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« PRINTEMPS », un film promenade de 1996, réalisé par Fabienne Issartel, enfin numérisé !

En attendant les beaux jours, VOICI UN LIEN VIDEO POUR VISIONNER MON FILM « Printemps » de 37′, 1996/Le film a été mis en ligne par Laurent Charpentier le caméraman de ce film et de beaucoup de mes films promenade. Il a été numérisé par Yoann Dhenin/ Et puis un peu de lecture suit, sur cette  « Dé-marche » ainsi qu’un texte tout à la fin de Pacôme Thiellement qui vient de voir le film. Merci à tous.

BONNE PROJECTION !

« PRINTEMPS »
Un film promenade de Fabienne Issartel, 37′, 4/3, 1996

Image : Laurent Charpentier
Son : Renaud Colas
Musique originale : Thierry Fournier
Musique live : Akosh S

Avec par ordre d’apparition :
Akosh S/Muriel Foures/Solveig Domartin/
Marie Baron Renault/Charlie Schlingo/
Claude Baron Renault/Raymond Mantchala/
Régine Fraval/Eric Roussel/
Claude Rizzo/
Les enfants : Juliette G., Juliette M et Zacharie G./
Hélène Hottiaux/Marc-Edouard Nabe/Gérard Tallet

ce film a été tourné le 1er et 2 juin 1996, à Paris, le long du canal Saint-Martin de République (rue du Fb du Temple) à place Stalingrad, et dans les cafés : l’Atmosphère (scène avec Akosh S/générique début), au Rapid Wolf de la gare de l’Est (scène de nuit), et au Jemmapes (le matin avec Charlie et Marie)
Moyens techniques : Jean-Stéphane Michaux, Corinne Bopp, Jean-Luc Bouvret, Charlotte Meunier
Autoproduction

Tournage de « Printemps », film de Fabienne Issartel, le 1er juin 1996
A la caméra : Laurent Charpentier
Preneur de son : Renaud Colas
Assise sur la barrière : Fabienne Issartel

Le site de laurent Charpentier :

www.laurentcharpentier.com

Fabienne Issartel par Hervé Sellin 1985

PRIORITE PIETONS
NAISSANCE DES « FILMS PROMENADE », par Fabienne Issartel, réalisatrice

Un jour d’hiver 1985, je marchais dans la neige à 5 h du matin dans le quartier Montorgueil. Mes pieds dessinaient dans cette virginité ouatée les premiers signes visibles de vie de cette journée historique pour moi. Je me retournais un instant tout en haut de la rue des Petit Carreaux dans le deuxième arrondissement de Paris pour le constater. L’empreinte de mes pas avait ouvert la route. Pourquoi diable n’y avait-il personne ce jour-là dans cette rue du centre de Paris non loin des vieilles Halles ? C’était inhabituel. Un rêve presque. Je me souviens. Il faisait très froid et j’étais harassée. Je n’avais pas voulu me reposer. Au contraire. J’avais tout fait pour échapper à mon destin, pour être à priori incapable de mettre un pied devant l’autre, ayant passé la nuit à épuiser unes à unes méthodiquement les compagnies aléatoires dont tout somnambule professionnel sait faire bon usage. Au-delà de la limite, la limite est dépassée. Aller jusqu’au bout pour déjouer la chance. Pourquoi ? Pour apercevoir l’au-delà sans doute, au bord du bord… C’est un jeu que l’on aime à 20 ans. Je me souviens. Ce matin là, mes pas crissaient dans la rue blanche et déserte et je me demandais avec justesse, avec acuité, qui j’étais ? Peut-être ce dessin tracé d’un chemin derrière moi, pas plus, pas moins, pulsé par la mesure battue de mes semelles.
Seule dans la ville si blanche et si froide, j’allais tourner mon tout premier film. C’était enivrant. Je me souviens. Il allait falloir que je sois un réalisateur qui réalise, qui sait ce qu’il veut et qui assume ce qu’il voit. Cela faisait peur. Je m’en souviens bien. Toute à cette concentration et dans une excitation bizarre, je retrouvais presque en lévitation mon équipe de tournage passage du Désir, sur le boulevard Magenta, non loin de la gare de l’Est. Formidable journée pendant laquelle j’oubliais toute fatigue et qui fut déterminante. Car ça y’était. J’avais été mordu par le grand serpent. Le plaisir de découvrir ce pourquoi on est fait, ce n’est pas rien. Si tourner des films, c’était ça, alors je décidais ce jour-là d’en faire toute ma vie et de ne plus faire que ça.
C’était une autre façon d’écrire le dessein de mes pas et de mes errances, de donner des visages aux rues, de faire battre le cœur de la ville à coups d’instantanés, de circonscrire l’esprit des lieux.
Alors je suis partie de là où j’étais, de mes pieds. Car c’est ainsi que je conçois la vie depuis toujours, comme une promenade où il faut savoir suivre ses pas. Les marcheurs regardent la ville et moi je regarde les marcheurs. Ce sont dans ces regards croisés que s’opèrent les modestes évènements quotidiens essentiels à la vie, générateurs de convivialité et d’humanité. « Les films promenade » sont nés d’évidences. L’aventure est au coin de la rue pour celui qui regarde les choses à sa hauteur. On s’arrête, on sourit, on discute, on s’installe à une terrasse, sur le parapet d’un pont, ou dans le travelling d’un bus. Et tout cela pour voir le ciel, la lumière d’un jour rouge qui disparaît, ou sous des trombes d’eau les flashs d’acier sur nos ombrelles d’outremer. Et il y a aussi les jours sans, où tout est bouché et où il n’y a que nous. Nous, les paysans de Paris, enfants du « grand monde » comme des bistrots picaresques, dandys effrangés de la nuit, sommes les orphelins toujours heureux sur les trottoirs célestes, de Léon-Paul Fargue et des poètes. La peinture du monde est d’abord infime. Elle donne la priorité aux piétons de toutes les vagues et de tous les temps, qui habitent ontologiquement leur vie là où ils sont. De celui qui immobilise les voitures au milieu du cours de Vincennes pour regarder passer un étrange groupe de mouettes, à ceux, les Zarathoustras ordinaires, qui veillent à Ménilmontant du haut de leur lucarne sur le ventre de Paris : tous ont le sang qui bout. Cela me plaît.
« Même si on nous donne des trucs pour rouler plus vite sur les trottoirs, on marche toujours, on marche toujours…» dit Denis B. à la fin de mon film « Chacun cherche son train ». Voilà des phrases, qui moi me donnent la chair de poule, qui valent de l’or quand elles sont prononcées devant ma caméra avec une gravité inspirée. Des moments qui me donnent envie de mettre une fois de plus la clé sous la porte et de repartir vers ce quelque part qui n’est peut-être nulle part, seule, le nez au vent, juste avec mes yeux, pour continuer à vivre et à tourner des « films promenade ».

