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POUR UNE EUROPE DE LA CULTURE, POUR UNE EUROPE DES CULTURES ! Des élections, un voyage, de la lecture et des nouvelles de Boris Pahor…

« L’Europe, avant d’être une alliance militaire ou une entité économique, doit être une communauté culturelle dans le sens le plus élevé de ce terme », Robert Schuman dans « Pour l’Europe », 1963.

Un mouvement se dessine en Europe Centrale autour d’écrivains voulant opposer aux récits arrangés et simplifiés des états nationaux “dits populistes”, leurs propres récits littéraires mais documentés, où s’entremêlent la grande et la petite histoire de notre espace européen morcellé et complexe. Ils oeuvrent avec leurs mots à mettre à jour les blessures toujours ouvertes d’un continent dessiné par les lois des vainqueurs, pour que l’Europe se reconstruisent plus harmonieusement, dans l’ouverture autour d’enjeux culturels. Le combat contre l’ignorance n’est-il pas le meilleur moyen pour repenser les questions d’identité de façon positive ? Cette forme d’engagement littéraire ne veut pas se substituer au politique, mais l’accompagner et l’inspirer. « La littérature sera une voix contre les mensonges de l’histoire et les dénis de réalité », ont déclaré en mai 2018 les écrivains invités au festival “Stefan Zweig” de Salzburg : “à une époque où les survivants de l’Holocauste sont en train de disparaître, peu importe ce que la littérature peut faire et si les mots ne suffisent pas. Mais cet échec ne nous condamne pas au silence, car l’art, s’il ne peut pas soulager la douleur, sait néanmoins expliciter le cri « .

Des écrivains qui revendiquent la richesse du dialogue qui s’installe inévitablement avec leurs lecteurs, invités à entrer avec eux dans “ce partenariat critique”, dont parlait Max Frisch en 1958 dans son fameux texte intitulé “Le Public comme partenaire”.

Je retourne pendant les élections européennes à Trieste pour parler de tout cela avec Boris Pahor, Claudio Magris et Paolo Rumiz. En Slovénie, à Ljubljana, je rencontrerai Drago Jancar, Katarina Marinčič, Agata Tomažič et l’immense poète Boris A. Novak.

PATRIOTISME ET NATIONALISME 

Il faut relire « L’Education Européenne », le tout premier livre de Romain Gary toujours étonnamment moderne.

La couverture du premier roman de Romain Gary, "l'Education européenne" paraît pour la première fois en 1945 (ici en FOLIO 2018)

La couverture du premier roman de Romain Gary, « l’Education européenne » paraît pour la première fois en 1945 (ici en FOLIO 2018)

Page 246 du premier roman de Romain Gary, "l'Education européenne" paraît pour la première fois en 1945 (ici en FOLIO 2018)

Page 246 du premier roman de Romain Gary, « l’Education européenne » paraît pour la première fois en 1945 (ici en FOLIO 2018)

Romain Gary est ce mois-ci à la UNE du journal de la littérature, « EN ATTENDANT NADEAU »
Lire l’article du 4 juin 2019 de Jean-Pierre Salgas « Romain Gary, écrivain de frontière »

Romain Gary, écrivain de frontière

 

Alors que l’on s’apprête à décider ce 26 mai du destin de l’Europe, la parole d’une brûlante actualité de Boris Pahor, ce survivant né sous l’empire austro-hongrois en 1913 est pour moi toujours aussi troublante.

Comment Boris Pahor – 106 ans en août prochain – qui a dit trois fois non aux dictatures, fascistes, nazies et communistes, peut-il supporter aujourd’hui le retour en Europe des régimes autoritaires, des murs, des frontières et des propos racistes ?

Le 16 octobre 2013, Martin Schulz, Président du Parlement européen lui remettait le « prix du citoyen européen ». J’étais là à Bruxelles pour enregistrer son discours dont quelques extraits ont été intégrés au montage de mon documentaire « Boris Pahor, portrait d’un homme libre »

Réécoutez ici le discours de Boris Pahor dans sa totalité :

https://vimeo.com/77903018

L'écrivain Boris Pahor au travail à Trieste en 2009, capture d'écran du film "Boris Pahor, portrait d'un homme libre"

L’écrivain Boris Pahor au travail à Trieste en 2009, capture d’écran du film « Boris Pahor, portrait d’un homme libre »

 

UN NOUVEAU LIVRE ET UN ARTICLE

“Et si c’était à refaire, Chemins de Boris Pahor” sortira aux editions Pierre-Guillaume De Roux le 30 mai 2019 

Et si c'était à refaire, chemins de Boris Pahor sortira ce 30 mai 2019
Et si c’était à refaire, chemins de Boris Pahor sortira ce 30 mai 2019

Ce livre hommage à l’esprit de résistance et de mémoire de Boris Pahor rassemble de nombreuses contributions dont les plus célèbres sont signées Guy Fontaine, René de Ceccatty, Claudio Magris et Stéphane Hessel (entretien inédit avec Boris Pahor). Le recueil contient aussi trois nouvelles de l’auteur : Le Berceau du monde, Mirage chez Hadès et Vol brisé.

Et ce jeudi 23 mai, le figaro littéraire lui consacre aussi sa UNE !

Lisez-le en PDF ici :

Boris Pahor dans le Figaro littéraire du 23 mai 2019

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Vous êtes venus nombreux à PRIORITE PIETON vendredi 12 avril 2019 dans le bar du Cirque Electrique pour assister au PERMIS D’EXHUMER de mes films-promenade. C’était beau ! Un bonus ici pour vous : le film « Où va le lapin ? » 1997.

 

Fabienne Issartel regarde ses spectateurs qui la regardent

Fabienne Issartel regarde ses spectateurs qui la regardent

 

En me donnant en quelque sorte un « permis d’exhumer » pour ces 4 films promenade des années 90, Hervé du Cirque Electrique nous a permis de partir tous ensemble dans une étrange promenade que je savais être aussi celle de la fin d’un cycle. Impression confuse. La magie de cette quadruple projection dans un même espace-temps rendait en tous cas soudain perceptible la cohérence d’une certaine vision du monde et aussi d’une époque. C’en était troublant. Car la soirée prit peu à peu son envol de façon autonome, s’épanouissant dans une nouvelle promenade live où les moments in et off des projections se mêlaient curieusement, où se fabriquait avec les spectateurs de ce moment béni une dernière oeuvre éphémère en direct. J’étais très émue d’observer toute cette énergie accompagner mes films vers leur autre vie. « Vous nous avez fait prendre conscience que le monde a changé. Tout cela n’est plus possible maintenant. Quel choc d’en prendre à nouveau conscience … Où allons nous, dans quel mur du fond ? » m’ont déclaré gravement plusieurs personnes. De mon côté pourtant j’étais fière de constater que ce miracle de convivialité libre pouvait justement toujours avoir lieu et de partager cela avec vous au Cirque Electrique, l’un des endroits parmi les plus poétiques de la capitale. Nostalgie, larmes et grands éclats de rire accompagnèrent ce rite. Deux jours plus tard je regardais hébétée les flammes qui consumaient le corps vivant de Notre-Dame dans la nuit. Notre coeur à tous filait vers le ciel. Je ne pouvais m’empêcher de relier les deux évènements, celui de ma projection et celui de l’incendie, comme le signe de l’exact moment où tout se remet à zéro et où l’on va à nouveau re-commencer à fabriquer une vie aussi belle, aussi libre et aussi conviviale que les précédentes. Car « pour prendre, il faut laisser quelque chose », dit mon amie Jake Je comprends chaque jour toujours plus ce qu’elle a voulu dire.

