Archives Mensuelles: décembre 2014

On a retrouvé Hippocampe !

Une petite information bien réjouissante pour cette fin d’année : mes deux héros – Laurent Charpentier et Eric Vibart – présents dans mon film « Moi Jean Lacombe marin et cinéastes » ont retrouvé le bateau que le navigateur Jean Lacombe avait dessiné pour sa toute première traversée en solitaire de l’Atlantique dans les années 50.

"À MOI L'ATLANTIQUE", éditions Robert Laffont, avril 1957 : l'extraordinaire récit de la toute première traversée de l'Atlantique en solitaire de Jean Lacombe sur Hippocampe, un bateau construit par lui-même !

« À MOI L’ATLANTIQUE », éditions Robert Laffont, avril 1957 : l’extraordinaire récit de la toute première traversée de l’Atlantique en solitaire de Jean Lacombe sur Hippocampe, un bateau construit par lui-même !

Voici l’article qui paraîtra ces jours-ci dans Voiles & Voiliers, et où il est fait mention du film documentaire que j’ai consacré à cet intrépide navigateur solitaire.

Cliquez ici pour lire l’article en PDF :
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LE TEXTE DE L’ARTICLE

On a retrouvé Hippocampe !

En 1955, Jean Lacombe traversa l’Atlantique à bord d’un bateau de sa conception de 5,50 m : Hippocampe. Ce voilier libertaire illustrait la vitalité d’un héros modeste, plus tard engagé dans les transats en solitaire de 1960 et 1964 avec, entre autres, un célèbre Golif de 6,50 m. Hippocampe restait quant à lui présumé disparu. Nous l’avons retrouvé aux Eats-Unis. Avec bonheur.
Texte Eric Vibart photos Laurent Charpentier

