ALERTE ROUGE : aujourd’hui 7 juillet, tout le monde se promène !

Le métro Barbès Rochechouard à Paris non loin de la porte de la Chapelle,
vu par Plantu, 2017, pour l’association « Cartooning for Peace », tous droits réservés

Depuis ce matin 6 h, 2771 migrants de la Porte de la Chapelle à Paris sont mis à l’abri pour l’été dans des gymnases d’Île de France encadrés par une foule de CRS. On les entasse à la queue leu leu dans 60 bus aux destinations inconnues, pendant que des pelleteuses détruisent les traces de leurs oripeaux… Au même moment, d’autres migrants, des vacanciers, envahissent les routes et les trains pour rejoindre leurs lieux de villégiatures à la mer ou la montagne. Eux-aussi sont partis tôt. À Hambourg, il est dix heures et les dirigeants du monde entier viennent d’arriver en avion pour participer au G 20. Ils vont parler du climat, du terrorisme, du libre échange et de la sécurité. Un séjour de deux jours à huis clos sous haute surveillance. Dans les rues de la ville allemande, depuis l’aurore, des manifestants anti capitalistes marchent aussi. « Nous voulons leur faire savoir que nous sommes le peuple » disent ces individus dits «violents» qui vont essayer de s’infiltrer dans la zone dite «rouge» de l’assemblée des plus riches chefs d’états de la planète. Une trentaine d’actions sont prévues par ces militants déterminés venus du monde entier.
Quelle drôle de journée. Quel monde fou, n’est-ce pas ?

Et que retiendra l’histoire de cette journée ? Sans doute celle de deux premières rencontres : celle de Donald Trump et de Vladinir Poutine, et celle d’Emmanuel Macron et du président chinois Xi Jinping. Les images de ces deux poignées de mains feront alors le tour de la planète à la vitesse de la lumière…
Pendant ce temps-là, d’autres CRS (comprendre Collectif Roya Solidaire) de la vallée de la Roya continuent leur travail de fourmis, prennent des trains, chez eux, entre la gare de Garavan et de Vintimille à la frontière italienne, pour témoigner des agissements «hors la loi» des polices des frontières vis à vis de migrants mineurs.
Voir leur vidéo édifiante ici :

http://www.europe1.fr/societe/video-une-association-francaise-denonce-le-renvoi-expeditif-de-migrants-vers-litalie-3381857

Aujourd’hui, c’est aussi la 7ème étape du Tour de France, 213 kms entre Troyes et Nuits-Saint-Georges pour ce peloton qui traversera sous la canicule les plus beaux vignobles de France…
Oui, aujourd’hui 7 juillet, tout le monde se promène.
Alerte rouge !

Fabienne Issartel, réalisatrice, 7 juillet 2017

QUELQUES MOTS SUR MON PROCHAIN DOCUMENTAIRE

Après « Chacun cherche son train », je prépare un nouveau documentaire qui s’appellera

« (DELITS) DE SOLIDARITE »

Des médecins viennent en aide aux boat-people vietnamiens qui viennent d’être recueillis sur le Rose Schiaffino en 1987, photo Laurent Charpentier

Cliquez :

couverture dossier de DELITS DE SOLIDARITE – copie

Voilà ci-dessus la couverture du dossier de mon prochain documentaire qui interroge l’idée de solidarité vis à vis des migrants des années 70 à nos jours, solidarité qui est devenue aujourd’hui souvent un délit. Le travail militant des citoyens du Collectif Roya Solidaire dont je parle plus haut, sera l’objet d’une séquence de ce documentaire. Seule une réponse politique planétaire sans déni pourra répondre aux violences du monde et aux réalités climatiques, qui poussent des milliers de gens en détresse à quitter leurs maisons vers un destin incertain : des flux humains qu’on ne pourra pas indéfiniment contenir derrière les murs qui s’élèvent partout.
Dans les années 70 et 80, les boat-people asiatiques ont pourtant été accueillis à bras ouverts chez nous et se sont bien intégrés. Que s’est-il passé depuis ? Que vaut la vie humaine ? Celle d’un enfant français vaut-elle celle d’un enfant syrien ou érythréen ?
Que dévoile cette situation sur l’état de nos démocraties occidentales ?

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Mon documentaire « CHACUN CHERCHE SON TRAIN » A ETE REDIFFUSÉ ce 30 JUIN sur les chaînes de France 3 Nouvelle Aquitaine, la veille de l’inauguration de l’InOui !

Ce 1er juillet 2017 a été inaugurée la toute nouvelle ligne à grande vitesse Sud Europe Atlantique Paris Bordeaux. Notre nouveau président n’était pas à bord finalement (mais aux obsèques d’Helmut Kohl à Strasbourg), mais Nicolas Hulot et Elisabeth Borne ont fait le voyage. Le train est arrivé avec 2 minutes 35 » d’avance. Bravo ! Pour revoir l’émission spéciale de France 3 Nouvelle-Aquitaine relatant l’arrivée historique de ce premier train cliquez sur ce lien :

http://france3-regions.francetvinfo.fr/nouvelle-aquitaine/gironde/bordeaux-metropole/bordeaux/emission-speciale-arrivee-du-premier-train-ligne-grande-vitesse-paris-bordeaux-1288193.html

Demain ce TGV qui s’appellera maintenant InOui, accueillera les premiers voyageurs. On pourra alors rejoindre Bordeaux de la capitale à 320 kms/h en 2 h et 4 minutes (contre 3 heures 14 précédemment). La proximité de cet événement après les travaux gigantesques engagés pendant au moins 4 ans, avait été le prétexte de ma réflexion pour imaginer la narration du documentaire CHACUN CHERCHE SON TRAIN, autour de l’idée de la vitesse, de la lenteur, du temps, et du progrès.

François Abdelnour, réalisateur, à gauche, et Klavdij Sluban, photographe, à droite, cherchent leur train dans un wagon immobile… Voyageurs de « Chacun cherche son train » de Fabienne Issartel

Lire le bel article de Rosa Moussaoui à propos de mon documentaire paru ce 30 juin dans l’Humanité via ce lien :

http://www.humanite.fr/entre-les-rails-en-quete-de-nouveaux-horizons-638282

Le film a été rediffusé ce 30 juin sur les chaînes France 3 de Nouvelle Aquitaine.Merci pour vos messages chaleureux qui attestent de cette passion infinie et étrange que tout un chacun nourrit toujours aujourd’hui pour le chemin de fer !

Vous avez pu le regarder en direct à la télévision (Bordeaux, Poitiers, Limoges), ou alors mieux, directement sur votre ordinateur, en cliquant sur ce lien qui nous permet d’être en quelques secondes à Bordeaux, Poitiers ou Limoges, et donne enfin tout son sens à la télévision régionale. Un autre voyage en temps réel !

Voilà ce lien de France 3 Nouvelle Aquitaine (une fenêtre s’ouvre et vous assistez au direct de 3 régions) :

http://france3-regions.francetvinfo.fr/nouvelle-aquitaine/tv/direct/aquitaine

L’affiche du documentaire « chacun cherche son train » de Fabienne Issartel

Que d’avancées depuis 1829 où la fameuse « Rocket » de George Stephenson fit sensation, circulant à Rainhill en Angleterre à 59 kms/h devant un public médusé et effrayé.
24 ans plus tard, en 1853, quatre trains reliaient quotidiennement Paris à Bordeaux, le train le plus rapide effectuant alors le parcours en plus de treize heures…
Pourquoi aller plus vite ? Que faire de « ce temps gagné sur le temps » ? Dans nos trains toujours plus performants les usagers seront-ils encore de vrais voyageurs ?

Travées de chemin de fer à la gare du Puy en Velay avant les travaux de 2017

Le film « CHACUN CHERCHE SON TRAIN » : une réflexion sur le temps

« Immobiles devant les fenêtres du train, nos écrans de cinéma, ou ceux des ordinateurs, nous regardons défiler ce monde en pleine mutation. « Les écrans sont ces miroirs du temps qui annulent l’horizon » dit Paul Virilio, le grand penseur de la vitesse. « Alors, comment retrouver un rythme propre, notre petit tempo battant, au coeur de cette accélération inéluctable ? », se demandent les protagonistes du film, passagers en quête de sens sur le chemin furtif de la vie, et dont le train devient ici la métaphore. Un « film promenade » pour croiser dans les baies vitrées, les reflets tremblants de nos âmes, qui, le temps du film, sont « le paysage » mouvant du voyage. Où vont-ils tous ? Eux ? Moi ? Où allons-nous ? « Chacun cherche son train ». Un film en marche, dans lequel l’homme et la machine cherchent désespérément à s’aimer.
Un film pour « refaire le monde » à notre image ! »

Image : Marine Tadié – son : Olivier Vieillefond – Montage : Xavier Franchomme –
Musique originale : Ariane Issartel – Une coproduction MARMITAFILMS/FRANCE TELEVISIONS
AVEC LES VOYAGEURS : Hermine Karagheuz, Pacôme Thiellement, Médéric Collignon, François Abdelnour, Klavdij Sluban, Benoît Duteurtre, Dominique Maugars, Marc Armengaud, Denis Brochard, Denis Sire, Yves Belaubre, Lola Salès, Pascal Desmichel, Julien Rapegno, Jean-René Malivert, Dominique Olivier, Michel Prioux et Rémi Sagot.
L’ouvrage « Grande vitesse » de Jochen Gerner, les arrangements pour orgue d’Antoine Bitran, les dessins de Ferdinand Dubreuil, les textes d’Alessandro Baricco.

(Retrouvez les visages des personnages du film dans l’article du 5/07/16 sur ce site)

La petite gare de La Ciotat où les frères Lumière ont tourné les premières images du cinéma n’a guère changée.

IL N’Y A PAS DE POUVOIR SANS VITESSE

La vitesse du train a fasciné les populations, fascination qui se rapproche étrangement de celle que nous avons pour le cinéma. La fenêtre du train est sans doute le premier écran de cinéma. Nous avons l’impression que le paysage y défile, alors qu’en réalité, le mouvement est dans la machine. Au cinéma, c’est pareil. Il n’y a que des photogrammes immobiles qui se succèdent, l’un après l’autre, grâce au mouvement d’une machine : le projecteur. Notre internet procède de ce même mouvement qui semble reproduire le réel, mais qui est en fait régi lui aussi par une machine. C’est un flux de données numériques – et donc échantillonnées, discontinues et circulant d’un point à l’autre à travers des câbles qui constituent un réseau semblable à celui d’un réseau ferroviaire. Marcello Vitali Rosati, professeur de Littérature et de culture numérique à l’Université de Montréal déclare d’ailleurs dans une de ses conférences :
« le train est l’ancêtre d’internet » !

Gare du Puy en Velay, « départ », photo F. Issartel

Il y a eu pour chacun de nous un premier voyage en train. Je veux dire seul… Un voyage d’émancipation. Le mien eu lieu peu après avoir eu mes 15 ans !
J’habite à ce moment-là dans la petite ville du Puy en Velay. C’est la fin de l’été. Je vais voir mon frère à Lyon. Le voyage de 135 kms dure 2 heures car le train s’arrête dans toutes les gares. La gare du Puy, un terminus, est presque déserte ce jour-là. Partir pour la première fois d’un terminus c’est étrange ! Mais d’un terminus on va forcément quelque part.
Le chef de gare que je surveille accoudée à la fenêtre, fenêtre qui s’ouvre encore à cette époque, siffle le départ de mon aventure. Un voyage en train démarre toujours au son d’un coup de sifflet. L’heure, c’est l’heure, et c’est encore et toujours le chef de gare, avec son tout petit sifflet, qui décide de notre départ. Le coup de sifflet doit être puissant, sec, déterminé. On doit l’entendre à l’autre bout du train.
Chaque départ me rappellera ensuite celui-là : le premier. Un moment flottant où tout se dissout, où s’entremêlent les bribes du passé proche de ce quai, avec la promesse vague d’une arrivée à destination dont on est plus responsable. L’esprit peut vaquer sans entraves. On glisse. On se laisse aller à cette extase cinétique dans ce huis-clos avec la machine.
Oui, je me souviens bien de cette drôle de sensation où je réalisais tout à coup :
« tiens, j’ai tout mon temps ! »

Dans le train entre Le puy en Velay et firminy

Pour que le train puisse passer là, des hommes avaient dû travailler dur et parfois au péril de leur vie. Il avait fallut trouer les montagnes, construire des ponts et élever des murs pour que ce gros jouet puisse, en surplomb de la vallée sinueuse et profonde de la Loire naissante, nous procurer des sensations.

La vallée sauvage de la Loire naissante vue du train entre Le Puy en vêla et firminy, photo F. Issartel

Après avoir dépassé Firminy, j’arrivais enfin à Saint-Etienne.
En 74, St-Etienne est une ville noire comme du cirage. Ce sont les derniers sursauts de l’ère industrielle : celle du charbon qui a vu naître le train ! Ces hangars immenses aux verrières cassées qui longent la voie de part et d’autre ne savent pas encore qu’ils deviendront les cathédrales du nouveau monde. Leurs toitures rouillées se plissent à perte de vue autour des terrils qui s’inclinent doucement sous le ciel rouge.
C’est la fin de quelque chose qui ne reviendra pas : de mon enfance aussi sans doute, qui s’est évaporée dans ce temps du voyage.

Les quais de la gare de Saint-Etienne Chateaucreux, 2014, photo Fabienne Issartel

A l’époque, c’est entre St-Etienne et Lyon qu’était née en 1833 la toute première ligne de chemins de fer de France, volonté des frères Seguin et de l’académicien Biot. L’idée était de trouver le moyen d’acheminer la houille et les minerais du riche bassin minier de Saint-Etienne vers la Loire, en direction de Roanne et Paris, ou vers le Rhône, en direction de Lyon. Le charbon transitait ensuite par voies d’eau. Le premier parcours qui allait de St Etienne à Andrézieux, long de 21 kms, était alors équipé de rails en fonte, posées sur des dés en pierre. Les wagonnets de marchandises, d’abord tirés par des chevaux, puis par des locomotives, embarqueront finalement les premiers voyageurs en 1844.

Un des premiers billets de chemin de fer

Ma mère nous emmena un jour mon frère et moi au Musée du « vieux St-Etienne » où l’on pouvait voir le tout premier billet de chemin de fer connu en France, daté du 17 février 1834 et valable pour le trajet de St Etienne à Lyon. Nous regardions ce bout de papier jauni, orné d’une écriture à la plume avec déférence. Et je me souviens bien que sur la ligne « heure de départ », il était simplement mentionné : « à l’heure ! »

L’homme marche d’abord à côté de l’animal qui porte la charge. Puis l’homme invente le centaure, la monture : il est sur l’animal. Le cheval est beau depuis qu’on en a fait un véhicule, depuis que les arabes en ont fait « le pur sang ». La cavalerie va dominer le monde. Le cheval de guerre et la poste sont les grandes inventions liées à l’idée de vitesse. Puis l’homme invente le véhicule. Il entre à l’intérieur. Aujourd’hui, se banalisent les machines à ingurgiter, des machines absorbées par le corps, des implants, plus performants que nos propres organes…

Est-il encore possible de ralentir ?

Petite fille, j’avais pris maintes fois avec ma mère une petite ligne de chemin de fer historique qui allait justement à St Etienne. J’habitais alors le petit bourg de Pont-Salomon, juste à la limite de la Haute-Loire et de la Loire. Les jeudi, nous empruntions ce petit train – qui n’existe plus aujourd’hui – pour aller acheter nos chaussures ou les blouses d’école chez « Furtos». Le train était toujours bondé. Rares étaient les femmes qui possédaient un permis de conduire à cette époque. Tout ce beau monde coloré et criard s’entassait dans les compartiments. Les sandwichs, les pommes, le raisin en grappes et les gourdes de citronnade sortaient des filoches en plastique tressées. La nourriture était partagée avec enthousiasme et simplicité par les convives de hasard du parcours. On se faisait pleins de copains qu’on retrouvait souvent quelques semaines plus tard sur la même ligne. On s’amusait bien. C’était dans les années 64-65.

Une reproduction du petit train de Palavas aujourd’hui disparu, par le grand dessinateur Dubout, tous droits réservés

C’est ainsi que le train a dynamisé les campagnes au début, qu’il y eu un maillage du territoire aussi important que le maillage des canaux de l’ancien régime. Maintenant le TGV ne s’arrête pas dans les petites localités, et si il veut tenir son temps, 2 h 05 pour notre nouvel INOUI, il faudra même qu’il ne s’arrête plus du tout !

Il n’y a pas de pouvoir sans vitesse.