Le fameux panneau « PRIORITE PIETONS » présent partout dans les de Paris des années 80

« Printemps », un film promenade de Fabienne Issartel, 37′, 1996

Printemps est le dernier de mes « films promenade » des années 90 autoproduits. C’est sans doute le plus abouti techniquement, puisqu’il a même été mixé. Il est accompagné d’une musique originale très sensible et nerveuse composée sur mesure par le grand Thierry Fournier. Le tournage s’est déroulé sur deux journées autour du canal Saint-Martin. Une grosse organisation préalable avait été nécessaire pour organiser la venue des 16 personnages sur les lieux du tournage à des heures bien précises. Nous n’étions que trois : moi, Renaud Colas au son et « Le précieux » Laurent Charpentier à la caméra, un marin qui en avait « vu d’autres » et qui m’accompagnait avec passion dans ces aventures filmiques, y compris sur les montages. Son sens du cadre parfait, son enthousiasme désintéressé et son endurance hors-normes, ont permis que ces « films promenade » existent. Dévoué corps et âme à mon idée d’un travail à la fois très préparé mais aussi totalement ouvert au dernier moment à la spontanéité des personnages, il a été mon double. C’est d’ailleurs grâce à lui et via son site Viméo que ce film est aujourd’hui en ligne. Merci à lui. L’occasion de jeter un coup d’œil attentif sur son travail de photographe « qui a vu du pays ».
Á l’époque de Printemps, je vivais avenue Mathurin Moreau dans le 19 ème arrondissement de Paris près du parc des Buttes Chaumont. Je descendais par la rue Juliette Dodu, jusqu’à la cour intérieure de l’hôpital Saint Louis où je donnais mes rendez-vous, histoire de prendre l’air dans un endroit qui a de l’allure. Par l’avenue Richerand, à la nuit on rejoignait le canal pour prendre l’apéro de l’autre côté, à l’Atmosphère, toujours bien reçus par Souad, sa sœur et sa mère. Akosh S que l’on entend dans mon générique de début, un excellent musicien hongrois, jouait souvent dans ce café : au moins toutes les deux semaines. Solveig Dommartin -la grande dame des « Ailes du désir »- habitait une rue juste derrière et l’on pouvait terminer la soirée chez elle avec les amis. C’est grâce à Muriel Fourès que je connaissais depuis les années 80, et qui avait appelé sa fille Tarzana, bien avant de faire du trapèze elle-même (justement avec Solveig) que je l’avais connue. La belle amitié profonde de ces deux filles de grand caractère m’avait touchée.

Solveig Dommartin et Muriel Fourès.
Tournage de « Printemps », film de Fabienne Issartel, le 1er juin 1996

D’où l’idée de les filmer ensemble là, entre le canal et la gare de l’est, et notamment au Rapid Wolf où les nuits se terminaient toujours en poésie. J’avais aussi remarqué que Marie la jeune fille avec les grandes jambes, rencontrée dans une laverie de la rue St Sauveur en 1983, s’entendait fort bien avec Charlie, le dessinateur qui cocotte du nougat et qui me fait encore hurler de rire. Marie, avec sa voix de poupée fascinait Charlie Schlingo. Ils étaient très contents de se revoir à cette occasion et l’addition de Charlie – petits calvas du matin »- au bar le Jemmapes fut d’ailleurs salée.

Charlie Schlingo au café « Jemmapes », tournage de « Printemps » (film de Fabienne Issartel), 1er juin 1996

Gérard Tallet serait le docteur, son vrai métier qu’il avait exercé sur les bateaux de croisière, et aussi au sénat, une fonction qui nous permettait de profiter certains jours de la maison dédiée dans le jardin du Luxembourg. J’y retrouvais souvent Marc-Edouard et Hélène, un vrai couple « bras dessus, bras dessous » dans le film : mes chers promeneurs d’un dimanche au bord de l’eau… Régine et Eric allaient avoir un enfant. Ils étaient dans un tournant de leur vie. Claude ma belle violoncelliste n’était pas à une promenade près. Ce fut un plaisir pour elle de parler à ce garçon étrange au longs cheveux, Raymond, danseur infatigable de mes nuits au Satellit café de la rue de la Folie Méricourt.

« Printemps » de Fabienne Issartel, 1996

Enfin, un des rôles principaux fut donné à Claude Rizzo, le pêcheur du canal, l’amoureux dont je ne dirai rien, sinon qu’il fut parfait, et bien au-delà du moment de ce tournage… Beaucoup des protagonistes de Printemps nous ont aujourd’hui quitté. Mais ils sont avec moi, et un peu avec vous maintenant aussi. Bonne projection !

Tournage de Printemps, avec Solveig Dommartin et Muriel Fourès
Réalisation Fabienne Issartel
Paris, 1er juin 1996

Et ci-dessous un texte de Pacôme Thiellement qui vient de voir « Printemps », Pacôme avec lequel j’aimerai tourner prochainement un film que j’appellerai justement « Le piéton de paris ».