Fin novembre dans un coin perdu de Caroline du Nord. Deux coups frappés à la porte d’une humble maison en bois déclenchent une déferlante d’aboiements. Agitation confuse, des objets cascadent sur le sol. Roy Mascari, un reste de cheveux longs en bataille, T-shirt verdâtre, bas de jogging tirebouchonné, surgit comme un diable à ressort. A peine présentés, nous voilà saisis par une accolade sans ménagement. Pieds nus dans l’herbe, abordant tous les sujets à la fois, Roy nous entraîne dans une danse de sioux – quand bien même sommes-nous en territoire Cherokee – autour d’une coque devenue sculpture moderne. Le Jack Russel s’époumone toujours : « Stop it, Roses ! Stop ! »
Roy, 70 ans, revenu de son travail de nuit peu avant notre arrivée se révèle tout aussi impossible à interrompre. Un débit si rapide que des phrases entières nous échappent. Puis, après une bonne demi-heure, l’homme se fige : « Hé les gars, ça caille ! Attendez-là, je vais passer un pull ! » Partagés entre fou-rire et sidération, Laurent et moi disposons enfin d’un moment pour contempler Hippocampe en silence, effleurer sa coque, sonder ses plaies. Il n’est guère paré pour un concours d’élégance « notre » Hippocampe, mais il est enfin là. L’étrave béante, vidée de son bois pourri, laisse chaque bord déchiré à distance l’un de l’autre. N’en subsiste pour l’instant que deux ailes stylisées élancées dans le bleu très pur du ciel, impression accentuée par la hauteur exceptionnelle de la coque dont le tirant d’eau atteint 1,20 m pour seulement 4,70 m à la flottaison.
« She’s one of a kind ! » lance Roy qui nous a rejoint, réchauffé par un gros pull bleu, de solides chaussures, et qui paraît davantage dominer son enthousiasme. Certes, il n’y en eut pas deux comme Hippocampe, bateau juvénile, fondateur, cotre norvégien miniature qui reste l’un des plus petits voiliers à avoir traversé l’Atlantique. La suite nous confirmera ce que nous pressentions : Hippocampe et Roy sont faits pour s’entendre.
Tout a débuté à Paris, au Salon nautique 1996. Guy Lacombe, frère de Jean, vint sur notre stand annoncer la disparition du navigateur oublié. Quelques semaines plus tard, ma première rencontre avec Guy et son épouse Gisèle, couple chaleureux s’il en fut, marquait le début d’une belle complicité. Dès lors, commença de se dérouler l’enfance des trois frères Lacombe, les événements familiaux, la vie méconnue de Jean aux Etats-Unis dont la traversée à bord d’Hippocampe avait constitué le voyage d’immigration. Un tout premier voyage épique mené sans le sou entre Toulon et New York, avec escales et échouages entre Barcelone, Mazagan, les Canaries où le bateau jeté à la côte traversa même un isthme par voie de terre, halé sur des rondins à la force des bras de tout un village. Quand au comportement d’Hippocampe, le seul récit publié du vivant de Jean « A moi l’Atlantique » ne laisse guère de doute. Le cotre lilliputien est inconfortable au possible. Gîtard, il progresse liston dans l’eau, mouille, tape dans la vague, se trimballe « à la vitesse d’un enfant qui joue à la marelle », mais avance malgré tout. Jean étant décédé en Martinique, Guy en avait rapporté souvenirs et documents : correspondances, manuscrits inédits, photos, livres. « Et puis çà aussi ! » m’annonça-t-il, ouvrant un carton plein de bobines de films de trois minutes. Une vingtaine, emportées « pour voir » furent visionnées précautionneusement, en tournant la manivelle d’un vieux projecteur d’enfant.
Au fil des rendez-vous, Guy me remit davantage de documents, de papiers, mais surtout des bobines de films de grand diamètre en boîte d’acier marquées par le temps. Cela commençait à faire beaucoup pour un ignare en cinéma connu pour être le plus mauvais photographe de la revue. Heureusement, l’ami Laurent Charpentier était là ! Lacombe devint notre sujet et il nous aura fallu de longs mois pour visionner près de sept heures de rushes, découvrir et inventorier des séquences historiques, enthousiasmantes par leur qualité et l’esprit de leurs prises de vues.