Fabienne Issartel, réalisatrice de « Chacun cherche son train »

Cliquez sur ce lien et accédez en direct sur votre ordinateur aux chaînes régionales de France 3 Nouvelle Aquitaine :

http://france3-regions.francetvinfo.fr/nouvelle-aquitaine/tv/direct/aquitaine

Le FB de la production Marmitafilms :

https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=1175923389178324&id=265355463568459

Le site de Marmitafilms :

http://www.marmitafilms.fr/project/chacun-cherche-son-train/

Le train des Mouettes

http://www.traindesmouettes.fr/le-parcours-et-infos-pratiques

 

Jean-rené Malivert de Limoges est un des nombreux personnages du documentaire « Chacun cherche son train » de Fabienne Issartel

« CHACUN CHERCHE SON TRAIN », de Fabienne Issartel, 52’, 2016
Quelques réactions des premiers spectateurs

« Chacun cherche son train » synthétise ta philosophie : la vie comme une promenade, une déambulation poétique enrichie par lectures et rencontres. Il dit que l’important du voyage n’est pas la destination, mais l’acte de se mettre en mouvement… Et pas n’importe comment : à pied ou en train, moyens propices aux rencontres et à la rêverie. Ce film est le manifeste d’un art de vivre en une déambulation littéraire et musicale. Laurent C. Photographe et journaliste

« Chacun cherche son train », c’est un film qui va à la vitesse des trains, à la fois un peu plus lent que la pensée, et un peu plus rapide que les actes (et parfois l’inverse). On ne cesse de voir le « paysage », même quand on écoute les paroles des acteurs. On passe d’un personnage à l’autre, on les perd, on les retrouve comme des passagers avec qui on se lie d’amitié. Les humains s’accordent comme les instruments d’un orchestre. Il y a une beauté douce, un lyrisme un peu cinglé, une énergie mélodique de poésie verlainienne. Ce n’est pas seulement un film qui épouse le lyrisme des trains, c’est un film qui nous montre que les trains eux-mêmes épousent le lyrisme des films. C’est un film sur un paradis perdu – qui est encore là. Le train est devenu la clé pour retrouver le rythme des vies : le train et les films de Fabienne Issartel.
Pâcome T. Ecrivain

Éloge de la lenteur et de la dérive, la SNCF n’a qu’à bien se tenir, au train où vont les choses !
Antoine B et K, musiciens

Ton film est à la fois dense, au sens où il ne s’épuise pas après un premier visionnage. Ton travail ne se « contente » pas de synthétiser quelques belles idées (ce serait déjà pas mal…), mais il produit une réflexion, donne à penser, à poursuivre le sujet-poétique. Le charme s’instaure au fur et à mesure, il gagne en puissance. Tu es pour moi à la croisée exacte du documentaire et du poétique. Pascal D. Géographe

C’est une caméra discrète et toujours amie, vers laquelle les gens sont à l’aise pour parler ou juste se taire, avec un petit sourire tout désarmé et un peu mélancolique, comme ce cheminot avec ses gravures. Je crois que c’était mon préféré… ou peut-être aussi le fils de cheminot qui raconte son enfance dans la minuscule gare de province déserte devant les guichets condamnés. Les choses que dit Duteurtre c’est aussi tellement vrai : on pensait qu’en pouvant faire les choses plus vite, qu’on aurait plus de temps libre. Mais non, on en fait juste toujours plus, et ça augmente notre course à la surproductivité. Bref c’est un film vraiment très délicat. Et puis les lieux sont beaux, parlants aussi, comme le Cirque électrique où le scénariste parle de Wenders avec Lola : on dirait un décor de Wenders en soi cet endroit ! L’image est toujours bien léchée, parfaite : techniquement c’est vraiment une grande réussite. Ariane I Violoncelliste.

Très bon moment de voyage dans le temps et l’espace immobile. Sylvie L. professeur d’anglais

Le résultat est étonnant ! J’ai beaucoup aimé l’ensemble des interventions: l’écrivain (génial), l’actrice, le géographe (émouvant quand il revient sur la gare de son enfance), le photographe, le musicien, les architectes, le fou des trains, le cheminot (essentiel) et le jeune cinéaste. Beaucoup de beaux moments, trouvant tous leur place. Au final, le train est plus qu’omniprésent (malgré ces difficiles conditions de tournage pour toi). Les lieux choisis (même à défaut, dans un contexte très contraignant) emportent et donnent envie de les explorer. Et même de dériver à Paris. Lola S, Géographe

Peut-être qu’avec ce film les gens s’interrogeront aussi sur leurs relations avec les autres ? Parce qu’après tout, comme dans un train, on est tous…. embarqués pour une destination connue… ou pas ! Un film qui pose des questions philosophiques, économiques…… sur la vie, l’espace, le temps, le travail, les rencontres, le voyage, un film universel, musical, drôle… La force ressentie aussi c’est le travail des hommes qui ont fait le train, le font encore aujourd’hui. Derrière il y a cette magie : « l’orgueil » et la nécessité du travail bien fait…. qui se perd aujourd’hui. Le train ne roule pas tout seul. Il faudra bien, je l’espère, qu’on se pose la question de son devenir : car c’est un moyen de transport écologique ! Or, aujourd’hui, les choix conduisent plutôt aux fermetures de ligne… Un bel hommage aussi au cinéma, à la photo et aux arts. Un film du présent, d’hier et pour demain, qui pose la question du devenir du train, la question de savoir comment on veut vivre.
Elisabeth M

Le train est un sujet en or, mais personne ne sombre dans la banalité. La richesse du propos – vitesse – temps – ennui – progrès – qui nous conduit à de belles interrogations (d’Illich à Virilio en passant par Fargue, Jarry et même Gébé !), s’équilibre avec un choix savoureux de documents anciens et de moments documentaires (le cheminot au musée, la séquence du train en retard, le passionné et sa maquette de « tout l’Ouest américain dans 21 m2 »).
J’aime particulièrement certains partis-pris :
– ta voix et son propos (l’écriture, la tienne je présume… inspirée, comme souvent… Ce « quelque part qui ne mène nulle part » mais nous conduit là où tu as choisi de nous emmener
– les voix off, en particulier celle d’Hermine (belle à l’image et à entendre)
– la séquence de Pacôme tenant la partition au trompettiste (superbe !)
– le cheminot qui parle du métier avec amour sans excès de nostalgie
– la ballade en « train longtemps » comme on dit à La Réunion (on lit l’émotion dans les yeux d’Hermine)
– le clin d’oeil au Western (encore Hermine et son foulard sur la bouche)
Je t’avais déjà fait part de mon appréciation sur la qualité du regard qui filme. Les images sont belles et au service de ton propos.
Et puis les cordes et le vent… Excellent choix musical pour ressentir les vibrations de CHACUN CHERCHE SON TRAIN, un film qui nous fait avancer dans le besoin de ralentir !
Arnaud B. photographe.

Une voix un peu magique et qui à elle seule est déjà invitation au voyage, celle de la réalisatrice… Les trains, qu’ils soient à l’arrêt, en attente d’une prochaine course ou filant sous nos yeux… ce même pouvoir de nous emmener, loin. Et l’on revit ici ces moments uniques, ceux de la solitude, quand le regard erre sur le paysage, abandonné à ses pensées. Ou un livre sur les genoux, de temps à autre on lève la tête pour voir ailleurs, un horizon plus vaste. Des trains qui invitent à la rencontre. Aller vers soi mais aussi vers l’autre. Connu, inconnu. Les conversations se prolongent, sans cette vibration qui emporte, elles n’auraient pas vu le jour, on se surprend soi-même avant de surprendre l’autre. Des trains, invitation à suspendre le mouvement incessant de nos vies, tandis qu’eux s’animent et se hâtent à notre place.
Anne-Marie M. Psychanaliste

Madame ISSARTEL, oui, nous faisons un peu partie du même clan, ceux qui dans le train voient autre chose que le déplacement. Le mot « voyage » est déjà plus large, et comme vos voyageurs, nous aussi nous cherchons notre train : bon, nous sommes un peu fous, et il en faut, non ?
Olivier J. du train des Mouettes

J’ai trouvé la narration originale et les images très belles. Il y a quelques envolées philosophiques qui m’ont laissé à quai mais tu as bien choisi tes « personnages ». J’aime beaucoup ce que dit Benoit Duteurtre. Et il y a la musique, le choix des images d’archives et un « rythme » : c’est un documentaire poétique. C’est à la fois très contemporain puisque cela interroge notre époque et la forme m’évoque un style « expérimental » des années 1960. Ton commentaire est assez ambitieux au plan intellectuel (ce qui ne me semble plus être à la mode… à une époque où il faut que tout propos soit facilement assimilable par tous) . Vu l’éloge de la lenteur sous-jacent, on peut dire que, si ton film a un train de retard, ça peut être un compliment, non ? Et les faits montrent souvent qu’un train de retard équivaut à un coup d’avance.
Julien R. Journaliste

Je viens de découvrir ton film absolument magnifique, fort, allant à l’essentiel. Heureuse vraiment d’avoir pu le voir tant il questionne sur les fondamentaux de nos vies, croisements, chemins, destinations, strates temporelles superposées, parallèles, tendues, distendues, élasticités, plasticités de nos espaces intérieurs et extérieurs. Nous sommes accompagnés tout au long du film par un rythme et une musicalité tout en finesse et une grande inventivité. Tout cela a fait écho en moi. Catherine N. Artiste Pluri médias

je viens de découvrir votre film : « Chacun cherche son train ». Hé bien c’est formidable de montrer ainsi l’évolution du système ferroviaire depuis l’origine. J’ai quitté Paris dans les années 1964 pour habiter en banlieue parisienne (Sarcelles) et les trains étaient encore tractés par des machines à vapeur. C’était fascinant. A la gare de Bobigny, maintenant désaffectée pour le trafic voyageurs, nous voyons passer lentement de longs trains de marchandises dont le bruit saccadé des roues sur les rails évoque les trains de déportés embarqués dans cette gare à partir de juillet 1943 dans des wagons à bestiaux vers Auschwitz. 22500 personnes ! Henri B. membre de l’Association «Les Familles et Amis des Déportés du Convoi 73»

Laurence et moi venons de regarder ton film. Il est super. Pas formaté. C’est de la télé comme on l’aime. Tous ceux qui t’aiment prendront le train !
Captain Cavern, Dessinateur

C’est vraiment une très belle réussite, où chacun trouve son bien dans ce voyage poétique et intellectuel. J’ai été particulièrement sensible à l’imaginaire ferroviaire, nourri d’archives cinématographiques et de réflexions sur le rythme, le temps, la vitesse chez Jarry, la lenteur chez Fargue. Nous avons d’autant plus apprécié la citation finale de Nicolas Bouvier que nous avons connu et aimé son auteur. Jean-Pierre P. Écrivain et Spécialiste du cinéma d’animation

Très intéressant ! Il me fait penser à ce qu’a écrit Henri Vincenot dans La vie quotidienne dans les chemins de fer au XIXe siècle (Hachette, 1975) : « Donner l’heure, pour un cheminot, ne consistait pas à suggérer une vague idée, à deux ou trois minutes près, mais à indiquer l’instant à la minute qui s’écoule. Cet état d’esprit fut le résultat d’un dressage. Les premiers salariés du rail arrivaient dans cette profession avec des notions très élastiques du temps. Certains savaient à peine lire un cadran et, qu’ils vinssent des chantiers, de l’artisanat, du commerce ou de l’agriculture, ces gens appréciaient l’heure à la hauteur du soleil au-dessus de leur tête et à l’état de leur estomac. Il était midi lorsqu’ils avaient faim, il était l’heure d’aller se coucher lorsqu’ils avaient sommeil. Le chemin de fer dut tout enseigner aux Français à ce sujet. Non seulement aux cheminots, mais aux voyageurs. Dans une série de caricatures, Daumier et ses confrères ont dessiné des scènes prétendument comiques et qui, effectivement, faisaient rire aux larmes nos aïeux, et qui maintenant, hélas! ne font plus rire personne. Manquer son train, être pénalisé pour trente secondes de retard était pour eux amèrement drôle parce qu’illogique. Être rappelé à l’ordre par la rigueur d’une machine était, en 1840, pour un homme normal, une mésaventure tellement monstrueuse et paradoxale qu’elle provoquait le rire. On riait parce qu’une civilisation aussi rigide et inhumaine semblait condamnée d’avance.
Il y a maintenant des horloges pointeuses pour régler la vie des moindres bureaux, même au Vatican, et depuis longtemps nous avons pris l’habitude d’obéir sans sourciller aux ordres de la mécanique que nous avons inventée ! Le chemin de fer fut le commencement de l’apprentissage de cet illogisme. »
A.

TGV, photo F.Issartel

 

TRAIN

 

Voitures jaunes rouges à l’envers

coquelicots en genêts jaunes

car bleu et blanc

berline rouge,

se croisent et se dépassent.

Cyprès dans les jardins

les fils qui s’allongent,

identique toujours le poteau

devant mes yeux,

et encore,

ciel gris du souvenir

jardins

voitures jaunes rouges à l’envers.

Coquelicots en genêts jaunes

car bleu et blanc

berline rouge

se croisent et se dépassent.

Fabienne Issartel, 1975

 

 

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BORIS PAHOR EN ROUTE POUR L’ÉTERNITÉ

La statue de Boris Pahor érigée en avril 2017, dans le parc Tivoli de Ljubljana, Slovénie, photo Igor korsic

Depuis le jeudi 8 avril 2017 se dresse dans le parc Tivoli de Ljubljana, capitale de la Slovénie, un nouveau mémorial dédié à l’écrivain slovène Boris Pahor. Evènement assez extraordinaire et rare, dans la mesure où le héros a pu assister en chair et en os à son érection.

Inauguration le 6 avril 2017 du mémorial de Boris pahor à Ljubljana en présence du héros,
Photo Borut Zivulovic/Bobo, droits réservés

Oui, ce fut un moment surréaliste que de voir surgir dans le paysage de ce jardin de ville tranquille, cette statue géante hyper réaliste, jaugeant du haut de ses deux mètres de ferraille, son modèle vivant de 104 ans un peu interloqué.
C’est que Boris Pahor ne mesure qu’à peine 1 mètre 68 !
Le monument a été réalisé par le sculpteur Mirsad Begić.
Non loin de lui, est installée depuis 2005 une autre statue réalisée par le sculpteur Boštjan Drinovec. C’est également un homme de fer mais à taille humaine cette fois-ci. Il est assis sur un banc et regarde fixement le monde avec gravité, la tête légèrement penchée. Il a l’air de réfléchir. C’est Edvard Kocbek, poète, écrivain et homme politique slovène.

la statue d’Edvard
Kocbek dans le parc Tivoli de Ljubljana

Voilà que les deux hommes sont à nouveau réunis. Car ils se sont bien connus, et se sont soutenus mutuellement dans leurs luttes contre l’injustice. Tout au long de leur vie,les deux amis n’ont cessé de dialoguer jusqu’à la mort de Kocbek en 1981.

« Je ne savais pas que ma statue allait être aussi grande », me confie Boris Pahor un peu embêté en évoquant la taille plus modeste de celle de son aîné Kocbek. « On ne m’en avait envoyé que des petits bouts pour avoir mon accord. Et je n’avais aucune idée de l’échelle de l’ouvrage ».

Il y a 80 ans, les tous premiers articles de Boris Pahor le triestin, alors aux prises avec le fascisme de Mussolini, avaient été publiés sous un pseudonyme à Ljubljana dans les revues d’avant-guerre d’Edvard Kocbek, lui-même alors proche des « Personnalistes » de la revue Esprit à Paris, et engagé dans les combats contre les franquistes de la guerre d’Espagne et les exactions de l’église catholique.
Après la deuxième guerre mondiale en 1952, alors que Kocbek est victime à son tour de la censure du régime de Tito, placé sous surveillance et mis à la retraite forcée, c’est Boris Pahor qui lui redonne voix et médiatise son histoire hors du rideau de fer dans sa revue ZALIV, une tribune à Trieste pour les intellectuels en résistance au totalitarisme communiste. Pour avoir défendu Kocbek, Pahor sera ensuite interdit de séjour en Slovénie pendant 30 ans.

ZALIV qu’il co-signait avec l’écrivain triestin Aloz Rebula fut sans doute l’un des objets les plus recherchés par les douaniers de l’ex-Yougoslavie à cette époque. Il fallait empêcher sa pernicieuse diffusion à tous prix.

Edvard Kocbek et boris Pahor en 1960

Bien plus tard, en 1989, Boris Pahor racontera en détail le récit des vicissitudes de la vie de Kocbek, embastillé dans son propre pays qu’il avait pourtant si bien contribué à libérer. Dans « Ta océan strasno odprt » (« cet océan meurtri », 1989), Boris Pahor expose de façon méthodique, chirurgicale, les dérives au jour le jour du régime Tito, dont son ami Edvard devenu la bête noire.

Edvard Kocbek en statue dans le parc Tivoli de Ljubljana

On traite Boris de vieux fou qui s’acharne sur les cadavres. Le livre n’est jamais traduit. Je le trouve par hasard dans un coin de la librairie slovène de Trieste et le confie à une amie de Ljubljana, reconnaissante d’avoir pu, grâce à moi, découvrir ces côtés sombres de la Slovénie qu’elle ignorait.