NOTRE CINEMA, FABIENNE ISSARTEL

Par Pacôme Thiellement, mars 2017

Pacôme Thiellement en promenade à Montmartre, 2015, photo Fabienne Issartel

Printemps, d’abord, c’est de la musique. Un son incroyable : le saxophone soprano d’Akosh dans une improvisation fiévreuse au bar L’Atmosphère un soir. Un son capable à lui seul de ressusciter immédiatement les années 90 à Paris si vous les avez vécues… A l’époque, on pouvait encore fumer dans les bars et ça se voit immédiatement : les gens sont intenses ; ils ont une ivresse joyeuse, amoureuse, lyrique. La cigarette, c’est l’innocence des poses cinématographiques. Jouer à fumer « comme les stars », faire semblant de savoir fumer jusqu’à qu’on fume vraiment. Jouer à vivre « comme les grands » jusqu’à comprendre que c’était ça, vivre, justement. Qu’il n’y avait rien de plus vivant que cette innocence, cette jeunesse.
Printemps, ensuite, ce sont des hommes et des femmes qui parlent. Ils parlent d’amour bien sûr : de sexe, de beauté, de conneries, de vie future et de réincarnation. Ils s’étalent sur les pelouses. Ils dansent. Ils chantent même ! Mais surtout ils marchent. Ils marchent le long du canal Saint-Martin et le ciel est bleu. Fabienne Issartel, c’est le cinéma des poètes, des errants, des piétons de Paris. La marche, ce n’est pas l’innocence comme la cigarette ; mais c’est encore plus beau : c’est le début du nouveau monde, la victoire sur l’Enfer. C’est peut-être le sens du fragment énigmatique de Walter Benjamin : « Vaincre le capitalisme par la marche à pieds. » On n’a jamais vu un tyran, un affameur ou un businessman se promener.
Dans Printemps, on a l’impression de voir des hommes et des femmes libres. Ou plutôt on les voit en train de se libérer. De quoi se libèrent-ils ? De ce qui les détermine et de ce qui les entrave, de ce qui les sépare et de ce qui les enferme. Ils se libèrent de leur solitude ; ils se libèrent de leur prison. Fabienne Issartel, c’est le cinéma de l’amour qui circule entre les êtres. Et ils sont tous beaux, tous. Pourquoi ne le seraient-ils pas ? Puisque Fabienne Issartel les aime pour ce qu’ils sont, tous. Un peu comme Giacometti qui répétait à Genet : « Comme vous êtes beau ! Comme vous êtes beau ! » alors qu’il dessinait son portrait avant d’ajouter : « Comme tout le monde, hein ? Ni plus ni moins. »
Jusque là, le cinéma n’a pas été fait pour nous. Il ne nous parlait pas, ne nous regardait pas : il nous tournait même le dos. Nous avons besoin d’un cinéma qui nous ressemble, un cinéma qui nous aime et qui nous le montre. Nous avons besoin d’un cinéma dans lequel on puisse marcher.
Printemps, ça date du milieu des années 90 et pourtant ça semble avoir été fait ce matin. Plus exactement, ça a été fait (vécu, tourné, monté) pour ce matin. Vingt ans ont passé qu’on a vécu les yeux fermés ou occupés d’autre chose. C’est maintenant, et maintenant seulement, que les films de Fabienne Issartel peuvent rayonner de leur poésie solaire, de leur lumière d’avant midi.
Nous avons besoin du cinéma de Fabienne Issartel. Libre, ouvert, intense, au plus près de l’instant, aéré comme un jour de printemps : notre cinéma, ni plus ni moins.

Pacôme Thiellement, mars 2017

http://www.pacomethiellement.com

Mes « films promenade » avaient été montrés en 2012 en VHS durant les Portes ouvertes de bagnolet

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Après sa diffusion le 26 septembre sur France 3, « CHACUN CHERCHE SON TRAIN » de Fabienne Issartel, 52′, se promène ! Le 11 octobre, le film était à St Pierre des Corps ! Il sera projeté au festival des Escales documentaires de La Rochelle le samedi 12 novembre à 16 h. L’AVANT-PREMIÈRE du 15 septembre 2016 au Cin’Hoche de Bagnolet avait réuni quelques 200 spectateurs enthousiastes !

Médéric Collignon et Pacôme Thiellement pendant le tournage de "Chacun cherche son train" au Groundcontrol à Paris, octobre 2015. Médéric improvise à partir des dessins du livre "Grande vitesse" de Jochen Gerner

Médéric Collignon et Pacôme Thiellement pendant le tournage de « Chacun cherche son train » au Groundcontrol à Paris, octobre 2015. Médéric improvise à partir des dessins du livre « Grande vitesse » de Jochen Gerner

CHACUN CHERCHE SON TRAIN, un film de Fabienne ISSARTEL, 52’’

TOUJOURS EN REPLAY pendant encore quelques jours 8 (après les 2 pubs et la longue mire de Bar). Cliquez sur le lien ci-dessous :

http://france3-regions.francetvinfo.fr/aquitaine/emissions/qui-sommes-nous-en-aquitaine/documentaire-chacun-cherche-son-train-lundi-26-septembre-apres-le-grand-soir-3.html

Prochaine projection du film le 12 novembre à 16 h au festival « les Escales documentaires » de La Rochelle (section Escales locales) au MUSEUM d’histoire naturelle, 28 rue Albert 1er.

http://www.escalesdocumentaires.org/films-competition/chacun-cherche-son-train/

Infos pratiques et lieu de ma projection (N° 5 sur le plan) :

http://www.escalesdocumentaires.org/le-festival-2016/infos-pratiques/

l'affiche du festival ESCALES DOCUMENTAIRES de La Rochelle du 8 au 13 novembre 2016

l’affiche du festival ESCALES DOCUMENTAIRES de La Rochelle du 8 au 13 novembre 2016

La dernière projection, c’était mardi 11 octobre à 18 H 30  » dans la magnifique salle de cinéma du Centre culturel de St Pierre des Corps !

