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Vous êtes venus nombreux à PRIORITE PIETON vendredi 12 avril 2019 dans le bar du Cirque Electrique pour assister au PERMIS D’EXHUMER de mes films-promenade. C’était beau ! Un bonus ici pour vous : le film « Où va le lapin ? » 1997.

 

Fabienne Issartel regarde ses spectateurs qui la regardent

Fabienne Issartel regarde ses spectateurs qui la regardent

 

En me donnant en quelque sorte un « permis d’exhumer » pour ces 4 films promenade des années 90, Hervé du Cirque Electrique nous a permis de partir tous ensemble dans une étrange promenade que je savais être aussi celle de la fin d’un cycle. Impression confuse. La magie de cette quadruple projection dans un même espace-temps rendait en tous cas soudain perceptible la cohérence d’une certaine vision du monde et aussi d’une époque. C’en était troublant. Car la soirée prit peu à peu son envol de façon autonome, s’épanouissant dans une nouvelle promenade live où les moments in et off des projections se mêlaient curieusement, où se fabriquait avec les spectateurs de ce moment béni une dernière oeuvre éphémère en direct. J’étais très émue d’observer toute cette énergie accompagner mes films vers leur autre vie. « Vous nous avez fait prendre conscience que le monde a changé. Tout cela n’est plus possible maintenant. Quel choc d’en prendre à nouveau conscience … Où allons nous, dans quel mur du fond ? » m’ont déclaré gravement plusieurs personnes. De mon côté pourtant j’étais fière de constater que ce miracle de convivialité libre pouvait justement toujours avoir lieu et de partager cela avec vous au Cirque Electrique, l’un des endroits parmi les plus poétiques de la capitale. Nostalgie, larmes et grands éclats de rire accompagnèrent ce rite. Deux jours plus tard je regardais hébétée les flammes qui consumaient le corps vivant de Notre-Dame dans la nuit. Notre coeur à tous filait vers le ciel. Je ne pouvais m’empêcher de relier les deux évènements, celui de ma projection et celui de l’incendie, comme le signe de l’exact moment où tout se remet à zéro et où l’on va à nouveau re-commencer à fabriquer une vie aussi belle, aussi libre et aussi conviviale que les précédentes. Car « pour prendre, il faut laisser quelque chose », dit mon amie Jake Je comprends chaque jour toujours plus ce qu’elle a voulu dire.

 

Fabienne Issartel sous la voute du Cirque Electrique le 12 avril 2019

Fabienne Issartel sous la voute du Cirque Electrique le 12 avril 2019

Pour la première fois dans une même soirée ces quatre films-promenade des années 90 de Fabienne Issartel pensés pour faire partie d’un même ensemble se sont enfin parlés dans un lieu digne de leur donner leur envol, celui vraiment unique du Cirque Electrique. Vous êtes venus nombreux partager le moment de 19 h à 24 h, Porte des Lilas, place du Maquis du Vercors. Merci à vous !
https://cirque-electrique.com/programmation/

 

4 films-promenade de Fabienne Issartel. De bas en Haut : Là-Haut sur la Montagne, Porte de Montempoivre, Etat de Siège, Printemps.

Les films-promenade :

Ni documentaires, ni fictions, ni reportages, les films-promenade de Fabienne Issartel mettent en scène des promeneurs non-acteurs circonscrivant de leurs pas des espaces de circulation parisiens : le canal Saint-Martin, la Seine, la ligne de bus 29 ou la rue de Ménilmontant. L’apparente futilité du quotidien est sous-tendue par l’idée du sens de la vie. – Qu’est-ce que la vie ? – La vie est une longue promenade. – Qu’est-ce qui nous pousse à avancer ? – L’étrange banalité. – Où allons-nous ? – Vers ce quelque part qui n’est peut-être nulle part ! Chacun de ces films autoproduits, tournés et montés en urgence, est un bout de la « GRANDE PROMENADE » dont le lieu est le personnage principal. L’esprit du lieu suffit à l’histoire.
Ces films expérimentaux tournés en une journée, voire une seule après-midi, et dans des formats vidéos anciens (U.Matic, vidéo 8…), ont donc été sauvés in-extremis grâce à cette soirée.

 

"Etat de siège" de Fabienne Issartel, capture d'écran

« Etat de siège » de Fabienne Issartel, capture d’écran

 

UN BONUS pour le nouveau monde : « Où va le lapin ? », 30′, 1997

En bonus, je laisse encore un petit quelque chose, ce « nouveau/dernier » film de 1997 exhumé lui aussi ces jours-ci : « Où va le lapin ? ». On y voit les auteurs Jean-Christophe Menu, David B, Matt Konture, Vincent Sardon et Lewis Trondheim, dessiner devant la caméra une des cases d’un strip qui conte la quête d’un lapin… Où va-t-il donc lui aussi, ce sacré lapin ?

“LAPIN” était à cette époque le nom de la revue de la plus iconoclaste des maisons d’édition de bandes dessinées françaises, fondée en mai 1990.

 

 

PRIORITE PIETON : Soirée déambulatoire décontractée et gaie !

C’était LE PROGRAMME : 

SUR UN MONITEUR à l’extérieur et pendant toute la soirée il y avait :
“Foule de gens des années 80”. 72 personnes des années 80 répondent en plan serré visage à 2 questions : De quoi avez-vous peur ? Qu’est-ce qui vous rend fier ?

SUR UN ECRAN dans le bar du Cirque Electrique les 4 films-promenade dans l’ordre chronologique de leurs tournages.

 

LES AFFICHES DES FILMS ET DES TEXTES ci-dessous :

. 2 textes à propos de « là-haut sur la montagne »

. Un texte de Pacôme Thiellement sur « Printemps », 

. Mon Manifeste du film-promenade rédigé dans les années 90.

 

Là-Haut sur la Montagne, un film de Fabienne Issartel

 

« Là -haut sur la montagne » (26’). Un homme remonte la rue de Ménilmontant en pénétrant dans chaque café rencontré sur sa route. Un film en forme de chemin de croix tourné en l’an 1992.

« j’ai trouvé Là-haut sur la montagne très réussi avec cette économie de moyens qui caractérise tous tes films sauvages. L’image post-VHS est finalement belle, presque vibrante et on est bien à divaguer avec Ernest en 1992. Le passage du temps rajoute du charme à ton film. Ce Paris là est bien loin maintenant », Stéphane Sinde, réalisateur.

DEUX TEXTES SUR CE FILM

TEXTE 1. Une métaphore des mystères de la mémoire,

par Jean-François Chaput, opérateur des prises de vues du film, 15 février 2018.

Jean-François Chaput, opérateur de prises de vues de "Là-haut sur la montagne", photo d'époque nature de "Foule de gens" (1986)

Jean-François Chaput, opérateur de prises de vues de « Là-haut sur la montagne », photo d’époque nature de « Foule de gens » (1986)

J’y étais sur ce tournage, puisque c’est moi qui ai fait l’image. Cette journée je l’ai vécue, entièrement. J’ai respiré le même air que les autres membres de l’équipe, j’ai échangé, ri, bu avec eux. J’ai écouté Fabienne, je l’ai vu travailler. J’ai gardé les yeux ouverts toute la journée, j’ai tout entendu, tout ressenti. Et pourtant je me souviens de si peu de choses.

Quel jour était-ce, quel mois, quelle année ? Vers 1990. Il ne faisait pas froid, pas très chaud non plus. Je me souviens du premier ou du deuxième café dans lequel nous tournons, en bas de la rue de Ménilmontant. C’est un plan sur Ernest, le personnage principal du film, il est assis sur un tabouret haut, accoudé au zinc du bar. Derrière lui, les portes vitrées du café donnent sur la rue, avec sa lumière blanche sans soleil et ses commerces. Je vois un homme surgir d’une boutique, il traverse la chaussée et semble venir droit sur moi. Il a une blouse de travail blanche et une barbe noire, il a l’air sévère, il marche vite, il entre dans le café. C’est bien vers moi qu’il avance ; il se plante à cinquante centimètres de mon visage, en colère : « Vous n’avez pas le droit de filmer les gens sans autorisation, c’est ma boutique, c’est privé. » Je vois sa boutique derrière, je n’y avais pas fait attention jusque-là. C’est une boucherie, la façade extérieure est ancienne, fraîchement repeinte de rouge vif, l’intérieur est tout blanc et fortement éclairé de néons blancs. Je lui explique que ce n’est pas sa boutique que nous filmons, mais un acteur, ici présent au premier plan. Il repart le sourcil froncé, pas content, pas convaincu.

Plus tard, nous sommes dans un autre café, Ernest est assis au comptoir devant un autre verre. Je le filme en gros plan, en contre-plongée. Je me dis que la lumière est faiblarde ; c’est un jour gris, et le café est sombre. Je me dis que ce serait bien d’avoir le temps d’éclairer mieux, je me demande ce qu’il aurait fallu faire pour bien éclairer ce plan. J’ai la caméra sur l’épaule, le plan dure longtemps, c’est lourd une Béta, des raideurs dans le bras commencent à se faire sentir, mais j’aime filmer. A la fin du plan, le photographe de plateau, me dit quelque chose comme : « C’est super, t’es resté stable pendant tout le plan. » Je suis bêtement flatté évidemment, quelqu’un a remarqué ce que je crois être mon style. Du coup je me souviens de son nom : Hervé Sellin, un grand maigre, les traits du visage aiguisés, avec des lunettes fines à montures noires, et un Leica greffé à la main qu’il vient coller devant son œil, dans un mouvement régulier comme une respiration.

Un autre bar plus haut. C’est un grand café, vitré sur toute sa longueur. La caméra est posée sur le comptoir, il est en métal couleur cuivre, et fait comme une long ruban doré où sont échoués différents personnages. Ça parle fort, le lieu est bruyant, je n’entends pas les dialogues. Fabienne court partout. J’aime la pratique du tournage-performance de Fabienne : se servir du cinéma pour faire pétiller la vie, épouser le mouvement du réel pour faire des films vivants. J’avais tourné peu avant un court film en une nuit, dans la rue, avec trois comédiens plongés dans le tourbillon de la nuit du 31 décembre au 1er janvier 1987. À l’époque nous faisions groupe avec Fabienne et Rodolphe Garabédian. Nous avons fait quelques films ensemble, nous partagions un désir et une vision du cinéma. Nous n’avons pas continué, nous nous sommes séparés, c’est dommage. Chacun est parti sur sa route solitaire. Nous ne pouvions pas faire autrement.

Le dernier trocson il me semble. La lumière du jour faiblie, les lampes du bar sont allumées, l’ambiance est jaune-orangée. Ernest commence à être vraiment bourré, ça se voit et ça s’entend. Les patrons sont sympas et souriants. On rigole, on boit tous un coup à la fin.

C’est la fin du tournage. Toute l’équipe stationne devant la cité du 104 rue de Ménilmontant avant de se séparer. Je tiens la caméra au bout de bras par sa poignée, comme une valise. Trois mômes sortis de je ne sais où, se glissent dans notre cercle ; ils sont agressifs. Ils ont quoi ? dix ans, douze ans ? ils sont petits mais hargneux. L’un des trois, le plus décidé, pénètre au centre de notre groupe : – « On veut pas de journalistes ici. » Il pose son pied sur la caméra et appuie brusquement deux trois fois dessus pour la faire tomber. J’accompagne le mouvement vers le bas pour éviter le choc, la caméra ne tombe pas. Hervé gueule : – « Et la liberté de la presse alors ? » Ça m’énerve un peu, parce qu’on n’est pas de la presse, on n’est pas des officiels, on est juste des individus comme eux, alors je dis : – « Et la liberté tout court, putain ! » Nous sommes tout de même nombreux. Ils s’en vont. Ils étaient trois mômes, nous étions six ou sept adultes et pourtant ils pouvaient avoir le dessus, parce qu’habités par une violence et une détermination qui nous est étrangère. Flippant.

Voilà tout ce dont je me souviens. Je n’ai jamais revu le film. Maintenant que Fabienne a numérisé Là-haut sur la montagne, je vais le redécouvrir, et je vais sans doute m’apercevoir que mes souvenirs, en plus d’être parcimonieux, sont inexacts.

15 mars 2018, après avoir revu le film (par JF. Chaput)

J’ai revu le film hier. Évidemment, c’est fait avec les moyens vidéos de l’époque, l’image serait meilleure aujourd’hui, mais qu’importe. Ce qui me frappe c’est l’aspect documentaire que prend le film avec les années. Plus de vingt-cinq ans ont passés… La plupart de ces bars ont été transformés, le quartier s’est renouvelé, embourgeoisé. La gentillesse d’Ernest, je l’avais oubliée ; elle crève l’écran. Il est tellement aérien, décalé et en même temps disponible, abordable, adorable, fragile. Et ces rencontres hasardeuses, ces visages que l’on ne voit plus, des types humains disparus. Et des vrais cafés avec toutes sortes de gens mélangés, pas cloisonnés en clans sociaux comme aujourd’hui. Merci Fabienne pour ce film. Aujourd’hui tu as affiné et affirmé ton style, mais il y souffle toujours le même air de liberté brave et joyeux que j’aime tellement.