 

Fabienne Issartel sous la voute du Cirque Electrique le 12 avril 2019

Fabienne Issartel sous la voute du Cirque Electrique le 12 avril 2019

Pour la première fois dans une même soirée ces quatre films-promenade des années 90 de Fabienne Issartel pensés pour faire partie d’un même ensemble se sont enfin parlés dans un lieu digne de leur donner leur envol, celui vraiment unique du Cirque Electrique. Vous êtes venus nombreux partager le moment de 19 h à 24 h, Porte des Lilas, place du Maquis du Vercors. Merci à vous !
https://cirque-electrique.com/programmation/

 

4 films-promenade de Fabienne Issartel. De bas en Haut : Là-Haut sur la Montagne, Porte de Montempoivre, Etat de Siège, Printemps.

Les films-promenade :

Ni documentaires, ni fictions, ni reportages, les films-promenade de Fabienne Issartel mettent en scène des promeneurs non-acteurs circonscrivant de leurs pas des espaces de circulation parisiens : le canal Saint-Martin, la Seine, la ligne de bus 29 ou la rue de Ménilmontant. L’apparente futilité du quotidien est sous-tendue par l’idée du sens de la vie. – Qu’est-ce que la vie ? – La vie est une longue promenade. – Qu’est-ce qui nous pousse à avancer ? – L’étrange banalité. – Où allons-nous ? – Vers ce quelque part qui n’est peut-être nulle part ! Chacun de ces films autoproduits, tournés et montés en urgence, est un bout de la « GRANDE PROMENADE » dont le lieu est le personnage principal. L’esprit du lieu suffit à l’histoire.
Ces films expérimentaux tournés en une journée, voire une seule après-midi, et dans des formats vidéos anciens (U.Matic, vidéo 8…), ont donc été sauvés in-extremis grâce à cette soirée.

 

"Etat de siège" de Fabienne Issartel, capture d'écran

« Etat de siège » de Fabienne Issartel, capture d’écran

 

UN BONUS pour le nouveau monde : « Où va le lapin ? », 30′, 1997

En bonus, je laisse encore un petit quelque chose, ce « nouveau/dernier » film de 1997 exhumé lui aussi ces jours-ci : « Où va le lapin ? ». On y voit les auteurs Jean-Christophe Menu, David B, Matt Konture, Vincent Sardon et Lewis Trondheim, dessiner devant la caméra une des cases d’un strip qui conte la quête d’un lapin… Où va-t-il donc lui aussi, ce sacré lapin ?

“LAPIN” était à cette époque le nom de la revue de la plus iconoclaste des maisons d’édition de bandes dessinées françaises, fondée en mai 1990.

 

 

PRIORITE PIETON : Soirée déambulatoire décontractée et gaie !

C’était LE PROGRAMME : 

SUR UN MONITEUR à l’extérieur et pendant toute la soirée il y avait :
“Foule de gens des années 80”. 72 personnes des années 80 répondent en plan serré visage à 2 questions : De quoi avez-vous peur ? Qu’est-ce qui vous rend fier ?

SUR UN ECRAN dans le bar du Cirque Electrique les 4 films-promenade dans l’ordre chronologique de leurs tournages.

 

LES AFFICHES DES FILMS ET DES TEXTES ci-dessous :

. 2 textes à propos de « là-haut sur la montagne »

. Un texte de Pacôme Thiellement sur « Printemps », 

. Mon Manifeste du film-promenade rédigé dans les années 90.

 

Là-Haut sur la Montagne, un film de Fabienne Issartel

 

« Là -haut sur la montagne » (26’). Un homme remonte la rue de Ménilmontant en pénétrant dans chaque café rencontré sur sa route. Un film en forme de chemin de croix tourné en l’an 1992.

« j’ai trouvé Là-haut sur la montagne très réussi avec cette économie de moyens qui caractérise tous tes films sauvages. L’image post-VHS est finalement belle, presque vibrante et on est bien à divaguer avec Ernest en 1992. Le passage du temps rajoute du charme à ton film. Ce Paris là est bien loin maintenant », Stéphane Sinde, réalisateur.

DEUX TEXTES SUR CE FILM

TEXTE 1. Une métaphore des mystères de la mémoire,

par Jean-François Chaput, opérateur des prises de vues du film, 15 février 2018.

Jean-François Chaput, opérateur de prises de vues de "Là-haut sur la montagne", photo d'époque nature de "Foule de gens" (1986)

Jean-François Chaput, opérateur de prises de vues de « Là-haut sur la montagne », photo d’époque nature de « Foule de gens » (1986)

J’y étais sur ce tournage, puisque c’est moi qui ai fait l’image. Cette journée je l’ai vécue, entièrement. J’ai respiré le même air que les autres membres de l’équipe, j’ai échangé, ri, bu avec eux. J’ai écouté Fabienne, je l’ai vu travailler. J’ai gardé les yeux ouverts toute la journée, j’ai tout entendu, tout ressenti. Et pourtant je me souviens de si peu de choses.

Quel jour était-ce, quel mois, quelle année ? Vers 1990. Il ne faisait pas froid, pas très chaud non plus. Je me souviens du premier ou du deuxième café dans lequel nous tournons, en bas de la rue de Ménilmontant. C’est un plan sur Ernest, le personnage principal du film, il est assis sur un tabouret haut, accoudé au zinc du bar. Derrière lui, les portes vitrées du café donnent sur la rue, avec sa lumière blanche sans soleil et ses commerces. Je vois un homme surgir d’une boutique, il traverse la chaussée et semble venir droit sur moi. Il a une blouse de travail blanche et une barbe noire, il a l’air sévère, il marche vite, il entre dans le café. C’est bien vers moi qu’il avance ; il se plante à cinquante centimètres de mon visage, en colère : « Vous n’avez pas le droit de filmer les gens sans autorisation, c’est ma boutique, c’est privé. » Je vois sa boutique derrière, je n’y avais pas fait attention jusque-là. C’est une boucherie, la façade extérieure est ancienne, fraîchement repeinte de rouge vif, l’intérieur est tout blanc et fortement éclairé de néons blancs. Je lui explique que ce n’est pas sa boutique que nous filmons, mais un acteur, ici présent au premier plan. Il repart le sourcil froncé, pas content, pas convaincu.