« Cet océan meurtri », livre de Boris Pahor 1989, capture d’écran du film « Boris Pahor, portrait d’un homme libre » (réal. F.Issartel)

Et Boris Pahor a continué inlassablement à chercher les preuves de ce qu’il savait être vrai.Quand nous nous sommes rencontrés en 2008, il m’en parlait régulièrement.
Et voilà qu’il y a un mois, un nouveau livre a fait irruption dans l’espace public comme une bombe. C’est celui d’Igor Omerza qui a retrouvé et produit tous les documents officiels qui attestent maintenant des intuitions bien fondées de Boris Pahor.

« Je suis en train d’étudier tout ça », me dit Boris Pahor. « C’est moche ! »

Alors, l’écrivain qui a presque 104 ans s’est remis à la tâche pour lire et commenter ces nouveaux éléments. Il faut imaginer Boris à moitié aveugle,tapi dans sa chambrette dont il a fermé les volets pour échapper à la canicule, pulsant des mots comme un boxeur sur sa Remington dont il ne trouve plus si facilement les rubans encreurs. Il faut imaginer sa détermination, son ardeur de Sisyphe heureux et incarné !

Maintenant, Edward et Boris sont à nouveau réunis. Formidable et absurde situation…
Eux qui ont payé au prix fort leurs engagements sont là, étrangement côtes à côtes, figés pour l’éternité dans leur gangue de fer au beau milieu de ce paisible jardin de Ljubljana. Que vont-ils se dire pendant des siècles et des siècles de toute cette drôle d’histoire ? Qui enregistrera leurs conversations ? Où sont placés les micros ?

Les mains de l’écrivain Boris Pahor et sa revue ZALIV

… Peut-être enfin seuls, entendront-ils quelques mots de leur cher poète KOSOVEL :

SEUL

L’homme est étale.
Le monde s’est écarté, loin, étrangement.
tu erres et tu divagues ça et là, perdu,
Tout est parti à la dérive, tu ne sais où.

Le radieux visage s’est éteint dans la grise pénombre;
En moi se mirent les châtaigniers nus
Et les feuilles foulées aux pieds dans la pluie
Pourrissantes sous les arbres.

Oh ! Je crierais jusqu’à ce que mon cri revienne
Des montagnes, des bois, des vallées,
Mais je tremble de rester seul
Avec le vide mille fois répercuté.

Texte traduit par Viktor Jesenik et adapté par Marc Alyn,
Kosovel, poètes d’aujourd’hui, Seghers, 1965.

Dans une ferme du Karst en Slovénie, lieu de résistance du front de libération pendant la deuxième guerre mondiale

A propos du livre d’Igor Omerza

Voilà ci-dessous le lien vers un article en slovène qui parle de la sortie du livre d’Igor Omerza, dans lequel est détaillée la surveillance de Boris Pahor par la police secrète :

https://marijanzlobec.wordpress.com/2017/05/22/borisa-pahorja-je-nadzorovala-udba/

Le livre de Igor Omerza sorti en mai 2017 chez un éditeur slovène de Klagenfurt (Autriche) raconte comment Boris Pahor a été surveillé pendant des années par la police secrète yougoslave

Quelques précisions résumées ici pour les français qui voudraient en savoir plus :

L’Udba (police secrète de l’ex Yougoslavie) s’est intéressé à Pahor à partir de 52. Fin 51, il avait écrit une critique élogieuse de « Peur et courage » de Kocbek dans le journal Primorski dnevik,car le livre avait été condamné par le PC yougoslave en décembre 51.
Par la suite il sera aussi suspect pour :
– Sa participation à la revue « Sidro in tokovi » (l’ancre et les courants) (53-56)
– La publication de la revue Zaliv
– La création en 1968 de la « Gauche slovène » à Trieste
– La publication de « Odisej ob jamboru » où il attaque Kardelj (le théoricien du titisme entre autre)
– La publication en 1975 de « Kocbek, témoin de notre temps » dans la revue Zaliv
– En 70 et 77, il est suspecté d’être l’auteur de tracts hostiles
– La défense de Viktor Blažič et Franc Miklavčič (76-77)
– Sa collaboration dans les années 80 à Nova revija et à l’Association des écrivains slovènes

Igor Omerza, l’auteur, avait aussi publié en 2010 « Edvard Kocbek, dossier personnel 584 », biographie politique de Kocbek.

Boris pahor en route vers l’éternité entre les mains de son créateur, le sculpteur Mirsad Begić

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« PRINTEMPS », un film promenade de 1996, réalisé par Fabienne Issartel, enfin numérisé !

En attendant les beaux jours, VOICI UN LIEN VIDEO POUR VISIONNER MON FILM « Printemps » de 37′, 1996/Le film a été mis en ligne par Laurent Charpentier le caméraman de ce film et de beaucoup de mes films promenade. Il a été numérisé par Yoann Dhenin/ Et puis un peu de lecture suit, sur cette  « Dé-marche » ainsi qu’un texte tout à la fin de Pacôme Thiellement qui vient de voir le film. Merci à tous.

BONNE PROJECTION !

« PRINTEMPS »
Un film promenade de Fabienne Issartel, 37′, 4/3, 1996

Image : Laurent Charpentier
Son : Renaud Colas
Musique originale : Thierry Fournier
Musique live : Akosh S

Avec par ordre d’apparition :
Akosh S/Muriel Foures/Solveig Domartin/
Marie Baron Renault/Charlie Schlingo/
Claude Baron Renault/Raymond Mantchala/
Régine Fraval/Eric Roussel/
Claude Rizzo/
Les enfants : Juliette G., Juliette M et Zacharie G./
Hélène Hottiaux/Marc-Edouard Nabe/Gérard Tallet

ce film a été tourné le 1er et 2 juin 1996, à Paris, le long du canal Saint-Martin de République (rue du Fb du Temple) à place Stalingrad, et dans les cafés : l’Atmosphère (scène avec Akosh S/générique début), au Rapid Wolf de la gare de l’Est (scène de nuit), et au Jemmapes (le matin avec Charlie et Marie)
Moyens techniques : Jean-Stéphane Michaux, Corinne Bopp, Jean-Luc Bouvret, Charlotte Meunier
Autoproduction

Tournage de « Printemps », film de Fabienne Issartel, le 1er juin 1996
A la caméra : Laurent Charpentier
Preneur de son : Renaud Colas
Assise sur la barrière : Fabienne Issartel

Le site de laurent Charpentier :

www.laurentcharpentier.com

Fabienne Issartel par Hervé Sellin 1985

PRIORITE PIETONS
NAISSANCE DES « FILMS PROMENADE », par Fabienne Issartel, réalisatrice

Un jour d’hiver 1985, je marchais dans la neige à 5 h du matin dans le quartier Montorgueil. Mes pieds dessinaient dans cette virginité ouatée les premiers signes visibles de vie de cette journée historique pour moi. Je me retournais un instant tout en haut de la rue des Petit Carreaux dans le deuxième arrondissement de Paris pour le constater. L’empreinte de mes pas avait ouvert la route. Pourquoi diable n’y avait-il personne ce jour-là dans cette rue du centre de Paris non loin des vieilles Halles ? C’était inhabituel. Un rêve presque. Je me souviens. Il faisait très froid et j’étais harassée. Je n’avais pas voulu me reposer. Au contraire. J’avais tout fait pour échapper à mon destin, pour être à priori incapable de mettre un pied devant l’autre, ayant passé la nuit à épuiser unes à unes méthodiquement les compagnies aléatoires dont tout somnambule professionnel sait faire bon usage. Au-delà de la limite, la limite est dépassée. Aller jusqu’au bout pour déjouer la chance. Pourquoi ? Pour apercevoir l’au-delà sans doute, au bord du bord… C’est un jeu que l’on aime à 20 ans. Je me souviens. Ce matin là, mes pas crissaient dans la rue blanche et déserte et je me demandais avec justesse, avec acuité, qui j’étais ? Peut-être ce dessin tracé d’un chemin derrière moi, pas plus, pas moins, pulsé par la mesure battue de mes semelles.
Seule dans la ville si blanche et si froide, j’allais tourner mon tout premier film. C’était enivrant. Je me souviens. Il allait falloir que je sois un réalisateur qui réalise, qui sait ce qu’il veut et qui assume ce qu’il voit. Cela faisait peur. Je m’en souviens bien. Toute à cette concentration et dans une excitation bizarre, je retrouvais presque en lévitation mon équipe de tournage passage du Désir, sur le boulevard Magenta, non loin de la gare de l’Est. Formidable journée pendant laquelle j’oubliais toute fatigue et qui fut déterminante. Car ça y’était. J’avais été mordu par le grand serpent. Le plaisir de découvrir ce pourquoi on est fait, ce n’est pas rien. Si tourner des films, c’était ça, alors je décidais ce jour-là d’en faire toute ma vie et de ne plus faire que ça.
C’était une autre façon d’écrire le dessein de mes pas et de mes errances, de donner des visages aux rues, de faire battre le cœur de la ville à coups d’instantanés, de circonscrire l’esprit des lieux.
Alors je suis partie de là où j’étais, de mes pieds. Car c’est ainsi que je conçois la vie depuis toujours, comme une promenade où il faut savoir suivre ses pas. Les marcheurs regardent la ville et moi je regarde les marcheurs. Ce sont dans ces regards croisés que s’opèrent les modestes évènements quotidiens essentiels à la vie, générateurs de convivialité et d’humanité. « Les films promenade » sont nés d’évidences. L’aventure est au coin de la rue pour celui qui regarde les choses à sa hauteur. On s’arrête, on sourit, on discute, on s’installe à une terrasse, sur le parapet d’un pont, ou dans le travelling d’un bus. Et tout cela pour voir le ciel, la lumière d’un jour rouge qui disparaît, ou sous des trombes d’eau les flashs d’acier sur nos ombrelles d’outremer. Et il y a aussi les jours sans, où tout est bouché et où il n’y a que nous. Nous, les paysans de Paris, enfants du « grand monde » comme des bistrots picaresques, dandys effrangés de la nuit, sommes les orphelins toujours heureux sur les trottoirs célestes, de Léon-Paul Fargue et des poètes. La peinture du monde est d’abord infime. Elle donne la priorité aux piétons de toutes les vagues et de tous les temps, qui habitent ontologiquement leur vie là où ils sont. De celui qui immobilise les voitures au milieu du cours de Vincennes pour regarder passer un étrange groupe de mouettes, à ceux, les Zarathoustras ordinaires, qui veillent à Ménilmontant du haut de leur lucarne sur le ventre de Paris : tous ont le sang qui bout. Cela me plaît.
« Même si on nous donne des trucs pour rouler plus vite sur les trottoirs, on marche toujours, on marche toujours…» dit Denis B. à la fin de mon film « Chacun cherche son train ». Voilà des phrases, qui moi me donnent la chair de poule, qui valent de l’or quand elles sont prononcées devant ma caméra avec une gravité inspirée. Des moments qui me donnent envie de mettre une fois de plus la clé sous la porte et de repartir vers ce quelque part qui n’est peut-être nulle part, seule, le nez au vent, juste avec mes yeux, pour continuer à vivre et à tourner des « films promenade ».

Le fameux panneau « PRIORITE PIETONS » présent partout dans les de Paris des années 80

« Printemps », un film promenade de Fabienne Issartel, 37′, 1996

Printemps est le dernier de mes « films promenade » des années 90 autoproduits. C’est sans doute le plus abouti techniquement, puisqu’il a même été mixé. Il est accompagné d’une musique originale très sensible et nerveuse composée sur mesure par le grand Thierry Fournier. Le tournage s’est déroulé sur deux journées autour du canal Saint-Martin. Une grosse organisation préalable avait été nécessaire pour organiser la venue des 16 personnages sur les lieux du tournage à des heures bien précises. Nous n’étions que trois : moi, Renaud Colas au son et « Le précieux » Laurent Charpentier à la caméra, un marin qui en avait « vu d’autres » et qui m’accompagnait avec passion dans ces aventures filmiques, y compris sur les montages. Son sens du cadre parfait, son enthousiasme désintéressé et son endurance hors-normes, ont permis que ces « films promenade » existent. Dévoué corps et âme à mon idée d’un travail à la fois très préparé mais aussi totalement ouvert au dernier moment à la spontanéité des personnages, il a été mon double. C’est d’ailleurs grâce à lui et via son site Viméo que ce film est aujourd’hui en ligne. Merci à lui. L’occasion de jeter un coup d’œil attentif sur son travail de photographe « qui a vu du pays ».
Á l’époque de Printemps, je vivais avenue Mathurin Moreau dans le 19 ème arrondissement de Paris près du parc des Buttes Chaumont. Je descendais par la rue Juliette Dodu, jusqu’à la cour intérieure de l’hôpital Saint Louis où je donnais mes rendez-vous, histoire de prendre l’air dans un endroit qui a de l’allure. Par l’avenue Richerand, à la nuit on rejoignait le canal pour prendre l’apéro de l’autre côté, à l’Atmosphère, toujours bien reçus par Souad, sa sœur et sa mère. Akosh S que l’on entend dans mon générique de début, un excellent musicien hongrois, jouait souvent dans ce café : au moins toutes les deux semaines. Solveig Dommartin -la grande dame des « Ailes du désir »- habitait une rue juste derrière et l’on pouvait terminer la soirée chez elle avec les amis. C’est grâce à Muriel Fourès que je connaissais depuis les années 80, et qui avait appelé sa fille Tarzana, bien avant de faire du trapèze elle-même (justement avec Solveig) que je l’avais connue. La belle amitié profonde de ces deux filles de grand caractère m’avait touchée.

Solveig Dommartin et Muriel Fourès.
Tournage de « Printemps », film de Fabienne Issartel, le 1er juin 1996

D’où l’idée de les filmer ensemble là, entre le canal et la gare de l’est, et notamment au Rapid Wolf où les nuits se terminaient toujours en poésie. J’avais aussi remarqué que Marie la jeune fille avec les grandes jambes, rencontrée dans une laverie de la rue St Sauveur en 1983, s’entendait fort bien avec Charlie, le dessinateur qui cocotte du nougat et qui me fait encore hurler de rire. Marie, avec sa voix de poupée fascinait Charlie Schlingo. Ils étaient très contents de se revoir à cette occasion et l’addition de Charlie – petits calvas du matin »- au bar le Jemmapes fut d’ailleurs salée.

Charlie Schlingo au café « Jemmapes », tournage de « Printemps » (film de Fabienne Issartel), 1er juin 1996

Gérard Tallet serait le docteur, son vrai métier qu’il avait exercé sur les bateaux de croisière, et aussi au sénat, une fonction qui nous permettait de profiter certains jours de la maison dédiée dans le jardin du Luxembourg. J’y retrouvais souvent Marc-Edouard et Hélène, un vrai couple « bras dessus, bras dessous » dans le film : mes chers promeneurs d’un dimanche au bord de l’eau… Régine et Eric allaient avoir un enfant. Ils étaient dans un tournant de leur vie. Claude ma belle violoncelliste n’était pas à une promenade près. Ce fut un plaisir pour elle de parler à ce garçon étrange au longs cheveux, Raymond, danseur infatigable de mes nuits au Satellit café de la rue de la Folie Méricourt.

« Printemps » de Fabienne Issartel, 1996

Enfin, un des rôles principaux fut donné à Claude Rizzo, le pêcheur du canal, l’amoureux dont je ne dirai rien, sinon qu’il fut parfait, et bien au-delà du moment de ce tournage… Beaucoup des protagonistes de Printemps nous ont aujourd’hui quitté. Mais ils sont avec moi, et un peu avec vous maintenant aussi. Bonne projection !

Tournage de Printemps, avec Solveig Dommartin et Muriel Fourès
Réalisation Fabienne Issartel
Paris, 1er juin 1996

Et ci-dessous un texte de Pacôme Thiellement qui vient de voir « Printemps », Pacôme avec lequel j’aimerai tourner prochainement un film que j’appellerai justement « Le piéton de paris ».