 

Le photographe Hervé Sellin fabriquait à mesure les plans de coupe du film "Là-haut...". Ici la première image du film : Ernest Kerpen le héros du film, sort du métro Ménilmontant un vendredi saint

Le photographe Hervé Sellin a fabriqué à mesure les plans de coupe du film « Là-haut… ». Ici la première image du film : Ernest Kerpen le héros, sort du métro Ménilmontant un vendredi saint pour accomplir l’ascension de la rue de Ménilmuche…

 

TEXTE 2. « Là Haut sur la montagne » par Yves Tenret, écrivain, réalisateur, animateur de radio, mars 2019
(Yves Tenret : ses podcasts de Ma vie est un roman sur Aligre FM http://aligrefm.org/podcasts/la-vie-est-un-roman-155/1)

 

Loïc Connanski prépare la lecture publique du texte d'Yves Tenret sur le film "Là-haut sur la montagne", au Cirque Electrique le 12 avril 2019 dehors, pendant la projection du film

Loïc Connanski prépare la lecture publique du texte d’Yves Tenret sur le film « Là-haut sur la montagne », au Cirque Electrique le 12 avril 2019 dehors, pendant la projection du film

http://loic-connanski.blogspot.com/

 

Sage dérive ou dérive d’un sage ?

– Mon chemin de croix, dit-il.

– Dipsomanie, dis-je.

– Et la dérive promise, demande-t-elle ?

– Spontex foutraque, crache-t-il exaspéré.

Tout dérive de la dérive ! Passage hâtif à travers des ambiances variées. La dérive est le rêve en acte, sens et but du voyage. Tout dérive : les êtres, les plaques tectoniques, les continents. Se déplacer sans but ni projet. Bateau ivre. Métagraphie (il va pleuvoir). Flottement, vacillation, abandon de soi à ce qui vient. Se laisser porter par le courant des influences passagères. Viveurs, sans cap, sans limite, sans fin, sans but. Aller, passer, disparaître. Le temps Pax in hominibus bonae voluntatis. Tout s’écoule, tout passe. Sous le flux, rien ne se maintient, le flux est flux et le reste n’est rien si ce n’est inconscient à ciel ouvert, plaques tournantes, angles mouvants, perspectives fuyantes, petits bars oubliés… Nous nous sommes tant aimés !

Cet homme que tu vois, là, celui qui sort du métro. Condamné à mort, portant sa croix, qui tombe. Tu le vois ? Oui, cet homme, banal, insignifiant, quelconque, voire légèrement insipide, qui croise sa mère, Simon le compatissant et Véronique qui lui essuie le visage. Et bien, cet homme c’est moi. Tu me reconnais ? Seul dans Paris, je tombe, les femmes pleurent, je tombe. Ça ferait un bon titre de livre, Seul dans Paris, hein ? Un peu commun. Rien d’original. Prosaïque. Du déjà vu ? Ah, parce que tu le vois, toi, cet homme ? Dans les rues de Paris si tu le croises, tu ne le vois pas. Tu ne le remarques pas. Je marche dans les rues de la ville. Je deviens la ville. Je suis suivi par elle. On me dépouille de mes vêtements, on me cloue, je meurs. Enfin, ça, c’est que je me raconte parce qu’en fait je me déplace et n’attends nulle illumination. J’attends mais je ne sais pas ce que j’attends. J’attends que quelque chose se passe. Et je marche. J’avance à reculons. Tu pars d’un point A et tu te retrouves à un point B, B comme bistrot. Il y en a une dizaine ou deux sur le chemin. Entre A et B, ce sont des refrains. Ou des rengaines. Ça rythme le truc, tu vois. Ça crée des pauses, des suspensions. Pour ne pas perdre le fil. Comme dans les files d’attente. Dans le hall de la gare, les jours de grève. Plus de train. Plus de point de départ. Plus de déplacement. Le mouvement s’abîme et se replie sur lui-même. On se mord la queue. Va et vient. Dans ce hall de gare, tout est suspendu. On attend. J’attends et je me déplace de A en B. Des rues sortent de ma bouche essoufflée et se déversent en carte routière, en ponts, en tunnels, en caniveaux. Je les suis, je suis et me retrouve dans moi-même. Circulation organique et boyaux inextricables. Le retour du même mais pas tout à fait pareil, tu vois ? Tu manges et puis, enfin, je ne veux pas te le raconter, tu connais, non ?

Je ne me souviens plus de quand on a tourné ce putain de film, ni avec qui. Si ça se trouve ce n’était même pas un film… Commençons par là… dieu sait où cela va nous mener… sans se presser… y a l’heure qui se pointe et toi qui t’mousse et qui mousse… sacré moussaillon… ce n’est pas une armée… j’ai pensé colonne… mais ce n’est pas une armée… tes mots qui flânent en rangs dispersés… ce n’est pas ça non plus… tes chansons en chausson… ta narcose entre chien et loup… ça colle… enfin merde y doit y avoir un moyen pour le dire simplement… Oui, c’est ça… Tu t’es réveillé mal armé… tu ne sais pas ce qui t’arrive, on ne comprends plus rien à ce que tu dis, jamais un coup de dés n’abolira le hasard ! Au secours !!!

La vie d’artiste. Tombe, recommence, chante sous la pluie, tombe la neige, tu ne viendras pas ce soir, et mon cœur s’habille de noir, tout en larmes blanches, l’oiseau sur la branche, pleure le sortilège… C’est ton texte, tout est à toi, prends ce qui te plaît et rejette le reste… Moi, je cherche la chanson, la légende, le récit, la saga, la fille louve, la fille perdue, la fille paumée, ma petite lady qui attend le train de quinze quarante-trois au coin du quai là-bas, tout est à toi et rien n’est à moi…

La dérive. Je ne vois pas le mec qui marche, qui passe de bistrot de bistrot, – il y en avait 600 000, il n’en reste que 2 ou 3, – le mec qui a un sourire crispant. Je vois la gonzesse, celle qui mate, celle qui filme. Elle est la parfaite perdante qui, grâce à un génie propre, prend toujours la mauvaise décision. Chacune de ses tentatives de fuite rend les choses pires encore. Elle est donc celle dont la vie est ordinaire et, malgré cela, malgré tous ses renoncements, celle qui s’attire quand même des ennuis.  La vie sur un trampoline… Juste une menace, une tension, la sensation que quelque chose est imminent, qu’il y a un perpétuel mouvement et que ce mouvement est menaçant. Surtout ne pas savoir où on va, juste décrire, faire circuler la menace. Aller où les anges ne vont pas. Je suis la sœur et la mère, me murmure-elle, des frotteurs qui suent en se branlant sur le cul des clientes de chez Tati. Le bled, la démerde, l’amour des mutants, la voie rêveuse, le sentiment de l’étrangeté des choses, de celles qui se vendent, qui s’échangent mais des autres choses aussi. Sans aucune condescendance, juste bousiller son existence. Réviser ses ambitions à la baisse, s’assigner des limites. Adopter un ton plat, une énonciation timide et n’émettre que d’obstinées banalités. Nous vivons le temps de tout et de son contraire. Il n’y a plus de table permettant d’énoncer le vrai et le juste. Mais au moins, elle n’était pas prolétaire, cette femme, cette enfant rêveuse, qui ne réfléchit jamais aux conséquences incalculables de ses actes.

Raconte encore, lui demande le vieux. Mais la caméra la lâche brusquement et part vadrouiller à l’horizon. Ce n’est plus un texte mais une insurrection. Elle crache sur la distanciation et vise l’empathie totale. Une vitalité en forme de sauve qui peut… Explosif, hilarant, apaisant – m’a réconcilié avec moi-même… Hic ! Et nunc… Yves Tenret, mars 2019

Sur la scène du Cirque Electrique le 12 avril, Yves Tenret, Loïc Connanski et Fabienne Issartel

Sur la scène du Cirque Electrique le 12 avril, Yves Tenret, Loïk Connanski et Fabienne Issartel

Porte de Montempoivre, un film de Fabienne Issartel

 

« Porte de Montempoivre » (26’). Six histoires de rencontres au mois de juillet sur la plateforme arrière du bus 29 direction Porte de Montempoivre. La vie devient un roman le temps d’un trajet.

 

Patricia Moraz et son fils Mathias Rossier partagent un moment sur la plateforme du bus 29 dans "Porte de Montempoivre", film de Fabienne Issartel

Patricia Moraz et son fils Mathias Rossier partagent ici un moment sur la plateforme du bus 29 dans « Porte de Montempoivre », film de Fabienne Issartel

PATRICIA MORAZ est partie pour le grand voyage…

Je l’apprends. Tristesse.

Mon amie Patricia Moraz, réalisatrice, scénariste et productrice, qui avait participé au tournage de Porte de Montempoivre (ci-dessus) nous a quitté ce mardi 16 avril pendant l’incendie de Notre-Dame… Etrange.  

Née le 23 septembre 1939 à Sallanches en Haute-Savoie, elle avait donné notamment un de ses premiers rôles à Isabelle Huppert en 1977 dans son film « les Indiens sont encore loin », très remarqué à la Quinzaine des Réalisateurs cette année-là et devenu culte. Elle avait produit entre autre « Boy meets girl », le premier film de Léos Carax, co-produit « l’Argent » de Bresson, et participé à la fondation de la Fémis en 1986 où elle enseignait d’une façon toujours engagée l’art du scénario et de la production. C’était quelqu’un, comme on dit, qui vous poussait toujours vers la beauté et la poésie, qui donnait envie de croire dur comme fer que « le cinéma, c’est vraiment la vie ».

Bon voyage Patricia vers ce quelque part, qui n’est peut-être nulle part. Tu avances.

La Cérémonie d’adieu à Patricia Moraz aura lieu ce jeudi 25 avril au Crématorium du Père-Lachaise à 13 h 30.

 

 

Muriel Foures et Gérald Valmer Mulot dans « Etat de Siège », de Fabienne Issartel

 

“État de Siège” (20’). 14ème jour des grandes grèves de décembre 95. Plus de métros, plus de bus, plus de trains…C’est le blocus. Deux amis désoeuvrés en profitent pour aller faire un tour « à l’oeil » sur les bateaux-mouches mis au service des parisiens par la mairie.

 

Printemps, un film de Fabienne Issartel

 

“Printemps” (35’). Le long du canal St Martin en 1995 chacun marche vers son destin en rêvant aux promesses d’une nouvelle vie du printemps.

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Tournage de « Printemps », Laurent Charpentier filme Solveig Dommartin et Muriel Fourès le long du canal Saint-Martin, Paris, 1er juin 1996

 

TEXTE 3. « NOTRE CINEMA, FABIENNE ISSARTEL », par Pacôme Thiellement, mars 2017

 

Projection du documentaire de Fabienne Issartel CHACUN CHERCHE SON TRAIN au cinéma le CIN'HOCHE à Bagnolet, le 15 septembre 2016

L’essayiste et réalisateur Pacôme Thiellement, photographié ici en septembre 2016 par Arnaud Baumann, à l’occasion de la projection de « Chacun cherche son train »

“Printemps” d’abord, c’est de la musique. Un son incroyable : le saxophone soprano d’Akosh S dans une improvisation fiévreuse au bar L’Atmosphère un soir. Un son capable à lui seul de ressusciter immédiatement les années 90 à Paris si vous les avez vécues… A l’époque, on pouvait encore fumer dans les bars et ça se voit immédiatement : les gens sont intenses ; ils ont une ivresse joyeuse, amoureuse, lyrique. La cigarette, c’est l’innocence des poses cinématographiques. Jouer à fumer « comme les stars », faire semblant de savoir fumer jusqu’à qu’on fume vraiment. Jouer à vivre « comme les grands » jusqu’à comprendre que c’était ça, vivre, justement. Qu’il n’y avait rien de plus vivant que cette innocence, cette jeunesse.
 Printemps, ensuite, ce sont des hommes et des femmes qui parlent. Ils parlent d’amour bien sûr : de sexe, de beauté, de conneries, de vie future et de réincarnation. Ils s’étalent sur les pelouses. Ils dansent. Ils chantent même ! Mais surtout ils marchent. Ils marchent le long du canal Saint-Martin et le ciel est bleu. Fabienne Issartel, c’est le cinéma des poètes, des errants, des piétons de Paris. La marche, ce n’est pas l’innocence comme la cigarette ; mais c’est encore plus beau : c’est le début du nouveau monde, la victoire sur l’Enfer. C’est peut-être le sens du fragment énigmatique de Walter Benjamin : « Vaincre le capitalisme par la marche à pieds. » On n’a jamais vu un tyran, un affameur ou un businessman se promener.
 Dans “Printemps” on a l’impression de voir des hommes et des femmes libres. Ou plutôt on les voit en train de se libérer. De quoi se libèrent-ils ? De ce qui les détermine et de ce qui les entrave, de ce qui les sépare et de ce qui les enferme. Ils se libèrent de leur solitude ; ils se libèrent de leur prison. Fabienne Issartel, c’est le cinéma de l’amour qui circule entre les êtres. Et ils sont tous beaux, tous. Pourquoi ne le seraient-ils pas ? Puisque Fabienne Issartel les aime pour ce qu’ils sont, tous. Un peu comme Giacometti qui répétait à Genet : « Comme vous êtes beau ! Comme vous êtes beau ! » alors qu’il dessinait son portrait avant d’ajouter : « Comme tout le monde, hein ? Ni plus ni moins. » 
Jusque là, le cinéma n’a pas été fait pour nous. Il ne nous parlait pas, ne nous regardait pas : il nous tournait même le dos. Nous avons besoin d’un cinéma qui nous ressemble, un cinéma qui nous aime et qui nous le montre. Nous avons besoin d’un cinéma dans lequel on puisse marcher.
 “Printemps” ça date du milieu des années 90 et pourtant ça semble avoir été fait ce matin. Plus exactement, ça a été fait (vécu, tourné, monté) pour ce matin. Vingt ans ont passé qu’on a vécu les yeux fermés ou occupés d’autre chose. C’est maintenant, et maintenant seulement, que les films de Fabienne Issartel peuvent rayonner de leur poésie solaire, de leur lumière d’avant midi. 
Nous avons besoin du cinéma de Fabienne Issartel. Libre, ouvert, intense, au plus près de l’instant, aéré comme un jour de printemps : notre cinéma, ni plus ni moins. Pacôme Thiellement, mars 2017

 

4. MANIFESTE POUR LE FILM PROMENADE, printemps 1996

Voilà ci-dessous le texte que j’avais écrit à l’époque pour parler de ma démarche pour fabriquer mes films-promenade.