Plus tard, nous sommes dans un autre café, Ernest est assis au comptoir devant un autre verre. Je le filme en gros plan, en contre-plongée. Je me dis que la lumière est faiblarde ; c’est un jour gris, et le café est sombre. Je me dis que ce serait bien d’avoir le temps d’éclairer mieux, je me demande ce qu’il aurait fallu faire pour bien éclairer ce plan. J’ai la caméra sur l’épaule, le plan dure longtemps, c’est lourd une Béta, des raideurs dans le bras commencent à se faire sentir, mais j’aime filmer. A la fin du plan, le photographe de plateau, me dit quelque chose comme : « C’est super, t’es resté stable pendant tout le plan. » Je suis bêtement flatté évidemment, quelqu’un a remarqué ce que je crois être mon style. Du coup je me souviens de son nom : Hervé Sellin, un grand maigre, les traits du visage aiguisés, avec des lunettes fines à montures noires, et un Leica greffé à la main qu’il vient coller devant son œil, dans un mouvement régulier comme une respiration.

Un autre bar plus haut. C’est un grand café, vitré sur toute sa longueur. La caméra est posée sur le comptoir, il est en métal couleur cuivre, et fait comme une long ruban doré où sont échoués différents personnages. Ça parle fort, le lieu est bruyant, je n’entends pas les dialogues. Fabienne court partout. J’aime la pratique du tournage-performance de Fabienne : se servir du cinéma pour faire pétiller la vie, épouser le mouvement du réel pour faire des films vivants. J’avais tourné peu avant un court film en une nuit, dans la rue, avec trois comédiens plongés dans le tourbillon de la nuit du 31 décembre au 1er janvier 1987. À l’époque nous faisions groupe avec Fabienne et Rodolphe Garabédian. Nous avons fait quelques films ensemble, nous partagions un désir et une vision du cinéma. Nous n’avons pas continué, nous nous sommes séparés, c’est dommage. Chacun est parti sur sa route solitaire. Nous ne pouvions pas faire autrement.

Le dernier trocson il me semble. La lumière du jour faiblie, les lampes du bar sont allumées, l’ambiance est jaune-orangée. Ernest commence à être vraiment bourré, ça se voit et ça s’entend. Les patrons sont sympas et souriants. On rigole, on boit tous un coup à la fin.

C’est la fin du tournage. Toute l’équipe stationne devant la cité du 104 rue de Ménilmontant avant de se séparer. Je tiens la caméra au bout de bras par sa poignée, comme une valise. Trois mômes sortis de je ne sais où, se glissent dans notre cercle ; ils sont agressifs. Ils ont quoi ? dix ans, douze ans ? ils sont petits mais hargneux. L’un des trois, le plus décidé, pénètre au centre de notre groupe : – « On veut pas de journalistes ici. » Il pose son pied sur la caméra et appuie brusquement deux trois fois dessus pour la faire tomber. J’accompagne le mouvement vers le bas pour éviter le choc, la caméra ne tombe pas. Hervé gueule : – « Et la liberté de la presse alors ? » Ça m’énerve un peu, parce qu’on n’est pas de la presse, on n’est pas des officiels, on est juste des individus comme eux, alors je dis : – « Et la liberté tout court, putain ! » Nous sommes tout de même nombreux. Ils s’en vont. Ils étaient trois mômes, nous étions six ou sept adultes et pourtant ils pouvaient avoir le dessus, parce qu’habités par une violence et une détermination qui nous est étrangère. Flippant.

Voilà tout ce dont je me souviens. Je n’ai jamais revu le film. Maintenant que Fabienne a numérisé Là-haut sur la montagne, je vais le redécouvrir, et je vais sans doute m’apercevoir que mes souvenirs, en plus d’être parcimonieux, sont inexacts.

15 mars 2018, après avoir revu le film (par JF. Chaput)

J’ai revu le film hier. Évidemment, c’est fait avec les moyens vidéos de l’époque, l’image serait meilleure aujourd’hui, mais qu’importe. Ce qui me frappe c’est l’aspect documentaire que prend le film avec les années. Plus de vingt-cinq ans ont passés… La plupart de ces bars ont été transformés, le quartier s’est renouvelé, embourgeoisé. La gentillesse d’Ernest, je l’avais oubliée ; elle crève l’écran. Il est tellement aérien, décalé et en même temps disponible, abordable, adorable, fragile. Et ces rencontres hasardeuses, ces visages que l’on ne voit plus, des types humains disparus. Et des vrais cafés avec toutes sortes de gens mélangés, pas cloisonnés en clans sociaux comme aujourd’hui. Merci Fabienne pour ce film. Aujourd’hui tu as affiné et affirmé ton style, mais il y souffle toujours le même air de liberté brave et joyeux que j’aime tellement.

 

Le photographe Hervé Sellin fabriquait à mesure les plans de coupe du film "Là-haut...". Ici la première image du film : Ernest Kerpen le héros du film, sort du métro Ménilmontant un vendredi saint

Le photographe Hervé Sellin a fabriqué à mesure les plans de coupe du film « Là-haut… ». Ici la première image du film : Ernest Kerpen le héros, sort du métro Ménilmontant un vendredi saint pour accomplir l’ascension de la rue de Ménilmuche…

 

TEXTE 2. « Là Haut sur la montagne » par Yves Tenret, écrivain, réalisateur, animateur de radio, mars 2019
(Yves Tenret : ses podcasts de Ma vie est un roman sur Aligre FM http://aligrefm.org/podcasts/la-vie-est-un-roman-155/1)

 

Loïc Connanski prépare la lecture publique du texte d'Yves Tenret sur le film "Là-haut sur la montagne", au Cirque Electrique le 12 avril 2019 dehors, pendant la projection du film

Loïc Connanski prépare la lecture publique du texte d’Yves Tenret sur le film « Là-haut sur la montagne », au Cirque Electrique le 12 avril 2019 dehors, pendant la projection du film

http://loic-connanski.blogspot.com/

 

Sage dérive ou dérive d’un sage ?

– Mon chemin de croix, dit-il.

– Dipsomanie, dis-je.

– Et la dérive promise, demande-t-elle ?

– Spontex foutraque, crache-t-il exaspéré.

Tout dérive de la dérive ! Passage hâtif à travers des ambiances variées. La dérive est le rêve en acte, sens et but du voyage. Tout dérive : les êtres, les plaques tectoniques, les continents. Se déplacer sans but ni projet. Bateau ivre. Métagraphie (il va pleuvoir). Flottement, vacillation, abandon de soi à ce qui vient. Se laisser porter par le courant des influences passagères. Viveurs, sans cap, sans limite, sans fin, sans but. Aller, passer, disparaître. Le temps Pax in hominibus bonae voluntatis. Tout s’écoule, tout passe. Sous le flux, rien ne se maintient, le flux est flux et le reste n’est rien si ce n’est inconscient à ciel ouvert, plaques tournantes, angles mouvants, perspectives fuyantes, petits bars oubliés… Nous nous sommes tant aimés !