« Would you like to climb in ? » demande Roy approchant une échelle de l’arrière du bateau. « Mind your steps ! » L’emplacement du cockpit parait minuscule, peut-être un mètre de long, une quarantaine de centimètres au plus étroit. La profondeur est en revanche impressionnante. Prenant garde à ses appuis, on se glisse après quelques contorsions dans une coquille sombre à forte odeur d’écorce après l’averse, descente dans le cœur arrêté d’une aventure modeste et inouïe. Même si les emménagements ont été modifiés depuis la mise à l’eau du bateau en décembre 1953, l’ensemble reste protecteur. Je songe à qu’en a dit Jean avec sa bonhommie sans réplique : « J’entends le vent qui siffle dans les haubans et la mer bouillonner sur la coque. M’en fous, c’est dehors ; moi, je suis dedans. » Roy passe une tête par la descente et me bombarde de questions : où était le réchaud ? Ce meuble existait-il ? Et ces équipets ? Cette cloison ? « C’est, dit-il, que je tiens à une restauration la plus authentique possible ! »
Aboutissement des entretiens avec Guy et Gisèle Lacombe, de la recherche de témoins et de l’étude des archives, l’article consacré à Jean ne parut qu’en avril 2001 (voir VV n° 362). En 2007, Laurent est moi réalisions un petit documentaire pour un DVD Voiles et Voiliers utilisant des passages du seul film monté par Jean pour illustrer ses conférences (à voir sur voilesetvoiliers.com et YouTube). Puis, pendant des années, le projet d’un documentaire professionnel de 52 minutes nous préoccupa. Sans résultats tangibles. Au moment on nous apprêtions à tout abandonner, notre amie la réalisatrice Fabienne Issartel reprit le dossier et, en quelques mois, décrochait producteur et financement minimum. Pour Laurent et moi il n’y avait plus à balancer. Lacombe ayant passé trente ans de sa vie à New York, il nous fallait nous rendre aux Etats-Unis interviewer les derniers amis de Jean et son ex-compagne pour compléter le sujet. Faute de budget, nous irions à nos frais avec une caméra prêtée.
Depuis l’origine, une question persistait : où étaient passés les voiliers de Jean ? Pour faire court, tous ses bateaux sont documentés, qu’il s’agisse d’unités de série ou d’éléments retrouvés dans ses archives. Seul échappe le juvénile et fondateur Hippocampe, minuscule cotre norvégien imaginé par Lacombe, artisan maroquinier en mal d’évasion. Avec un soin infini et un désarmant bon sens, Jean avait dessiné des lignes et construit au dixième un modèle naviguant de son transatlantique de 5,50 m, objet que j’avais examiné et photographié chez Guy et Gisèle. Construit en lattes d’acajou de 24 mm collées sur champ par le chantier Croizer de Sartrouville, procédé avant-coureur du strip-planking, Hippocampe était un char d’assaut. Jean en avait calculé le lest comme nul autre: « Il m’a suffit de remplir la baignoire, d’y faire flotter mon modèle en le lestant jusqu’à ce que l’eau atteigne la ligne de flottaison. D’après le principe d’Archimède, il me suffisait de peser l’ensemble pour obtenir le déplacement. Celui-ci était de deux kilos. Il fallait donc que le vrai bateau pèse, tout armé pour la traversée, deux mille kilos […] Pour calculer le lest j’en avais fait une forme en bois, l’avais moulé dans du plâtre puis coulée en plomb. En appliquant le rapport de densité du plomb à la fonte et en multipliant par mille, j’obtins 875 kilos. » Corrigeant ce calcul hasardeux, Jean rajoutera quelques mois plus tard 280 kilos de lest intérieur en ferraille et ciment.
« Look ! » interpelle Roy, brandissant une billette de fonte de 25 cm de long sur 4 à 5 centimètres de section, j’en ai retiré un paquet comme çà ! » Des restes de ciment s’émiettent en frottant la pièce. Mais ce ne fut pas le plus gros travail de Roy qui a passé les dernières semaines à arracher le doublage verre-polyester stratifié sur la coque à une époque indéterminée. « C’était dur ?
– Tu parles ! Autant dépouiller un alligator ! »
En dessous, des mauvaises surprises se sont révélées : étrave pourrie, fonds rongés par endroits, lattes à changer… Les infiltrations par le pont et le manque d’entretien n’ont rien pardonné.
Mais lors de la réalisation du documentaire, le sort d’Hippocampe demeurait inconnu. Peu avant notre départ aux Etats-Unis, pour tenter d’en avoir le cœur net, j’adressais près de 300 emails aux marinas et clubs nautiques de la côte Est, autour de New York, à Long Island, dans le Connecticut et le New Jersey, supposant que le bateau, s’il avait survécu, aurait pu rester dans sa zone géographique d’origine. Peu de réponses, aucune positive. Mais mon message parvint à Bridget Walter, rédactrice en chef d’une revue internet de Long Island « Li Sail » qui me proposa d’écrire un article en anglais, m’assurant que ses lecteurs adoreraient se lancer dans une chasse au trésor. Je bouclais en hâte une traduction anglaise de l’article de Voiles de 2001, papier rapidement mis en ligne et suivit d’une grande page de Bridget exhortant ses lecteurs à partager toute information utile. Mais aucun retour, silence absolu.