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Fabienne Issartel par Hervé Sellin 1985

MANIFESTE POUR LE FILM PROMENADE, printemps 1996

Filmer la vérité d’un évènement (reportage) à travers la trame d’un scénario (fiction), est une méthode de travail propre à créer un genre particulier : le reportage-fiction, que je préfère appeler « film promenade ». Ici, le mécanisme d’identification de la fiction oblige le spectateur à se remettre en question dans une vision active de la réalité. De toute façon pour moi, tout film est une fiction.

Plusieurs films fabriqués sur ce mode ont vu le jour. Pour chacun d’eux le lieu et la date de tournage sont bien spécifiques : la rue de Ménilmontant un vendredi saint, les bals des pompiers un 14 juillet, la plateforme du bus 29 pendant l’été, les bateaux-mouches pendant les grandes grèves de décembre, le canal Saint-Martin au printemps… Le lieu n’est jamais un décor en toile de fond pour servir une histoire, mais le « personnage principal » du film. La date du tournage va faire également partie intégrante du scénario. Lieu et date sont donc la base de départ du travail de construction du film.
Il faudra ensuite choisir des personnages ouverts et curieux pour leur adéquation, voire leur inadéquation avec l’esprit du lieu. Car c’est à travers leur yeux que nous allons découvrir en direct cet endroit de Paris, que nous allons vivre de fait un moment historique, même s’il ne se passe rien -parce que daté- comme si nous y étions.
Il n’y aura donc pas d’histoire à proprement parler si ce n’est celle de la promenade dans le lieu. L’histoire n’aura de sens que par le fait qu’elle sera celle d’un jour donné. Ce que la caméra cherchera à voir, c’est la transformation en direct qu’imprime peu à peu un paysage à l’intérieur de la tête d’un personnage qui chemine.
Quel est l’effet final recherché ? C’est simple : donner au spectateur l’impression qu’il est réellement en train de se promener, d’humer l’air, de jeter ce regard furtif aux hasards de ses déambulations sur les gens qu’il croise, et vivre des histoires ou alors rien du tout. Bref, cette sensation tendue et désirante inhérente à l’idée de se mettre en marche à un moment donné et qui se situe très exactement au point « érotique » où le rêve et la réalité intérieure du promeneur, vient croiser dans son cheminement le rêve et la réalité extérieure. Juste une sensation… Le film est là, dans cette réalité à la fois fabriquée et vécue du point érotique pur.

Dans un documentaire traditionnel, on s’attacherait à avoir une vision objective, donc la plus exhaustive possible du lieu à décrire. On reviendrait le filmer à des heures différentes de la journée et de la nuit. On chercherait à avoir du site une vision spatiale ainsi qu’une approche raisonnée des différents acteurs qui l’habitent. Une fiction classique, quant à elle, utiliserait plus ou moins le lieu comme simple décor au service d’une histoire.
Le reportage-fiction ou « film promenade » tel qu’il vient d’être défini ne veut se substituer ni à la fiction, ni au documentaire, ni même à ce genre qu’on appelle le « cinéma du réel ». Non. Chacun a sa place bien légitime avec son dosage de réalité, de fiction et de subjectivité. Chacun porte en filigrane son propre message éthico-métaphysique de la vie.
Alors quel est le mien ? Quel est le sens de la vie : ce fameux « meaning of life » qui en anglais ne veut d’ailleurs pas dire la même chose ? C’est la réponse à cette question qui justifie le choix d’un réalisateur pour l’un ou l’autre des genres. Il faut quelquefois créer un nouveau genre pour être en harmonie avec la réponse qu’on veut y apporter.
The meaning of life est pour moi le sens de la vie littéralement. Il est direction.

Dans un sens qui s’énonce en trois propositions :

1/ Qu’est-ce que la vie ? La vie est une longue promenade.
2/ Qu’est-ce qui nous pousse à avancer ? L’étrange banalité.
3/ Ou allons-nous ? Vers ce quelque part qui n’est peut-être nulle part.

UNE LONGUE PROMENADE

Chacun de mes films présente un bout de la grande promenade, promenade qui se déroule d’un film à l’autre, dans ce labyrinthe de circulation infini qu’est la ville, qu’est la vie. Longue, la promenade ne l’est sans doute jamais assez, mais elle justifie tout, en ce sens qu’elle m’apparaît comme la seule trame réelle de l’existence, déployant dans son cheminement une énergie métaphysique de la sueur. La promenade se déroule pas à pas vers sa fin, jusqu’à la dernière goutte. Fouler la terre debout avant d’y être enseveli couché : c’est sûrement aussi simple que ça !
Je caresse souvent le bitume avec la pomme de ma main à Paris et je me souviens de quelque chose… Desfois, je ne peux m’empêcher de m’allonger à même le trottoir et de rester là les yeux au ciel. Une légère chaleur se diffuse alors dans mon dos entre les omoplates. Et je me souviens de quelque chose… De quoi ? Sur le chemin, on oublie justement pourquoi on chemine. La réponse est là-bas au bout en mettant un pied devant l’autre en tension vers un tout petit point lumineux. J’ai demandé à être enterrée debout.

L’ETRANGE BANALITE

On reconnaît le promeneur à son port de tête, à une certaine façon détachée d’aller toujours tout droit avec conviction. Mais comme je dis souvent : il faut « suivre » nos pas, aller avec une détermination épique là où ils nous entrainent. Le promeneur marche en humant l’air, les narines palpitantes et les yeux mi-clos. Il ressent avant de voir.
Savoir vraiment suivre ses pas, savoir où nous nous trouvons quand nous nous y trouvons : voilà sans doute le grand luxe, le plus complexe de la vie. Cela suppose que nous ayons toujours cette sensation d’être quelque part et de vivre quelque chose : ce qui n’est n’est pas toujours si évident. Car la vie « ordinaire », la vie de tous les jours, pour chacun de nous, pourrait parfois avoir l’air d’un « pas grand chose », voire d’un RIEN. Or, au lieu de nous immobiliser, ce rien nous fait quand même avancer. N’est-ce pas paradoxalement extra-ordinaire ? La banalité est peut-être ce qu’il y a de plus mystérieux et de plus étrange. Dans la promenade, l’homme n’est pas perdu. Il est gagné ! Gagné d’avance par l’issue de son voyage ! La promenade est une épopée dans l’étrange banalité. C’est ainsi que l’on savoure tout, sans hâte, mais avec l’enthousiasme clairvoyant, concentré et curieux, de celui qui sait qu’il n’a de choix que celui du plaisir, envers et contre tout.

UN QUELQUE PART QUI N’EST PEUT-ETRE NULLE PART

Dans « Là-haut sur la montagne » Ernest doit monter « là-haut », tout au bout de la rue de Ménilmontant. Mais il s’en retourne juste avant d’atteindre son but. Dans « porte de Montempoivre » le dernier personnage, Gérard, arrivera enfin jusqu’à cette porte où il ne se passe rien, terminus du bus 29. Dans « Etat de siège » Muriel et Valmer prennent place dans un bateau, puis dans un autre, puis dans un autre… « Bon on retourne ? » demande Valmer. « On retourne où », lui répond Muriel. « Ben, d’où on vient… ». « Je croyais qu’on était partis », lui rétorque Muriel. Quant à Claude, dans « Au feu les pompiers » elle se retrouve peu à peu de l’autre côté du miroir. Un jour elle est morte en vrai et j’ai fait un film qui s’appelle « la mort de Claude » dans lequel elle continue à marcher.

Allons-nous vers quelque chose ? Y’a t-il une vie après la mort ? Où cela se termine t-il ? Et cela se termine t-il ? Ne dit-on pas « le début de la fin » ? Jusqu’à quand y’a t-il donc des débuts ? Le début. La fin… J’ai tendance à penser que c’est un peu la même chose. Je ne crois pas à la chronologie. La vie est une assiette plate. Nous tournons autour.
Ce qui est sûr, c’est que « ce quelque part qui n’est peut-être nulle part » nous attire comme un aimant et que nous allons vers lui.

"Etat de siège" de Fabienne Issartel, capture d'écran 2

« Etat de siège » de Fabienne Issartel, capture d’écran 2

 

LE FILM PROMENADE / METHODE

Dans ces films, les personnages ne sont pas des acteurs. Ils jouent leur propre rôle. Cette situation (qu’on peut appeler scénario) et qu’ils n’auraient peut-être pas vécue, va bel et bien devenir, le temps du tournage, leur histoire vécue en direct, génératrice de cette émotion « à la lisière », surprise par la caméra. C’est cet effet de surprise qu’on veut saisir dans ce type de tournage.
La réussite d’une telle entreprise – donner la sensation de la réalité – implique quelques impératifs. L’équipe de tournage -trois personnes maximum- doit pouvoir se rendre transparente afin que l’interaction attendue entre le lieu et les personnages puisse se faire spontanément et sans entrave. Les personnages n’étant pas des acteurs, ils sont bons ou mauvais dès la première prise. On ne retourne jamais les scènes. Au contraire, on est au service des personnages. On essaye dans la mesure du possible de se couler dans leur rythme dans un esprit d’ouverture pertinent par rapport au but recherché. Il faut privilégier avant tout l’étincelle. Le travail de préparation est donc très important et nécessaire pour pouvoir être disponible et maîtriser l’advenue au tournage de beaux imprévus. Il porte sur deux points :

– un repérage méthodique avec les techniciens (mais un par un) à chacune des stations de la déambulation, puis ensuite (mais un par un) avec chacun des protagonistes de l’histoire. Chacun doit savoir très précisément ce qu’il a à faire du point de vue de la circulation. Ainsi, au moment du tournage, ces instructions intégrées permettront au personnage de restituer devant la caméra la respiration d’un vrai promeneur, d’être disponible pour proposer son interprétation personnelle.

– une mise en condition psychologique et paradoxale des personnages : leur faire accepter l’idée de jouer leur propre rôle en suivant mes demandes, tout en leur faisant comprendre que je n’attends vraiment rien d’autre d’eux qu’ils soient eux-mêmes tels que je les connais.

Quand la sensation de la vie advient, c’est un cadeau. On a pas besoin de moniteur pour s’en rendre compte. On peux même fermer les yeux. L’air vibre. Le personnage a accepté de vivre un moment de sa vie là en direct avec ses maladresses et ses balbutiements, mais dans la situation que « j’ai imaginée ». C’est un type de tournage où l’on ne pense pas au montage, à l’objet fini Film. Le tournage se suffit à lui-même. Il est de fait une aventure dans laquelle techniciens et personnages sont ensembles co-réalisateurs. Et je suis autant mes personnages qu’ils me suivent. Dieu sait où nous allons.

Fabienne Issartel, réalisatrice, 1996

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L’équipe au grand complet sur le tournage de « Printemps », film de Fabienne Issartel, le 1er juin 1996. A la caméra : Laurent Charpentier. Preneur de son : Renaud Colas. Assise sur la barrière : Fabienne Issartel
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Le dernier train de nuit sera le mien ! « CHACUN CHERCHE SON TRAIN » sera REDIFFUSÉ à 0 H 25 le mercredi 17 janvier 2018 sur les chaînes de France 3 Nouvelle Aquitaine !