NOTRE CINEMA, FABIENNE ISSARTEL

Par Pacôme Thiellement, mars 2017

Pacôme Thiellement en promenade à Montmartre, 2015, photo Fabienne Issartel

Printemps, d’abord, c’est de la musique. Un son incroyable : le saxophone soprano d’Akosh dans une improvisation fiévreuse au bar L’Atmosphère un soir. Un son capable à lui seul de ressusciter immédiatement les années 90 à Paris si vous les avez vécues… A l’époque, on pouvait encore fumer dans les bars et ça se voit immédiatement : les gens sont intenses ; ils ont une ivresse joyeuse, amoureuse, lyrique. La cigarette, c’est l’innocence des poses cinématographiques. Jouer à fumer « comme les stars », faire semblant de savoir fumer jusqu’à qu’on fume vraiment. Jouer à vivre « comme les grands » jusqu’à comprendre que c’était ça, vivre, justement. Qu’il n’y avait rien de plus vivant que cette innocence, cette jeunesse.
Printemps, ensuite, ce sont des hommes et des femmes qui parlent. Ils parlent d’amour bien sûr : de sexe, de beauté, de conneries, de vie future et de réincarnation. Ils s’étalent sur les pelouses. Ils dansent. Ils chantent même ! Mais surtout ils marchent. Ils marchent le long du canal Saint-Martin et le ciel est bleu. Fabienne Issartel, c’est le cinéma des poètes, des errants, des piétons de Paris. La marche, ce n’est pas l’innocence comme la cigarette ; mais c’est encore plus beau : c’est le début du nouveau monde, la victoire sur l’Enfer. C’est peut-être le sens du fragment énigmatique de Walter Benjamin : « Vaincre le capitalisme par la marche à pieds. » On n’a jamais vu un tyran, un affameur ou un businessman se promener.
Dans Printemps, on a l’impression de voir des hommes et des femmes libres. Ou plutôt on les voit en train de se libérer. De quoi se libèrent-ils ? De ce qui les détermine et de ce qui les entrave, de ce qui les sépare et de ce qui les enferme. Ils se libèrent de leur solitude ; ils se libèrent de leur prison. Fabienne Issartel, c’est le cinéma de l’amour qui circule entre les êtres. Et ils sont tous beaux, tous. Pourquoi ne le seraient-ils pas ? Puisque Fabienne Issartel les aime pour ce qu’ils sont, tous. Un peu comme Giacometti qui répétait à Genet : « Comme vous êtes beau ! Comme vous êtes beau ! » alors qu’il dessinait son portrait avant d’ajouter : « Comme tout le monde, hein ? Ni plus ni moins. »
Jusque là, le cinéma n’a pas été fait pour nous. Il ne nous parlait pas, ne nous regardait pas : il nous tournait même le dos. Nous avons besoin d’un cinéma qui nous ressemble, un cinéma qui nous aime et qui nous le montre. Nous avons besoin d’un cinéma dans lequel on puisse marcher.
Printemps, ça date du milieu des années 90 et pourtant ça semble avoir été fait ce matin. Plus exactement, ça a été fait (vécu, tourné, monté) pour ce matin. Vingt ans ont passé qu’on a vécu les yeux fermés ou occupés d’autre chose. C’est maintenant, et maintenant seulement, que les films de Fabienne Issartel peuvent rayonner de leur poésie solaire, de leur lumière d’avant midi.
Nous avons besoin du cinéma de Fabienne Issartel. Libre, ouvert, intense, au plus près de l’instant, aéré comme un jour de printemps : notre cinéma, ni plus ni moins.

Pacôme Thiellement, mars 2017

http://www.pacomethiellement.com

Mes « films promenade » avaient été montrés en 2012 en VHS durant les Portes ouvertes de bagnolet

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« INDIGNONS-NOUS » TOUJOURS ET ENCORE ! Les deux dernières projections de mon « Boris Pahor, portrait d’un homme libre »

Deux nouvelles projections de « Boris Pahor, portrait d’un homme libre » ont eu lieu en février 2016 au Luxembourg et en juin 2016 à Palma de Majorque à l’Atlantida film festival. Notre aventure extraordinaire continue donc à travers toute l’Europe ! Même si le film n’a pas encore été diffusé sur une chaine de télévision – qu’attendent-ils ?-, c’est un beau et étrange succès auquel des acteurs artistiques indépendants et enthousiastes ont envie de s’associer. Ainsi le film a déjà été sous-titré en italien par la formidable équipe de l’Alliance française de Trieste (c’était la toute première projection mondiale), puis en espagnol par Max Lacruz pour le festival Atlantida de Palma de Majorque, et maintenant à Bruxelles c’est Maja Knafelc qui travaille à une traduction slovène. Une chaîne de belles personnes ont ainsi permis d’amplifier la voix et le message humanistes de Boris Pahor plus que jamais nécessaires ces jours-ci !

Stéphane Hessel et Boris Pahor lors de leur rencontre à Paris en 2012, image du film "Boris Pahor, portrait d'un homme libre" de Fabienne Issartel

Stéphane Hessel et Boris Pahor lors de leur rencontre à Paris en 2012, image du film « Boris Pahor, portrait d’un homme libre » de Fabienne Issartel

Trois grands indignés européens !

J’avais filmé avec Guylène Brunet la rencontre entre Stéphane Hessel et Boris Pahor en 2012 à la Maison de l’Amérique latine. Stéphane Hessel et Boris Pahor : deux hommes libres profondément européens, comme l’était aussi Albert Camus que Boris Pahor aime tant. Voilà un extrait du discours que Camus avait prononcé en octobre 1957 à Stockholm où on lui remettait le prix nobel de littérature.

« Chaque grande œuvre rend plus admirable et plus riche la face humaine, voilà tout son secret. Et ce n’est pas assez de milliers de camps et de barreaux de cellule pour obscurcir ce bouleversant témoignage de dignité. C’est pourquoi il n’est pas vrai que l’on puisse, même provisoirement, suspendre la culture pour en préparer une nouvelle. On ne suspend pas l’incessant témoignage de l’homme sur sa misère et sa grandeur, on ne suspend pas une respiration. Il n’y a pas de culture sans héritage et nous ne pouvons ni ne devons rien refuser du nôtre, celui de l’Occident. Quelles que soient les œuvres de l’avenir, elles seront toutes chargées du même secret, fait de courage et de liberté, nourri par l’audace de milliers d’artistes de tous les siècles et de toutes les nations. Oui quand la tyrannie moderne nous montre que, même cantonné dans son métier, l’artiste est l’ennemi public, elle a raison. Mais elle rend ainsi hommage, à travers lui, à une figure de l’homme que rien jusqu’ici n’a pu écraser. »

(Dans « Discours de Suède », 10 décembre 1957, édition Folio, page 61)

Camus et Pahor sont nés tous les deux en 1913 !

Camus, Hessel et Pahor nous donnent ce courage d’être digne de notre humanité.

La projection AU LUXEMBOURG :

L'événement organisé au Luxembourg autour de la venue de Boris Pahor en février 2016

L’événement organisé au Luxembourg autour de la venue de Boris Pahor en février 2016

Après la projection du film "Boris pahor, portrait d'un homme libre" au Luxembourg le 24 février 2016 : Boris Pahor, Michel Hiebel le proviseur du lycée français Vauban et moi, Fabienne Issartel

Après la projection du film « Boris pahor, portrait d’un homme libre » au Luxembourg le 24 février 2016 : Boris Pahor, Michel Hiebel le proviseur du lycée français Vauban et moi, Fabienne Issartel

Boris Pahor sort du lycée Français Vauban du Luxembourg en compagnie de Marc Bubert, professeur de français et aussi personnage présent dans le film "Boris Pahor portrait d'un homme libre", février 2016

Boris Pahor sort du lycée Français Vauban du Luxembourg en compagnie de Marc Bubert, professeur de français et aussi personnage présent dans le film « Boris Pahor portrait d’un homme libre », février 2016

La projection à PALMA DE MAJORQUE :

Palma de Majorque vue du chateau de Bellver

Palma de Majorque vue du chateau de Bellver

L’affiche de la première projection en espagnol. Le film a été sous-titré par Max Lacruz.L’affiche a été conçue et réalisée par Slobodan Obrenic.

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Le trailer de « Boris pahor, portrait d’un homme libre » réalisé spécialement par le festival Atlantida de Majorque pour le film présenté en ouverture le 27 juin 2016.
Cliquez ici :

http://www.ecartelera.com/videos/trailer-boris-pahor-retrato-de-un-hombre-libre/

Boris Pahor après la projection de Boris Pahor, portrait d'un homme libre" à l'Atlantida film fest de Palma de Majorque,  27 juin 2016

Boris Pahor après la projection de Boris Pahor, portrait d’un homme libre » à l’Atlantida film fest de Palma de Majorque, 27 juin 2016

Boris Pahor à Palma de Majorque, juin 2016

Boris Pahor à Palma de Majorque, juin 2016

Tous les médias (une dizaine en deux jours) sont venus à Boris dans le hall de l’hôtel Balenguera où nous logions. Il a enchainé les interviews avec l’énergie d’un chef d’état.

Quelques images de lui en pleine action sur le lien ci-dessous :

L’ENERGIE FORMIDABLE ET VISIBLE DE BORIS PAHOR A PALMA DE MAJORQUE 

A l'ouverture du festival Atlantida à Palma de Majorque le 27 juin 2016 : Jaum Ripoll, le Directeur du festival, Fabienne Issartel et Boris Pahor

A l’ouverture du festival Atlantida à Palma de Majorque le 27 juin 2016 : Jaum Ripoll, le Directeur du festival, Fabienne Issartel et Boris Pahor

Très bon article dans El Mundo, plein d’humour… de Luiz Martinez : Boris Pahor: « La Europa de hoy está sucia »
En français : « Boris Pahor :  » L’Europe d’aujourd’hui est sale  »
Le lien :
http://www.elmundo.es/cultura/2016/07/07/577d58e4ca4741dc2d8b460b.html

Un autre :

Boris Pahor à Palma de Majorque parle inlassablement de l'Europe, Juin 2016

Boris Pahor à Palma de Majorque parle inlassablement de l’Europe, Juin 2016

Et aussi :
Boris Pahor: “L’Europa actual també és bruta, desgraciada i egoista” de CRISTINA ROS
Le lien :
http://www.arabalears.cat/cultura/Boris-Pahor-LEuropa-desgraciada-egoista_0_1603639687.html

Un article de Gil Toll qui lui a vraiment regardé le film avec attention.
C’est rare !
Le lien :
Boris Pahor, retrato de un hombre libre

Très belle présentation du film avant la projection par un superbe personnage : Emili Manzano, journaliste, écrivain et réalisateur (son film « El dia de la sépia » ici
http://www.ccma.cat/tv3/el-documental/el-documental-estrena-el-dia-de-la-sipia/noticia/2710834/

Boris Pahor et Emili Manzano devant la salle comble pour l'ouverture de l'Atlantida film festival au cinéma Cineciutat de Palma de Majorque le 27 juin 2016

Boris Pahor et Emili Manzano devant la salle comble pour l’ouverture de l’Atlantida film festival au cinéma Cineciutat de Palma de Majorque le 27 juin 2016

Quelques mots d’Emili Manzoni après la projection :

(En catalan. La traduction suit)

« Ahir vaig tenir l’honor de presentar l’escriptor Boris Pahor (Trieste, 1913) a Palma, amb motiu de l’estrena del documental de Fabienne Issartel projectat com obertura del festival de cinema Atlantida Film Fest de l’amic Jaume Ripolli que podeu trobar a la plataforma de cinema a domicili www.filmin.es(« Retrato de un hombre libre »). Boris Pahor és autor d’una extensa obra en llengua eslovena de la qual només disposam, a les nostres llibreries, de les edicions catalana (Pagès Editors) i castellana (Anagrama) del seu impressionant « Necròpolis », sobre el seu pas pels camps de concentració nazis. Un home que ha sobreviscut als pitjors escorxadors humans del segle XX, i que ahir, a Palma, demostrà que si bé ha estat víctima i testimoni del pitjor que ha donat Europa, també és l’hereu del millor que ha donat el nostre continent al llarg de la seva història: la tradició humanística. Al final de la projecció volgué adreçar-se al públic, i sota l’allau d’aplaudiments que tancàren la seva intervenció encara va aixecar un fil de veu per demanar que els aplaudiments fossin dedicats a tots aquells que vàren morir per la llibertat d’Europa. »

Traduction du catalan en français :

« Hier j’ai eu l’honneur de présenter l’écrivain Boris Pahor (né à Trieste en 1913) à Palma, à l’occasion de la première espagnole du documentaire Fabienne Issartel, « Retrato de un hombre libre », projeté à l’ ouverture du festival Atlantida de mon ami Jaume Ripoll (www.filmin.es). Boris Pahor est l’auteur d’une œuvre vaste slovène, dont nous avons seulement dans nos librairies, les éditions catalanes ( Pagès Editors) et espagnoles (Anagram) de son impressionnante « Necropolis », sur son voyage à travers les camps de concentration nazis. Un homme qui a survécu aux pires abattoirs humains du XXe siècle, et qui hier à Palma a démontré que même si il a été la victime et le témoin de cette Europe, il est aussi l’héritier de la meilleure chose qu’ait façonné notre continent tout au long de son histoire : la tradition humaniste. A la fin de la projection il a rejoint le public sous un tonnerre d’applaudissements, qui ont aussi clôturé son discours, et dans un dernier sursaut de voix, il en a demandé encore, pour rendre hommage cette fois-ci à ceux qui sont morts pour la liberté de l’Europe. »

Et encore à 18’37 un reportage sur Boris sur RTVE
Cliquez :
http://www.rtve.es/alacarta/videos/la-2-noticias/2-noticias-30-06-16/3650394/

Face à Boris Pahor après les interviews interminables au festival de Palma de Majorque en juin 2016, photo Fabienne Issartel

Face à Boris Pahor après les interviews interminables au festival de Palma de Majorque en juin 2016, photo Fabienne Issartel

« Et voilà, nous avons fait notre devoir ! » me dit-il.

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Après sa diffusion le 26 septembre sur France 3, « CHACUN CHERCHE SON TRAIN » de Fabienne Issartel, 52′, se promène ! Le 11 octobre, le film était à St- Pierre-des-Corps ! Il sera projeté au festival des Escales documentaires de La Rochelle le samedi 12 novembre à 16 h. L’AVANT-PREMIÈRE du 15 septembre 2016 au Cin’Hoche de Bagnolet avait réuni quelques 200 spectateurs enthousiastes.

Médéric Collignon et Pacôme Thiellement pendant le tournage de "Chacun cherche son train" au Groundcontrol à Paris, octobre 2015. Médéric improvise à partir des dessins du livre "Grande vitesse" de Jochen Gerner

Médéric Collignon et Pacôme Thiellement pendant le tournage de « Chacun cherche son train » au Groundcontrol à Paris, octobre 2015. Médéric improvise à partir des dessins du livre « Grande vitesse » de Jochen Gerner

CHACUN CHERCHE SON TRAIN, un film de Fabienne ISSARTEL, 52’’

TOUJOURS EN REPLAY pendant encore quelques jours 8 (après les 2 pubs et la longue mire de Bar). Cliquez sur le lien ci-dessous :

http://france3-regions.francetvinfo.fr/aquitaine/emissions/qui-sommes-nous-en-aquitaine/documentaire-chacun-cherche-son-train-lundi-26-septembre-apres-le-grand-soir-3.html

Prochaine projection du film le 12 novembre à 16 h au festival « les Escales documentaires » de La Rochelle (section Escales locales) au MUSEUM d’histoire naturelle, 28 rue Albert 1er.

http://www.escalesdocumentaires.org/films-competition/chacun-cherche-son-train/

Infos pratiques et lieu de ma projection (N° 5 sur le plan) :

http://www.escalesdocumentaires.org/le-festival-2016/infos-pratiques/

l'affiche du festival ESCALES DOCUMENTAIRES de La Rochelle du 8 au 13 novembre 2016

l’affiche du festival ESCALES DOCUMENTAIRES de La Rochelle du 8 au 13 novembre 2016

La dernière projection, c’était mardi 11 octobre à 18 H 30  » dans la magnifique salle de cinéma du Centre culturel de St Pierre des Corps !

L’affiche de l’événement (du 16 septembre au 29 octobre) « Des traits, des trains/ le dessin ferroviaire », une exposition de dessins (Gébé, Dubreuil,Sochard), des rencontres et un film (« chacun cherche son train » !). Cette manifestation originale a été imaginée par Astrid Chabin, responsable du « fonds TRAIN » à la bibliothèque de St Pierre des Corps.

"des traits des trains" du 16 septembre au 29 octobre 2016 à St Pierre des Corps

« des traits des trains » du 16 septembre au 29 octobre 2016 à St Pierre des Corps

Dans la Nouvelle République :

http://www.lanouvellerepublique.fr/Contenus/Articles/2016/10/15/Chacun-cherche-son-train-et-trouve-sa-voie-2871609

Une assemblée chaleureuse et attentive a nourri le débat qui a suivi la projection.
J’étais là pour leur répondre, accompagnée de Marine Tadié qui a réalisée toutes les images du film, et de Dominique Maugars, ancien cheminot de St Pierre des Corps, personnage du documentaire.
Leurs questions :
Mes voyageurs sont-ils de vrais voyageurs ?
Mon discours est-il ou n’est-il pas passéiste ?
Le documentariste doit-il dans ses films répondre aux questions ou bien les poser en donnant envie aux spectateurs d’y réfléchir ?
Quelle place peut prendre la poésie dans nos vies d’aujourd’hui et aussi dans nos films ?
Pourquoi on aime la vitesse et pourquoi aussi on en a toujours eu peur ?
Quel est ce rapport intrinsèque entre le train et le cinéma ?
Que nous disent les images entre les lignes et comment les fabriquer pour qu’elles ne nous trahissent pas ?
Qu’est-ce que le doute ? Est-il ou n’est-il pas un frein à l’idée de mouvement ?