L’affiche de l’événement (du 16 septembre au 29 octobre) « Des traits, des trains/ le dessin ferroviaire », une exposition de dessins (Gébé, Dubreuil,Sochard), des rencontres et un film (« chacun cherche son train » !). Cette manifestation originale a été imaginée par Astrid Chabin, responsable du « fonds TRAIN » à la bibliothèque de St Pierre des Corps.

"des traits des trains" du 16 septembre au 29 octobre 2016 à St Pierre des Corps

« des traits des trains » du 16 septembre au 29 octobre 2016 à St Pierre des Corps

Dans la Nouvelle République :

http://www.lanouvellerepublique.fr/Contenus/Articles/2016/10/15/Chacun-cherche-son-train-et-trouve-sa-voie-2871609

Une assemblée chaleureuse et attentive a nourri le débat qui a suivi la projection.
J’étais là pour leur répondre, accompagnée de Marine Tadié qui a réalisée toutes les images du film, et de Dominique Maugars, ancien cheminot de St Pierre des Corps, personnage du documentaire.
Leurs questions :
Mes voyageurs sont-ils de vrais voyageurs ?
Mon discours est-il ou n’est-il pas passéiste ?
Le documentariste doit-il dans ses films répondre aux questions ou bien les poser en donnant envie aux spectateurs d’y réfléchir ?
Quelle place peut prendre la poésie dans nos vies d’aujourd’hui et aussi dans nos films ?
Pourquoi on aime la vitesse et pourquoi aussi on en a toujours eu peur ?
Quel est ce rapport intrinsèque entre le train et le cinéma ?
Que nous disent les images entre les lignes et comment les fabriquer pour qu’elles ne nous trahissent pas ?
Qu’est-ce que le doute ? Est-il ou n’est-il pas un frein à l’idée de mouvement ?

Les spectateurs ont déclaré aussi que le film leur donnait envie de lire Léon Paul Fargue, Alfred Jarry et Ivan Illich… Si les films servent au moins à ça, à donner envie de lire : alors je suis ravie !

Un dessin de Fred Sochard dans l'exposition "des traits-des trains" à la bibliothèque de St Pierre des Corps, octobre 2016 (photo Fabienne Issartel)

Un dessin de Fred Sochard dans l’exposition « des traits-des trains » à la bibliothèque de St Pierre des Corps, octobre 2016 (photo Fabienne Issartel)

Après la projection j’ai pu découvrir l’exposition de dessins à la bibliothèque de St Pierre des Corps qui réunit trois artistes. Exposition très riche et dont certaines oeuvres faisaient d’ailleurs écho aux questionnements de notre débat…

A la fin de mon film, je pose cette question : « Où allons-nous ? »
Et j’y réponds d’une certaine façon en déclarant : « vers ce quelque part qui n’est peut-être nulle part.Et c’est ce doute qui nous pousse à avancer !  »
Voilà deux dessins de Gébé qui a commencé sa carrière de dessinateur dans le magazine : « La vie du rail » qui abordent aussi mes sujets de prédilection.

"Le doute" : dessin de GEBE issu de La vie du Rail et présent dans l'exposition "des traits-des trains" de St Pierre des Corps, octobre 2016 (photo Fabienne Issartel)

« Le doute » : dessin de GEBE issu de La vie du Rail et présent dans l’exposition « des traits-des trains » de St Pierre des Corps, octobre 2016 (photo Fabienne Issartel)

Dessin de GEBE issu de La vie du Rail et présent dans l'exposition "des traits-des trains" de St Pierre des Corps, octobre 2016 (photo Fabienne Issartel)

Dessin de GEBE issu de La vie du Rail et présent dans l’exposition « des traits-des trains » de St Pierre des Corps, octobre 2016 (photo Fabienne Issartel)

Original du dessin de Ferdinand Dubreuil "les hommes du rail" présent dans l'exposition "des traits-des trains" de St Pierre des Corps, octobre 2016 et aussi dans le film "Chacun cherche son train"(photo Fabienne Issartel)

Original du dessin de Ferdinand Dubreuil « les hommes du rail » présent dans l’exposition « des traits-des trains » de St Pierre des Corps, octobre 2016 et aussi dans le film « Chacun cherche son train »hoto Fabienne Issartel)

Le formidable ouvrage 'grande vitesse" de Jochen Gerner, présent dans l'exposition "des traits-des trains" de St Pierre des Corps, octobre 2016 et aussi dans le film "Chacun cherche son train" (photo Fabienne Issartel)

Le formidable ouvrage ‘grande vitesse » de Jochen Gerner, présent dans l’exposition « des traits-des trains » de St Pierre des Corps, octobre 2016 et aussi dans le film « Chacun cherche son train » (photo Fabienne Issartel)

L’avant-première de CHACUN CHERCHE SON TRAIN le 15 septembre 2016 à 21h au Cin’Hoche de Bagnolet a été un beau succès ! Merci aux 200 personnes présentes à cette avant-première très joyeuse !
Voilà quelques photos réalisées par Arnaud Baumann.

La salle du Cin’Hoche se remplit.

La salle du Cin'Hoche se remplit le 15 septembre 2016 à 21h pour l'avant-première à Bagnolet de CHACUN CHERCHE SON TRAIN de Fabienne Issartel. Photo Arnaud Baumann, tous droits réservés.

La salle du Cin’Hoche se remplit le 15 septembre 2016 à 21h pour l’avant-première à Bagnolet de
CHACUN CHERCHE SON TRAIN de Fabienne Issartel. Photo Arnaud Baumann, tous droits réservés.

Ariane Issartel qui a composé et interprété la musique originale du film à l'avant-première du film à Bagnolet. Photo Arnaud Baumann, tous droits réservés.