L’affiche du documentaire « chacun cherche son train » de Fabienne Issartel

Alors que l’on annonce, quelle tristesse, la disparition des trains de nuit en ce début janvier 2018 (http://www.liberation.fr/france/2017/11/27/nice-paris-requiem-pour-un-train-de-nuit_1612908), vous pourrez prendre place à bord de « Chacun cherche son train », et oui à 0 h 25, ce 17 janvier sur les chaînes de Nouvelle Aquitaine (après Enquête de région, c’est à dire tard, en troisième partie de soirée) pour une rediffusion. Belle projection à tous ceux qui n’ont pas encore vu cette petite fantaisie sur le temps et l’accélération du monde !

Lire aussi ici le bel article de Rosa Moussaoui à propos du film, paru le 30 juin dans l’Humanité :

http://www.humanite.fr/entre-les-rails-en-quete-de-nouveaux-horizons-638282

TRAINS DE NUIT /
Collectif « Oui au train de nuit »
ouiautraindenuit.wordpress.com

Dans le train de nuit paris Toulon dans « Chacun cherche son train »

Vous pourrez le regarder en direct à la télévision (si vous habitez des régions près de Bordeaux, Poitiers, Limoges), ou alors sur vos chaînes régionales via internet (répétez-les à l’avance selon vos opérateurs), ou encore directement sur votre ordinateur en cliquant sur ce lien de France 3 Nouvelle Aquitaine (une fenêtre s’ouvre et vous assistez au direct des 3 régions). 

Le lien pour ouvrir sur votre ordi cette fenêtre :

http://france3-regions.francetvinfo.fr/nouvelle-aquitaine/tv/direct/aquitaine

La gare de Limoges la nuit dans « Chacun cherche son train » de Fabienne Issartel

Le film « CHACUN CHERCHE SON TRAIN » : une réflexion sur le temps

« Immobiles devant les fenêtres du train, les écrans de cinéma ou ceux des ordinateurs, nous regardons défiler notre monde en pleine mutation. « Les écrans sont ces miroirs du temps qui annulent l’horizon » dit Paul Virilio, le grand penseur de la vitesse. « Alors, comment retrouver un rythme propre, un petit tempo battant au coeur de cette accélération inéluctable ? », se demandent les protagonistes du film, passagers en quête de sens sur le chemin furtif de leur vie et dont le train devient ici la métaphore. Un « film promenade » pour croiser dans les baies vitrées les reflets de nos âmes, qui le temps du film, sont « le paysage » mouvant d’un voyage. Où vont-ils tous ? Eux ? Moi ? Où allons-nous ? « Chacun cherche son train ». Un film en marche, dans lequel l’homme et la machine cherchent désespérément à s’aimer. Un film pour « refaire le monde » à notre image ! »

Image : Marine Tadié – son : Olivier Vieillefond – Montage : Xavier Franchomme –
Musique originale : Ariane Issartel – Une coproduction MARMITAFILMS/FRANCE TELEVISIONS
AVEC LES VOYAGEURS : Hermine Karagheuz, Pacôme Thiellement, Médéric Collignon, François Abdelnour, Klavdij Sluban, Benoît Duteurtre, Dominique Maugars, Marc Armengaud, Denis Brochard, Denis Sire, Yves Belaubre, Lola Salès, Pascal Desmichel, Julien Rapegno, Jean-René Malivert, Dominique Olivier, Michel Prioux et Rémi Sagot.
L’ouvrage « Grande vitesse » de Jochen Gerner, les arrangements pour orgue d’Antoine Bitran, les dessins de Ferdinand Dubreuil, les textes d’Alessandro Baricco.

(Retrouvez les visages des personnages du film dans un article sur le film du 5/07/16 sur ce site)
https://fabienneissartel.wordpress.com/2016/07/05/chacun-cherche-son-train-le-dernier-documentaire-de-fabienne-issartel-52-2016-sera-diffuse-le-26-septembre-2016-sur-france-3/

Le site Facebook du train des Mouettes : https://www.facebook.com/letraindesmouettes/

Quelques images du début du film ici :

Vous le savez, le 1er juillet 2017 a été inaugurée cette toute nouvelle ligne à grande vitesse Sud Europe Atlantique Paris-Bordeaux. Notre nouveau président n’était pas à bord finalement (car aux obsèques d’Helmut Kohl à Strasbourg), mais Nicolas Hulot et Elisabeth Borne ont fait le voyage. Le train est arrivé avec 2 minutes 35 » d’avance. Ce TGV qui s’appelle maintenant InOui, accueille donc depuis des voyageurs qui peuvent rejoindre Bordeaux de la capitale à 320 kms/h en 2 h et 4 minutes (contre 3 heures 14 précédemment). Cet événement après des travaux gigantesques engagés pendant plus de  4 ans, avait été le prétexte de ma réflexion pour imaginer la narration de CHACUN CHERCHE SON TRAIN, autour de l’idée de la vitesse, de la lenteur, du temps et du progrès. 

On sait que depuis il y a eu un certain nombre de dysfonctionnements dans les trafics ferroviaires…

Pour revoir l’émission spéciale de France 3 Nouvelle-Aquitaine relatant l’arrivée historique de ce premier train cliquez sur ce lien :

http://france3-regions.francetvinfo.fr/nouvelle-aquitaine/gironde/bordeaux-metropole/bordeaux/emission-speciale-arrivee-du-premier-train-ligne-grande-vitesse-paris-bordeaux-1288193.html

François Abdelnour, réalisateur, à gauche, et Klavdij Sluban, photographe, à droite, cherchent leur train dans un wagon immobile… Voyageurs de « Chacun cherche son train » de Fabienne Issartel

Que d’avancées depuis 1829 où la fameuse « Rocket » de George Stephenson fit sensation, circulant à Rainhill en Angleterre à 59 kms/h devant un public médusé et effrayé.
24 ans plus tard, en 1853, quatre trains reliaient quotidiennement Paris à Bordeaux, le train le plus rapide effectuant alors le parcours en plus de treize heures…
Pourquoi aller plus vite ? Que faire de « ce temps gagné sur le temps » ? Dans nos trains toujours plus performants les usagers seront-ils encore de vrais voyageurs ?

Travées de chemin de fer à la gare du Puy en Velay avant les travaux de 2017

La petite gare de La Ciotat où les frères Lumière ont tourné les premières images du cinéma n’a guère changée.

IL N’Y A PAS DE POUVOIR SANS VITESSE

La vitesse du train a fasciné les populations, fascination qui se rapproche étrangement de celle que nous avons pour le cinéma. La fenêtre du train est sans doute le premier écran de cinéma. Nous avons l’impression que le paysage y défile, alors qu’en réalité, le mouvement est dans la machine. Au cinéma, c’est pareil. Il n’y a que des photogrammes immobiles qui se succèdent, l’un après l’autre, grâce au mouvement d’une machine : le projecteur. Notre internet procède de ce même mouvement qui semble reproduire le réel, mais qui est en fait régi lui aussi par une machine. C’est un flux de données numériques – et donc échantillonnées, discontinues et circulant d’un point à l’autre à travers des câbles qui constituent un réseau semblable à celui d’un réseau ferroviaire. Marcello Vitali Rosati, professeur de Littérature et de culture numérique à l’Université de Montréal déclare d’ailleurs dans une de ses conférences :
« le train est l’ancêtre d’internet » !

Gare du Puy en Velay, « départ », photo F. Issartel

Mon premier voyage

Il y a eu pour chacun de nous un premier voyage en train seul. Le mien eu lieu peu après avoir eu mes 15 ans ! J’habite à ce moment-là dans la petite ville du Puy en Velay. C’est la fin de l’été. Je vais voir mon frère à Lyon. Le voyage de 135 kms dure 2 heures car le train s’arrête dans toutes les gares. La gare du Puy, un terminus, est presque déserte. Partir pour la première fois d’un terminus c’est étrange ! Mais d’un terminus on va forcément quelque part.
Le chef de gare que je surveille accoudée à la fenêtre, fenêtre qui s’ouvre encore à cette époque, siffle le départ de mon aventure. L’heure, c’est l’heure, et c’est encore et toujours le chef de gare avec son tout petit sifflet qui décide du départ. Le coup de sifflet doit être puissant, sec, déterminé. On doit l’entendre à l’autre bout du train.
Chaque départ me rappellera ensuite celui-là, un moment flottant où s’entremêlent les bribes du passé proche sur le quai avec cette promesse vague d’une arrivée à destination dont on est plus vraiment responsable. Un espace où tout se dissout, où l’esprit peut vaquer sans entraves. On glisse dans une extase cinétique en huis-clos avec la machine. Oui, je me souviens bien de cette drôle de sensation où je réalisais tout à coup :
« tiens, j’ai tout mon temps ! »

Dans le train entre Le puy en Velay et firminy

Pour que le train puisse passer là des hommes avaient dû travailler dur au péril de leur vie. Il avait fallu trouer les montagnes, construire des ponts et élever des murs pour que ce gros jouet puisse, en surplomb de la haute vallée de la Loire naissante, sinueuse et profonde, nous procurer ces sensations sauvages.

La vallée sauvage de la Loire naissante vue du train entre Le Puy en vêla et firminy, photo F. Issartel

Après avoir dépassé Firminy, j’arrivais enfin à Saint-Etienne. En 74, St-Etienne est une ville noire comme du cirage. Elle vit les derniers sursauts de l’ère industrielle : celle du charbon qui a vu naître le train ! Ces hangars immenses aux verrières cassées qui longent la voie de part et d’autre ne savent pas encore qu’ils deviendront les cathédrales du nouveau monde. Leurs toitures rouillées se plissent à perte de vue autour des terrils qui s’inclinent doucement sous le ciel rouge. C’est beau et triste : la fin de quelque chose qui ne reviendra pas, de mon enfance aussi sans doute, qui s’est évaporée dans le temps du voyage.

Les quais de la gare de Saint-Etienne Chateaucreux, 2014, photo Fabienne Issartel

A l’époque, c’est bien là, entre St-Etienne et Lyon qu’est née en 1833 la toute première ligne de chemins de fer de France, volonté des frères Seguin et de l’académicien Biot. L’idée était de trouver le moyen d’acheminer la houille et les minerais du riche bassin minier de Saint-Etienne vers la Loire, en direction de Roanne et Paris, ou alors vers le Rhône en direction de Lyon. Le charbon transitait ensuite par voies d’eau. Le premier parcours qui allait de St Etienne à Andrézieux, long de 21 kms, était d’abord équipé de rails en fonte posés sur des dés en pierre. Les wagonnets de marchandises, tirés par des chevaux puis par des locomotives, embarqueront finalement les premiers voyageurs en 1844.

Un des premiers billets de chemin de fer

Ma mère nous emmena un jour mon frère et moi au Musée du « vieux St-Etienne » où l’on pouvait voir le tout premier billet de chemin de fer connu en France, daté du 17 février 1834 et valable pour le trajet de St Etienne à Lyon. Nous regardions ce bout de papier jauni, orné d’une écriture à la plume avec déférence. Et je me souviens bien que sur la ligne « heure de départ », il était simplement mentionné : « à l’heure ! »

L’homme marche d’abord à côté de l’animal qui porte la charge. Puis l’homme invente le centaure, la monture : il est sur l’animal. Le cheval est beau depuis qu’on en a fait un véhicule, que les arabes ont créé « le pur sang ». La cavalerie va alors dominer le monde. Le cheval de guerre et celui de la poste sont les grandes inventions liées à l’idée de vitesse. Puis l’homme invente un véhicule dans lequel il entre. Il est à l’intérieur. Aujourd’hui, on invente des machines à ingurgiter, absorbées par le corps, des implants qui seront bientôt sans doute plus performants que nos propres organes…

Est-il encore possible de ralentir ?

Petite fille, j’avais pris maintes fois avec ma mère une toute petite ligne de chemin de fer disparue aujourd’hui qui allait à St Etienne. J’habitais alors le petit bourg de Pont-Salomon, juste à la limite de la Haute-Loire et de la Loire. Les jeudi, nous empruntions ce train pour aller acheter nos chaussures ou nos blouses d’école chez « Furtos». Les wagons étaient toujours bondés. Rares étaient les femmes qui possédaient un permis de conduire à cette époque. Tout ce beau monde coloré et criard s’entassait dans les compartiments. Les sandwichs, les pommes, le raisin en grappes et les gourdes de citronnade sortaient des filoches en plastique tressées. La nourriture était partagée avec enthousiasme et simplicité par les convives de hasard. On se faisait des copains qu’on retrouvait souvent quelques semaines plus tard sur la même ligne. C’était dans les années 64-65 et on s’amusait bien.

Une reproduction du petit train de Palavas aujourd’hui disparu, par le grand dessinateur Dubout, tous droits réservés

C’est ainsi que le train a dynamisé les campagnes au début, qu’il y eu un maillage du territoire aussi important que le maillage des canaux de l’ancien régime. Maintenant le TGV ne s’arrête plus dans les petites localités, et s’il veut tenir son temps – 2 h 05 pour notre nouvel INOUI – il faudra même qu’il ne s’arrête plus du tout !