Cet homme que tu vois, là, celui qui sort du métro. Condamné à mort, portant sa croix, qui tombe. Tu le vois ? Oui, cet homme, banal, insignifiant, quelconque, voire légèrement insipide, qui croise sa mère, Simon le compatissant et Véronique qui lui essuie le visage. Et bien, cet homme c’est moi. Tu me reconnais ? Seul dans Paris, je tombe, les femmes pleurent, je tombe. Ça ferait un bon titre de livre, Seul dans Paris, hein ? Un peu commun. Rien d’original. Prosaïque. Du déjà vu ? Ah, parce que tu le vois, toi, cet homme ? Dans les rues de Paris si tu le croises, tu ne le vois pas. Tu ne le remarques pas. Je marche dans les rues de la ville. Je deviens la ville. Je suis suivi par elle. On me dépouille de mes vêtements, on me cloue, je meurs. Enfin, ça, c’est que je me raconte parce qu’en fait je me déplace et n’attends nulle illumination. J’attends mais je ne sais pas ce que j’attends. J’attends que quelque chose se passe. Et je marche. J’avance à reculons. Tu pars d’un point A et tu te retrouves à un point B, B comme bistrot. Il y en a une dizaine ou deux sur le chemin. Entre A et B, ce sont des refrains. Ou des rengaines. Ça rythme le truc, tu vois. Ça crée des pauses, des suspensions. Pour ne pas perdre le fil. Comme dans les files d’attente. Dans le hall de la gare, les jours de grève. Plus de train. Plus de point de départ. Plus de déplacement. Le mouvement s’abîme et se replie sur lui-même. On se mord la queue. Va et vient. Dans ce hall de gare, tout est suspendu. On attend. J’attends et je me déplace de A en B. Des rues sortent de ma bouche essoufflée et se déversent en carte routière, en ponts, en tunnels, en caniveaux. Je les suis, je suis et me retrouve dans moi-même. Circulation organique et boyaux inextricables. Le retour du même mais pas tout à fait pareil, tu vois ? Tu manges et puis, enfin, je ne veux pas te le raconter, tu connais, non ?

Je ne me souviens plus de quand on a tourné ce putain de film, ni avec qui. Si ça se trouve ce n’était même pas un film… Commençons par là… dieu sait où cela va nous mener… sans se presser… y a l’heure qui se pointe et toi qui t’mousse et qui mousse… sacré moussaillon… ce n’est pas une armée… j’ai pensé colonne… mais ce n’est pas une armée… tes mots qui flânent en rangs dispersés… ce n’est pas ça non plus… tes chansons en chausson… ta narcose entre chien et loup… ça colle… enfin merde y doit y avoir un moyen pour le dire simplement… Oui, c’est ça… Tu t’es réveillé mal armé… tu ne sais pas ce qui t’arrive, on ne comprends plus rien à ce que tu dis, jamais un coup de dés n’abolira le hasard ! Au secours !!!

La vie d’artiste. Tombe, recommence, chante sous la pluie, tombe la neige, tu ne viendras pas ce soir, et mon cœur s’habille de noir, tout en larmes blanches, l’oiseau sur la branche, pleure le sortilège… C’est ton texte, tout est à toi, prends ce qui te plaît et rejette le reste… Moi, je cherche la chanson, la légende, le récit, la saga, la fille louve, la fille perdue, la fille paumée, ma petite lady qui attend le train de quinze quarante-trois au coin du quai là-bas, tout est à toi et rien n’est à moi…

La dérive. Je ne vois pas le mec qui marche, qui passe de bistrot de bistrot, – il y en avait 600 000, il n’en reste que 2 ou 3, – le mec qui a un sourire crispant. Je vois la gonzesse, celle qui mate, celle qui filme. Elle est la parfaite perdante qui, grâce à un génie propre, prend toujours la mauvaise décision. Chacune de ses tentatives de fuite rend les choses pires encore. Elle est donc celle dont la vie est ordinaire et, malgré cela, malgré tous ses renoncements, celle qui s’attire quand même des ennuis.  La vie sur un trampoline… Juste une menace, une tension, la sensation que quelque chose est imminent, qu’il y a un perpétuel mouvement et que ce mouvement est menaçant. Surtout ne pas savoir où on va, juste décrire, faire circuler la menace. Aller où les anges ne vont pas. Je suis la sœur et la mère, me murmure-elle, des frotteurs qui suent en se branlant sur le cul des clientes de chez Tati. Le bled, la démerde, l’amour des mutants, la voie rêveuse, le sentiment de l’étrangeté des choses, de celles qui se vendent, qui s’échangent mais des autres choses aussi. Sans aucune condescendance, juste bousiller son existence. Réviser ses ambitions à la baisse, s’assigner des limites. Adopter un ton plat, une énonciation timide et n’émettre que d’obstinées banalités. Nous vivons le temps de tout et de son contraire. Il n’y a plus de table permettant d’énoncer le vrai et le juste. Mais au moins, elle n’était pas prolétaire, cette femme, cette enfant rêveuse, qui ne réfléchit jamais aux conséquences incalculables de ses actes.

Raconte encore, lui demande le vieux. Mais la caméra la lâche brusquement et part vadrouiller à l’horizon. Ce n’est plus un texte mais une insurrection. Elle crache sur la distanciation et vise l’empathie totale. Une vitalité en forme de sauve qui peut… Explosif, hilarant, apaisant – m’a réconcilié avec moi-même… Hic ! Et nunc… Yves Tenret, mars 2019

Sur la scène du Cirque Electrique le 12 avril, Yves Tenret, Loïc Connanski et Fabienne Issartel

Sur la scène du Cirque Electrique le 12 avril, Yves Tenret, Loïk Connanski et Fabienne Issartel

Porte de Montempoivre, un film de Fabienne Issartel

 

« Porte de Montempoivre » (26’). Six histoires de rencontres au mois de juillet sur la plateforme arrière du bus 29 direction Porte de Montempoivre. La vie devient un roman le temps d’un trajet.

 

Patricia Moraz et son fils Mathias Rossier partagent un moment sur la plateforme du bus 29 dans "Porte de Montempoivre", film de Fabienne Issartel

Patricia Moraz et son fils Mathias Rossier partagent ici un moment sur la plateforme du bus 29 dans « Porte de Montempoivre », film de Fabienne Issartel

PATRICIA MORAZ est partie pour le grand voyage…

Je l’apprends. Tristesse.

Mon amie Patricia Moraz, réalisatrice, scénariste et productrice, qui avait participé au tournage de Porte de Montempoivre (ci-dessus) nous a quitté ce mardi 16 avril pendant l’incendie de Notre-Dame… Etrange.  

Née le 23 septembre 1939 à Sallanches en Haute-Savoie, elle avait donné notamment un de ses premiers rôles à Isabelle Huppert en 1977 dans son film « les Indiens sont encore loin », très remarqué à la Quinzaine des Réalisateurs cette année-là et devenu culte. Elle avait produit entre autre « Boy meets girl », le premier film de Léos Carax, co-produit « l’Argent » de Bresson, et participé à la fondation de la Fémis en 1986 où elle enseignait d’une façon toujours engagée l’art du scénario et de la production. C’était quelqu’un, comme on dit, qui vous poussait toujours vers la beauté et la poésie, qui donnait envie de croire dur comme fer que « le cinéma, c’est vraiment la vie ».

Bon voyage Patricia vers ce quelque part, qui n’est peut-être nulle part. Tu avances.