Les spectateurs ont déclaré aussi que le film leur donnait envie de lire Léon Paul Fargue, Alfred Jarry et Ivan Illich… Si les films servent au moins à ça, à donner envie de lire : alors je suis ravie !

Un dessin de Fred Sochard dans l'exposition "des traits-des trains" à la bibliothèque de St Pierre des Corps, octobre 2016 (photo Fabienne Issartel)

Un dessin de Fred Sochard dans l’exposition « des traits-des trains » à la bibliothèque de St Pierre des Corps, octobre 2016 (photo Fabienne Issartel)

Après la projection j’ai pu découvrir l’exposition de dessins à la bibliothèque de St Pierre des Corps qui réunit trois artistes. Exposition très riche et dont certaines oeuvres faisaient d’ailleurs écho aux questionnements de notre débat…

A la fin de mon film, je pose cette question : « Où allons-nous ? »
Et j’y réponds d’une certaine façon en déclarant : « vers ce quelque part qui n’est peut-être nulle part.Et c’est ce doute qui nous pousse à avancer !  »
Voilà deux dessins de Gébé qui a commencé sa carrière de dessinateur dans le magazine : « La vie du rail » qui abordent aussi mes sujets de prédilection.

"Le doute" : dessin de GEBE issu de La vie du Rail et présent dans l'exposition "des traits-des trains" de St Pierre des Corps, octobre 2016 (photo Fabienne Issartel)

« Le doute » : dessin de GEBE issu de La vie du Rail et présent dans l’exposition « des traits-des trains » de St Pierre des Corps, octobre 2016 (photo Fabienne Issartel)

Dessin de GEBE issu de La vie du Rail et présent dans l'exposition "des traits-des trains" de St Pierre des Corps, octobre 2016 (photo Fabienne Issartel)

Dessin de GEBE issu de La vie du Rail et présent dans l’exposition « des traits-des trains » de St Pierre des Corps, octobre 2016 (photo Fabienne Issartel)

Original du dessin de Ferdinand Dubreuil "les hommes du rail" présent dans l'exposition "des traits-des trains" de St Pierre des Corps, octobre 2016 et aussi dans le film "Chacun cherche son train"(photo Fabienne Issartel)

Original du dessin de Ferdinand Dubreuil « les hommes du rail » présent dans l’exposition « des traits-des trains » de St Pierre des Corps, octobre 2016 et aussi dans le film « Chacun cherche son train »hoto Fabienne Issartel)

Le formidable ouvrage 'grande vitesse" de Jochen Gerner, présent dans l'exposition "des traits-des trains" de St Pierre des Corps, octobre 2016 et aussi dans le film "Chacun cherche son train" (photo Fabienne Issartel)

Le formidable ouvrage ‘grande vitesse » de Jochen Gerner, présent dans l’exposition « des traits-des trains » de St Pierre des Corps, octobre 2016 et aussi dans le film « Chacun cherche son train » (photo Fabienne Issartel)

L’avant-première de CHACUN CHERCHE SON TRAIN le 15 septembre 2016 à 21h au Cin’Hoche de Bagnolet a été un beau succès ! Merci aux 200 personnes présentes à cette avant-première très joyeuse !
Voilà quelques photos réalisées par Arnaud Baumann.

La salle du Cin’Hoche se remplit.

La salle du Cin'Hoche se remplit le 15 septembre 2016 à 21h pour l'avant-première à Bagnolet de CHACUN CHERCHE SON TRAIN de Fabienne Issartel. Photo Arnaud Baumann, tous droits réservés.

La salle du Cin’Hoche se remplit le 15 septembre 2016 à 21h pour l’avant-première à Bagnolet de
CHACUN CHERCHE SON TRAIN de Fabienne Issartel. Photo Arnaud Baumann, tous droits réservés.

Ariane Issartel qui a composé et interprété la musique originale du film à l'avant-première du film à Bagnolet. Photo Arnaud Baumann, tous droits réservés.

Ariane Issartel qui a composé et interprété la musique originale du film à l’avant-première du film à Bagnolet. Photo Arnaud Baumann, tous droits réservés.

SYNOPSIS :
« Immobiles devant les fenêtres du train, nos écrans de cinéma, ou ceux des ordinateurs, nous regardons défiler notre monde en pleine mutation. « Les écrans sont ces miroirs du temps qui annulent l’horizon » dit Paul Virilio, le grand penseur de la vitesse. « Alors, comment retrouver un rythme propre, notre petit tempo battant, au coeur de cette accélération inéluctable ? », se demandent les protagonistes du film, passagers en quête de sens sur le chemin furtif de la vie, et dont le train devient ici la métaphore. Un « film promenade » – pour croiser les reflets de nos âmes qui deviennent, le temps du film, « le paysage » mouvant du voyage. Où vont-ils ? Eux ? Moi ? Où allons-nous ? « Chacun cherche son train » ! Un film en marche, dans lequel l’homme et la machine cherchent désespérément à s’aimer. Un film pour « refaire le monde » à notre image ! »

Réalisation : Fabienne Issartel – Image : Marine Tadié – son : Olivier Vieillefond – Montage : Xavier Franchomme – Musique originale : Ariane Issartel – Une coproduction MARMITAFILMS/FRANCE TELEVISIONS (52 minutes)

Avec les voyageurs filmés :

Hermine Karagheuz (actrice), Pacôme Thiellement (écrivain), Médéric Collignon (musicien), François Abdelnour (cinéaste), Klavdij Sluban (photographe), Benoît Duteurtre (écrivain), Dominique Maugars, (cheminot et cinéaste), Marc Armengaud (architecte), Denis Brochard (architecte), Denis Sire (dessinateur), Yves Belaubre (scénariste), Lola Salès (géographe), Pascal Desmichel (géographe), Julien Rapegno (journaliste), Jean-René Malivert (ferrovipathe), Dominique Olivier, Michel Prioux et Rémi Sagot (conducteurs de locomotives).

Et aussi, l’ouvrage « Grande vitesse » de Jochen Gerner, les dessins de Ferdinand Dubreuil, les textes d’Alessandro Baricco.

Et encore les magnifiques conducteurs de la locomotive du « train des Mouettes » dans lequel une scène de « Chacun cherche son train » a été tournée.
Cliquez ici pour découvrir le visage et l’identité de mes voyageurs :

CHACUN CHERCHE SON TRAIN – les voyageurs !

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Hermine Karagheuz et Pacôme Thiellement à Bagnolet (photo Arnaud Baumann)

Dans « Chacun cherche son train », Hermine et Pacôme voyagent ensemble dans le  » train des Mouettes » en Charentes Maritimes entre Saujon et la Tremblade…

http://www.ville-bagnolet.fr/index.php/lire-actualite/items/chacun-cherche-son-train-1559.html

Marc Armengaud, philosophe, urbaniste et architecte, dans "chacun cherche son train"

Marc Armengaud, philosophe, urbaniste et architecte, dans « chacun cherche son train »

La première diffusion à la télévision a eu lieu le 26 septembre sur France 3 Poitou Charentes et France 3 Limousin après le grand Soir 3.

L’affiche du film : une image tournée à Angoulême en fin de journée

Cliquez ici :

Affiche du film « Chacun cherche son Train » de Fabienne Issartel, 52′, 2016

La directrice de la photo : Marine Tadié

Marine Tadié, la Directrice de la photo du film "Chacun cherche son train"

Marine Tadié, la Directrice de la photo du film « Chacun cherche son train »

Musique originale : Ariane Issartel

La violoncelliste Ariane Issartel qui a composé et interprété la musique originale du film "Chacun cherche son train" de Fabienne Issartel

La violoncelliste Ariane Issartel qui a composé et interprété la musique originale du film « Chacun cherche son train » de Fabienne Issartel

Olivier Viellefond a réalisé toutes les prises de sons des tournages de "Chacun cherche son train"

Olivier Viellefond a réalisé toutes les prises de sons des tournages de « Chacun cherche son train »

Klavdij Sluban, photographe, dans "Chacun cherche son train"

Klavdij Sluban, photographe, dans « Chacun cherche son train »

Voilà quelques éléments qui ont régie ma réflexion pour construire ce film :

L’actualité  :

En 2017, une toute nouvelle ligne à grande vitesse Sud Europe Atlantique sera mise en service. On pourra alors rejoindre Bordeaux de la capitale à 320 kms/h et en 2 h et 5 minutes, au lieu de 3 heures actuellement… Que d’avancées depuis 1829 où la fameuse « Rocket » de George Stephenson fit sensation, circulant à Rainhill en Angleterre à 59 kms/h devant un public médusé et effrayé. En 1853, 24 ans plus tard seulement, quatre trains reliaient déjà quotidiennement la ligne Paris Bordeaux, le train le plus rapide effectuant alors le parcours en un peu plus de treize heures… Notre espace-temps se réduit donc toujours plus. Jusqu’où ? Et quelle conséquence cela aura-t-il sur nos vies ?

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Le magazine Life en 1964 :

« En 1964, le magazine Life déclarait déjà que le plus important problème de société auquel nous serions confrontés demain serait de savoir ce que nous ferions de ce temps libre… Nous n’avons pas aujourd’hui l’impression de disposer de plus de temps : au contraire, nous en avons toujours trop peu. Nous vivons dans une pénurie de temps, une “famine temporelle”, comme la décrivait en 1999 les sociologues américains John Robinson et Geoffrey Godbey.Toutes les sociétés modernes sont caractérisées par une pénurie de temps » disaient-ils : « plus une société est moderne, et moins elle a de temps”. Ce n’est pas le pétrole qui nous manquera un jour, mais plutôt le temps… »

Paul Virilio, le grand penseur de la vitesse :

« L’écologie grise devrait, et devra, aussi, traiter la pollution des distances. Car les choses existent à travers des proportions. Au-delà de 2,5 mètres, nous ne sommes plus homme. Or, la vitesse des transports et des transmissions instantanées réduit le monde à rien. Nous vivons une époque singulière où notre appréciation des échelles de temps et de distances est bouleversée. L’écologie doit maintenant réaccorder la philosophie et la science. Si l’écologie veut être une science utile à l’humanité, à la démocratie, à la liberté, elle doit être à la fois ouverte à la techno-science mais aussi à la philo-science. »

Ivan Illich :

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Ivan Illich (un des penseurs de l’écologie politique) : « à partir du moment où la société industrielle, par souci d’efficacité, institutionnalise un moyen, que ce soit un outil, un mécanisme, ou un organisme – afin d’atteindre un but, ce moyen tend à croitre, jusqu’à dépasser un seuil où il devient dysfonctionnel et nuit au but qu’il est censé servir. Ainsi l’automobile nuit au transport, l’école nuit à l’éducation et la médecine nuit à la santé. L’institution devient alors contre-productive, et contribue à aliéner l’être humain et la société dans son ensemble. »

Extrait des « Châteaux de la colère » d’Alessandro Baricco :

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« Dans les trains pour sauver leur peau, pour arrêter la rotation perverse de ce monde qui les martelait là-bas de l’autre côté de la vitre, et pour esquiver la peur, et pour ne pas se laisser engloutir par le vertige de la vitesse qui forcément cognait sans cesse dans leur cerveau autant que sur la forme de ce monde frôlant l’autre côté de la vitre sous des apparences jamais vues jusque-là, surprenantes sans doute, mais impossibles, parce que s’abandonner un seul instant relançait instantanément la course de la peur, et donc cette épaisse et profonde angoisse qui au
moment de se cristalliser en pensée se révélait de toute façon n’être rien d’autre que la sourde pensée de la mort – dans les trains pour sauver leur peau, ils prirent l’habitude de s’en remettre à un geste méticuleux, un exercice d’ailleurs conseillé par les médecins eux-mêmes et d’illustres savants, une stratégie minuscule de défense, évidente mais géniale, un petit geste exact, et splendide.Dans les trains, pour échapper à ça, ils lisaient. Le baume parfait. L’exactitude fixe de l’écriture comme suture d’une terreur. L’oeil qi trouve dans les infimes virages dictés par les lignes une échappatoire nette à ce flux indistinct d’images que la fenêtre impose. On vendait dans
les gares des lampes exprès pour ça, des lampes de lecture. Elles se tenaient d’une main, elles dessinaient un cône intime de lumière à fixer sur la page ouverte. Il faut imaginer ça. Un train lancé dans une course furieuse sur deux lames de fer, et dans ce train un petit coin d’immobilité magique minutieusement découpé par le compas d’une petite flamme. La vitesse d train et la fixité du livre éclairé. L’éternellement changeante multiformité du monde tout autour, et le microcosme pétrifié d’un oeil qui lit. Comme un noyau de silence au coeur d’une détonation… »

François Truffaut dans « La nuit américaine » :

« Un film avance comme un train : comme un train dans la nuit » dit François Truffaut à Jean-Pierre Léaud dans « la Nuit américaine ».

« Tu vois, c’est ça notre travail de réalisateurs! »

 

L'affiche du documentaire "chacun cherche son train" de Fabienne Issartel

L’affiche du documentaire « chacun cherche son train » de Fabienne Issartel

 

Les magnifiques conducteurs de la locomotive du "train des Mouettes" dans lequel une scène de "Chacun cherche son train" a été tournée

Les magnifiques conducteurs de la locomotive du « train des Mouettes » dans lequel une scène de « Chacun cherche son train » a été tournée

Pascal Desmichel, géographe et fils de cheminot, dans "Chacun cherche son train"

Pascal Desmichel, géographe et fils de cheminot, dans « Chacun cherche son train »

Benoît Duteurtre, écrivain, dans "Chacun cherche son train"

Benoît Duteurtre, écrivain, dans « Chacun cherche son train »

UNE NOUVELLE PROJECTION DU FILM EN OCTOBRE !
Réservez votre billet de train pour Saint-Pierre des Corps !Au mois d’octobre (le 11 octobre à 18 h 30) le film sera diffusé à Saint-Pierre des Corps, haut-lieu ferroviaire. Dominique Maugars, ancien cheminot de St Pierre des Corps, et que j’ai filmé dans « chacun cherche son train » sera bien sûr présent à mes côtés.

Dominique Maugars, ancien cheminot et cinéaste, à St Pierre des Corps, filmé pour le documentaire "Chacun cherche son train"

Dominique Maugars, ancien cheminot et cinéaste, à St Pierre des Corps, filmé pour le documentaire « Chacun cherche son train »

http://www.lanouvellerepublique.fr/Indre-et-Loire/Communes/Saint-Pierre-des-Corps/n/Contenus/Articles/2016/08/19/La-bibliotheque-est-deja-sur-les-rails-2813355

Voilà l’affiche de ce bel événement (du 16 septembre au 29 octobre) qui propose autour du titre « Des traits, des trains: le dessin ferroviaire », une exposition de dessins (Gébé, Dubreuil,Sochard), des rencontres et un film (« chacun cherche son train ») :

"des traits des trains" du 16 septembre au 29 octobre 2016 à St Pierre des Corps

« des traits des trains » du 16 septembre au 29 octobre 2016 à St Pierre des Corps

Pacôme Thiellement dans la salle du Cin'Hoche pour l'avant-première de "Chacun cherche son train" le 15 septembre 2016. Photo Arnaud Baumann. Tous droits réservés

Pacôme Thiellement dans la salle du Cin’Hoche pour l’avant-première de « Chacun cherche son train » le 15 septembre 2016. Photo Arnaud Baumann. Tous droits réservés

Dessin de Fred Sochard,  présent dans l'exposition "des traits-des trains" de St Pierre des Corps, octobre 2016 (photo Fabienne Issartel)

Dessin de Fred Sochard, présent dans l’exposition « des traits-des trains » de St Pierre des Corps, octobre 2016 (photo Fabienne Issartel)

Un épisode dessiné de "la petite halte" de GEBE, document de "la vie du rail" présent dans l'exposition "des traits-des trains" de St Pierre des Corps, octobre 2016 (photo Fabienne Issartel)

Un épisode dessiné de « la petite halte » de GEBE, document de « la vie du rail » présent dans l’exposition « des traits-des trains » de St Pierre des Corps, octobre 2016 (photo Fabienne Issartel)

Dans mon documentaire, Pacôme Thiellement évoque avec Hermine Karagheuz une scène au début du film « l’an 01 » (Jacques Doillon, Gébé, Alain Resnais et Jean Rouch)où le personnage déclare :

« et un jour ce train, et bien, je ne l’ai pas pris ! »

Pour revoir cette scène avec Gérard Depardieu :

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Boris pahor 103 ans à l’ouverture du forum culturel européen 2016 à Bruxelles dit les choses que personne ne veut entendre !