Ariane Issartel qui a composé et interprété la musique originale du film à l’avant-première du film à Bagnolet. Photo Arnaud Baumann, tous droits réservés.

SYNOPSIS :
« Immobiles devant les fenêtres du train, nos écrans de cinéma, ou ceux des ordinateurs, nous regardons défiler notre monde en pleine mutation. « Les écrans sont ces miroirs du temps qui annulent l’horizon » dit Paul Virilio, le grand penseur de la vitesse. « Alors, comment retrouver un rythme propre, notre petit tempo battant, au coeur de cette accélération inéluctable ? », se demandent les protagonistes du film, passagers en quête de sens sur le chemin furtif de la vie, et dont le train devient ici la métaphore. Un « film promenade » – pour croiser les reflets de nos âmes qui deviennent, le temps du film, « le paysage » mouvant du voyage. Où vont-ils ? Eux ? Moi ? Où allons-nous ? « Chacun cherche son train » ! Un film en marche, dans lequel l’homme et la machine cherchent désespérément à s’aimer. Un film pour « refaire le monde » à notre image ! »

Réalisation : Fabienne Issartel – Image : Marine Tadié – son : Olivier Vieillefond – Montage : Xavier Franchomme – Musique originale : Ariane Issartel – Une coproduction MARMITAFILMS/FRANCE TELEVISIONS (52 minutes)

Avec les voyageurs filmés :

Hermine Karagheuz (actrice), Pacôme Thiellement (écrivain), Médéric Collignon (musicien), François Abdelnour (cinéaste), Klavdij Sluban (photographe), Benoît Duteurtre (écrivain), Dominique Maugars, (cheminot et cinéaste), Marc Armengaud (architecte), Denis Brochard (architecte), Denis Sire (dessinateur), Yves Belaubre (scénariste), Lola Salès (géographe), Pascal Desmichel (géographe), Julien Rapegno (journaliste), Jean-René Malivert (ferrovipathe), Dominique Olivier, Michel Prioux et Rémi Sagot (conducteurs de locomotives).

Et aussi, l’ouvrage « Grande vitesse » de Jochen Gerner, les dessins de Ferdinand Dubreuil, les textes d’Alessandro Baricco.

Et encore les magnifiques conducteurs de la locomotive du « train des Mouettes » dans lequel une scène de « Chacun cherche son train » a été tournée.
Cliquez ici pour découvrir le visage et l’identité de mes voyageurs :

CHACUN CHERCHE SON TRAIN – les voyageurs !

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Hermine Karagheuz et Pacôme Thiellement à Bagnolet (photo Arnaud Baumann)

Dans « Chacun cherche son train », Hermine et Pacôme voyagent ensemble dans le  » train des Mouettes » en Charentes Maritimes entre Saujon et la Tremblade…

http://www.ville-bagnolet.fr/index.php/lire-actualite/items/chacun-cherche-son-train-1559.html

Marc Armengaud, philosophe, urbaniste et architecte, dans "chacun cherche son train"

Marc Armengaud, philosophe, urbaniste et architecte, dans « chacun cherche son train »

La première diffusion à la télévision a eu lieu le 26 septembre sur France 3 Poitou Charentes et France 3 Limousin après le grand Soir 3.

L’affiche du film : une image tournée à Angoulême en fin de journée

Cliquez ici :

Affiche du film « Chacun cherche son Train » de Fabienne Issartel, 52′, 2016

La directrice de la photo : Marine Tadié

Marine Tadié, la Directrice de la photo du film "Chacun cherche son train"

Marine Tadié, la Directrice de la photo du film « Chacun cherche son train »

Musique originale : Ariane Issartel

La violoncelliste Ariane Issartel qui a composé et interprété la musique originale du film "Chacun cherche son train" de Fabienne Issartel

La violoncelliste Ariane Issartel qui a composé et interprété la musique originale du film « Chacun cherche son train » de Fabienne Issartel

Olivier Viellefond a réalisé toutes les prises de sons des tournages de "Chacun cherche son train"

Olivier Viellefond a réalisé toutes les prises de sons des tournages de « Chacun cherche son train »

Klavdij Sluban, photographe, dans "Chacun cherche son train"

Klavdij Sluban, photographe, dans « Chacun cherche son train »


Voilà quelques éléments qui ont régie ma réflexion pour construire ce film :

L’actualité  :

En 2017, une toute nouvelle ligne à grande vitesse Sud Europe Atlantique sera mise en service. On pourra alors rejoindre Bordeaux de la capitale à 320 kms/h et en 2 h et 5 minutes, au lieu de 3 heures actuellement… Que d’avancées depuis 1829 où la fameuse « Rocket » de George Stephenson fit sensation, circulant à Rainhill en Angleterre à 59 kms/h devant un public médusé et effrayé. En 1853, 24 ans plus tard seulement, quatre trains reliaient déjà quotidiennement la ligne Paris Bordeaux, le train le plus rapide effectuant alors le parcours en un peu plus de treize heures… Notre espace-temps se réduit donc toujours plus. Jusqu’où ? Et quelle conséquence cela aura-t-il sur nos vies ?