La Cérémonie d’adieu à Patricia Moraz aura lieu ce jeudi 25 avril au Crématorium du Père-Lachaise à 13 h 30.

 

 

Muriel Foures et Gérald Valmer Mulot dans « Etat de Siège », de Fabienne Issartel

 

“État de Siège” (20’). 14ème jour des grandes grèves de décembre 95. Plus de métros, plus de bus, plus de trains…C’est le blocus. Deux amis désoeuvrés en profitent pour aller faire un tour « à l’oeil » sur les bateaux-mouches mis au service des parisiens par la mairie.

 

Printemps, un film de Fabienne Issartel

 

“Printemps” (35’). Le long du canal St Martin en 1995 chacun marche vers son destin en rêvant aux promesses d’une nouvelle vie du printemps.

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Tournage de « Printemps », Laurent Charpentier filme Solveig Dommartin et Muriel Fourès le long du canal Saint-Martin, Paris, 1er juin 1996

 

TEXTE 3. « NOTRE CINEMA, FABIENNE ISSARTEL », par Pacôme Thiellement, mars 2017

 

Projection du documentaire de Fabienne Issartel CHACUN CHERCHE SON TRAIN au cinéma le CIN'HOCHE à Bagnolet, le 15 septembre 2016

L’essayiste et réalisateur Pacôme Thiellement, photographié ici en septembre 2016 par Arnaud Baumann, à l’occasion de la projection de « Chacun cherche son train »

“Printemps” d’abord, c’est de la musique. Un son incroyable : le saxophone soprano d’Akosh S dans une improvisation fiévreuse au bar L’Atmosphère un soir. Un son capable à lui seul de ressusciter immédiatement les années 90 à Paris si vous les avez vécues… A l’époque, on pouvait encore fumer dans les bars et ça se voit immédiatement : les gens sont intenses ; ils ont une ivresse joyeuse, amoureuse, lyrique. La cigarette, c’est l’innocence des poses cinématographiques. Jouer à fumer « comme les stars », faire semblant de savoir fumer jusqu’à qu’on fume vraiment. Jouer à vivre « comme les grands » jusqu’à comprendre que c’était ça, vivre, justement. Qu’il n’y avait rien de plus vivant que cette innocence, cette jeunesse.
 Printemps, ensuite, ce sont des hommes et des femmes qui parlent. Ils parlent d’amour bien sûr : de sexe, de beauté, de conneries, de vie future et de réincarnation. Ils s’étalent sur les pelouses. Ils dansent. Ils chantent même ! Mais surtout ils marchent. Ils marchent le long du canal Saint-Martin et le ciel est bleu. Fabienne Issartel, c’est le cinéma des poètes, des errants, des piétons de Paris. La marche, ce n’est pas l’innocence comme la cigarette ; mais c’est encore plus beau : c’est le début du nouveau monde, la victoire sur l’Enfer. C’est peut-être le sens du fragment énigmatique de Walter Benjamin : « Vaincre le capitalisme par la marche à pieds. » On n’a jamais vu un tyran, un affameur ou un businessman se promener.
 Dans “Printemps” on a l’impression de voir des hommes et des femmes libres. Ou plutôt on les voit en train de se libérer. De quoi se libèrent-ils ? De ce qui les détermine et de ce qui les entrave, de ce qui les sépare et de ce qui les enferme. Ils se libèrent de leur solitude ; ils se libèrent de leur prison. Fabienne Issartel, c’est le cinéma de l’amour qui circule entre les êtres. Et ils sont tous beaux, tous. Pourquoi ne le seraient-ils pas ? Puisque Fabienne Issartel les aime pour ce qu’ils sont, tous. Un peu comme Giacometti qui répétait à Genet : « Comme vous êtes beau ! Comme vous êtes beau ! » alors qu’il dessinait son portrait avant d’ajouter : « Comme tout le monde, hein ? Ni plus ni moins. » 
Jusque là, le cinéma n’a pas été fait pour nous. Il ne nous parlait pas, ne nous regardait pas : il nous tournait même le dos. Nous avons besoin d’un cinéma qui nous ressemble, un cinéma qui nous aime et qui nous le montre. Nous avons besoin d’un cinéma dans lequel on puisse marcher.
 “Printemps” ça date du milieu des années 90 et pourtant ça semble avoir été fait ce matin. Plus exactement, ça a été fait (vécu, tourné, monté) pour ce matin. Vingt ans ont passé qu’on a vécu les yeux fermés ou occupés d’autre chose. C’est maintenant, et maintenant seulement, que les films de Fabienne Issartel peuvent rayonner de leur poésie solaire, de leur lumière d’avant midi. 
Nous avons besoin du cinéma de Fabienne Issartel. Libre, ouvert, intense, au plus près de l’instant, aéré comme un jour de printemps : notre cinéma, ni plus ni moins. Pacôme Thiellement, mars 2017

 

4. MANIFESTE POUR LE FILM PROMENADE, printemps 1996

Voilà ci-dessous le texte que j’avais écrit à l’époque pour parler de ma démarche pour fabriquer mes films-promenade.

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Fabienne Issartel par Hervé Sellin 1985

MANIFESTE POUR LE FILM PROMENADE, printemps 1996

Filmer la vérité d’un évènement (reportage) à travers la trame d’un scénario (fiction), est une méthode de travail propre à créer un genre particulier : le reportage-fiction, que je préfère appeler « film promenade ». Ici, le mécanisme d’identification de la fiction oblige le spectateur à se remettre en question dans une vision active de la réalité. De toute façon pour moi, tout film est une fiction.

Plusieurs films fabriqués sur ce mode ont vu le jour. Pour chacun d’eux le lieu et la date de tournage sont bien spécifiques : la rue de Ménilmontant un vendredi saint, les bals des pompiers un 14 juillet, la plateforme du bus 29 pendant l’été, les bateaux-mouches pendant les grandes grèves de décembre, le canal Saint-Martin au printemps… Le lieu n’est jamais un décor en toile de fond pour servir une histoire, mais le « personnage principal » du film. La date du tournage va faire également partie intégrante du scénario. Lieu et date sont donc la base de départ du travail de construction du film.
Il faudra ensuite choisir des personnages ouverts et curieux pour leur adéquation, voire leur inadéquation avec l’esprit du lieu. Car c’est à travers leur yeux que nous allons découvrir en direct cet endroit de Paris, que nous allons vivre de fait un moment historique, même s’il ne se passe rien -parce que daté- comme si nous y étions.
Il n’y aura donc pas d’histoire à proprement parler si ce n’est celle de la promenade dans le lieu. L’histoire n’aura de sens que par le fait qu’elle sera celle d’un jour donné. Ce que la caméra cherchera à voir, c’est la transformation en direct qu’imprime peu à peu un paysage à l’intérieur de la tête d’un personnage qui chemine.
Quel est l’effet final recherché ? C’est simple : donner au spectateur l’impression qu’il est réellement en train de se promener, d’humer l’air, de jeter ce regard furtif aux hasards de ses déambulations sur les gens qu’il croise, et vivre des histoires ou alors rien du tout. Bref, cette sensation tendue et désirante inhérente à l’idée de se mettre en marche à un moment donné et qui se situe très exactement au point « érotique » où le rêve et la réalité intérieure du promeneur, vient croiser dans son cheminement le rêve et la réalité extérieure. Juste une sensation… Le film est là, dans cette réalité à la fois fabriquée et vécue du point érotique pur.