Entre ceux qui ne peuvent pas descendre du train et ceux qui ne peuvent plus y monter, deux mondes se séparent.

Il n’y a pas de pouvoir sans vitesse.

Fabienne Issartel, réalisatrice de « Chacun cherche son train »

Un petit poème :

TRAIN

 

Voitures jaunes rouges à l’envers

coquelicots en genêts jaunes

car bleu et blanc

berline rouge,

se croisent et se dépassent.

Cyprès dans les jardins

les fils qui s’allongent,

identique toujours le poteau

devant mes yeux,

et encore,

ciel gris du souvenir

jardins

voitures jaunes rouges à l’envers.

Coquelicots en genêts jaunes

car bleu et blanc

berline rouge

se croisent et se dépassent.

Fabienne Issartel, 1975

 

 

Jean-rené Malivert de Limoges est un des nombreux personnages du documentaire « Chacun cherche son train » de Fabienne Issartel

 

Le film avait été rediffusé le 30 juin.
Merci à tous pour vos messages chaleureux qui témoignent de cette passion étrange que nous entretenons avec le chemin de fer !

 

« CHACUN CHERCHE SON TRAIN », de Fabienne Issartel, 52’, 2016
Quelques réactions des premiers spectateurs

« Chacun cherche son train » synthétise ta philosophie : la vie comme une promenade, une déambulation poétique enrichie par lectures et rencontres. Il dit que l’important du voyage n’est pas la destination, mais l’acte de se mettre en mouvement… Et pas n’importe comment : à pied ou en train, moyens propices aux rencontres et à la rêverie. Ce film est le manifeste d’un art de vivre en une déambulation littéraire et musicale. Laurent C. Photographe et journaliste

« Chacun cherche son train », c’est un film qui va à la vitesse des trains, à la fois un peu plus lent que la pensée, et un peu plus rapide que les actes (et parfois l’inverse). On ne cesse de voir le « paysage », même quand on écoute les paroles des acteurs. On passe d’un personnage à l’autre, on les perd, on les retrouve comme des passagers avec qui on se lie d’amitié. Les humains s’accordent comme les instruments d’un orchestre. Il y a une beauté douce, un lyrisme un peu cinglé, une énergie mélodique de poésie verlainienne. Ce n’est pas seulement un film qui épouse le lyrisme des trains, c’est un film qui nous montre que les trains eux-mêmes épousent le lyrisme des films. C’est un film sur un paradis perdu – qui est encore là. Le train est devenu la clé pour retrouver le rythme des vies : le train et les films de Fabienne Issartel.
Pâcome T. Ecrivain

Image 15Pacôme Thiellement a aussi pris mon train

Éloge de la lenteur et de la dérive, la SNCF n’a qu’à bien se tenir, au train où vont les choses !
Antoine B et K, musiciens

Ton film est dense au sens où il ne s’épuise pas après un premier visionnage. Car ton travail ne se « contente » pas de synthétiser quelques belles idées (ce qui ne serait déjà pas mal…), mais il produit une réflexion, donne à penser, à poursuivre le sujet-poétique. Le charme s’instaure au fur et à mesure, il gagne en puissance. Tu es pour moi à la croisée exacte du documentaire et du poétique. Pascal D. Géographe

C’est une caméra discrète et toujours amie, vers laquelle les gens sont à l’aise pour parler ou juste se taire, avec un petit sourire tout désarmé et un peu mélancolique, comme ce cheminot avec ses gravures. Je crois que c’était mon préféré… ou peut-être aussi le fils de cheminot qui raconte son enfance dans la minuscule gare de province déserte devant les guichets condamnés. Les choses que dit Duteurtre c’est aussi tellement vrai : on pensait qu’en pouvant faire les choses plus vite, qu’on aurait plus de temps libre. Mais non, on en fait juste toujours plus, et ça augmente notre course à la surproductivité. Bref c’est un film vraiment très délicat. Et puis les lieux sont beaux, parlants aussi, comme le Cirque électrique où le scénariste parle de Wenders avec Lola : on dirait un décor de Wenders en soi cet endroit ! L’image est toujours bien léchée, parfaite : techniquement c’est vraiment une grande réussite. Ariane I Violoncelliste.

Très bon moment de voyage dans le temps et l’espace immobile. Sylvie L. professeur d’anglais

Le résultat est étonnant ! J’ai beaucoup aimé l’ensemble des interventions: l’écrivain (génial), l’actrice, le géographe (émouvant quand il revient sur la gare de son enfance), le photographe, le musicien, les architectes, le fou des trains, le cheminot (essentiel) et le jeune cinéaste. Beaucoup de beaux moments, trouvant tous leur place. Au final, le train est plus qu’omniprésent (malgré ces difficiles conditions de tournage pour toi). Les lieux choisis (même à défaut dans un contexte très contraignant) emportent et donnent envie de les explorer. Et même de dériver à Paris. Lola S, Géographe

Peut-être qu’avec ce film les gens s’interrogeront aussi sur leurs relations avec les autres ? Parce qu’après tout, comme dans un train, on est tous…. embarqués pour une destination connue… ou pas ! Un film qui pose des questions philosophiques, économiques… sur la vie, l’espace, le temps, le travail, les rencontres, le voyage, un film universel, musical, drôle… La force ressentie aussi c’est le travail des hommes qui ont fait le train, le font encore aujourd’hui. Derrière il y a cette magie : « l’orgueil » et la nécessité du travail bien fait…. qui se perd aujourd’hui. Le train ne roule pas tout seul. Il faudra bien, je l’espère, qu’on se pose la question de son devenir : car c’est un moyen de transport écologique ! Or, aujourd’hui, les choix conduisent plutôt aux fermetures de ligne… Un bel hommage aussi au cinéma, à la photo et aux arts. Un film du présent, d’hier et pour demain, qui pose la question du devenir du train, la question de savoir comment on veut vivre.
Elisabeth M

Le train est un sujet en or et personne ne sombre dans la banalité. La richesse du propos – vitesse – temps – ennui – progrès – qui nous conduit à de belles interrogations (d’Illich à Virilio en passant par Fargue, Jarry et même Gébé !), s’équilibre avec un choix savoureux de documents anciens et de moments documentaires (le cheminot au musée, la séquence du train en retard, le passionné et sa maquette de « tout l’Ouest américain dans 21 m2 »).
J’aime particulièrement certains partis-pris :
– ta voix et son propos (l’écriture, la tienne je présume… inspirée, comme souvent… Ce « quelque part qui ne mène nulle part » mais nous conduit là où tu as choisi de nous emmener
– les voix off, en particulier celle d’Hermine (belle à l’image et à entendre)
– la séquence de Pacôme tenant la partition au trompettiste (superbe !)
– le cheminot qui parle du métier avec amour sans excès de nostalgie
– la ballade en « train longtemps » comme on dit à La Réunion (on lit l’émotion dans les yeux d’Hermine)
– le clin d’oeil au Western (encore Hermine et son foulard sur la bouche)
Je t’avais déjà fait part de mon appréciation sur la qualité du regard qui filme. Les images sont belles et au service de ton propos.
Et puis les cordes et le vent… Excellent choix musical pour ressentir les vibrations de CHACUN CHERCHE SON TRAIN, un film qui nous fait avancer dans le besoin de ralentir !

Arnaud B. photographe.

Une voix un peu magique et qui à elle seule est déjà invitation au voyage, celle de la réalisatrice… Les trains, qu’ils soient à l’arrêt, en attente d’une prochaine course ou filant sous nos yeux… ce même pouvoir de nous emmener, loin. Et l’on revit ici ces moments uniques, ceux de la solitude, quand le regard erre sur le paysage, abandonné à ses pensées. Ou un livre sur les genoux, de temps à autre on lève la tête pour voir ailleurs, un horizon plus vaste. Des trains qui invitent à la rencontre. Aller vers soi mais aussi vers l’autre. Connu, inconnu. Les conversations se prolongent, sans cette vibration qui emporte, elles n’auraient pas vu le jour, on se surprend soi-même avant de surprendre l’autre. Des trains, invitation à suspendre le mouvement incessant de nos vies, tandis qu’eux s’animent et se hâtent à notre place.
Anne-Marie M. Psychanaliste

Madame ISSARTEL, oui, nous faisons un peu partie du même clan, ceux qui dans le train voient autre chose que le déplacement. Le mot « voyage » est déjà plus large, et comme vos voyageurs, nous aussi nous cherchons notre train : bon, nous sommes un peu fous, et il en faut, non ?
Olivier J. du train des Mouettes

J’ai trouvé la narration originale et les images très belles. Il y a quelques envolées philosophiques qui m’ont laissé à quai mais tu as bien choisi tes « personnages ». J’aime beaucoup ce que dit Benoit Duteurtre. Et il y a la musique, le choix des images d’archives et un « rythme » : c’est un documentaire poétique. C’est à la fois très contemporain puisque cela interroge notre époque et la forme m’évoque un style « expérimental » des années 1960. Ton commentaire est assez ambitieux au plan intellectuel (ce qui ne me semble plus être à la mode… à une époque où il faut que tout propos soit facilement assimilable par tous) . Vu l’éloge de la lenteur sous-jacent, on peut dire que, si ton film a un train de retard, ça peut être un compliment, non ? Et les faits montrent souvent qu’un train de retard équivaut à un coup d’avance.
Julien R. Journaliste

Je viens de découvrir ton film absolument magnifique, fort, allant à l’essentiel. Heureuse vraiment d’avoir pu le voir tant il questionne sur les fondamentaux de nos vies, croisements, chemins, destinations, strates temporelles superposées, parallèles, tendues, distendues, élasticités, plasticités de nos espaces intérieurs et extérieurs. Nous sommes accompagnés tout au long du film par un rythme et une musicalité tout en finesse et une grande inventivité. Tout cela a fait écho en moi. Catherine N. Artiste Pluri médias

je viens de découvrir votre film : « Chacun cherche son train ». Hé bien c’est formidable de montrer ainsi l’évolution du système ferroviaire depuis l’origine. J’ai quitté Paris dans les années 1964 pour habiter en banlieue parisienne (Sarcelles) et les trains étaient encore tractés par des machines à vapeur. C’était fascinant. A la gare de Bobigny, maintenant désaffectée pour le trafic voyageurs, nous voyons passer lentement de longs trains de marchandises dont le bruit saccadé des roues sur les rails évoque les trains de déportés embarqués dans cette gare à partir de juillet 1943 dans des wagons à bestiaux vers Auschwitz. 22500 personnes ! Henri B. membre de l’Association «Les Familles et Amis des Déportés du Convoi 73»

Laurence et moi venons de regarder ton film. Il est super. Pas formaté. C’est de la télé comme on l’aime. Tous ceux qui t’aiment prendront le train !
Captain Cavern, Dessinateur

C’est vraiment une très belle réussite, où chacun trouve son bien dans ce voyage poétique et intellectuel. J’ai été particulièrement sensible à l’imaginaire ferroviaire, nourri d’archives cinématographiques et de réflexions sur le rythme, le temps, la vitesse chez Jarry, la lenteur chez Fargue. Nous avons d’autant plus apprécié la citation finale de Nicolas Bouvier que nous avons connu et aimé son auteur. Jean-Pierre P. Écrivain et Spécialiste du cinéma d’animation

Très intéressant ! Ton film me fait penser à ce qu’a écrit Henri Vincenot dans La vie quotidienne dans les chemins de fer au XIXe siècle (Hachette, 1975) : « Donner l’heure, pour un cheminot, ne consistait pas à suggérer une vague idée, à deux ou trois minutes près, mais à indiquer l’instant à la minute qui s’écoule. Cet état d’esprit fut le résultat d’un dressage. Les premiers salariés du rail arrivaient dans cette profession avec des notions très élastiques du temps. Certains savaient à peine lire un cadran et, qu’ils vinssent des chantiers, de l’artisanat, du commerce ou de l’agriculture, ces gens appréciaient l’heure à la hauteur du soleil au-dessus de leur tête et à l’état de leur estomac. Il était midi lorsqu’ils avaient faim, il était l’heure d’aller se coucher lorsqu’ils avaient sommeil. Le chemin de fer dut tout enseigner aux Français à ce sujet. Non seulement aux cheminots, mais aux voyageurs. Dans une série de caricatures, Daumier et ses confrères ont dessiné des scènes prétendument comiques et qui, effectivement, faisaient rire aux larmes nos aïeux, et qui maintenant, hélas! ne font plus rire personne. Manquer son train, être pénalisé pour trente secondes de retard était pour eux amèrement drôle parce qu’illogique. Être rappelé à l’ordre par la rigueur d’une machine était, en 1840, pour un homme normal, une mésaventure tellement monstrueuse et paradoxale qu’elle provoquait le rire. On riait parce qu’une civilisation aussi rigide et inhumaine semblait condamnée d’avance.
Il y a maintenant des horloges pointeuses pour régler la vie des moindres bureaux, même au Vatican, et depuis longtemps nous avons pris l’habitude d’obéir sans sourciller aux ordres de la mécanique que nous avons inventée ! Le chemin de fer fut le commencement de l’apprentissage de cet illogisme. »
A.