Fabienne Issartel réalisa un 52 minutes intitulé « Moi, Jean Lacombe, marin et cinéaste ». Diffusé de multiples fois sur France 3, il obtint le prix Mémoire de la Mer 2014 dans la catégorie film documentaire. Mais toujours rien sur Hippocampe jusqu’à une nuit du printemps dernier où l’insomnie m’avait conduit vers mon ordinateur. A 4 heures du matin arriva un email qui aurait filé directement à la poubelle s’il n’avait été intitulé « Hippocampe ». Message obscur. Dans un anglais nébuleux (je devais apprendre plus tard que Roy utilisait une tablette peu pratique), un certain Roy Mascari me laissait entendre qu’il avait retrouvé Hippocampe et tentait de l’acquérir. Mascari, Mascarille, mascarade, mon premier sentiment fut de soupçonner un canular. Je répondais néanmoins, demandant photos et détails. Quelques jours plus tard arriva une réponse tout aussi confuse et sans images. Un plaisantin ou quelqu’un s’étant trompé de bateau ? Bridget, sur le répondeur de qui Roy avait déposé un message, partageait mes doutes. Quelques emails plus tard, il devenait évident que mon correspondant ne tenait pas à me donner trop de précisions tant que le bateau ne serait pas à lui. Enfin arrivèrent trois photos de détails en plans très serrés. L’une d’elle révélant le rouf caractéristique du bateau leva en grande partie le doute pour Laurent et moi : il s’agissait très probablement d’Hippocampe.
Il fallut des semaines pour que Roy nous adresse enfin des images complètes du bateau et même des vues sous voiles prises lors d’une sortie menée à bord de cette semi-épave qu’il avait découverte trois ans plus tôt lors de ses propres pérégrinations à bord de Blakie, sa vieille baleinière convertie en voilier. Abandonné sur un ponton de Little Snug Harbor Marina, à Deltaville, Virginie, il avait découvert Hippocampe capot de descente ouvert, pont verdâtre et coque pleine d’eau. « Un scandale ! s’exclame Roy, mais en le visitant, j’ai compris tout de suite qu’il n’avait rien de commun. Il s’en dégageait une impression de solidité et de qualités marines, même s’il doit être très gîtard. J’en suis tombé amoureux. Il me le fallait absolument mais le type qui le possédait refusait le contact. »
Le nom en lettres de laiton miraculeusement restées sur le capot coulissant, Roy fit une recherche et, bien que ne parlant pas un mot de français, découvrit le livre de Jean Lacombe « A moi l’Atlantique » puis l’article de « Li Sail » qui lui donnèrent l’essentiel des informations manquantes. Sans beaucoup de moyens financiers – ce qui le rapproche de Lacombe – et doué d’un sens inné de la récupération et de la débrouillardise qui confine au mimétisme, Roy finit par acquérir Hippocampe pour les 500 dollars que son propriétaire devait à la marina. Il acquit une remorque déglinguée, la répara et, en août dernier, perdant une roue en route et réparant de nouveau, finit par parcourir 400 miles sous une pluie battante pour rapporter le bateau chez lui. Touchant une maigre retraite, Roy travaille chaque nuit de 3 à 7 heures du matin à décharger des camions chez Federal Express pour acquérir un peu de « play money » dont une fraction sert à restaurer Hippocampe. « Et puis ça maintient en forme ! » s’exclame Roy gonflant ses biceps comme un lutteur de foire.
Chapeau l’artiste ! Hippocampe qui demande une restauration en profondeur a trouvé un bonhomme digne de lui, une sorte de Lacombe, d’ailleurs à peine plus grand que lui, partagé entre ingénuité et sensibilité, ingéniosité et détermination. L’aide tonique qu’il nous apporta pour effectuer le relevé de la coque ne fut qu’une succession d’habiletés judicieuses. Roy, dont Hippocampe est le sept ou huitième bateau n’a rien d’un plaisantin. Grâce à lui, à Bridget, à beaucoup d’autres et à une longue chaîne de rencontres, le sort d’Hippocampe, cotre hauturier lilliputien, est élucidé.
Nous savons tous que les voiliers sont des objets « chargés », ethniques, magico-religieux. Comme Joshua ou les répliques du Spray, comme Damien ou l’épave d’Anahita, comme chaque fois que des êtres humains ont mis leur âme dans un bateau, œuvre d’art par principe, quand bien même approximative, déroutante ou naïve. Avec Hippocampe et Roy Mascari, l’esprit de Jean Lacombe continue de souffler et c’est bien là l’essentiel.
Eric Vibart.