Dans un documentaire traditionnel, on s’attacherait à avoir une vision objective, donc la plus exhaustive possible du lieu à décrire. On reviendrait le filmer à des heures différentes de la journée et de la nuit. On chercherait à avoir du site une vision spatiale ainsi qu’une approche raisonnée des différents acteurs qui l’habitent. Une fiction classique, quant à elle, utiliserait plus ou moins le lieu comme simple décor au service d’une histoire.
Le reportage-fiction ou « film promenade » tel qu’il vient d’être défini ne veut se substituer ni à la fiction, ni au documentaire, ni même à ce genre qu’on appelle le « cinéma du réel ». Non. Chacun a sa place bien légitime avec son dosage de réalité, de fiction et de subjectivité. Chacun porte en filigrane son propre message éthico-métaphysique de la vie.
Alors quel est le mien ? Quel est le sens de la vie : ce fameux « meaning of life » qui en anglais ne veut d’ailleurs pas dire la même chose ? C’est la réponse à cette question qui justifie le choix d’un réalisateur pour l’un ou l’autre des genres. Il faut quelquefois créer un nouveau genre pour être en harmonie avec la réponse qu’on veut y apporter.
The meaning of life est pour moi le sens de la vie littéralement. Il est direction.

Dans un sens qui s’énonce en trois propositions :

1/ Qu’est-ce que la vie ? La vie est une longue promenade.
2/ Qu’est-ce qui nous pousse à avancer ? L’étrange banalité.
3/ Ou allons-nous ? Vers ce quelque part qui n’est peut-être nulle part.

UNE LONGUE PROMENADE

Chacun de mes films présente un bout de la grande promenade, promenade qui se déroule d’un film à l’autre, dans ce labyrinthe de circulation infini qu’est la ville, qu’est la vie. Longue, la promenade ne l’est sans doute jamais assez, mais elle justifie tout, en ce sens qu’elle m’apparaît comme la seule trame réelle de l’existence, déployant dans son cheminement une énergie métaphysique de la sueur. La promenade se déroule pas à pas vers sa fin, jusqu’à la dernière goutte. Fouler la terre debout avant d’y être enseveli couché : c’est sûrement aussi simple que ça !
Je caresse souvent le bitume avec la pomme de ma main à Paris et je me souviens de quelque chose… Desfois, je ne peux m’empêcher de m’allonger à même le trottoir et de rester là les yeux au ciel. Une légère chaleur se diffuse alors dans mon dos entre les omoplates. Et je me souviens de quelque chose… De quoi ? Sur le chemin, on oublie justement pourquoi on chemine. La réponse est là-bas au bout en mettant un pied devant l’autre en tension vers un tout petit point lumineux. J’ai demandé à être enterrée debout.

L’ETRANGE BANALITE

On reconnaît le promeneur à son port de tête, à une certaine façon détachée d’aller toujours tout droit avec conviction. Mais comme je dis souvent : il faut « suivre » nos pas, aller avec une détermination épique là où ils nous entrainent. Le promeneur marche en humant l’air, les narines palpitantes et les yeux mi-clos. Il ressent avant de voir.
Savoir vraiment suivre ses pas, savoir où nous nous trouvons quand nous nous y trouvons : voilà sans doute le grand luxe, le plus complexe de la vie. Cela suppose que nous ayons toujours cette sensation d’être quelque part et de vivre quelque chose : ce qui n’est n’est pas toujours si évident. Car la vie « ordinaire », la vie de tous les jours, pour chacun de nous, pourrait parfois avoir l’air d’un « pas grand chose », voire d’un RIEN. Or, au lieu de nous immobiliser, ce rien nous fait quand même avancer. N’est-ce pas paradoxalement extra-ordinaire ? La banalité est peut-être ce qu’il y a de plus mystérieux et de plus étrange. Dans la promenade, l’homme n’est pas perdu. Il est gagné ! Gagné d’avance par l’issue de son voyage ! La promenade est une épopée dans l’étrange banalité. C’est ainsi que l’on savoure tout, sans hâte, mais avec l’enthousiasme clairvoyant, concentré et curieux, de celui qui sait qu’il n’a de choix que celui du plaisir, envers et contre tout.

UN QUELQUE PART QUI N’EST PEUT-ETRE NULLE PART

Dans « Là-haut sur la montagne » Ernest doit monter « là-haut », tout au bout de la rue de Ménilmontant. Mais il s’en retourne juste avant d’atteindre son but. Dans « porte de Montempoivre » le dernier personnage, Gérard, arrivera enfin jusqu’à cette porte où il ne se passe rien, terminus du bus 29. Dans « Etat de siège » Muriel et Valmer prennent place dans un bateau, puis dans un autre, puis dans un autre… « Bon on retourne ? » demande Valmer. « On retourne où », lui répond Muriel. « Ben, d’où on vient… ». « Je croyais qu’on était partis », lui rétorque Muriel. Quant à Claude, dans « Au feu les pompiers » elle se retrouve peu à peu de l’autre côté du miroir. Un jour elle est morte en vrai et j’ai fait un film qui s’appelle « la mort de Claude » dans lequel elle continue à marcher.

Allons-nous vers quelque chose ? Y’a t-il une vie après la mort ? Où cela se termine t-il ? Et cela se termine t-il ? Ne dit-on pas « le début de la fin » ? Jusqu’à quand y’a t-il donc des débuts ? Le début. La fin… J’ai tendance à penser que c’est un peu la même chose. Je ne crois pas à la chronologie. La vie est une assiette plate. Nous tournons autour.
Ce qui est sûr, c’est que « ce quelque part qui n’est peut-être nulle part » nous attire comme un aimant et que nous allons vers lui.

"Etat de siège" de Fabienne Issartel, capture d'écran 2

« Etat de siège » de Fabienne Issartel, capture d’écran 2

 

LE FILM PROMENADE / METHODE

Dans ces films, les personnages ne sont pas des acteurs. Ils jouent leur propre rôle. Cette situation (qu’on peut appeler scénario) et qu’ils n’auraient peut-être pas vécue, va bel et bien devenir, le temps du tournage, leur histoire vécue en direct, génératrice de cette émotion « à la lisière », surprise par la caméra. C’est cet effet de surprise qu’on veut saisir dans ce type de tournage.
La réussite d’une telle entreprise – donner la sensation de la réalité – implique quelques impératifs. L’équipe de tournage -trois personnes maximum- doit pouvoir se rendre transparente afin que l’interaction attendue entre le lieu et les personnages puisse se faire spontanément et sans entrave. Les personnages n’étant pas des acteurs, ils sont bons ou mauvais dès la première prise. On ne retourne jamais les scènes. Au contraire, on est au service des personnages. On essaye dans la mesure du possible de se couler dans leur rythme dans un esprit d’ouverture pertinent par rapport au but recherché. Il faut privilégier avant tout l’étincelle. Le travail de préparation est donc très important et nécessaire pour pouvoir être disponible et maîtriser l’advenue au tournage de beaux imprévus. Il porte sur deux points :

– un repérage méthodique avec les techniciens (mais un par un) à chacune des stations de la déambulation, puis ensuite (mais un par un) avec chacun des protagonistes de l’histoire. Chacun doit savoir très précisément ce qu’il a à faire du point de vue de la circulation. Ainsi, au moment du tournage, ces instructions intégrées permettront au personnage de restituer devant la caméra la respiration d’un vrai promeneur, d’être disponible pour proposer son interprétation personnelle.

