de la promenade dans le lieu. L’histoire n’aura de sens que par le fait qu’elle sera celle d’un jour donné. Ce que la caméra cherchera à voir, c’est la transformation en direct qu’imprime peu à peu un paysage à l’intérieur de la tête d’un personnage qui chemine.
Quel est l’effet final recherché ? C’est simple : donner au spectateur l’impression qu’il est réellement en train de se promener, d’humer l’air, de jeter ce regard furtif aux hasards de ses déambulations sur les gens qu’il croise, et vivre des histoires ou alors rien du tout. Bref, cette sensation tendue et désirante inhérente à l’idée de se mettre en marche à un moment donné et qui se situe très exactement au point « érotique » où le rêve et la réalité intérieure du promeneur, vient croiser dans son cheminement le rêve et la réalité extérieure. Juste une sensation… Le film est là, dans cette réalité à la fois fabriquée et vécue du point érotique pur.

Dans un documentaire traditionnel, on s’attacherait à avoir une vision objective, donc la plus exhaustive possible du lieu à décrire. On reviendrait le filmer à des heures différentes de la journée et de la nuit. On chercherait à avoir du site une vision spatiale ainsi qu’une approche raisonnée des différents acteurs qui l’habitent. Une fiction classique, quant à elle, utiliserait plus ou moins le lieu comme simple décor au service d’une histoire.
Le reportage-fiction ou « film promenade » tel qu’il vient d’être défini ne veut se substituer ni à la fiction, ni au documentaire, ni même à ce genre qu’on appelle le « cinéma du réel ». Non. Chacun a sa place bien légitime avec son dosage de réalité, de fiction et de subjectivité. Chacun porte en filigrane son propre message éthico-métaphysique de la vie.
Alors quel est le mien ? Quel est le sens de la vie : ce fameux « meaning of life » qui en anglais ne veut d’ailleurs pas dire la même chose ? C’est la réponse à cette question qui justifie le choix d’un réalisateur pour l’un ou l’autre des genres. Il faut quelquefois créer un nouveau genre pour être en harmonie avec la réponse qu’on veut y apporter.
The meaning of life est pour moi le sens de la vie littéralement. Il est direction.

Dans un sens qui s’énonce en trois propositions :

1/ Qu’est-ce que la vie ? La vie est une longue promenade.
2/ Qu’est-ce qui nous pousse à avancer ? L’étrange banalité.
3/ Ou allons-nous ? Vers ce quelque part qui n’est peut-être nulle part.

UNE LONGUE PROMENADE

Chacun de mes films présente un bout de la grande promenade, promenade qui se déroule d’un film à l’autre, dans ce labyrinthe de circulation infini qu’est la ville, qu’est la vie. Longue, la promenade ne l’est sans doute jamais assez, mais elle justifie tout, en ce sens qu’elle m’apparaît comme la seule trame réelle de l’existence, déployant dans son cheminement une énergie métaphysique de la sueur. La promenade se déroule pas à pas vers sa fin, jusqu’à la dernière goutte. Fouler la terre debout avant d’y être enseveli couché : c’est sûrement aussi simple que ça !
Je caresse souvent le bitume avec la pomme de ma main à Paris et je me souviens de quelque chose… Desfois, je ne peux m’empêcher de m’allonger à même le trottoir et de rester là les yeux au ciel. Une légère chaleur se diffuse alors dans mon dos entre les omoplates. Et je me souviens de quelque chose… De quoi ? Sur le chemin, on oublie justement pourquoi on chemine. La réponse est là-bas au bout en mettant un pied devant l’autre en tension vers un tout petit point lumineux. J’ai demandé à être enterrée debout.

L’ETRANGE BANALITE

On reconnaît le promeneur à son port de tête, à une certaine façon détachée d’aller toujours tout droit avec conviction. Mais comme je dis souvent : il faut « suivre » nos pas, aller avec une détermination épique là où ils nous entrainent. Le promeneur marche en humant l’air, les narines palpitantes et les yeux mi-clos. Il ressent avant de voir.
Savoir vraiment suivre ses pas, savoir où nous nous trouvons quand nous nous y trouvons : voilà sans doute le grand luxe, le plus complexe de la vie. Cela suppose que nous ayons toujours cette sensation d’être quelque part et de vivre quelque chose : ce qui n’est n’est pas toujours si évident. Car la vie « ordinaire », la vie de tous les jours, pour chacun de nous, pourrait parfois avoir l’air d’un « pas grand chose », voire d’un RIEN. Or, au lieu de nous immobiliser, ce rien nous fait quand même avancer. N’est-ce pas paradoxalement extra-ordinaire ? La banalité est peut-être ce qu’il y a de plus mystérieux et de plus étrange. Dans la promenade, l’homme n’est pas perdu. Il est gagné ! Gagné d’avance par l’issue de son voyage ! La promenade est une épopée dans l’étrange banalité. C’est ainsi que l’on savoure tout, sans hâte, mais avec l’enthousiasme clairvoyant, concentré et curieux, de celui qui sait qu’il n’a de choix que celui du plaisir, envers et contre tout.