Hippocampe, 1953. (Dessin Fch dans le serveur)
Architecte : Jean Lacombe
Constructeur : Chantier Croizer, Sartrouville. Construction sur gabarits en lattes d’acajou 20 x 29 collées et clouées sur chants et rivetées sur membrures frênes. Deux virures de fond sur chaque bord, préceintes et pavois en bordés classiques. Charpente axiale, lisses et bauquières en chêne. Pont contreplaqué de 10 mm. Cockpit fait d’une cuve de zinc autovideuse.
Maître-voilier et plan de voilure définitif : Jacques Grivot, Champigny-sur-Marne.

Caractéristiques :
Long., 5,50 m ; long. flottaison, 4,70 m ; largeur, 1,94 m ; largeur flottaison,1,60 m ; franc-bord AV, 0,85 m ; franc bord AR, 0,60 m ; tirant d’eau, 1,20 m ; voilure au près 25 m2 ; déplacement, 2,3 tonnes à vide ; lest, 875 kilos externe, 280 kilos interne.

Remise du prix du film "Mémoires de la mer" 2014, décerné par La Corderie Royale de Rochefort, à Fabienne Issartel.

Remise du prix du film « Mémoires de la mer » 2014, décerné par La Corderie Royale de Rochefort, à Fabienne Issartel.

Le site du yacht club classique en parle :

http://yachtclubclassique.com/2014/12/on-a-retrouve-hippocampe/

Et tout le monde est content et ému !

C’est formidable de voir Hippocampe, ce petit bateau, mythique pour beaucoup, reprendre vie.
En tout cas je souhaite de grandes joies a son nouveau capitaine, et des remerciements à tous ceux qui ont permis cette renaissance.
Claude Sorin

Bonjour de New York,
Quelle aventure! Encore une espieglerie de Jean Lacombe. Cette retrouvaille est bien dans l’esprit de Jean. Il aimait la difficulte. Il en etait l’auteur parfois.Quelle bonne et heureuse nouvelle. Et bravo a Eric Vibart et Laurent Charpentier pour leur poursuite fidele et romantique du bateau fantome.
Pierre gazarian

Bonne nouvelle que d’avoir retrouvé ce bateau !
Le Maître de port principal de La Rochelle, Patrice BERNIER.

Merci de m’avoir envoyé cette information importante et émouvante. En allant sur le chemin de mes chantiers, j’avais vu l’HYPPOCAMPE être mis à l’eau : Il avait été construit par CROIZER, un ancien du chantier JOUËT!
Jean-Pierre Jouët

Merci. Cette nouvelle est assez émouvante quand on a bien connu Jean.Vous connaissez certainement l’existence de son livre « A MOI L’ATLANTIQUE » qui raconte cette première traversée et dont il m’avait donné un exemplaire.
Eric Giblain

Vous aussi, vous pouvez laisser vos commentaires.
Belles fêtes à vous tous !

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FRANCIS VADILLO EST PARTI : « tout ce que l’arbre a dit dans son médaillon marque notre blessure » CE 17 JANVIER, SON FILM UNDERGRONDE A ETE PROJETÉ À PARIS DANS SA VERSION LONGUE SOUS-TITRÉE !

Francis Vadillo pour la présentation de son film "UnderGronde" au Festival International de Bande Dessinée d'Antouleme le 31 janvier 2014. Photo Arnaud Baumann.

Francis Vadillo pour la présentation de son film « UnderGronde » au Festival International de Bande Dessinée d’Antouleme le 31 janvier 2014. Photo Arnaud Baumann.

Francis Vadillo, mon bel et tendre ami, mon collègue aussi, n’est plus.
C’était un grand documentariste. Pour ses deux derniers films, il avait été demandé dans toute l’Europe pour des projections : une vie à sa mesure, celle d’un rocker en tournée…
Rocker, il l’était dans sa chair,totalement, esthète des références les plus confidentielles et aussi magnifique danseur tout à coup, sachant donner son corps à la vie.

Nous partagions ensemble cet adage :
« Quand la vie n’est plus désespérément gaie, elle est heureusement triste. »

SAMEDI 17 JANVIER QUELQUES 80 PERSONNES SE SONT RENDUS À LA PROJECTION DE LA VERSION LONGUE DE SON DERNIER FILM UBDERGRONDE (SOUS-TITRÉE EN ANGLAIS) DANS LE CADRE DE LA PROGRAMMATION DE LA DEUXIÈME ÉDITION DE LA FÊTE DU GRAPHISME.

A ECOUTER D’URGENCE. C’EST FRANCIS QUI PARLE D’UNDERGRONDE SUR DIVERGENCE FM !
Eric Arnaud que je ne connais pas a envoyé ce lien sur le site facebook Adios Amigo Francis Vadillo. On peut y entendre la voix de Francisco parlant de son dernier film UnderGronde et retrouver son bel esprit.