TGV, photo F.Issartel

Le site de Marmitafilms :

http://www.marmitafilms.fr/project/chacun-cherche-son-train/

Le train des Mouettes

http://www.traindesmouettes.fr/le-parcours-et-infos-pratiques

 

 

LIRE AUSSI CET AUTRE ARTICLE SUR LE FILM SUR MON SITE :

https://fabienneissartel.wordpress.com/2016/07/05/chacun-cherche-son-train-le-dernier-documentaire-de-fabienne-issartel-52-2016-sera-diffuse-le-26-septembre-2016-sur-france-3/

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« PRINTEMPS »et « ETAT DE SIEGE », « films promenade » de Fabienne Issartel réalisés en 1996, font écho à la vie qui va !

Le printemps c’est demain !

VOICI DES LIENS VIDEO POUR VISIONNER deux films de 1996 :  

« Printemps », 37′ & « Etat de siège », 21′

Les deux films ont d’abord été mis en ligne par Laurent Charpentier le caméraman. « Printemps »numérisé par Yoann Chenin & « Etat de siège » par Alain Longuet. Merci à eux.

Un peu de lecture accompagne les films, un texte sur ma  « Dé-marche », quelques précisions sur les conditions des tournages, ainsi qu’un beau texte tout à la fin de Pacôme Thiellement qui a vu « Printemps ».

BONNES PROJECTIONS !

« PRINTEMPS »
Un film promenade de Fabienne Issartel, 37′, 4/3, 1996

Image : Laurent Charpentier
Son : Renaud Colas
Musique originale : Thierry Fournier
Musique live : Akosh S

Avec par ordre d’apparition :
Akosh S/Muriel Foures/Solveig Domartin/
Marie Baron Renault/Charlie Schlingo/
Claude Baron Renault/Raymond Mantchala/
Régine Fraval/Eric Roussel/
Claude Rizzo/
Les enfants : Juliette G., Juliette M et Zacharie G./
Hélène Hottiaux/Marc-Edouard Nabe/Gérard Tallet

ce film a été tourné le 1er et 2 juin 1996, à Paris, le long du canal Saint-Martin de République (rue du Fb du Temple) à place Stalingrad, et dans les cafés : l’Atmosphère (scène avec Akosh S/générique début), au Rapid Wolf de la gare de l’Est (scène de nuit), et au Jemmapes (le matin avec Charlie et Marie)
Moyens techniques : Jean-Stéphane Michaux, Corinne Bopp, Jean-Luc Bouvret, Charlotte Meunier
Autoproduction

Tournage de « Printemps », film de Fabienne Issartel, le 1er juin 1996
A la caméra : Laurent Charpentier
Preneur de son : Renaud Colas
Assise sur la barrière : Fabienne Issartel

Le site de laurent Charpentier :
www.laurentcharpentier.com

ETAT DE SIEGE, 1995, a été mis en ligne en janvier 2018 par Laurent Charpentier qui en a fait l’image. Vous le retrouverez sur Viméo, via son site, et aussi sur ma toute nouvelle chaîne youtube.

 

L’affiche du film « état de siège », un film de Fabienne Issartel, 1995

« État de Siège« , un film promenade de Fabienne Issartel, 1996, 21’, autoproduction,

avec Muriel Fourès et Gérald Valmer Mulot, 

Image : Laurent Charpentier, son : Fabienne Issartel, Montage : F. Issartel et L. Charpentier,

Décembre 95 : en ce 14ème jour des grandes grèves quasi générales contre le plan Juppé, il n’y a plus de métros, plus de bus, plus de trains… C’est le blocus total. Et il fait froid, très froid. Pendant que beaucoup de parisiens se retrouvent dans des situations inextricables, notamment pour aller travailler, deux amis désoeuvrés décident de profiter de ce moment béni pour découvrir la Seine sur les bateaux-mouche mis gracieusement au service des parisiens par la mairie. Ce voyage sans but devient alors, pour Muriel et Valmer, au fil de l’eau un acte poétique, une expérience initiatique innattendue qui transforme peu à peu cet état de siège en état de grâce. La Seine, à ce moment donné, devient le personnage principal du film, l’esprit du lieu. Elle est l’histoire ! À la lisière du documentaire et de la fiction, les courts-métrages de Fabienne Issartel mettent en scène des promeneurs non-acteurs circonscrivant de leurs pas des espaces urbains. L’apparente futilité du quotidien est sous-tendue par une idée du sens de la vie. « Qu’est-ce que la vie ? La vie est une longue promenade. Qu’est-ce qui nous pousse à avancer ? L’étrange banalité. Où allons-nous ? Vers ce quelque part qui n’est peut-être nulle part ! » 

Ce film a été numérisé par mon ami Alain Longuet. Merci à lui.

Pour voir le film, cliquez ici :

 

PRIORITE PIETONS OU LA NAISSANCE DES « FILMS PROMENADE »
par Fabienne Issartel, réalisatrice

Un jour d’hiver 1985, je marchais dans la neige à 5 h du matin dans le quartier Montorgueil. Mes pieds dessinaient dans cette virginité ouatée les premiers signes visibles de vie de cette journée historique pour moi. Je me retournais un instant tout en haut de la rue des Petit Carreaux dans le deuxième arrondissement de Paris pour le constater. L’empreinte de mes pas avait ouvert la route. Pourquoi diable n’y avait-il personne ce jour-là dans cette rue du centre de Paris non loin des vieilles Halles ? C’était inhabituel. Un rêve presque. Je me souviens. Il faisait très froid et j’étais harassée. Je n’avais pas voulu me reposer. Au contraire. J’avais tout fait pour échapper à mon destin, pour être à priori incapable de mettre un pied devant l’autre, ayant passé la nuit à épuiser unes à unes méthodiquement les compagnies aléatoires dont tout somnambule professionnel sait faire bon usage. Au-delà de la limite, la limite est dépassée. Aller jusqu’au bout pour déjouer la chance. Pourquoi ? Pour apercevoir l’au-delà sans doute, au bord du bord… C’est un jeu que l’on aime à 20 ans. Je me souviens. Ce matin là, mes pas crissaient dans la rue blanche et déserte et je me demandais avec justesse, avec acuité, qui j’étais ? Peut-être ce dessin tracé d’un chemin derrière moi, pas plus, pas moins, pulsé par la mesure battue de mes semelles.
Seule dans la ville si blanche et si froide, j’allais tourner mon tout premier film. C’était enivrant. Je me souviens. Il allait falloir que je sois un réalisateur qui réalise, qui sait ce qu’il veut et qui assume ce qu’il voit. Cela faisait peur. Je m’en souviens bien. Toute à cette concentration et dans une excitation bizarre, je retrouvais presque en lévitation mon équipe de tournage passage du Désir, sur le boulevard Magenta, non loin de la gare de l’Est. Formidable journée pendant laquelle j’oubliais toute fatigue et qui fut déterminante. Car ça y’était. J’avais été mordu par le grand serpent. Le plaisir de découvrir ce pourquoi on est fait, ce n’est pas rien. Si tourner des films, c’était ça, alors je décidais ce jour-là d’en faire toute ma vie et de ne plus faire que ça.
C’était une autre façon d’écrire le dessein de mes pas et de mes errances, de donner des visages aux rues, de faire battre le cœur de la ville à coups d’instantanés, de circonscrire l’esprit des lieux.

Fabienne Issartel par Hervé Sellin 1985

Alors je suis partie de là où j’étais, de mes pieds. Car c’est ainsi que je conçois la vie depuis toujours, comme une promenade où il faut savoir suivre ses pas. Les marcheurs regardent la ville et moi je regarde les marcheurs. Ce sont dans ces regards croisés que s’opèrent les modestes évènements quotidiens essentiels à la vie, générateurs de convivialité et d’humanité. « Les films promenade » sont nés d’évidences. L’aventure est au coin de la rue pour celui qui regarde les choses à sa hauteur. On s’arrête, on sourit, on discute, on s’installe à une terrasse, sur le parapet d’un pont, ou dans le travelling d’un bus. Et tout cela pour voir le ciel, la lumière d’un jour rouge qui disparaît, ou sous des trombes d’eau les flashs d’acier sur nos ombrelles d’outremer. Et il y a aussi les jours sans, où tout est bouché et où il n’y a que nous. Nous, les paysans de Paris, enfants du « grand monde » comme des bistrots picaresques, dandys effrangés de la nuit, sommes les orphelins toujours heureux sur les trottoirs célestes, de Léon-Paul Fargue et des poètes. La peinture du monde est d’abord infime. Elle donne la priorité aux piétons de toutes les vagues et de tous les temps, qui habitent ontologiquement leur vie là où ils sont. De celui qui immobilise les voitures au milieu du cours de Vincennes pour regarder passer un étrange groupe de mouettes, à ceux, les Zarathoustras ordinaires, qui veillent à Ménilmontant du haut de leur lucarne sur le ventre de Paris : tous ont le sang qui bout. Cela me plaît.
« Même si on nous donne des trucs pour rouler plus vite sur les trottoirs, on marche toujours, on marche toujours…» dit Denis B. à la fin de mon film « Chacun cherche son train ». Voilà des phrases, qui moi me donnent la chair de poule, qui valent de l’or quand elles sont prononcées devant ma caméra avec une gravité inspirée. Des moments qui me donnent envie de mettre une fois de plus la clé sous la porte et de repartir vers ce quelque part qui n’est peut-être nulle part, seule, le nez au vent, juste avec mes yeux, pour continuer à vivre et à tourner des « films promenade ».

Fabienne Issartel, réalisatrice

Le fameux panneau « PRIORITE PIETONS » présent partout dans les de Paris des années 80

 

Voilà un texte de Pacôme Thiellement qui a vu « Printemps », Pacôme avec lequel je projète de tourner prochainement un film que j’appellerai « Pacôme Thiellement ou l’androgynie du coeur », et dans lequel on va beaucoup marcher. 

 

« NOTRE CINEMA, FABIENNE ISSARTEL »

Un texte de Pacôme Thiellement, mars 2017

Pacôme Thiellement en promenade à Montmartre, 2015, photo Fabienne Issartel

Printemps, d’abord, c’est de la musique. Un son incroyable : le saxophone soprano d’Akosh dans une improvisation fiévreuse au bar L’Atmosphère un soir. Un son capable à lui seul de ressusciter immédiatement les années 90 à Paris si vous les avez vécues… A l’époque, on pouvait encore fumer dans les bars et ça se voit immédiatement : les gens sont intenses ; ils ont une ivresse joyeuse, amoureuse, lyrique. La cigarette, c’est l’innocence des poses cinématographiques. Jouer à fumer « comme les stars », faire semblant de savoir fumer jusqu’à qu’on fume vraiment. Jouer à vivre « comme les grands » jusqu’à comprendre que c’était ça, vivre, justement. Qu’il n’y avait rien de plus vivant que cette innocence, cette jeunesse.
Printemps, ensuite, ce sont des hommes et des femmes qui parlent. Ils parlent d’amour bien sûr : de sexe, de beauté, de conneries, de vie future et de réincarnation. Ils s’étalent sur les pelouses. Ils dansent. Ils chantent même ! Mais surtout ils marchent. Ils marchent le long du canal Saint-Martin et le ciel est bleu. Fabienne Issartel, c’est le cinéma des poètes, des errants, des piétons de Paris. La marche, ce n’est pas l’innocence comme la cigarette ; mais c’est encore plus beau : c’est le début du nouveau monde, la victoire sur l’Enfer. C’est peut-être le sens du fragment énigmatique de Walter Benjamin : « Vaincre le capitalisme par la marche à pieds. » On n’a jamais vu un tyran, un affameur ou un businessman se promener.
Dans Printemps, on a l’impression de voir des hommes et des femmes libres. Ou plutôt on les voit en train de se libérer. De quoi se libèrent-ils ? De ce qui les détermine et de ce qui les entrave, de ce qui les sépare et de ce qui les enferme. Ils se libèrent de leur solitude ; ils se libèrent de leur prison. Fabienne Issartel, c’est le cinéma de l’amour qui circule entre les êtres. Et ils sont tous beaux, tous. Pourquoi ne le seraient-ils pas ? Puisque Fabienne Issartel les aime pour ce qu’ils sont, tous. Un peu comme Giacometti qui répétait à Genet : « Comme vous êtes beau ! Comme vous êtes beau ! » alors qu’il dessinait son portrait avant d’ajouter : « Comme tout le monde, hein ? Ni plus ni moins. »
Jusque là, le cinéma n’a pas été fait pour nous. Il ne nous parlait pas, ne nous regardait pas : il nous tournait même le dos. Nous avons besoin d’un cinéma qui nous ressemble, un cinéma qui nous aime et qui nous le montre. Nous avons besoin d’un cinéma dans lequel on puisse marcher.
Printemps, ça date du milieu des années 90 et pourtant ça semble avoir été fait ce matin. Plus exactement, ça a été fait (vécu, tourné, monté) pour ce matin. Vingt ans ont passé qu’on a vécu les yeux fermés ou occupés d’autre chose. C’est maintenant, et maintenant seulement, que les films de Fabienne Issartel peuvent rayonner de leur poésie solaire, de leur lumière d’avant midi.
Nous avons besoin du cinéma de Fabienne Issartel. Libre, ouvert, intense, au plus près de l’instant, aéré comme un jour de printemps : notre cinéma, ni plus ni moins.