– une mise en condition psychologique et paradoxale des personnages : leur faire accepter l’idée de jouer leur propre rôle en suivant mes demandes, tout en leur faisant comprendre que je n’attends vraiment rien d’autre d’eux qu’ils soient eux-mêmes tels que je les connais.

Quand la sensation de la vie advient, c’est un cadeau. On a pas besoin de moniteur pour s’en rendre compte. On peux même fermer les yeux. L’air vibre. Le personnage a accepté de vivre un moment de sa vie là en direct avec ses maladresses et ses balbutiements, mais dans la situation que « j’ai imaginée ». C’est un type de tournage où l’on ne pense pas au montage, à l’objet fini Film. Le tournage se suffit à lui-même. Il est de fait une aventure dans laquelle techniciens et personnages sont ensembles co-réalisateurs. Et je suis autant mes personnages qu’ils me suivent. Dieu sait où nous allons.

Fabienne Issartel, réalisatrice, 1996

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L’équipe au grand complet sur le tournage de « Printemps », film de Fabienne Issartel, le 1er juin 1996. A la caméra : Laurent Charpentier. Preneur de son : Renaud Colas. Assise sur la barrière : Fabienne Issartel
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« Moi Jean Lacombe, marin et cinéaste » de Fabienne Issartel : 4 projections exceptionnelles organisées par la Cinémathèque de Bretagne. Le dimanche 9 décembre je serai accompagnée de Yoann Dhenin le producteur du film, aux Champs libres de Rennes, 16 h !

« Moi Jean Lacombe, marin et cinéaste » de Fabienne Issartel, 52′ a obtenu le « prix du Film Mémoires de la mer » en 2014, décerné par la Corderie Royale de Rochefort et le Centre International de la Mer.

 

Hippocampe, premier bateau imaginé par Jean Lacombe, sort de l’atelier de Sartrouville en décembre 1953

 

Un nouveau fonds « Jean Lacombe » à la Cinémathèque de Bretagne

Jean Lacombe a laissé un grand nombre de rushes en 16 mm le montrant en action à bord de ses 5 bateaux. Après la réalisation du documentaire où ses précieuses images ont été mises en scènes, l’ensemble de ce matériel a été confié par sa famille à la Cinémathèque de Bretagne. Heureuse initiative ! Toutes ces bobines viennent d’être nettoyées et passées au télécinéma HD. Elles sont maintenant magnifiques, plus belles encore que dans notre film et disponibles pour toujours pour les professionnels et le public. Un trésor pour tous ceux ceux qui ont à coeur de ne pas oublier l’esprit pur qui a conduit vers l’aventure ces pionniers de la plaisance moderne. Pionnier, Jean Lacombe l’était aussi dans sa détermination rare à la fin des années 50 à s’auto-filmer pendant ses navigations, dans un milieu hostile et humide, particulièrement délicat pour la préservation du support pellicule. 
Pour inaugurer ce fonds, la Cinémathèque de Bretagne organise 4 projections exceptionnelles du documentaire « Moi Jean Lacombe marin et cinéaste ».

Retrouvez toutes les dates et les lieux ci-dessous.

 

Jean Lacombe lors de son tout premier voyage de 1955 vers New-York, capture d’écran du film « Moi Jean lacombe marin et cinéaste » de Fabienne Issartel

 

« Ce documentaire consacré au marin Jean Lacombe mêle témoignages et images d’archives pour dépeindre le destin singulier de cet homme qui a voulu traverser un beau jour de 1955 l’Atlantique, tout seul à bord d’un voilier de 5,50 mètres qu’il avait conçu lui-même à Paris, sans connaissances particulières de l’architecture navale.

En révélant les images que Jean Lacombe réalisa lui-même sur bandes 16 mm durant ses nombreux périples à travers l’Atlantique nord, la réalisatrice Fabienne Issartel offre une formidable plongée dans l’univers de celui que l’on surnommait le « navigateur ingénu ».

LAURENT CHARPENTIER QUI A ACCOMPAGNE LE FILM A BREST LE 13 DECEMBRE PARLE DE JEAN LACOMBE avec une animatrice de OUFIPO, une Web radio locale de Brest.
C’est ICI VIA CE LIEN :

http://oufipo.org/moi-jean-lacombe-marin-et-cineaste/

 

Eric Vibart et Laurent Charpentier visionnent les rushs de Jean Lacombe. Ici une expérience de survie sur un canot pneumatique sans eau ni vivres en 1957. Capture d’écran de « Moi Jean Lacombe, marin et cinéaste »

 

 

Les dates des 4 PROJECTIONS de novembre et décembre 2018, événements organisés par la Cinémathèque de Bretagne :

A VENIR / ET dernière projection !

Aux Champs Libres, 10, cours des Alliés, salle de conférences, Rennes. Gratuit. Contact : 02 23 40 66 00, http://www.musee-bretagne.fr/Rennes à 16 h

Rennes le 9 décembre 16 h :  présence de la réalisatrice et du producteur du film Yoann Dhenin

https://www.unidivers.fr/rennes/docs-en-stock-au-musee-moi-jean-lacombe-marin-et-cineaste/

Toutes les projections sont suivies d’une rencontre avec le public.

EN SUPPLEMENT DU FILM UN BONUS EN PREMIERES MONDIALES / Des rushs inédits conservés maintenant par la Cinémathèque de Bretagne sont proposés pour les séances de St Brieuc et de Rennes. 

Ce sera « Coup de vent à Nantucket », un petit film de 15 mns muet monté par l’auteur Jean Lacombe, qui s’auto-filme pendant une navigation solitaire épique et  expérimentale sur un canot pneumatique. Un commentaire qui avait été écrit à l’époque par Jean Lacombe lui-même pour accompagner les images, vient d’être retranscrit, et sera restitué simultanément et en live par la voix de Jean-François Delsaut de la Cinémathèque de Bretagne.