Boris Pahor, discours inaugural du forum culturel européen 2016 à Bruxelles

Boris Pahor, discours inaugural du forum culturel européen 2016 à Bruxelles

Voilà en cliquant sur le lien à la fin de cet article, la possibilité de ré-entendre Boris Pahor lors de son discours inaugural au dernier forum culturel européen 2016, prononcé le 20 avril. Il parle à partir de 28′ 12. Le texte intégral de ce discours est présent ici aussi. Il y exprime son inquiétude concernant l’avenir du monde plus préoccupé par l’argent que par la qualité de vie de l’humanité. Boris Pahor propose ici d’organiser une grande réunion de tous les pays européens, comme on l’a fait récemment pour le climat, pour imaginer la meilleure façon de répondre aux problèmes des migrants.
Boris Pahor à 103 ans est toujours aussi pertinent pour réfléchir à l’actualité brûlante de notre monde bouleversé.

Retranscription du discours de Boris Pahor :

Mesdames et Messieurs,

j’ai deux questions que je trouve très importantes du point de vue de la culture. La première question concerne un camp de concentration dans les Vosges, c’est-à-dire le camp du Struthof-Natzweiler, à neuf cents mètres d’altitude, ce camp où est né mon livre « Pèlerin parmi les ombres » (en français), traduit en vingt-et-une langues sous le nom de « Nécropole ».
Dans ce camp-là, la France a construit un bâtiment qui abrite le « Centre Européen du Résistant Déporté ». Dachau était le premier camp qu’a créé Hitler pour les communistes, les socialistes [et pour les résistants politiques], puis il y a eu Buchenwald, Struthof-Natzweiler, puis Dora-Mittelbau, Mauthausen, Bergen-Belsen. Il existe une quinzaine de ces camps à peu près. Il faut souligner tout de suite que Buchenwald avait environ à quatre-vingt dépendances. Une dépendance de Buchenwald, était Dora-Mittelbau. Les déportés y construisaient les V2. Ce camps se trouvait dans les montagnes dans la forêt et sur soixante mille déportés, vingt-cinq mille sont morts pour construire les V2 sous la direction de Von Braun, de l’ingénieur nazi Von Braun. Il a été emmené aux Etats-Unis en cachette, après la Libération, et on l’a embauché à la NASA. Quand l’homme s’est rendu sur la Lune, il est devenu alors le héros mondial, lui l’ingénieur Von Braun des nazis.
Dora-Mittelbau était donc une dépendance de Buchenwald. Et le camp de Dora lui-même avait trente-neuf dépendances et dans une de ces dépendances, j’étais déporté moi-même. En 1995, on a créé une organisation des étudiants allemands, puis français et italiens qui s’appelle « Jugend für Dora », « La Jeunesse pour Dora » et qui s’intéressent à ça, qui veulent faire connaître le camp de Dora où on faisait ces V2. Et ça c’est une chose fantastique. Ils sont aussi venus à Trieste, chez moi, et ils m’ont dit : « Boris Pahor, vous avez écrit un livre dans lequel vous parlez aussi de Dora : vous y étiez. Vous parlez aussi des autres camps, mais surtout de Dora. Donc cela nous intéresse parce qu’il faudrait faire connaître Dora au peuple européen en général. J’ai expliqué cela publiquement. J’étais à Dora il y a une semaine où l’on m’a invité pendant cinq jours pour la commémoration de la libération. J’y suis allé déjà trois fois auparavant. Je suis un peu un habitué. J’ai parlé aussi du « Centre Européen du Résistant Déporté ».
Ces résistants avaient des triangles rouges.
En Allemange, tous les gens dans les camps allemands avaient des triangles sur la poitrine et la couleur de ces triangles donnait une précisions de ce qu’ils avaient fait de mal pour être déportés. Et le rouge, c’était nous ! Il y avait mille six-cents camps de travail où les soi-disants résistants devaient mourir de faim, de maladie et étaient pendus. A Dora on faisait beaucoup de sabotages et le sabotage était fait en sachant qu’on contrôlerait où a avait été commis le sabotage. Dans ces cas-là, on ne demandait pas dans ce petit centre de montagne qui avait fait le sabotage exactement, mais on pendait tous les gens qui travaillaient dans l’atelier identifié. Quand je suis arrivé de Dachau, je me suis retrouvé justement dans une dépendance de Dora. On en avait pendu dix récemment, puis on en a pendu encore vingt à la fois quelques temps après.
De tout cela pratiquement la population européenne ne sait rien du tout. Comme elle ne sait rien de Dachau, comme elle ne sait rien de Mauthausen. Il y avait beaucoup de Français à Mauthausen parce que tous ces camps-là avaient tous des dépendances. Dans tous ces camps les gens mouraient de faim, de maladie, de pendaison. Et moi je parle ici de cela dans ce lieu dédié à la culture européenne.
Pourquoi chaque fois qu’on parle de la mémoire, il n’y a personne qui parle des camps de déportés, de ceux qui étaient des résistants ? La majorité pourtant étaient des intellectuels, des hommes de culture qui se sont opposés. Les Français, les Belges, les Hollandais et les Norvégiens portaient en plus un N majuscule sur le dos. NN signifiait « Nacht und Nebel ». C’était une loi spéciale nazie destinée aux hommes qui étaient condamnés à mort, par exemple à Paris ou dans une ville de France où ils ne pouvaient pas être tués, ils recevaient sur le dos le NN. Cela signifiait que ce monsieur-là irait après sa mort dans l’autre monde, après avoir passé la fin de sa vie dans le brouillard et dans la nuit. C’étaient des gens qui venaient de toute l’Europe occidentale. Ils étaient punis de cette façon-là parce qu’ils se sont opposés, mais d’une autre façon que les communistes russes et tous les autres.
La culture européenne était opposée aux Nazis.
Je parle de cela pour que l’Europe européenne, pour que les gens de culture qui sont ici ou les gens qui vont peut-être dire quelque chose de ce qui s’y est passé, puissent témoigner de cela à propos des camps, pour que chaque année, quand il y a le jour de la mémoire, on puisse se souvenir des résistants européens, russes, polonais, tchèques, italiens, slovènes, français, belges, espagnols.
Les Espagnols, ce sont des gens qui ont combattu contre Franco. Ils se sont réfugiés en France et pendant l’ère de Pétain, ils ont été punis dans les camps de concentration allemands. Vous voyez la chose. C’étaient des Espagnols, c’étaient des Hollandais, c’étaient des Norvégiens. Moi j’étais interprète pour l’italien, le français et les langues slaves, pour seconder un médecin norvégien en chef, Leif Poulson, un homme très chic qui dirigeait tous les médecins des différents pays dans le camp de Struthof-Natzweiler dont j’ai parlé tout à l’heure. Et je me donne la permission de prier les hommes de culture qui préparent aujourd’hui ces deux journées de la culture européenne de ne pas oublier les gens qui ont combattu pour la liberté. La société d’aujourd’hui qui est égoïste et qui s’en fiche pas mal, va dire que cela c’est du passé, et qu’on doit penser au futur. Ils ne pensent qu’à l’argent. Car la liberté, c’est l’argent aujourd’hui. Ils ne sont pas dignes, les gens de cette société maintenant, de tous ces morts qui ont combattu pour la liberté. La liberté s’est transformée en un sale égoïsme.

Boris Pahor à Bruxelles en juin 2016 pour l'ouverture du forum culturel européen

Boris Pahor à Bruxelles en juin 2016 pour l’ouverture du forum culturel européen

La deuxième question dont je voudrais parler et dont je voudrais qu’on accepte la proposition est la suivante. La société dans laquelle on vit aujourd’hui, cette société égoïste, doit faire avec ce qui s’est passé à Paris, ce qui s’est passé à Bruxelles, ce qui s’est passé auparavant également à New York avec les deux tours. On ne peut pas combattre avec l’armée ou avec des bombes les gens qui nous dirigent. Il faut que la société humaine, la société européenne d’abord, la société culturelle européenne, que tous se mettent d’accord pour une espèce de réunion européenne générale, une espèce de congrès général. Quelque chose de la même ampleur que ce que l’on a fait pour le climat, que ce que l’on a fait pour l’atmosphère.
Pour sauver l’Europe aujourd’hui, il faut se mettre d’accord à travers un dialogue, un dialogue général pour changer la façon de vivre de l’Homme sur cette Terre, une façon de trouver la manière de ne pas tout vouloir résoudre par les guerres pour atteindre la libération, qui nous amènera forcément à une nouvelle autre guerre. Et puis avec toutes ces choses qu’il faut défendre, toute l’Europe vit sous un contrôle. Il faut maintenant que l’Europe qui a inventé des choses magnifiques, l’Europe intellectuelle avec les petits téléphones aves lesquels je peux, moi maintenant, parler avec New York… Cela, c’est un miracle. Les gens qui ont vécu il y a cent ans nous diraient : « mais qu’est-ce que c’est ça ? Comment avez-vous réussi à faire çà ? ». C’est la question du progrès technologique qui suit son cours. Mais tout de même, les hommes qui ont créé cela, s’ils se mettaient à raisonner pour changer la façon de vivre de l’Homme avec l’intelligence, et avec les sentiments… Dans ce monde avec des gens qui ont faim d’un côté et de l’autre des riches, qui cachent de l’argent. C’est une chose anormale de vivre comme cela. Je crois que la première chose c’est au moins de donner à manger à l’Afrique. L’Europe a colonisé l’Afrique. Cela signifie qu’elle a vécu avec ce que l’Afrique lui a donné. Elle devrait avoir une certaine dette.
Le Pape l’a dit quand il est allé en Afrique : il faut essayer de faire en sorte que ces gens-là élargissent leurs possibilités de se prendre en main de pouvoir se mettre debouts. Médecins sans frontières, c’est une très belle chose. Il faut louer cela. Il faut dire « Chapeau ! ». Mais ils sont toujours en train de demander de l’argent eu aussi juste pour donner des médicaments. Cela coûte. Si vous donnez vingt euros, on va acheter juste de l’aspirine ou des choses comme cela. Cela, c’est une honte pour l’Europe, c’est une honte pour l’Homme européen, soi-disant plus intelligent, plus évolué… C’est une honte si, avec sa civilisation technique, il est incapable de faire mieux.
Alors je demande à l’Homme culturel, à l’Homme de culture, dans cette rencontre culturelle qu’on est en train de faire maintenant, d’essayer d’organiser, de proposer une espèce de dialogue général – appelez cela « congrès », appelez cela comme vous voulez – mais que ce soit une rencontre où l’Homme du XXIème siècle se mette à penser ce que le christianisme a toujours dit et Jésus aussi : « il faut aimer ton prochain. Il faut l’aider ». Mais on ne met pas cela en pratique. Le philosophe Nicolas Berdiaev a dit que ce sont les Chrétiens d’abord qui devraient faire une révolution. Les gens ne vivent pas selon ce qui est écrit dans l’Evangile.
Je suis social-démocrate, mais je suis avec le Pape : on n’a pas besoin de guerre pour accéder à la liberté et pour le bien-être de l’Humanité. Il s’agit d’aider son prochain au lieu de donner maintenant des milliards et des milliards pour bloquer l’avancée de tous ceux qui veulent venir en Europe afin de trouver une façon de vivre plus honnête et plus juste. Donnez tous ces milliards à « une organisation générale » dédiée à la vie sur Terre : une vie d’Homme qui soit juste, qui soit dans l’idée de celle qu’on espère pour l’autre monde s’il y en a un. Mais ne détruisons pas ce monde d’emblée, ne le détruisons pas de notre propre chef !

Je vous remercie.

Boris Pahor

Le lien

http://ec.europa.eu/avservices/video/player.cfm?sitelang=fr&ref=I119796

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À VOIR ET À MANGER ! Projection de mon film « Aux pays de la morue » le samedi 7 novembre au Festival aux « Ecrans gourmands » du Centre Européen de Conques : au coeur du village de Grand-Vabre dans l’Aveyron !

La pêche à la morue dans les années 30 à Terre-Neuve

La pêche à la morue dans les années 30 à Terre-Neuve

Mon film « aux pays de la morue » sera projeté ce samedi à Grand Vabre dans l’Aveyron, où une des scènes avait été tournée.
Il s’agissait de la préparation de la fameuse « Estofinade » par Marie dans son restaurant du même nom !

Un doux fumet se propage cet automne sur le territoire de la communauté de communes Conques-Marcillac.
Le centre européen de Conques et Vallon de cultures se sont en effet associés pour la première édition du festival « Ecrans gourmands » qui permet aux cinéphiles et aux gastronomes de goûter aux plaisirs du septième art mais aussi à ceux de la table.

http://www.centre-europeen.com
Voilà une bonne idée qu’on dirait presque imaginée par moi qui aime ensemble les nourritures terrestres et spirituelles !
Je me régale d’avance à l’idée de me rendre là-bas à cette occasion puisqu’on me fait l’honneur de m’inviter.

Cette première édition se déroule en trois épisodes : à Marcillac les 3 et 4 octobre (ça c’est passé), à Grand-Vabre et Noailhac les 7 et 8 novembre et à Séveyrac les 12 et 3 décembre. Au menu, des projections de films en tous genres (fictions, documentaires, jeune public, patrimoine…), des repas, des lectures, des expositions et des rencontres, et de surprenantes scénographies mises en place dans les quatre lieux qui accueillent le festival.

Mon film « AUX PAYS DE LA MORUE » sera projeté en fin de soirée à Grand-Vabre le 7 novembre après l’apéritif et la dégustation de l’estofinade…

Marie à Grand Vabre pendant le tournage de "Aux pays de la morue" Film de Fabienne Issartel en 2011

Marie à Grand Vabre pendant le tournage de « Aux pays de la morue » Film de Fabienne Issartel en 2011

Extraits du programme de cette fin de journée :

Le chant de la mer

> 18h30
Apéritif et conférence « Le Lot navigable et le stockfisch » par Christian Bernad, président de l’Association pour l’aménagement de la vallée du Lot et auteur d’ouvrages sur la rivière Lot. Christian Bernad apparaît aussi dans mon film aux côtés de Daniel Crozes, tous les deux co-auteurs d’un beau livre sur « l’Estofinade ».

19h30
Repas autour de l’estofinade au restaurant « Chez Marie »
Au menu : soupe – estofinade – salade – dessert
17 € (8 € pour les moins de 12 ans) – Sur réservation au 05 65 69 84 55

Marie prépare son Estofinade à Grand Vabre pendant le tournage de "Aux pays de la morue" Film de Fabienne Issartel en 2011

Marie prépare son Estofinade à Grand Vabre pendant le tournage de « Aux pays de la morue » Film de Fabienne Issartel en 2011

21h00
Projection du film documentaire « Aux pays de la morue » réalisé par Fabienne Issartel (France, 2011, 52min) en présence de la réalisatrice.
Comment l’affaire de la morue, de sa pêche à sa consommation, a-t-elle pu dynamiser toute l’économie française pendant six siècles ? Comment ce poisson pêché à l’autre bout du monde, dans les mers froides du globe, a-t-il pu pénétrer partout en France et jusqu’en Aveyron pour s’y enraciner durablement ?
Un documentaire passionnant qui nous fait voyager de la Norvège jusqu’aux cuisines de Marie à Grand-Vabre.

Le dernier morutier de France part de Saint-Malo pendant le tournage de "Aux pays de la morue" Film de Fabienne Issartel

Le dernier morutier de France part de Saint-Malo pendant le tournage de « Aux pays de la morue » Film de Fabienne Issartel

DERNIÈRE AVANT-PREMIÈRE FRANCAISE DE « BORIS PAHOR PORTRAIT D’UN HOMME LIBRE » À SRASBOURG LE 20 JUIN À 18 H AU CINÉMA ODYSSÉE

Deux articles à propos de mon documentaire : http://blogs.mediapart.fr/blog/alicia-deys/081014/boris-pahor-un-sommet-d-humanite

« Jeune homme de 101 ans, dont l’énergie,  l’esprit critique, la rébellion contre l’oppression sont restés intacts, Boris Pahor est un poète, un homme phare. « Portrait d’un homme libre«   tisse méticuleusement son parcours incroyable, au cœur d’une Europe ensanglantée et meurtrie, chamboulée de toutes parts,  y compris dans ses frontières  et dans ses valeurs profondes. Pour lui-même, et au nom des siens – la communauté slovène à laquelle il appartient-, Boris Pahor n’a jamais cessé de  déclarer son amour pour la langue,  en premier lieu sa langue maternelle, longtemps interdite-, langue pour laquelle il s’est battu sans relâche, langue  grâce à laquelle il a pu renaître des cendres  et recouvrer son identité d’homme libre. »

http://www.humanite.fr/boris-pahor-portrait-dun-homme-libre-554108

« Des quais de Trieste aux reliefs tourmentés du plateau du Karst, Fabienne Issartel saisit avec une grande générosité la silhouette frêle et décidée du vieil écrivain. Ce « Portrait d’un homme libre » est aussi retour sur un siècle de résistances et de profonde humanité. » Rsa Moussaoui. 