Pacôme Thiellement, mars 2017

http://www.pacomethiellement.com

« Printemps », un film promenade de Fabienne Issartel, 37′, 1996

Printemps est le dernier de mes « films promenade » des années 90 autoproduits. C’est sans doute le plus abouti techniquement, puisqu’il a même été mixé. Il est accompagné d’une musique originale très sensible et nerveuse composée sur mesure par le grand Thierry Fournier. Le tournage s’est déroulé sur deux journées autour du canal Saint-Martin. Une grosse organisation préalable avait été nécessaire pour organiser la venue des 16 personnages sur les lieux du tournage à des heures bien précises. Nous n’étions que trois : moi, Renaud Colas au son et « Le précieux » Laurent Charpentier à la caméra, un marin qui en avait « vu d’autres » et qui m’accompagnait avec passion dans ces aventures filmiques, y compris sur les montages. Son sens du cadre parfait, son enthousiasme désintéressé et son endurance hors-normes, ont permis que ces « films promenade » existent. Dévoué corps et âme à mon idée d’un travail à la fois très préparé mais aussi totalement ouvert au dernier moment à la spontanéité des personnages, il a été mon double. C’est d’ailleurs grâce à lui et via son site Viméo que ce film est aujourd’hui en ligne. Merci à lui. L’occasion de jeter un coup d’œil attentif sur son travail de photographe « qui a vu du pays ».
Á l’époque de Printemps, je vivais avenue Mathurin Moreau dans le 19 ème arrondissement de Paris près du parc des Buttes Chaumont. Je descendais par la rue Juliette Dodu, jusqu’à la cour intérieure de l’hôpital Saint Louis où je donnais mes rendez-vous, histoire de prendre l’air dans un endroit qui a de l’allure. Par l’avenue Richerand, à la nuit on rejoignait le canal pour prendre l’apéro de l’autre côté, à l’Atmosphère, toujours bien reçus par Souad, sa sœur et sa mère. Akosh S que l’on entend dans mon générique de début, un excellent musicien hongrois, jouait souvent dans ce café : au moins toutes les deux semaines. Solveig Dommartin -la grande dame des « Ailes du désir »- habitait une rue juste derrière et l’on pouvait terminer la soirée chez elle avec les amis. C’est grâce à Muriel Fourès que je connaissais depuis les années 80, et qui avait appelé sa fille Tarzana, bien avant de faire du trapèze elle-même (justement avec Solveig) que je l’avais connue. La belle amitié profonde de ces deux filles de grand caractère m’avait touchée.

Solveig Dommartin et Muriel Fourès.
Tournage de « Printemps », film de Fabienne Issartel, le 1er juin 1996

D’où l’idée de les filmer ensemble là, entre le canal et la gare de l’est, et notamment au Rapid Wolf où les nuits se terminaient toujours en poésie. J’avais aussi remarqué que Marie la jeune fille avec les grandes jambes, rencontrée dans une laverie de la rue St Sauveur en 1983, s’entendait fort bien avec Charlie, le dessinateur qui cocotte du nougat et qui me fait encore hurler de rire. Marie, avec sa voix de poupée fascinait Charlie Schlingo. Ils étaient très contents de se revoir à cette occasion et l’addition de Charlie – petits calvas du matin »- au bar le Jemmapes fut d’ailleurs salée.

Charlie Schlingo au café « Jemmapes », tournage de « Printemps » (film de Fabienne Issartel), 1er juin 1996

Gérard Tallet serait le docteur, son vrai métier qu’il avait exercé sur les bateaux de croisière, et aussi au sénat, une fonction qui nous permettait de profiter certains jours de la maison dédiée dans le jardin du Luxembourg. J’y retrouvais souvent Marc-Edouard et Hélène, un vrai couple « bras dessus, bras dessous » dans le film : mes chers promeneurs d’un dimanche au bord de l’eau… Régine et Eric allaient avoir un enfant. Ils étaient dans un tournant de leur vie. Claude ma belle violoncelliste n’était pas à une promenade près. Ce fut un plaisir pour elle de parler à ce garçon étrange au longs cheveux, Raymond, danseur infatigable de mes nuits au Satellit café de la rue de la Folie Méricourt.

« Printemps » de Fabienne Issartel, 1996

Enfin, un des rôles principaux fut donné à Claude Rizzo, le pêcheur du canal, l’amoureux dont je ne dirai rien, sinon qu’il fut parfait, et bien au-delà du moment de ce tournage… Beaucoup des protagonistes de Printemps nous ont aujourd’hui quitté. Mais ils sont avec moi, et un peu avec vous maintenant aussi. Bonne projection !

Tournage de Printemps, avec Solveig Dommartin et Muriel Fourès
Réalisation Fabienne Issartel
Paris, 1er juin 1996

Mes « films promenade » avaient été montrés en 2012 en VHS sur une télévision, dans une cave, durant les « Portes ouvertes » de la ville de Bagnolet

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Après sa diffusion le 26 septembre sur France 3, « CHACUN CHERCHE SON TRAIN » de Fabienne Issartel, 52′, se promène ! Le 11 octobre, le film était à St- Pierre-des-Corps ! Il sera projeté au festival des Escales documentaires de La Rochelle le samedi 12 novembre à 16 h. L’AVANT-PREMIÈRE du 15 septembre 2016 au Cin’Hoche de Bagnolet avait réuni quelques 200 spectateurs enthousiastes.

Médéric Collignon et Pacôme Thiellement pendant le tournage de "Chacun cherche son train" au Groundcontrol à Paris, octobre 2015. Médéric improvise à partir des dessins du livre "Grande vitesse" de Jochen Gerner

Médéric Collignon et Pacôme Thiellement pendant le tournage de « Chacun cherche son train » au Groundcontrol à Paris, octobre 2015. Médéric improvise à partir des dessins du livre « Grande vitesse » de Jochen Gerner

CHACUN CHERCHE SON TRAIN, un film de Fabienne ISSARTEL, 52’’

TOUJOURS EN REPLAY pendant encore quelques jours 8 (après les 2 pubs et la longue mire de Bar). Cliquez sur le lien ci-dessous :

http://france3-regions.francetvinfo.fr/aquitaine/emissions/qui-sommes-nous-en-aquitaine/documentaire-chacun-cherche-son-train-lundi-26-septembre-apres-le-grand-soir-3.html

Prochaine projection du film le 12 novembre à 16 h au festival « les Escales documentaires » de La Rochelle (section Escales locales) au MUSEUM d’histoire naturelle, 28 rue Albert 1er.

http://www.escalesdocumentaires.org/films-competition/chacun-cherche-son-train/

Infos pratiques et lieu de ma projection (N° 5 sur le plan) :

http://www.escalesdocumentaires.org/le-festival-2016/infos-pratiques/

l'affiche du festival ESCALES DOCUMENTAIRES de La Rochelle du 8 au 13 novembre 2016

l’affiche du festival ESCALES DOCUMENTAIRES de La Rochelle du 8 au 13 novembre 2016

La dernière projection, c’était mardi 11 octobre à 18 H 30  » dans la magnifique salle de cinéma du Centre culturel de St Pierre des Corps !

L’affiche de l’événement (du 16 septembre au 29 octobre) « Des traits, des trains/ le dessin ferroviaire », une exposition de dessins (Gébé, Dubreuil,Sochard), des rencontres et un film (« chacun cherche son train » !). Cette manifestation originale a été imaginée par Astrid Chabin, responsable du « fonds TRAIN » à la bibliothèque de St Pierre des Corps.

"des traits des trains" du 16 septembre au 29 octobre 2016 à St Pierre des Corps

« des traits des trains » du 16 septembre au 29 octobre 2016 à St Pierre des Corps

Dans la Nouvelle République :

http://www.lanouvellerepublique.fr/Contenus/Articles/2016/10/15/Chacun-cherche-son-train-et-trouve-sa-voie-2871609

Une assemblée chaleureuse et attentive a nourri le débat qui a suivi la projection.
J’étais là pour leur répondre, accompagnée de Marine Tadié qui a réalisée toutes les images du film, et de Dominique Maugars, ancien cheminot de St Pierre des Corps, personnage du documentaire.
Leurs questions :
Mes voyageurs sont-ils de vrais voyageurs ?
Mon discours est-il ou n’est-il pas passéiste ?
Le documentariste doit-il dans ses films répondre aux questions ou bien les poser en donnant envie aux spectateurs d’y réfléchir ?
Quelle place peut prendre la poésie dans nos vies d’aujourd’hui et aussi dans nos films ?
Pourquoi on aime la vitesse et pourquoi aussi on en a toujours eu peur ?
Quel est ce rapport intrinsèque entre le train et le cinéma ?
Que nous disent les images entre les lignes et comment les fabriquer pour qu’elles ne nous trahissent pas ?
Qu’est-ce que le doute ? Est-il ou n’est-il pas un frein à l’idée de mouvement ?

Les spectateurs ont déclaré aussi que le film leur donnait envie de lire Léon Paul Fargue, Alfred Jarry et Ivan Illich… Si les films servent au moins à ça, à donner envie de lire : alors je suis ravie !

Un dessin de Fred Sochard dans l'exposition "des traits-des trains" à la bibliothèque de St Pierre des Corps, octobre 2016 (photo Fabienne Issartel)

Un dessin de Fred Sochard dans l’exposition « des traits-des trains » à la bibliothèque de St Pierre des Corps, octobre 2016 (photo Fabienne Issartel)

Après la projection j’ai pu découvrir l’exposition de dessins à la bibliothèque de St Pierre des Corps qui réunit trois artistes. Exposition très riche et dont certaines oeuvres faisaient d’ailleurs écho aux questionnements de notre débat…

A la fin de mon film, je pose cette question : « Où allons-nous ? »
Et j’y réponds d’une certaine façon en déclarant : « vers ce quelque part qui n’est peut-être nulle part.Et c’est ce doute qui nous pousse à avancer !  »
Voilà deux dessins de Gébé qui a commencé sa carrière de dessinateur dans le magazine : « La vie du rail » qui abordent aussi mes sujets de prédilection.

"Le doute" : dessin de GEBE issu de La vie du Rail et présent dans l'exposition "des traits-des trains" de St Pierre des Corps, octobre 2016 (photo Fabienne Issartel)

« Le doute » : dessin de GEBE issu de La vie du Rail et présent dans l’exposition « des traits-des trains » de St Pierre des Corps, octobre 2016 (photo Fabienne Issartel)

Dessin de GEBE issu de La vie du Rail et présent dans l'exposition "des traits-des trains" de St Pierre des Corps, octobre 2016 (photo Fabienne Issartel)

Dessin de GEBE issu de La vie du Rail et présent dans l’exposition « des traits-des trains » de St Pierre des Corps, octobre 2016 (photo Fabienne Issartel)

Original du dessin de Ferdinand Dubreuil "les hommes du rail" présent dans l'exposition "des traits-des trains" de St Pierre des Corps, octobre 2016 et aussi dans le film "Chacun cherche son train"(photo Fabienne Issartel)

Original du dessin de Ferdinand Dubreuil « les hommes du rail » présent dans l’exposition « des traits-des trains » de St Pierre des Corps, octobre 2016 et aussi dans le film « Chacun cherche son train »hoto Fabienne Issartel)

Le formidable ouvrage 'grande vitesse" de Jochen Gerner, présent dans l'exposition "des traits-des trains" de St Pierre des Corps, octobre 2016 et aussi dans le film "Chacun cherche son train" (photo Fabienne Issartel)

Le formidable ouvrage ‘grande vitesse » de Jochen Gerner, présent dans l’exposition « des traits-des trains » de St Pierre des Corps, octobre 2016 et aussi dans le film « Chacun cherche son train » (photo Fabienne Issartel)

L’avant-première de CHACUN CHERCHE SON TRAIN le 15 septembre 2016 à 21h au Cin’Hoche de Bagnolet a été un beau succès ! Merci aux 200 personnes présentes à cette avant-première très joyeuse !
Voilà quelques photos réalisées par Arnaud Baumann.

La salle du Cin’Hoche se remplit.

La salle du Cin'Hoche se remplit le 15 septembre 2016 à 21h pour l'avant-première à Bagnolet de CHACUN CHERCHE SON TRAIN de Fabienne Issartel. Photo Arnaud Baumann, tous droits réservés.