Cliquez sur ce lien :

Il faut aussi aller voir l’ambitieuse exposition Underground à la Cité Nationale des Arts jusqu’au 8 février. Francis aurait été fou de joie de ce beau travail !

Articles « fête du graphisme » :

http://www.telerama.fr/scenes/la-liberte-d-expression-est-a-l-expo-underground,121721.php

http://www.fetedugraphisme.org/evenement/underground-revues-alternatives-une-selection-mondiale-de-1960-a-aujourdhui/

http://next.liberation.fr/arts/2015/01/15/fete-du-graphisme-paris-se-mobilise_1181555

UNDERGRONDE DE FRANCIS VADILLO SAMEDI  17 JANVIER PROJETE À PARIS DANS SA VERSION LONGUE

UNDERGRONDE DE FRANCIS VADILLO SAMEDI 17 JANVIER PROJETE À PARIS DANS SA VERSION LONGUE

Le calendrier des manifestations :
http://www.fetedugraphisme.org/calendrier/

Un hommage à Francis dans le Magazine LM qui vient de paraître. C’est page 77. Le lien :
http://fr.calameo.com/read/00270841148cafe48d50f

Nous nous étions connus en travaillant pour un magazine culturel de France 3 : « j’ai pas sommeil ».
Il n’avait jamais sommeil d’ailleurs. On pouvait l’appeler à toute heure au milieu de la nuit, et il prétendait toujours ne pas avoir été réveillé… C’était tout lui : cette exquise délicatesse.
Il était beau. Il était beau parce qu’il n’avait pas peur d’être lui-même, toujours concentré pour trouver le mot juste qui ne le trahirait pas.C’était ça son éclat. Cette volonté de se respecter totalement. Ainsi, des amis il en avait, et dont le coeur saigne aujourd’hui.
Difficile de réaliser que nous n’aurons plus son aquiescement amusé à nos étranges fantaisies !
Il habitait Montpellier, mais aussi le pays basque où était sa famille, et aussi Sète avec son amoureuse. Sète : sans doute une de ses villes préférées au monde.
Souvent nous avons écouté la « Supplique » ensemble (ci-dessous) :

Supplique pour être enterré à la plage de Sète – Georges Brassens – YouTube

« Les morts cachés sont bien dans cette terre
Qui les réchauffe et sèche leur mystère.
Midi là-haut, Midi sans mouvement
En soi se pense et convient à soi-même
Tête complète et parfait diadème,
Je suis en toi le secret changement. »

Paul Valéry, le Cimetière marin

Francis Vadillo et Pacôme Thiellement pour la projection  à Paris de son film "Matt Konture, l'éthique du souterrain". Photo Arnaud Baumann.

Francis Vadillo et Pacôme Thiellement pour la projection à Paris de son film « Matt Konture, l’éthique du souterrain ». Photo Arnaud Baumann.

Son dernier film « UnderGronde » est un voyage initiatique à travers l’Europe du fanzinat, du graphzine et de la micro-édition, un documentaire en totale immersion dans les lieux de l’underground actuel, produit par Pages & Images et France 3 Poitou-Charentes
Après avoir été un activiste du rock (organisation de concerts, émissions de radio…), Francis participe à des fanzines, au mouvement des radios pirates (avant la légalisation) et à plein d’autres trucs, curieux des arts plastiques et fervent amoureux de la poésie.
Son avant-dernier documentaire « Mattt Konture, l’éthique du souterrain » est une splendeur.

Pour visionner « UnderGronde », cliquez sur ce lien :

Un interview de Francis à propos de son film « l’éthique du souterrain »:

http://montpellierblog.wordpress.com/2012/01/02/francis-vadillo/

Francis Vadillo

Francis Vadillo

DERNIER ADIEU À MONTPELLIER
Vendredi à 11h30 nous avions rendez-vous au complexe funéraire de Grammont pour une cérémonie d’une heure.Puis nous nous sommes tous retrouvés à Figuerolles pour un moment de grâce plein de chaleur et d’énergie.

Le flyer pour Francis Vadillo, le 5 décembre 2014

Le flyer pour Francis Vadillo, le 5 décembre 2014

Les cendres de Francis ont été inhumées à Tarnos dans son Pays Basque, dans le caveau familial mercredi 10 décembre à 11h30.