Boris Pahor, infatigable, en route, accompagné de Liza Japelj, pour une nouvelle rencontre à Tours en mai 2015. Une étape de la grande tournée des projections du documentaire

Boris Pahor, infatigable, en route, accompagné de Liza Japelj, pour une nouvelle rencontre à Tours en mai 2015.
Une étape de la grande tournée des projections du documentaire « Boris Pahor, portrait d’un homme libre ». Photo Fabienne Issartel

Cliquez icci pour le flyer de la projection de Strasbourg : FlyerPRINT-BPahor-Strasbourg (Side 01) Résumé du film : FlyerPRINT-BPahor-Strasbourg (Side 02) La dernière étape de notre valeureuse tournée avec Boris Pahor, 102 ans, pour faire connaître le documentaire « Boris Pahor, portrait d’un homme libre »,  aura lieu à Strasbourg le 20 juin au cinéma Odyssée à 18 h. Ce sera la toute dernière avant-première française. Suivront ensuite, comme vous l’espérez tous, de belles diffusions sur les chaînes de télévisions européennes, qui permettront au plus grand nombre de faire connaissance avec mon héros. Nous attendons toutes les propositions qui conviendront à ce film atypique.

Boris Pahor et Fabienne Issartel arrivent à l'aéroport de Lyon Saint Exupéry début mai 2015.A

Boris Pahor et Fabienne Issartel arrivent à l’aéroport de Lyon Saint Exupéry début mai 2015.

A Luc en Diois, à l'occasion de la commémoration du 8 mai 45, Boris Pahor confie au député de la Drôme Hervé Mariton, son attachement à l'oeuvre de l'écrivain Vercors, et notamment à sa fameuse nouvelle

A Luc en Diois, à l’occasion de la commémoration du 8 mai 45, Boris Pahor confie au député de la Drôme Hervé Mariton, son attachement à l’oeuvre de l’écrivain Vercors, et notamment à sa fameuse nouvelle « le silence de la mer ». Le soir même avait lieu dans le village une projection de notre documentaire devant 200 personnes. Autre étape de notre tournée début mai 2015. Photo Fabienne Issartel.

La projection de

La projection de « Boris Pahor, portrait d’un homme libre » à Luc en Diois dans la salle des fêtes le 8 mai 2015.

Boris Pahor sera présent à Strasbourg pendant trois jours. Le 19 juin à 17 h, une rencontre sera organisée également à la librairie Kléber et Georges Federmann Président du Cercle Menachem Taffel lui remettra à cette occasion le prix Véronique Dutriez. Véronique Dutriez, présidente du MRAP à Strasbourg, n’a pas survécu à l’agression dont elle a été victime avec son époux Georges Federmann, psychiatre. « Le 15 novembre 2005, un ancien patient a fait irruption dans notre cabinet et a tué Véronique. J’ai reçu 4 balles dans le corps. Au-delà de la douleur profonde et cruelle liée à l’absence de ma femme, je poursuis les œuvres que nous avions bâties ensemble pour rester fidèle à sa mémoire. » Déclare Georges Federmann. Un hommage spontané avait eu lieu le mardi 17 novembre 2005 en fin d’après-midi. Environ 250 personnes se sont recueillies à la mémoire de Véronique Dutriez devant le lieu du drame. Le même jour se tenait à Strasbourg un colloque sur la médecine nazie. Georges et Véronique devaient y participer. Georges et ses amis du cercle Menachem Taffel voient enfin leurs efforts couronnés : un geste de mémoire officielle sera enfin inscrit à l’Institut d’anatomie de Strasbourg pour signaler le massacre génocidaire survenu au camp du Struthof tout proche des 86 Juifs victimes de la déraison de la médecine nazie. http://www.revue-quasimodo.org/PDFs/9 – Federmann.pdf

Georges Federmann et Véronique Dutrie

Georges Federmann et Véronique Dutriez

« Il aura fallu la mort de Véronique pour que cette demande soit entendue par les autorités », déclare Georges Federmann. En tant que médecin psychiatre il se sent aujourd’hui alerté par une médecine à deux vitesses encore tentée par une ségrégation quasi raciale à l’égard des sans-papiers et démunis. Le prix Véronique Dutriez pour les droits des « sans-papiers » remis chaque année veut mettre en lumière une personnalité humaniste dont la vie a été guidée par le devoir de mémoire et de justice au service des humiliés et des démunis. Boris Pahor a mené toute son existence dans cette perspective. Il recevra ce prix 2015 à la librairie Kléber le 19 à 17 h. Venez nombreux pour le féliciter ! ATTENTION : SIGNATURES-DEDICACES DES OUVRAGES DE BORIS PAHOR à 16 h AVANT LA REMISE DU PRIX : Boris Pahor sera à la librairie Kleber pour signer ses ouvrages et vous rencontrer avant la remise du prix entre 16 h et 17 h.

Boris Pahor et Fabienne Issartel avec sa caméra lors du tournage au camp du Struthof dans les Vosges en 2009. Photo Sylvie Goubin.

Boris Pahor et Fabienne Issartel avec sa caméra lors du tournage au camp du Struthof dans les Vosges en 2009. Photo Sylvie Goubin.

Ciquer pour voir le PDF de l’événement à Strasbourg : affiche Pahor-bd L’annonce de la venue de Boris Pahor sur le site du camp du Struthof : http://www.struthof.fr/fr/actualites/fiche/boris-pahor-a-strasbourg/

L’annonce de Médiapart :

http://blogs.mediapart.fr/blog/alicia-deys/170615/boris-pahor-strasbourg

Je raccompagne Boris Pahor à son hôtel non loin de la rue de la Gaieté en juin 2014. Photo Liza Japelj.

Je raccompagne Boris Pahor à son hôtel non loin de la rue de la Gaieté en juin 2014. Photo Liza Japelj.

Le dernier article paru dans les dernières nouvelles d’Alsace (en entier pour les abonnées seulement) : http://www.dna.fr/edition-de-strasbourg/2015/06/12/boris-pahor-temoin-de-l-indicible

Grande salle, Cinéma l'Odyssée, Strasbourg.

Grande salle, Cinéma l’Odyssée, Strasbourg.

L'article dans le quotidien DNA annonçant la venue de Boris Pahor à Strasbourg du 19 au 21 juin.

L’article dans le quotidien DNA annonçant la venue de Boris Pahor à Strasbourg du 19 au 21 juin.

Le contenu de l’article dans les dernières nouvelles d’Alsace du 13 juin : STRASBOURG Il reçoit le prix Véronique Dutriez du cercle Menachem Taffen Boris Pahor, témoin de l’indicible Il a été ce « pèlerin parmi les ombres », témoin de l’horreur des camps nazis auxquels il survécut : l’écrivain slovène, Boris Pahor, 101 ans, est l’invité de la Ville de Strasbourg. Si, comme de nombreux historiens l’affirment, le XXe  siècle commence avec le déclenchement de la Grande Guerre, c’est alors bien un témoin du XIXe  siècle qui sera reçu par la Ville de Strasbourg, vendredi prochain. La chose nous semble inouïe aujourd’hui, mais Boris Pahor est né sujet de l’empire d’Autriche-Hongrie, en août 1913, lorsque les Habsbourg régnaient sur sa ville natale de Trieste, en Slovénie. C’était un an avant que l’Europe ne s’embrase, mais à l’horreur des tranchées allait succéder un autre rendez-vous vertigineux avec la mort. Et de celui-là, de l’exercice méthodique du crime et de la cruauté, de cette manifestation du plus total déni de la dignité humaine, Pahor sera le témoin au plus près. Entré dans la résistance yougoslave, il est arrêté et déporté. Une trajectoire suivra dans l’indicible, dans l’impensable, dont les stations auront pour noms Natzweiler-Struthof, Dachau, Mittelbau-Dora et Bergen-Belsen. De cette voix qui fait douloureusement écho à celle d’un Primo Levi, de ces mots qui entrent en résonance avec les peintures hallucinées d’un Zoran Music, le lecteur français avait pu découvrir, en 1990, à la faveur d’une traduction du slovène, signée Andrée Lück Gaye, toute la force dramatique – froide, clinique, et pourtant émouvante. En longs paragraphes, couvrant parfois plusieurs pages, Boris Pahor se faisait, au Struthof, P èlerin parmi les ombres (éditions La Table Ronde). Deux temporalités s’y articulaient l’une à l’autre : celle de la déportation, d’une traversée de l’enfer nazi dont la relation participe du défi de « l’incommunicable » ; et celle d’un Pahor retournant bien des années plus tard, dans ces hauteurs vosgiennes apaisées, réactivant sur place une mémoire meurtrie, imperméable aux attentes des visiteurs contemporains du site. De ce rapport quasi-hermétique du passé au présent, que double pourtant cette nécessité morale de témoigner, Pèlerin parmi les ombres est totalement imprégné. Peut-on encore parler aux morts ? « En cet instant, j’aimerais dire quelque chose à mes anciens camarades mais j’ai l’impression que tout ce que je leur dirai en pensée sera faux, écrit-il. Je suis vivant, voilà pourquoi mes sentiments les plus sincères sont quelque part impudiques. » Familier de la capitale alsacienne, dont il avait reçu en 2012 la médaille d’honneur de la Ville, Boris Pahor en est une nouvelle fois l’invité ainsi que du cercle Menachem Taffel qui lui remettra son 9e prix Véronique Dutriez. Il sera également accueilli par la librairie Kléber . Il y évoquera, en dialogue avec Georges Federman, sa trajectoire d’homme libre. Celle d’une conscience happée par la terrible mécanique de l’Histoire, d’un adolescent qui assiste, médusé, en 1920, à l’incendie de la Maison de la Culture slovène par les fascistes italiens. De quoi ancrer au plus profond de son âme cette volonté de s’exprimer à jamais, comme homme et comme auteur, dans cette langue slovène qu’on tenta de lui interdire. Ce refus de toute forme d’autoritarisme l’avait également conduit, en 2004, à participer, à Strasbourg, à un appel « contre l’extrémisme », lancé alors par la municipalité, en réaction à la tenue d’un meeting du Front National. Il y disait son espoir en l’homme. Mais sans angélisme, racontant comment, au sortir des camps, il eut l’impression de retrouver « le paradis terrestre ». Pour découvrir l’horreur de la bombe atomique. SERGE HARTMANN Rencontre avec Boris Pahor, vendredi 19 juin, à 17 h, à la librairie Kléber. © Dna, Samedi le 13 Juin 2015 – Tous droits de reproduction réservés

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STANDING OVATION PENDANT DE LONGUES MINUTES POUR BORIS PAHOR après la projection de mon documentaire « Boris Pahor, portrait d’un homme libre », 98’, AU FESTIVAL ETONNANTS VOYAGEURS DE SAINT-MALO LE DIMANCHE 24 mai À 14H À LA GRANDE PASSERELLE

Affiche Boris Pahor sans

Saint-Malo veille sur ses Etonnants Ecrivains Voyageurs de mai 2015. En sortant du restaurant avec Boris Pahor.

Saint-Malo veille sur ses Etonnants Ecrivains Voyageurs de mai 2015.
En sortant du restaurant avec Boris Pahor.

Un étonnant voyageur arrive ce samedi 23 mai 2015 par le train du livre. C'est Boris Pahor, le doyen du festival.

Un étonnant voyageur arrive ce samedi 23 mai 2015 par le train du livre. C’est Boris Pahor, le doyen du festival.

Salle comble pour cette projection à la Grande passerelle, un lieu qui vient d’être inauguré à St Malo d’une remarquable qualité technique. Une cinquantaine de personnes ont dû néanmoins rebrousser chemin par manque de place. La plus grande salle avait été donnée à Michel Serres en face à la même heure. A la fin de la projection, quand nous entrons dans la salle, Boris Pahor et moi, le public se lève et applaudit à tout rompre pendant de longues minutes.Je regarde les gens un par un et je vois qu’ils ont des larmes dans les yeux. Puis je dis quelques mots avant de laisser la parole à Boris Pahor. Chaque fois le miracle se reproduit. Les gens n’en reviennent pas de voir entrer en chair et en os le héros de mon film dont la facture s’apparente quelque peu à de la fiction. Boris Pahor, 102 ans leur parle en flots continus de l’esprit de résistance qui a régi toute sa vie. Je lui tiens le micro. Yann Nicol, médiateur du débat ne peut pas « en placer une » non plus. Tous ces moments sont à vivre au présent comme s’ils étaient les derniers. Alors nous écoutons Boris bien sagement comme des enfants.

Une petite photo envoyée par Michel et Michèle venus de la Ville Jaunet à côté de Saint-Brieuc. Après la projection du film, la rencontre avec Boris Pahor, Fabienne Issartel et Yann Nicol

Une petite photo envoyée par Michel et Michèle venus de la Ville Jaunet à côté de Saint-Brieuc. Après la projection du film, la rencontre avec Boris Pahor, Fabienne Issartel et Yann Nicol

« La grande passerelle » à St Malo, lieu de notre projection « Etonnants Voyageurs »

Boris Pahor au 25 ème festival Etonnants Voyageurs. Mai 2015.

Boris Pahor au 25 ème festival Etonnants Voyageurs. Mai 2015.

Pour lire le carnet de bord du festival par l’express : http://www.lexpress.fr/culture/livre/25-ans-d-etonnants-voyageurs-a-saint-malo_1683257.html Extrait du journal de bord : « 9h30: ça gronde au wagon-restaurant. La file d’attente s’allonge, le préposé aligne les cafés sans discontinuer, à croire qu’il n’y a que des Balzac dans le train. En attendant les effets du divin breuvage, l’heure est plutôt au recueillement – pensées profondes les yeux fermés, lectures assoupies, etc. Seul, ou presque, un petit homme semble avoir tous ses esprits et n’hésite pas à donner de la voix. Petit homme, mais grand écrivain, le doyen du TGV, Boris Pahor, affiche 101 ans et demi et une santé de fer. L’auteur slovène du Pèlerin parmi les ombres, récit de sa déportation dans un camp nazi en France, fera l’admiration de tous, trois jours durant. »

Boris Pahor et le grand écrivain d'Afrique du sud Breyten Bretenbach après leur rencontre du lundi 25 mai

Boris Pahor et le grand écrivain d’Afrique du sud Breyten Bretenbach après leur rencontre du lundi 25 mai

« cela commence dès le train qui emmène les participants, le samedi, premier jour du festival. Le Slovène Drago Jancar écrit comment, en 2003, un jour de grève, il a attendu sur le quai en compagnie du Triestin Boris Pahor, et s’est demandé si celui-ci se souvenait de la gare parisienne où il était arrivé, au printemps 1945, en provenance du camp où il avait été déporté. » Extrait de l’article de Libération  : http://www.liberation.fr/livres/2015/05/22/etonnants-voyageurs-l-odyssee-du-livre_1314789

Dans le livre

Dans le livre « 25 ans d’Etonnants Voyageurs », le texte de l’écrivain slovène Drago Jancar, qui raconte un voyage en train vers St Malo qu’il a fait avec Boris Pahor.

Dans notre train du livre de retour vers Paris, l’atmosphère était plutôt joyeuse. Les deux écrivains triestins devisaient avec entrain dans leur dialecte. Je faisais aussi l’extraordinaire rencontre de l’écrivain haïtien Frankétienne. Et Breyten Bretenbach était là lui aussi, par hasard… Moment de grâce…

Boris Pahor et son ami l'écrivain triestin Paolo Rumiz dans le train du livre au retour du festival lundi 25 mai 2015

Boris Pahor et son ami l’écrivain triestin Paolo Rumiz dans le train du livre au retour du festival lundi 25 mai 2015

Dans le train de retour du 25ème festival des Etonnants Voyageurs. En face de Boris Pahor (et moi) l'écrivain haïtien Frankétienne, Paolo Rumiz et aussi Breyten Bretenbach.

Dans le train de retour du 25ème festival des Etonnants Voyageurs. En face de Boris Pahor (et moi) l’écrivain haïtien Frankétienne, Paolo Rumiz et aussi Breyten Bretenbach.

Et le lendemain après une courte nuit près de la gare Montparnasse, nous repartons vers Tours où une nouvelle rencontre a été organisée par une association franco slovène et le comité de jumelage de Montbazon. Nouvelles conférences de Boris Pahor infatigable et projection du film…

A l’heure où se déroulait la panthéonisation officielle à Paris, Boris Pahor remettait un premier prix du concours de la résistance à une belle jeune fille à la préfecture de Tours. Un symbole fort qui montre que l’esprit de résistance de Boris Pahor perdure, tourné vers l’avenir. « N’oubliez jamais que le Mal peut revenir. Lisez des livres que vous choisissez vous-mêmes pour vous faire une idée personnelle de l’histoire et écrire votre avenir ».

L’esprit de résistance est avant tout évidemment une décision individuelle. La culture a un grand rôle à jouer dans cette liberté d’engagement citoyen. Dans ce domaine, Boris Pahor nous montre encore aujourd’hui cette voie.

Boris Pahor remet un premier prix du concours de la résistance à la préfecture de Tours le mercredi 27 mai 2015.