La salle du Cin’Hoche se remplit le 15 septembre 2016 à 21h pour l’avant-première à Bagnolet de
CHACUN CHERCHE SON TRAIN de Fabienne Issartel. Photo Arnaud Baumann, tous droits réservés.

Ariane Issartel qui a composé et interprété la musique originale du film à l'avant-première du film à Bagnolet. Photo Arnaud Baumann, tous droits réservés.

Ariane Issartel qui a composé et interprété la musique originale du film à l’avant-première du film à Bagnolet. Photo Arnaud Baumann, tous droits réservés.

SYNOPSIS :
« Immobiles devant les fenêtres du train, nos écrans de cinéma, ou ceux des ordinateurs, nous regardons défiler notre monde en pleine mutation. « Les écrans sont ces miroirs du temps qui annulent l’horizon » dit Paul Virilio, le grand penseur de la vitesse. « Alors, comment retrouver un rythme propre, notre petit tempo battant, au coeur de cette accélération inéluctable ? », se demandent les protagonistes du film, passagers en quête de sens sur le chemin furtif de la vie, et dont le train devient ici la métaphore. Un « film promenade » – pour croiser les reflets de nos âmes qui deviennent, le temps du film, « le paysage » mouvant du voyage. Où vont-ils ? Eux ? Moi ? Où allons-nous ? « Chacun cherche son train » ! Un film en marche, dans lequel l’homme et la machine cherchent désespérément à s’aimer. Un film pour « refaire le monde » à notre image ! »

Réalisation : Fabienne Issartel – Image : Marine Tadié – son : Olivier Vieillefond – Montage : Xavier Franchomme – Musique originale : Ariane Issartel – Une coproduction MARMITAFILMS/FRANCE TELEVISIONS (52 minutes)

Avec les voyageurs filmés :

Hermine Karagheuz (actrice), Pacôme Thiellement (écrivain), Médéric Collignon (musicien), François Abdelnour (cinéaste), Klavdij Sluban (photographe), Benoît Duteurtre (écrivain), Dominique Maugars, (cheminot et cinéaste), Marc Armengaud (architecte), Denis Brochard (architecte), Denis Sire (dessinateur), Yves Belaubre (scénariste), Lola Salès (géographe), Pascal Desmichel (géographe), Julien Rapegno (journaliste), Jean-René Malivert (ferrovipathe), Dominique Olivier, Michel Prioux et Rémi Sagot (conducteurs de locomotives).

Et aussi, l’ouvrage « Grande vitesse » de Jochen Gerner, les dessins de Ferdinand Dubreuil, les textes d’Alessandro Baricco.

Et encore les magnifiques conducteurs de la locomotive du « train des Mouettes » dans lequel une scène de « Chacun cherche son train » a été tournée.
Cliquez ici pour découvrir le visage et l’identité de mes voyageurs :

CHACUN CHERCHE SON TRAIN – les voyageurs !

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Hermine Karagheuz et Pacôme Thiellement à Bagnolet (photo Arnaud Baumann)

Dans « Chacun cherche son train », Hermine et Pacôme voyagent ensemble dans le  » train des Mouettes » en Charentes Maritimes entre Saujon et la Tremblade…

http://www.ville-bagnolet.fr/index.php/lire-actualite/items/chacun-cherche-son-train-1559.html

Marc Armengaud, philosophe, urbaniste et architecte, dans "chacun cherche son train"

Marc Armengaud, philosophe, urbaniste et architecte, dans « chacun cherche son train »

La première diffusion à la télévision a eu lieu le 26 septembre sur France 3 Poitou Charentes et France 3 Limousin après le grand Soir 3.

L’affiche du film : une image tournée à Angoulême en fin de journée

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Affiche du film « Chacun cherche son Train » de Fabienne Issartel, 52′, 2016

La directrice de la photo : Marine Tadié

Marine Tadié, la Directrice de la photo du film "Chacun cherche son train"

Marine Tadié, la Directrice de la photo du film « Chacun cherche son train »

Musique originale : Ariane Issartel

La violoncelliste Ariane Issartel qui a composé et interprété la musique originale du film "Chacun cherche son train" de Fabienne Issartel

La violoncelliste Ariane Issartel qui a composé et interprété la musique originale du film « Chacun cherche son train » de Fabienne Issartel

Olivier Viellefond a réalisé toutes les prises de sons des tournages de "Chacun cherche son train"

Olivier Viellefond a réalisé toutes les prises de sons des tournages de « Chacun cherche son train »

Klavdij Sluban, photographe, dans "Chacun cherche son train"

Klavdij Sluban, photographe, dans « Chacun cherche son train »

Voilà quelques éléments qui ont régie ma réflexion pour construire ce film :

L’actualité  :

En 2017, une toute nouvelle ligne à grande vitesse Sud Europe Atlantique sera mise en service. On pourra alors rejoindre Bordeaux de la capitale à 320 kms/h et en 2 h et 5 minutes, au lieu de 3 heures actuellement… Que d’avancées depuis 1829 où la fameuse « Rocket » de George Stephenson fit sensation, circulant à Rainhill en Angleterre à 59 kms/h devant un public médusé et effrayé. En 1853, 24 ans plus tard seulement, quatre trains reliaient déjà quotidiennement la ligne Paris Bordeaux, le train le plus rapide effectuant alors le parcours en un peu plus de treize heures… Notre espace-temps se réduit donc toujours plus. Jusqu’où ? Et quelle conséquence cela aura-t-il sur nos vies ?

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Le magazine Life en 1964 :

« En 1964, le magazine Life déclarait déjà que le plus important problème de société auquel nous serions confrontés demain serait de savoir ce que nous ferions de ce temps libre… Nous n’avons pas aujourd’hui l’impression de disposer de plus de temps : au contraire, nous en avons toujours trop peu. Nous vivons dans une pénurie de temps, une “famine temporelle”, comme la décrivait en 1999 les sociologues américains John Robinson et Geoffrey Godbey.Toutes les sociétés modernes sont caractérisées par une pénurie de temps » disaient-ils : « plus une société est moderne, et moins elle a de temps”. Ce n’est pas le pétrole qui nous manquera un jour, mais plutôt le temps… »

Paul Virilio, le grand penseur de la vitesse :

« L’écologie grise devrait, et devra, aussi, traiter la pollution des distances. Car les choses existent à travers des proportions. Au-delà de 2,5 mètres, nous ne sommes plus homme. Or, la vitesse des transports et des transmissions instantanées réduit le monde à rien. Nous vivons une époque singulière où notre appréciation des échelles de temps et de distances est bouleversée. L’écologie doit maintenant réaccorder la philosophie et la science. Si l’écologie veut être une science utile à l’humanité, à la démocratie, à la liberté, elle doit être à la fois ouverte à la techno-science mais aussi à la philo-science. »

Ivan Illich :

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Ivan Illich (un des penseurs de l’écologie politique) : « à partir du moment où la société industrielle, par souci d’efficacité, institutionnalise un moyen, que ce soit un outil, un mécanisme, ou un organisme – afin d’atteindre un but, ce moyen tend à croitre, jusqu’à dépasser un seuil où il devient dysfonctionnel et nuit au but qu’il est censé servir. Ainsi l’automobile nuit au transport, l’école nuit à l’éducation et la médecine nuit à la santé. L’institution devient alors contre-productive, et contribue à aliéner l’être humain et la société dans son ensemble. »

Extrait des « Châteaux de la colère » d’Alessandro Baricco :

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« Dans les trains pour sauver leur peau, pour arrêter la rotation perverse de ce monde qui les martelait là-bas de l’autre côté de la vitre, et pour esquiver la peur, et pour ne pas se laisser engloutir par le vertige de la vitesse qui forcément cognait sans cesse dans leur cerveau autant que sur la forme de ce monde frôlant l’autre côté de la vitre sous des apparences jamais vues jusque-là, surprenantes sans doute, mais impossibles, parce que s’abandonner un seul instant relançait instantanément la course de la peur, et donc cette épaisse et profonde angoisse qui au
moment de se cristalliser en pensée se révélait de toute façon n’être rien d’autre que la sourde pensée de la mort – dans les trains pour sauver leur peau, ils prirent l’habitude de s’en remettre à un geste méticuleux, un exercice d’ailleurs conseillé par les médecins eux-mêmes et d’illustres savants, une stratégie minuscule de défense, évidente mais géniale, un petit geste exact, et splendide.Dans les trains, pour échapper à ça, ils lisaient. Le baume parfait. L’exactitude fixe de l’écriture comme suture d’une terreur. L’oeil qi trouve dans les infimes virages dictés par les lignes une échappatoire nette à ce flux indistinct d’images que la fenêtre impose. On vendait dans
les gares des lampes exprès pour ça, des lampes de lecture. Elles se tenaient d’une main, elles dessinaient un cône intime de lumière à fixer sur la page ouverte. Il faut imaginer ça. Un train lancé dans une course furieuse sur deux lames de fer, et dans ce train un petit coin d’immobilité magique minutieusement découpé par le compas d’une petite flamme. La vitesse d train et la fixité du livre éclairé. L’éternellement changeante multiformité du monde tout autour, et le microcosme pétrifié d’un oeil qui lit. Comme un noyau de silence au coeur d’une détonation… »

François Truffaut dans « La nuit américaine » :

« Un film avance comme un train : comme un train dans la nuit » dit François Truffaut à Jean-Pierre Léaud dans « la Nuit américaine ».

« Tu vois, c’est ça notre travail de réalisateurs! »

 

L'affiche du documentaire "chacun cherche son train" de Fabienne Issartel

L’affiche du documentaire « chacun cherche son train » de Fabienne Issartel

 

Les magnifiques conducteurs de la locomotive du "train des Mouettes" dans lequel une scène de "Chacun cherche son train" a été tournée

Les magnifiques conducteurs de la locomotive du « train des Mouettes » dans lequel une scène de « Chacun cherche son train » a été tournée

Pascal Desmichel, géographe et fils de cheminot, dans "Chacun cherche son train"

Pascal Desmichel, géographe et fils de cheminot, dans « Chacun cherche son train »

Benoît Duteurtre, écrivain, dans "Chacun cherche son train"

Benoît Duteurtre, écrivain, dans « Chacun cherche son train »

UNE NOUVELLE PROJECTION DU FILM EN OCTOBRE !
Réservez votre billet de train pour Saint-Pierre des Corps !Au mois d’octobre (le 11 octobre à 18 h 30) le film sera diffusé à Saint-Pierre des Corps, haut-lieu ferroviaire. Dominique Maugars, ancien cheminot de St Pierre des Corps, et que j’ai filmé dans « chacun cherche son train » sera bien sûr présent à mes côtés.

Dominique Maugars, ancien cheminot et cinéaste, à St Pierre des Corps, filmé pour le documentaire "Chacun cherche son train"

Dominique Maugars, ancien cheminot et cinéaste, à St Pierre des Corps, filmé pour le documentaire « Chacun cherche son train »

http://www.lanouvellerepublique.fr/Indre-et-Loire/Communes/Saint-Pierre-des-Corps/n/Contenus/Articles/2016/08/19/La-bibliotheque-est-deja-sur-les-rails-2813355

Voilà l’affiche de ce bel événement (du 16 septembre au 29 octobre) qui propose autour du titre « Des traits, des trains: le dessin ferroviaire », une exposition de dessins (Gébé, Dubreuil,Sochard), des rencontres et un film (« chacun cherche son train ») :

"des traits des trains" du 16 septembre au 29 octobre 2016 à St Pierre des Corps

« des traits des trains » du 16 septembre au 29 octobre 2016 à St Pierre des Corps

Pacôme Thiellement dans la salle du Cin'Hoche pour l'avant-première de "Chacun cherche son train" le 15 septembre 2016. Photo Arnaud Baumann. Tous droits réservés

Pacôme Thiellement dans la salle du Cin’Hoche pour l’avant-première de « Chacun cherche son train » le 15 septembre 2016. Photo Arnaud Baumann. Tous droits réservés

Dessin de Fred Sochard,  présent dans l'exposition "des traits-des trains" de St Pierre des Corps, octobre 2016 (photo Fabienne Issartel)

Dessin de Fred Sochard, présent dans l’exposition « des traits-des trains » de St Pierre des Corps, octobre 2016 (photo Fabienne Issartel)

Un épisode dessiné de "la petite halte" de GEBE, document de "la vie du rail" présent dans l'exposition "des traits-des trains" de St Pierre des Corps, octobre 2016 (photo Fabienne Issartel)

Un épisode dessiné de « la petite halte » de GEBE, document de « la vie du rail » présent dans l’exposition « des traits-des trains » de St Pierre des Corps, octobre 2016 (photo Fabienne Issartel)

Dans mon documentaire, Pacôme Thiellement évoque avec Hermine Karagheuz une scène au début du film « l’an 01 » (Jacques Doillon, Gébé, Alain Resnais et Jean Rouch)où le personnage déclare :

« et un jour ce train, et bien, je ne l’ai pas pris ! »

Pour revoir cette scène avec Gérard Depardieu :

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