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Le magazine Life en 1964 :

« En 1964, le magazine Life déclarait déjà que le plus important problème de société auquel nous serions confrontés demain serait de savoir ce que nous ferions de ce temps libre… Nous n’avons pas aujourd’hui l’impression de disposer de plus de temps : au contraire, nous en avons toujours trop peu. Nous vivons dans une pénurie de temps, une “famine temporelle”, comme la décrivait en 1999 les sociologues américains John Robinson et Geoffrey Godbey.Toutes les sociétés modernes sont caractérisées par une pénurie de temps » disaient-ils : « plus une société est moderne, et moins elle a de temps”. Ce n’est pas le pétrole qui nous manquera un jour, mais plutôt le temps… »

Paul Virilio, le grand penseur de la vitesse :

« La vitesse a toujours fait peur. Il existe trois révolutions dans l’ordre de la vitesse : la révolution des transports au XIX e siècle, la révolution des transmissions au XXe siècle et la révolution des transplantation en cours et pour demain. L’homme marche d’abord à côté de l’animal qui porte la charge. Puis l’homme invente le centaure, la monture : il est sur l’animal. Le cheval est beau depuis qu’on en a fait un véhicule, depuis que les arabes en ont fait « le pur sang ». La cavalerie va dominer le monde. Le cheval de guerre et la poste sont les grandes inventions liées à l’idée de vitesse. Les pigeons voyageurs qui permettent à l’information de parvenir rapidement sont entre les mains des seigneurs, et permettent à ceux qui les possèdent d’exercer une domination. Il n’y a pas de pouvoir sans vitesse. Puis l’homme invente le véhicule, dans lequel il entre à l’intérieur. Aujourd’hui, on est en train d’aller dans le sens inverse : on invente des machines à ingurgiter, des machines absorbées par le corps, des implants plus performants que nos propres organes. La révolution des transmissions, c’est la révolution des vitesses pures, c’est à dire des vitesses élémentaires. »

« L’écologie grise devrait, et devra, aussi, traiter la pollution des distances. Car les choses existent à travers des proportions. Au-delà de 2,5 mètres, nous ne sommes plus homme. Or, la vitesse des transports et des transmissions instantanées réduit le monde à rien. Nous vivons une époque singulière où notre appréciation des échelles de temps et de distances est bouleversée. L’écologie doit maintenant réaccorder la philosophie et la science. Si l’écologie veut être une science utile à l’humanité, à la démocratie, à la liberté, elle doit être à la fois ouverte à la techno-science mais aussi à la philo-science. »

Ivan Illich :

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Ivan Illich (un des penseurs de l’écologie politique) : « à partir du moment où la société industrielle, par souci d’efficacité, institutionnalise un moyen, que ce soit un outil, un mécanisme, ou un organisme – afin d’atteindre un but, ce moyen tend à croitre, jusqu’à dépasser un seuil où il devient dysfonctionnel et nuit au but qu’il est censé servir. Ainsi l’automobile nuit au transport, l’école nuit à l’éducation et la médecine nuit à la santé. L’institution devient alors contre-productive, et contribue à aliéner l’être humain et la société dans son ensemble. »

Extrait des « Châteaux de la colère » d’Alessandro Baricco :

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« Dans les trains pour sauver leur peau, pour arrêter la rotation perverse de ce monde qui les martelait là-bas de l’autre côté de la vitre, et pour esquiver la peur, et pour ne pas se laisser engloutir par le vertige de la vitesse qui forcément cognait sans cesse dans leur cerveau autant que sur la forme de ce monde frôlant l’autre côté de la vitre sous des apparences jamais vues jusque-là, surprenantes sans doute, mais impossibles, parce que s’abandonner un seul instant relançait instantanément la course de la peur, et donc cette épaisse et profonde angoisse qui au
moment de se cristalliser en pensée se révélait de toute façon n’être rien d’autre que la sourde pensée de la mort – dans les trains pour sauver leur peau, ils prirent l’habitude de s’en remettre à un geste méticuleux, un exercice d’ailleurs conseillé par les médecins eux-mêmes et d’illustres savants, une stratégie minuscule de défense, évidente mais géniale, un petit geste exact, et splendide.Dans les trains, pour échapper à ça, ils lisaient. Le baume parfait. L’exactitude fixe de l’écriture comme suture d’une terreur. L’oeil qi trouve dans les infimes virages dictés par les lignes une échappatoire nette à ce flux indistinct d’images que la fenêtre impose. On vendait dans
les gares des lampes exprès pour ça, des lampes de lecture. Elles se tenaient d’une main, elles dessinaient un cône intime de lumière à fixer sur la page ouverte. Il faut imaginer ça. Un train lancé dans une course furieuse sur deux lames de fer, et dans ce train un petit coin d’immobilité magique minutieusement découpé par le compas d’une petite flamme. La vitesse d train et la fixité du livre éclairé. L’éternellement changeante multiformité du monde tout autour, et le microcosme pétrifié d’un oeil qui lit. Comme un noyau de silence au coeur d’une détonation… »

Le train est l’ancêtre d’internet !

« La fenêtre du train est en réalité le premier écran de cinéma. Lorsqu’on regarde le paysage à travers la fenêtre d’un train, nous avons l’impression que le paysage défile. En réalité, le mouvement n’est pas dans le paysage mais dans le train, dans la machine. Au cinéma, en réalité, sur l’écran, il n’y a que des photogrammes immobiles qui se succèdent, l’un après l’autre, grâce au mouvement d’une machine : le projecteur !
Le train et le cinéma nous présentent un mouvement technique qui ressemble de très près – jusqu’à la confusion – au mouvement naturel. C’est cette caractéristique qui détermine la fascination que le train, comme le cinéma, provoque sur nous. Le mouvement n’est pas dans l’image, mais dans le projecteur. Le cinéma donne donc seulement l’illusion du mouvement. C’est de la volonté de pouvoir gérer le mouvement que le cinéma est né.
Internet de son côté, est un flux de données qui circulent d’un point à l’autre à travers des voies : les câbles qui constituent le réseau. Et le réseau qui constitue Internet ressemble finalement de près au réseau ferroviaire. Le mouvement se déploie sur des chemins préconstitués et il est donc facilement contrôlable. La deuxième analogie d’Internet avec le train et le cinéma vient du fait qu’il soit numérique. Le numérique se base sur le même principe que celui des 24 photogrammes par seconde
du cinéma. Le numérique est la représentation du réel à travers des nombres naturels en base deux : c’est-à-dire en une série de 0 et de 1. Le numérique nous donne l’impression du continu, il nous donne l’impression du mouvement réel, mais il est un mouvement technique produit et géré par une machine. Internet est donc un mouvement de données sur des voies, comme les chemins de fer, qui donne l’impression du continu, comme le cinéma, et géré par une machine et pour cela facile à contrôler. En ce sens, le train est l’ancêtre d’Internet. Les inventions du train, comme celle du cinéma et d’Internet relèvent de cette tendance qu’ont les hommes à échantillonner le mouvement du réel pour avoir plus de prise sur la réalité. »

François Truffaut dans « La nuit américaine » :

« Un film avance comme un train : comme un train dans la nuit » dit François Truffaut à Jean-Pierre Léaud dans « la Nuit américaine ». « Tu vois, c’est ça notre travail de réalisateurs! »

Mon poème :

Train

Voitures jaunes rouges à l’envers

coquelicots en genêts jaunes

car bleu et blanc

berline rouge,

se croisent et se dépassent.