UN QUELQUE PART QUI N’EST PEUT-ETRE NULLE PART

Dans « Là-haut sur la montagne » Ernest doit monter « là-haut », tout au bout de la rue de Ménilmontant. Mais il s’en retourne juste avant d’atteindre son but. Dans « porte de Montempoivre » le dernier personnage, Gérard, arrivera enfin jusqu’à cette porte où il ne se passe rien, terminus du bus 29. Dans « Etat de siège » Muriel et Valmer prennent place dans un bateau, puis dans un autre, puis dans un autre… « Bon on retourne ? » demande Valmer. « On retourne où », lui répond Muriel. « Ben, d’où on vient… ». « Je croyais qu’on était partis », lui rétorque Muriel. Quant à Claude, dans « Au feu les pompiers » elle se retrouve peu à peu de l’autre côté du miroir. Un jour elle est morte en vrai et j’ai fait un film qui s’appelle « la mort de Claude » dans lequel elle continue à marcher.

Allons-nous vers quelque chose ? Y’a t-il une vie après la mort ? Où cela se termine t-il ? Et cela se termine t-il ? Ne dit-on pas « le début de la fin » ? Jusqu’à quand y’a t-il donc des débuts ? Le début. La fin… J’ai tendance à penser que c’est un peu la même chose. Je ne crois pas à la chronologie. La vie est une assiette plate. Nous tournons autour.
Ce qui est sûr, c’est que « ce quelque part qui n’est peut-être nulle part » nous attire comme un aimant et que nous allons vers lui.

"Etat de siège" de Fabienne Issartel, capture d'écran 2

« Etat de siège » de Fabienne Issartel, capture d’écran 2

 

LE FILM PROMENADE / METHODE

Dans ces films, les personnages ne sont pas des acteurs. Ils jouent leur propre rôle. Cette situation (qu’on peut appeler scénario) et qu’ils n’auraient peut-être pas vécue, va bel et bien devenir, le temps du tournage, leur histoire vécue en direct, génératrice de cette émotion « à la lisière », surprise par la caméra. C’est cet effet de surprise qu’on veut saisir dans ce type de tournage.
La réussite d’une telle entreprise – donner la sensation de la réalité – implique quelques impératifs. L’équipe de tournage -trois personnes maximum- doit pouvoir se rendre transparente afin que l’interaction attendue entre le lieu et les personnages puisse se faire spontanément et sans entrave. Les personnages n’étant pas des acteurs, ils sont bons ou mauvais dès la première prise. On ne retourne jamais les scènes. Au contraire, on est au service des personnages. On essaye dans la mesure du possible de se couler dans leur rythme dans un esprit d’ouverture pertinent par rapport au but recherché. Il faut privilégier avant tout l’étincelle. Le travail de préparation est donc très important et nécessaire pour pouvoir être disponible et maîtriser l’advenue au tournage de beaux imprévus. Il porte sur deux points :

– un repérage méthodique avec les techniciens (mais un par un) à chacune des stations de la déambulation, puis ensuite (mais un par un) avec chacun des protagonistes de l’histoire. Chacun doit savoir très précisément ce qu’il a à faire du point de vue de la circulation. Ainsi, au moment du tournage, ces instructions intégrées permettront au personnage de restituer devant la caméra la respiration d’un vrai promeneur, d’être disponible pour proposer son interprétation personnelle.

– une mise en condition psychologique et paradoxale des personnages : leur faire accepter l’idée de jouer leur propre rôle en suivant mes demandes, tout en leur faisant comprendre que je n’attends vraiment rien d’autre d’eux qu’ils soient eux-mêmes tels que je les connais.

Quand la sensation de la vie advient, c’est un cadeau. On a pas besoin de moniteur pour s’en rendre compte. On peux même fermer les yeux. L’air vibre. Le personnage a accepté de vivre un moment de sa vie là en direct avec ses maladresses et ses balbutiements, mais dans la situation que « j’ai imaginée ». C’est un type de tournage où l’on ne pense pas au montage, à l’objet fini Film. Le tournage se suffit à lui-même. Il est de fait une aventure dans laquelle techniciens et personnages sont ensembles co-réalisateurs. Et je suis autant mes personnages qu’ils me suivent. Dieu sait où nous allons.

Fabienne Issartel, réalisatrice, 1996

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L’équipe au grand complet sur le tournage de « Printemps », film de Fabienne Issartel, le 1er juin 1996. A la caméra : Laurent Charpentier. Preneur de son : Renaud Colas. Assise sur la barrière : Fabienne Issartel
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