Les articles pour Francis dans la presse de montpellier :

http://www.lagazettedemontpellier.fr/actu-28165/obseques-du-realisateur-francis-vadillo-ce-vendredi-5-decembre

Francis vadillo alias Shock Corridor a tiré sa révérence. Article dans le midi libre.

Francis vadillo alias Shock Corridor a tiré sa révérence. Article dans le midi libre.

MORT
« Ce qui fait peur dans la mort, ce n’est pas la mort, mais l’idée que même mort, on garde la conscience. Conscience unique dont l’exercice se résume à réaliser éternellement qu’on est bien mort. C’est ça l’enfer ! Conserver cette conscience à l’infini. Il faut aider nos morts à perdre conscience. » (Fabienne Issartel)

The Cramps – Tear it Up – Urgh! A Music War

Francis Vadillo en 1991. Image issue d'un film réalisé par Joël Jacobi.

Francis Vadillo en 1991. Image issue d’un film réalisé par Joël Jacobi.

Raoul Vaneigem – La Vie S ecoule, La Vie S enfuit – avec sous-titres – subtitles

Et encore un petit poême pour toi Francisco :

Le bruit et l’eau
viennent inonder le couloir
rouge et bleu

Je ne peux cesser de prendre
ce chemin
pierres et cristal
crissent
dans l’attente

Tout ce que l’arbre
a dit
dans son médaillon
Marque notre blessure

(pour Francis – F. Issartel)

Racines dans ma cuisine 1. Pour Francis Vadillo - photo F. Issartel

Racines dans ma cuisine 1. Pour Francis Vadillo – photo F. Issartel

Racines dans ma cuisine 2. Pour Francisco - photo F. Issartel

Racines dans ma cuisine 2. Pour Francisco – photo F. Issartel

Et encore – j’allais oublier -, il était le roi de la piperade, pas mauvais du tout à la pétanque, l’ami de Pascal Comelade, et surement un très bon amant…
Que de facettes pour un seul homme !

Le « Tango Rossello » de Comelade

Toutes mes pensées à sa famille : sa mère qui a vécu « Guernica » à Guernica, et ses deux soeurs.

Francis Vadillo en août 2009 au café de la plage à Ondres, pays basque.

Francis Vadillo en août 2009 au café de la plage à Ondres, pays basque.

PACÔME THIELLEMENT PARLE DE FRANCIS VADILLO, DE NOTRE AMITIE INDEFECTIBLE. TEXTE LU LORS DE L’HOMMAGE QUI A ETE RENDU À MONTPELLIER POUR SES OBSEQUES.