Cyprès dans les jardins

les fils qui s’allongent,

identique toujours le poteau

devant mes yeux,

et encore,

ciel gris du souvenir

jardins

voitures jaunes rouges à l’envers.

Coquelicots en genêts jaunes

car bleu et blanc

berline rouge

se croisent et se dépassent.

Fabienne Issartel,1975

 

L'affiche du documentaire "chacun cherche son train" de Fabienne Issartel

L’affiche du documentaire « chacun cherche son train » de Fabienne Issartel

LES POINTS DE VUES DES PREMIERS SPECTATEURS

« Chacun cherche son train » synthétise de toute évidence la philosophie de la réalisatrice : la vie comme une promenade, une déambulation poétique enrichie par lectures et rencontres. Il dit que l’important du voyage n’est pas la destination, mais l’acte de se mettre en mouvement… Et pas n’importe comment : à pied ou en train, moyens propices aux rencontres et à la rêverie. Ce film est le manifeste d’un art de vivre en une déambulation littéraire et musicale. Il parle de ce goût des rencontres contingentes et de leurs richesses. » L.C

« Chacun cherche son train, c’est un film qui va à la vitesse des trains, à la fois un peu plus lent que la pensée, et un peu plus rapide que les actes (et parfois l’inverse). On ne cesse de voir le « paysage », même quand on écoute les paroles des acteurs. On passe d’un personnage à l’autre, on les perd, on les retrouve comme des passagers avec qui on se lie d’amitié. Les humains s’accordent comme les instruments d’un orchestre. Il y a une beauté douce, un lyrisme un peu cinglé, une énergie mélodique de poésie verlainienne. Ce n’est pas seulement un film qui épouse le lyrisme des trains, c’est un film qui nous montre que les trains eux-mêmes épousent le lyrisme des films. C’est un film sur un paradis perdu – qui est encore là. Le train est devenu la clé pour retrouver le rythme des vies : le train et les films de Fabienne Issartel. » P.T.

« Délibérément intello, mais c’est jamais désagréable de réfléchir gaiement, par les oreilles et par les yeux ! Éloge de la lenteur et de la dérive : la SNCF n’a qu’à bien se tenir, au train où vont les choses ! » A.B.

« Ce film a du SENS, à la fois dense et poétique. Il ne s’épuise pas après un premier visionnage. Les propos lumineux donnent une envie irrésistible de rencontrer (mieux connaître) tous ces voyageurs. Ton travail ne se « contente » pas de synthétiser quelques belles idées (ce serait déjà pas mal…), il produit une réflexion, donne à penser, à poursuivre le sujet. Le regard d’auteur, sensible, est très présent. Le charme s’instaure au fur et à mesure, il gagne en puissance, je ne sais comment l’expliquer, l’analyser, mais il est bien là. Le film est pour moi à la croisée exacte du documentaire et du poétique, là où je voudrais être… » P.D.

« Un bel objet, touchant, personnel, où les éléments de documentaire arrivent comme sans faire exprès, au cours de la conversation. On apprend des choses sans s’en rendre compte. C’est agréable ! Une caméra discrète et toujours amie, vers laquelle les gens sont à l’aise pour parler ou juste se taire, avec un petit sourire tout désarmé et un peu mélancolique, comme ce cheminot avec ses gravures, ou le fils de cheminot qui raconte son enfance dans la minuscule gare de province déserte, devant les guichets condamnés. Le train fait parler les gens, toutes ces histoires… C’est tout simple, mais tellement précieux… Et puis les lieux sont très beaux comme celui du Cirque électrique où Yves parle avec Lola : on dirait un décor de Wenders en soi cet endroit ! C’est plutôt un film sur le temps que sur le train finalement… Comme dit Benoît Duteurtre : on pensait qu’en pouvant faire les choses plus vite, on aurait plus de temps libre, mais non, on en fait juste toujours plus, et ça augmente notre course à la surproductivité. L’image est toujours bien léchée, parfaite ». A.I
Un film qui pose des questions philosophiques, économiques…… sur la vie, l’espace, le temps, le travail, les rencontres, le voyage : un film universel, musical, drôle…
La force ressentie aussi c’est le travail des hommes qui ont fait le train et le font encore aujourd’hui. Le train ne roule pas tout seul. Les relations sociales, entre les hommes qui font le chemin de fer sont très importantes. Mais il faudra bien, je l’espère, que les gens se posent la question de son devenir : c’est un moyen de transport écologique ! Or, aujourd’hui, les choix faits conduisent aux fermetures de ligne…
Peut-être qu’avec ce film les gens s’interrogeront aussi sur leurs relations avec les autres ? Parce qu’après tout, c’est comme dans un train, on est tous…. embarqué pour une destination connue… ou pas ! C’est bien exprimé dans le film. Des choses auxquelles on a réfléchi : pourquoi la vitesse, la rapidité… permettent ou non de prendre… son temps. Il y a le bruit, les sons. Il nous manque les odeurs… De très belles images, de belles couleurs, de beaux cadrages… un bel hommage aussi au cinéma, à la photo, aux arts. Un film du présent, d’hier et pour demain : qui pose la question du train, et de comment on veut vivre au présent, prendre son temps. E.M.