Boris Pahor remet un premier prix du concours de la résistance à la préfecture de Tours le mercredi 27 mai 2015.

Puis nous reprenons le train, encore et encore. Boris est un peu fatigué mais heureux.

Boris Pahor et Liza Japelj dans le train de retour Tours Paris le mercredi 27 mai 2015. Une leçon de vie en direct devant mes yeux !

Boris Pahor et Liza Japelj dans le train de retour Tours Paris le mercredi 27 mai 2015. Une leçon de vie en direct devant mes yeux !

LE DOCUMENTAIRE

« Le documentaire « Boris Pahor, portrait d’un homme libre » donne la parole au grand écrivain slovène de Trieste, Boris Pahor, 101 ans, rescapé des camps.

Boris pahor au camp du Struthof en 2009 lors de mon tournage. Photo Sylvie GoubinI

Boris pahor au camp du Struthof en 2009 lors de mon tournage. Photo Sylvie GoubinI

Cet européen humaniste qui a traversé le siècle nous livre sa vision d’un monde où, pour gagner sa liberté, il a dû sans arrêt lutter contre les totalitarismes qui ont croisé sa vie. Tout commence à Trieste en 1920 quand il voit enfant les « Chemises Noires » de Mussolini mettre le feu à la Maison de la Culture Slovène tout près de chez lui. Puis on lui interdit de parler sa langue slovène. Le petit Boris doit devenir italien de force. Ce traumatisme sera le moteur de sa vie. Toute fumée ensuite, et jusqu’aux rougeoiements le soir dans le ciel de Trieste, lui rappelleront sans cesse que l’incendie lui a volé son âme. C’est avec la culture justement et sa machine à écrire qu’il participe auprès des siens – les slovène – à la résistance contre le fascisme, le nazisme, puis plus tard, le communisme de Tito. Il sera conduit pour cela, après 43, dans les camps nazis. Interné notamment en France au camp du Struthof, il ne devra sa survie qu’à sa capacité à parler de nombreuses langues étrangères et notamment l’allemand. Son récit des camps, « Pèlerin parmi les ombres », publié d’abord en France en 90, est souvent comparé à celui de Primo Levi « Si c’est un homme ». De retour à Trieste, après la guerre, il dirige une revue littéraire engagée – « Zaliv » (« Le Golf ») – qui est acheminé clandestinement vers la Yougoslavie, redonnant du souffle à ceux auxquels on a muselé la parole derrière le rideau de fer. Il paye cher sa liberté. Toujours boycotté d’un côté en tant que slovène par les intellectuels de la communauté italienne de Trieste, il est aussi interdit de séjour de l’autre, par la Slovénie de Tito. Il passe ainsi une grande partie de son existence dans l’anonymat. Professeur de littérature italienne pour gagner sa vie, il poursuit inlassablement son travail d’écrivain dans la cave de sa maison qu’il appelle son « bunker » ou au sein de la nature sauvage du plateau du karst. « Reconquérir dans ma langue mon pays, c’est la première liberté que je me suis donnée ! », dit Boris Pahor. En 2008, après voir lu avec infiniment de plaisir ses ouvrages traduits en français, je décide d’aller lui rendre visite chez lui à Trieste. L’homme m’intrigue ! Le rendez-vous est fixé. Je prends le train… Ce jour-là, quand j’arrive, il me tend joyeusement « La Républica », et « Le Picolo », deux importants quotidiens italiens qui consacrent des pleines pages à l’histoire de Boris Pahor. Je comprends rapidement que cet événement qui coïncide bizarrement avec notre rencontre est exceptionnel. Car Boris Pahor a vécu jusqu’à ce jour sans connaître la célébrité à laquelle il pouvait légitimement prétendre. Avec la réédition de son livre sur les camps – « Necropoli », préfacé par le célèbre écrivain Claudio Magris, l’Italie découvre tout à coup l’existence de ce nouvel héros de 95 ans. Boris Pahor devient alors en quelques mois la coqueluche de tout le pays qui s’émeut de son destin. L’engouement médiatique autour de lui ne cessera plus ensuite. Pas un jour sans que Boris Pahor ne se produise ici ou là, pour raconter inlassablement son histoire, celle de son peuple slovène, et exposer ses points de vues tranchés. Reçu en « prime-time » sur les chaînes de télévision, recevant des récompenses de toutes sortes, il sera même pressenti plusieurs fois pour le Nobel. Moi aussi j’ai été fascinée par l’énergie de Boris Pahor, par ce petit homme porté par la force de ses engagements et qui semblait faire fi du poids des âges. Le filmer serait la bonne façon de rendre compte de sa dimension évidente de personnage. Il fallait faire ce film. C’était une évidence. Son courage, et aussi le mien en donnerait sans doute à d’autres ! Alors, Boris Pahor m’a raconté son histoire, par bribes, dans un excellent français, et le récit de sa vie s’est naturellement superposé au journal de nos rencontres entre 2008 et 2013, de la France à l’Italie, et de la Slovénie à la Belgique. Que ce soit avec Stéphane Hessel à Paris, au camp du Struthof dans les Vosges, chez lui à Trieste, ou encore à Bruxelles, pour une remise d’une médaille du Citoyen Européen, Boris Pahor ne vrille pas dans sa tétermination, toujours préoccupé de vérité et de justice. Il s’applique à transmettre son message de mémoire, mais aussi d’amour pour l’humanité. Car il aime à dire que l’amour l’a sauvé de tout. Son amour pour les femmes, pour « la femme », transparaît partout dans son oeuvre dans des pages très sensuelles. Son amour pour la vie se lit en direct, dans ses yeux irradiant d’une lumière étrange, quand il aborde à la fin du film, dans la brume au sommet du Nanos, l’idée de sa propre disparition. « Vivre en homme libre rendrait-il immortel ? » La réalisatrice Fabienne Issartel

Fabienne Issartel. Autoportrait à l'hôtel Océania de St Malo, après une belle soirée au festival Etonnants Boyageurs 2015

Fabienne Issartel. Autoportrait à l’hôtel Océania de St Malo, après une belle soirée au festival Etonnants Boyageurs 2015

UN PORTRAIT EN FORME DE PAYSAGE !

la jetée de Trieste

la jetée de Trieste

« L’expérience des camps pour Boris Pahor, forcément fondamentale, occupe dans le temps une seule année de sa longue vie, mais un an où il aura su rester vivant. Sans doute avait-il en lui cette propension rare, hors-norme à l’espérance. Le film raconte justement comment cette résistance intérieure lui a non seulement permis de survivre dans l’environnement hostile des camps, mais aussi de savoir conquérir sans cesse, avec courage et opiniâtreté, de nouveaux champs de connaissance et de liberté. Car la culture, l’instruction, et la littérature ont été ses chemins d’émancipation. C’est notamment grâce à sa bonne pratique de plusieurs langues étrangères qu’il devra sa survie dans les camps. L’esprit de Camus, de Dostoïevski, de Baudelaire ou encore du poète slovène Srecko Kosovel ont guidé sa vie. « J’écris pour tous les humiliés », déclare-t-il, faisant sienne la déclaration en 1954 de Camus dans « l’Eté » : « Oui, il y a la beauté et il y a les humiliés. Quelles que soient les difficultés de l’entreprise, je voudrais n’être jamais infidèle ni à l’une ni aux autres. »

Sur ma table de chevet d'Etonnants Voyageurs, quelques livres fétiches que j'emmène avec moi : Heiner Müller, le discours de Suède de Camus et aussi le recueil chez Seguers du poête visionnaire slovène Kosovel que Boris Pahor adore.

Sur ma table de chevet d’Etonnants Voyageurs, quelques livres fétiches que j’emmène avec moi : Heiner Müller, le discours de Suède de Camus et aussi le recueil chez Seguers du poête visionnaire slovène Kosovel que Boris Pahor adore.

Mes tournages – qui n’étaient à priori au début qu’un premier travail de repérage – ont démarré en 2008 dès notre première rencontre, chez lui, dans les hauteurs de Trieste. Six ans plus tard, je réalisais que j’avais chez moi quelques 120 h de rushs : précieuses archives tournées dans plusieurs pays. N’ayant trouvé aucun diffuseur français voulant s’impliquer financièrement dans de ce film, je continuais néanmoins à le retrouver dès qu’une opportunité se présentait, caméra à la main. Il y a un an et demi, je décidais qu’il était temps de donner à ce film sa forme avec les éléments tournés. J’avais hâte tout à coup de pouvoir montrer des images à mon héros. Je procédais alors au montage, d’abord seule, puis avec l’aide de Slobodan Obrenic et de Thomas Bertay de Sycomore Films. Peu à peu le portrait se dessinait sous mes yeux, trouvait naturellement sa vie et les rythmes dont j’avais imaginé les grandes lignes. Pour ce « portrait » qui implique à 100 % son portraitiste, – moi -, je décidais d’abord d’éliminer du film tout intervenant extérieur qui parlerait de Boris Pahor à sa place. L’omniprésence de notre personnage de 101 ans serait la ligne de force du documentaire. J’en étais convaincue ! Il faudrait comprendre comment un homme peut tisser la trame de son propre destin dans le temps donné de sa vie, avec les éléments incontournables et réels de toute existence : l’histoire d’une enfance, d’un peuple et d’un pays. Pour Boris, cette réalité nauséabonde avait surgi bien tôt dans son existence de petit garçon… Quelle avait pu être l’incidence de l’exercice de la littérature dans sa façon d’appréhender le monde ? Autrement dit, quelle part de fiction l’artiste écrivain Boris Pahor a-t-il pu ou su insuffler dans sa propre vie ? Je voulais réaliser là, autour de Boris Pahor, un film universel. Un film où l’on verrait vivre et parler un personnage archétypal, auquel chacun pourrait s’identifier comme dans une fiction. Un film avec un héros. Et Boris Pahor en avait de toute évidence l’étoffe ! J’imaginais que le film devait s’articuler autour d’une succession de plusieurs plans, qui feraient échos à ceux du paysage de Trieste. Au premier plan, donc il y aurait d’abord le corps de Boris. Car c’est son corps qui s’impose d’abord à mon regard. Celui d’aujourd’hui. Celui d’hier. « L’image n’a pas de passé », dit Bachelard. Je suis fascinée par son corps de vieillard qui est aussi un corps d’enfant. Jeune, il était déjà dans cette ambivalence. On peut le constater sur les photos. Filmer le corps de Boris Pahor serait donc une de mes priorités. La façon dont il tient ses mains par exemple est éloquente, car ses mains doublent sa pensée, et parfois, la précèdent. Souvent, elles sont posées devant lui ostensiblement, les doigts longs et reptiliens en attente. Soudain de mystérieux tempos les mettent en mouvement et la parole advient… Quand on le regarde en train d’écrire, la détermination avec laquelle il imprime son énergie sur les touches manuelles de sa machine à écrire est également significative. De toute évidence, son corps a la parole ! Une parole qui lui a été arrachée enfant, quand le slovène, sa langue maternelle lui fut interdite dans les rues et les écoles de l’Italie fasciste. Son corps a dû développer alors naturellement cette expressivité presque animale, garante de sa survie. Aujourd’hui encore, je vois que sa présence physique impressionne toujours ses interlocuteurs. Son rapport à l’idée de l’amour qui se révèle dans une expression littéraire éminemment sensuelle, relève sans doute de ce statut que Boris Pahor a su donner à son propre corps notamment dans les camps : une forme de respect total pour le corps humain érigé en absolu ! Au deuxième plan, on trouve les paysages de la région où il est né : celui de Trieste et de son arrière-pays. C’est un autre corps vivant dans lequel il est enchâssé, suscitant à la fois attirance et malaise au gré des évènements plus ou moins tragiques dont il est le théâtre. Pour aller de la mer Adriatique du golfe de Trieste jusqu’aux plus hauts sommets des Alpes Juliennes, il faut entre les deux, traverser ce plateau du karst, creusé de grottes souterraines qui s’insinuent au centre de la terre. La réalité physique, topographique une fois de plus, de ce paysage tridimensionnel, décrit les lignes de forces cosmiques du paysage mental, intérieur, de Boris Pahor, omniprésent dans son œuvre. Il fallait donc filmer avec soin ces trois lieux emblématiques, ces trois niveaux de conscience du paysage que sont la mer Adriatique, le plateau du Karst et les montagnes des Alpes Juliennes. « Quand je suis à la montagne », dit notre héros, « j’ai envie de retourner au bord de la mer. Et dès que je suis devant la mer, j’ai envie de rechausser mes chaussures de montagne ». Boris Pahor est un marcheur. Il a beaucoup pratiqué la randonnée en haute montagne, notamment autour du mont Triglav, dont les trois dents acérées du sommet orne le drapeau slovène. Au troisième plan du film, on trouve le corps des livres de Boris avec des mots et des phrases qu’il a fallu extirper des textes pour leur donner dans le film une vie autonome, portés par le timbre chaud et velouté de la voix du comédien Marcel Bozonnet. Enfin ma propre voix circonscrit en off tout le film. Il s’agit de dire que je suis là, que c’est bien moi qui scrute le paysage intérieur de Boris, et que ce documentaire est aussi l’histoire de ma rencontre avec lui. Je voulais depuis le début l’emmener sur ses montagnes… Finalement, ce ne fut pas au Triglav mais sur le mont Nanos, non loin de Trieste, où nous nous sommes rendus pour ses 99 ans. Le mont Nanos qui l’avait vu embrasser sa femme la première fois et où son beau-frère, grand résistant, avait mené de farouches combats contre les fascistes… Ce lieu avait du sens ! Nous nous sommes donc mis en route vers ce sommet étrangement recouvert en ce jour d’août d’une brume épaisse. Ce sale temps n’encourageait pas à la promenade. Aussi, comme par miracle, nous étions les seules âmes de ces contrées et la grâce de ce moment fut alors à la hauteur des efforts incessants que j’avais déployés pour vaincre les réticences de mon héros. Un bonheur intense nous envahit dès que nous nous trouvâmes sur cette lande déserte au-dessus du monde, et je pleurais de joie courant après lui avec ma caméra, toute interloquée d’être si bien parvenue à mes fins. Au loin, sur la toute dernière ligne d’horizon, je croyais voir de petits bateaux avec leurs voiles blanches gonflées par le vent, traçant leurs sillons sur la mer bleue de la baie de Trieste. » Fabienne Issartel, réalisatrice, mai 2015

L'écrivain Boris Pahor et la réalisatrice Fabienne Issartel : face à face  en descendant du mont Nanos en Slovénie...

L’écrivain Boris Pahor et la réalisatrice Fabienne Issartel : face à face en descendant du mont Nanos en Slovénie…

Retrouvez aussi Boris Pahor très bientôt à Strasbourg pour une signature à la Librairie Kléber le 19 juin, et une projection de mon documentaire « Boris Pahor, portrait d’un homme libre » au cinéma Odyssée le 20 juin à 18 h. Boris Pahor sera là pour dialoguer avec vous ! Laissez vos commentaires sur mon site. Fabienne Issartel : https://fabienneissartel.wordpress.com L’article sur mon documentaire dans Médiapart : http://blogs.mediapart.fr/blog/alicia-deys/081014/boris-pahor-un-sommet-d-humanite QUI EST Fabienne Issartel ?

Fabienne Issartel Film Kodak Portra 400  Rolleiflex 2,8 GX 14 juin 2014

Fabienne Issartel
Film Kodak Portra 400
Rolleiflex 2,8 GX
14 juin 2014

Fabienne Issartel développe d’abord, dans les années 90, un travail très personnel autoproduit autour de lʼidée de « Films Promenade ». Le dispositif qu’elle met en place, entre réalité et fiction, permet, dans chaque film, de circonscrire poétiquement un lieu de Paris. C’est ainsi que naîtront « Là-haut sur la montagne » (rue de Ménilmontant), « Etat de Siège » (sur les Bateaux-bus de la Seine) ou « Printemps » (le long du canal Saint-Martin). Dans les documentaires de Fabienne Issartel, il y a toujours cette volonté de révéler la dimension de « personnages » des gens filmés. Cette approche cinématographique, proche de la fiction, la conduira ensuite à la réalisation de documentaires où les héros sont souvent des artistes dont elle veut percer le secret. Musiciens, sculpteurs, cinéastes, écrivains viennent ainsi faire un bout de chemin devant sa caméra. Fabienne Issartel les regarde avec la curiosité du promeneur qui se laisse entraîner dans une aventure. Car d’un film à l’autre, c’est la propre quête de la réalisatrice qui est sous-jacente, entre certitude et doute. « Ou allons-nous ? » se demande-t-elle. Ce à quoi elle répond : «vers ce quelque part qui n’est peut-être nulle part ! » Elle tourne ces jours-ci « chacun cherche son train », une réflexion sur le temps et l’accélération du monde mettant en scène des rencontres dans les trains, et montre le portrait qu’elle a réalisé du grand écrivain slovène de Trieste, Boris Pahor.

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