Francis Vadillo et moi, nous ne nous sommes pas vus si souvent. Mais à chaque fois que nous nous sommes vus, nous étions des amis évidents, perdus et retrouvés. Lui avec son perfecto de rocker, moi avec ma barbe de pope, nous étions deux personnes très différentes qui avions toujours vécu au milieu de choses analogues et qui parlions le même langage. Qu’il me parle de son amour du « Mont tout-est-lié » ou de Nietzsche, des albums des Beasts of Bourbon, du cinéma de Fassbinder ou de l’histoire de l’anarchie, Francis était une force d’intelligence et de sensibilité, de pudeur et d’intégrité rare. C’était un type digne et droit, avec une voix douce mais une pensée claire, qui savait penser par lui-même et faire de ses pensées des actes. Ces actes étaient devenus des films, et quels films : L’éthique du souterrain, Undergronde… Un cinéma qui épousait l’histoire d’une des plus belles poussées artistiques de notre continent : le comix, le fanzinat, l’auto-édition, l’artisanat, l’amour du dessin, du trait, de l’art, bref : la grande aventure héroïque de notre temps. Un cinéma qui réussissait à être à la fois sobre et percutant, clair et intense, plein d’ombres, de lumières, de sons et de vie.
Grâce à Francis, avec Francis, j’ai retrouvé Mattt Konture que je n’avais pas revu depuis des dizaines d’année. C’était au festival Sismic en Suisse, dans un coin de forêt à l’écart des expositions, sous les arbres et sans ma barbe – on était filmé par Francis tous les deux. C’étaient de vraies retrouvailles malgré la caméra, et on se racontait des vieux souvenirs de grande jeunesse – on évoquait le Paris des années 80 et Galopu, alors qu’il y avait Julie Doucet juste à côté de nous, mais pas dans l’image, hors champ, en observatrice… Le soir même, Jean-Christophe Menu faisait le DJ et je voyais Francis danser comme un beau diable sur Pet Cemetary – sur la terre battue du Sierre alternatif, avec une électricité extraordinaire, et ces mouvements de danse qui ne s’improvisent pas mais se retrouvent dans la transe. Soudain, Francis était le cinquième Ramone.
Grâce à Francis, avec et sans Francis, j’ai rencontré une de mes meilleures amies : Fabienne Issartel. On pourrait presque dire que nos âmes se sont retrouvées grâce à lui. Il a préparé, organisé notre amitié, nous a mutuellement donné rendez-vous à distance. Il nous a dit : rencontrez-vous, et, un Samedi après-midi, on l’a fait. On a dû se descendre une bouteille et demi de vin blanc en parlant de tout et de n’importe quoi et en riant énormément. Depuis, on ne s’est pas beaucoup quitté. Quand Francis venait à Paris, on se voyait au moins tous les trois – dans des soirées de longue dérive qui pouvait partir des Oiseaux à Pigalle, passer par le Gin Go Gae rue Lamartine, la rue Richer, la place de la Bourse, Réaumur-Sébastopol ou la place de la République, la place des Vosges où on ne peut pas s’empêcher d’y tourner comme autour d’une Mecque, pour finir place du Bourg-Tibourg… De quoi on parlait tous les trois ? De tout, un peu. Des confidences, des évidences, des paradoxes ponctués d’éclats de rire.
« Nous avons notre ami en nous désormais, a dit Jean-Christophe Menu quand Francis est parti : et comme il fut parmi les vrais et parmi les purs, nous n’allons pas le décevoir. Il y a maintenant un peu plus d’anarchisme en nous, un peu plus d’Espagne, un peu plus de punk, un peu plus de
révolution ! »
Oui, mais quand même, je veux nous imaginer encore une fois dans une dérive à Paris, tous les trois avec Fabienne, les alcools nous éclairent mais ne nous enivrent pas, la marche nous réchauffe mais nous ne épuise pas, nous tournons autour d’une place qui se met à tourner sur elle-même, la lune se rapproche et s’éloigne alternativement, et il n’y a pas de fin.

Pacôme Thiellement

Des petits dessins évidemment tout près du cercueil de Francis

Des petits dessins évidemment tout près du cercueil de Francis

Le message de sa famillille reçu après la cérémonie de Tarnos :

« Les soeurs de FRANCIS, et ses beaux-frères, ont été extrêmement touchés par les hommages chaleureux et élogieux que vous tous, ses amis, collaboratrices, collaborateurs, et partenaires professionnels, lui avez rendu à Montpellier, vendredi 5 décembre, et vous remercient beaucoup pour tous ces témoignages; aujourd’hui, FRANCIS a été inhumé dans le caveau familial de sa ville natale, Tarnos, accompagné des textes très émouvants de Marie-Christine et de sa petite nièce Inès, mais aussi de la musique de son ami Pascal Comelade, lui rendant ainsi un dernier hommage, entouré de sa famille et d’amis d’enfance et d’adolescence.
Grâce à vous tous, l’immense peine qui nous assaille a été adoucie par tous les signes de profonde affection adressés à FRANCIS, et que ses amis proches, en nous entourant, ont su nous transmettre. Vraiment, merci.
Maryse, Violette, Jacky, Michel »

Le dessinateur Matt Konture rend hommage à son ami Francis  avec l'inspiration souterraine de sa guitare

Pendant la soirée dédiée à Francis à l’Atelier Nord de Figuerolles,le dessinateur Matt Konture rend hommage à son ami Francis avec les flots souterrains des larmes de sa guitare

EMOUVANT MOMENT SAMEDI 17 JANVIER À LA PROJECTION DE LA VERSION LONGUE DE SON FILM UNDERGRONDE AU MUSÉE DES ARTS DECORATIFS À 17 h

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