Les magnifiques conducteurs de la locomotive du "train des Mouettes" dans lequel une scène de "Chacun cherche son train" a été tournée

Les magnifiques conducteurs de la locomotive du « train des Mouettes » dans lequel une scène de « Chacun cherche son train » a été tournée

En plus d’être aboutie – malgré tous les événements qui auraient pu l’en empêcher, c’est une
oeuvre profonde, poétique, intelligente et esthétique, qui a su rassembler du beau monde, inspiré et captivant. Le train est un sujet en or, mais personne ne sombre dans la banalité.
La richesse du propos – vitesse – temps – ennui – progrès – nous conduit à de belles interrogations ( d’Illich à Virilio en passant par Fargue, Jarry, Baricco et même Gébé) et s’équilibre avec un choix savoureux de documents anciens. J’aime particulièrement certains partis-pris :
– la voix de la réalisatrice et son propos (l’écriture… inspirée… Ce « quelque part qui ne mène nulle part » nous conduit là où elle a choisi de nous emmener)
– les voix off, en particulier celle d’Hermine (belle à l’image et à entendre)
– la séquence de Pacôme tenant la partition de Jochen Gerner au trompettiste Médéric Collignon (superbe !)
– le cheminot qui parle de son métier avec amour et sans excès de nostalgie
– la ballade en « train longtemps » comme on dit à La Réunion (on lit l’émotion dans les yeux d’Hermine)
– le clin d’oeil au Western (encore Hermine et son foulard sur la bouche)
Les images sont belles et au service du propos. Excellent choix musical avec les cordes et le vent du violoncelle d’Ariane Issartel pour ressentir les vibrations de ce film. CHACUN CHERCHE SON TRAIN est un film qui nous fait avancer dans le besoin de ralentir ! A.B.

Une voix un peu magique et qui à elle seule est déjà invitation au voyage, celle de la réalisatrice…
Les trains, qu’ils soient à l’arrêt, en attente d’une prochaine course ou filant sous nos yeux… ont ce même pouvoir de nous emmener loin. Et l’on revit ici ces moments uniques, ceux de la solitude, quand le regard erre sur le paysage, abandonné à ses pensées. Ou un livre sur les genoux, de temps à autre on lève la tête pour voir ailleurs, un horizon plus vaste. Des trains qui invitent à la rencontre. Aller vers soi mais aussi vers l’autre. Connu, inconnu. Les conversations se prolongent. Sans cette vibration qui emporte, elles n’auraient pas vu le jour. On se surprend soi-même avant de surprendre l’autre. Les trains, invitation à suspendre le mouvement incessant de nos vies, tandis qu’eux s’animent et se hâtent à notre place. A.M.M.

Pascal Desmichel, géographe et fils de cheminot, dans "Chacun cherche son train"

Pascal Desmichel, géographe et fils de cheminot, dans « Chacun cherche son train »

Benoît Duteurtre, écrivain, dans "Chacun cherche son train"

Benoît Duteurtre, écrivain, dans « Chacun cherche son train »

UNE NOUVELLE PROJECTION DU FILM EN OCTOBRE !
Réservez votre billet de train pour Saint-Pierre des Corps !

Au mois d’octobre (le 11 octobre à 18 h 30) le film sera diffusé à Saint-Pierre des Corps, haut-lieu ferroviaire. Dominique Maugars, ancien cheminot de St Pierre des Corps, et que j’ai filmé dans « chacun cherche son train » sera bien sûr présent à mes côtés.

Dominique Maugars, ancien cheminot et cinéaste, à St Pierre des Corps, filmé pour le documentaire "Chacun cherche son train"

Dominique Maugars, ancien cheminot et cinéaste, à St Pierre des Corps, filmé pour le documentaire « Chacun cherche son train »

http://www.lanouvellerepublique.fr/Indre-et-Loire/Communes/Saint-Pierre-des-Corps/n/Contenus/Articles/2016/08/19/La-bibliotheque-est-deja-sur-les-rails-2813355

Voilà l’affiche de ce bel événement (du 16 septembre au 29 octobre) qui propose autour du titre « Des traits, des trains: le dessin ferroviaire », une exposition de dessins (Gébé, Dubreuil,Sochard), des rencontres et un film (« chacun cherche son train ») :

"des traits des trains" du 16 septembre au 29 octobre 2016 à St Pierre des Corps

« des traits des trains » du 16 septembre au 29 octobre 2016 à St Pierre des Corps

Pacôme Thiellement dans la salle du Cin'Hoche pour l'avant-première de "Chacun cherche son train" le 15 septembre 2016. Photo Arnaud Baumann. Tous droits réservés

Pacôme Thiellement dans la salle du Cin’Hoche pour l’avant-première de « Chacun cherche son train » le 15 septembre 2016. Photo Arnaud Baumann. Tous droits réservés

Dessin de Fred Sochard,  présent dans l'exposition "des traits-des trains" de St Pierre des Corps, octobre 2016 (photo Fabienne Issartel)

Dessin de Fred Sochard, présent dans l’exposition « des traits-des trains » de St Pierre des Corps, octobre 2016 (photo Fabienne Issartel)

Un épisode dessiné de "la petite halte" de GEBE, document de "la vie du rail" présent dans l'exposition "des traits-des trains" de St Pierre des Corps, octobre 2016 (photo Fabienne Issartel)

Un épisode dessiné de « la petite halte » de GEBE, document de « la vie du rail » présent dans l’exposition « des traits-des trains » de St Pierre des Corps, octobre 2016 (photo Fabienne Issartel)

Dans mon documentaire, Pacôme Thiellement évoque avec Hermine Karagheuz une scène au début du film « l’an 01 » (Jacques Doillon, Gébé, Alain Resnais et Jean Rouch)où le personnage déclare :

« et un jour ce train, et bien, je ne l’ai pas pris ! »

Pour revoir cette scène avec Gérard Depardieu :

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