« Coup de vent à Nantucket »

En octobre 1957, près d’un an après son arrivée dans la marina de Sheepshead Bay, à Brooklyn, Jean Lacombe décide de tenter une traversée de l’Atlantique Nord sur un canot pneumatique sans vivres ni eau. Il s’inspire ainsi de la traversée d’Alain Bombard réalisée cinq ans plus tôt en 1952 sur « l’Hérétique », un canot pneumatique doté d’une voile d’Optimist. Comme lui, Lacombe veut tenter une expérience de survie avec l’ambition de servir la science et d’aider les naufragés. Il embarque avec lui un microscope et une caméra…

 

Jean Lacombe installe un microscope en 1957 sur son canot pneumatique pour prendre le large en solitaire, capture d'écran, tous droits réservés Cinémathèque de Bretagne

Jean Lacombe installe un microscope en 1957 sur son canot pneumatique pour prendre le large en solitaire, capture d’écran, tous droits réservés Cinémathèque de Bretagne

 

Un hommage :

Ces deux dernières projections, celle de Saint-Brieuc et celle de Rennes à venir, sont dédiées à Patrick Schnepp qui vient de nous quitter le 20 novembre après une longue maladie. Patrick avait participé au tournage de ce film. Quelques liens en fin d’article vous permettront de découvrir ce personnage qui a toujours défendu au sein du Musée Maritime de La Rochelle qu’il a créé, un certain esprit pur des pionniers de la plaisance moderne… Bon vent Patrick !

ONT  DEJA EU LIEU LES PROJECTIONS DE :

Brest le 13 novembre 20 h : présence de Laurent Charpentier, marin et journaliste
https://www.brestculture.fr/moi-jean-lacombe-marin-cineaste.html

flyerLacombe pour la projection à Brest de « Moi Jean Lacombe marin et cinéaste »

Nantes le 15 novembre 18 h :  présence de la réalisatrice
http://www.moisdudoc.com/spip.php?rubrique90&IDSeance=291

https://abp.bzh/moi-jean-lacombe-marin-et-cineaste-film-presente-a-nantes-le-13-novembre-46124

https://archives.loire-atlantique.fr/jcms/decouvrir/rendez-vous-aux-archives/moi-jean-lacombe-marin-et-cineaste-fr-p1_13746?portal=c_5110&category=c_5140

Saint-Brieuc le 25 novembre 14 h 30 :  présence de la réalisatrice, au Cinéma Club 6, 40, boulevard Clemenceau, au centre de Saint-Brieuc.

Quelques annonces :

https://www.cridelormeau.com/manifestation-moi-jean-lacombe-marin-et-cineaste-92238.html

http://www.club6.fr/evenements

https://www.fest.fr/projection-du-film-moi-jean-lacombe-marin-et-cineaste-542343.html#1wAemgdIi28JWsMO.99
https://www.cinematheque-bretagne.fr/Programmation-Projection-_Moi-Jean-Lacombe_-marin-et-cinéaste_-392-1129-0-0.html

 

Parmi les documents laissés par Jean Lacombe, ses photos des stars françaises de passage à New-York à l’époque

JEAN LACOMBE SAVAIT TOUT FAIRE !

Esprit farouchement indépendant et individualiste, dans la lignée d’Alain Gerbault, de Jacques-Yves Le Toumelin ou de Moitessier, Jean Lacombe s’éloigne du monde de la compétition au large, destiné à être de plus en plus dominé par la course à l’armement, à la technologie et au sponsoring. Il se fixe à New York et y subsiste avec des hauts et des bas, s’adonnant à de nombreux petits boulots. Jean sait tout faire. C’est un artisan génial et curieux. Avant d’inventer des bateaux, il concevait des sacs à main pour une clientèle de luxe. Il saura naviguer seul sur la grande mer bleue déchaînée. Il a su aussi écrire ses aventures et les filmer. Jean trouve toujours une idée pour se sortir de l’ornière et donner des horizons à sa liberté. Il monte même une baraque à frites sur une marina du Bronx pour financer la construction de Yang son dernier bateau. Entre autre, il est aussi photographe nous donnant ces extraordinaires clichés d’artistes de passage à New-York qui deviendront nos grandes stars françaises…

 

Jean Lacombe se filme avec humour pendant la seconde OSTAR de1964, lisant la revue Bateaux couché dans son “ Golif ” de 6,50 m. 1 000 exemplaires du Golif, un des premiers croiseurs de série en polyester seront construits dans les cinq ans qui suivirent la course, remportée par Eric Tabarly sur Pen Duick II.

Jean Lacombe se filme avec humour pendant la seconde OSTAR de 1964, lisant la revue Bateaux couché dans son “ Golif ” de 6,50 m. 1 000 exemplaires du Golif, un des premiers croiseurs de série en polyester seront construits dans les cinq ans qui suivirent la course. Course remportée par Eric Tabarly sur Pen Duick II !

 

Jean Lacombe, le Kerouac de l’Atlantique

Voilà le seul film consacré à Jean Lacombe, célèbre pour avoir couru la première transat anglaise de 1960, puis à bord d’un Golif, celle de 1964 qui lui valut aux côtés de Tabarly les félicitations du Général De Gaulle. Le documentaire dévoile l’intimité de ce navigateur autodidacte, opiniâtre et révolté, exilé à New York pour vivre dans la marge et la liberté. Avec une caméra 16 mm, Jean Lacombe a filmé ses multiples traversées de l’Atlantique Nord, toujours à bord de petits voiliers. Après sa mort en Martinique en 1995, la famille de Jean Lacombe confie ce trésor de bobines de film à Eric Vibart et Laurent Charpentier, alors journalistes à Voiles et Voiliers. La réalisatrice Fabienne Issartel viendra plusieurs années après, terminer avec eux ce travail de résurrection de « Jeannot », personnage hors-normes qui nous donnera à chacun la force de suivre son destin.

Aventurier plus que marin de compétition, Jean Lacombe fit de l’Atlantique nord, tempétueux et froid, de façon obsessionnelle, son domaine d’élection. Marginal, enthousiaste, il accepta délibérément une vie précaire à New York où il s’était établi dès les années cinquante pour assouvir dès qu’il le pouvait sa passion dévorante de navigations sur des bateaux qu’il voulait absolument de taille modeste (de 5, 48 m à 7, 42 m). A l’aube de la plaisance moderne, il a traversé l’Atlantique sur le premier voilier en polyester. Issu d’un milieu populaire, artisan maroquinier à Paris, Jean Lacombe, sextant en main acheté aux puces, sera un “clochard céleste” à la manière d’un Slocum. Sans aucune expérience maritime, il construira lui-même son premier bateau, refusa toujours tout sponsoring qu’il considérait comme une compromission. Franc-tireur, attaché par-dessus tout à son libre arbitre, il assuma jusqu’au bout les conséquences de ses choix. Son seul viatique était sa foi, la certitude que l’aventure lui ouvrirait les portes d’une vie libre initiatique.

 

Jean Lacombe avec sa caméra sur Yang son dernier bateau

Jean Lacombe avec sa caméra sur Yang son dernier bateau

 

Dès 1960, il emporte avec lui une caméra 16 millimètres mécanique et des boîtes de pellicule inversible. Auto-filmeur avant l’heure, son habileté d’opérateur alliée à ses qualités de photographe – profession qu’il exerça aussi à New York – permettent de bénéficier d’une matière visuelle d’une étonnante richesse. Hormis un montage personnel jamais diffusé de 662 mètres (environ une heure), le marin cameraman a laissé de très nombreux rushes(extraits de reportages, moments d’intimité en mer ou à terre). Numérisées pour ce film, ces images n’avaient encore jamais été vues. En suivant ce chemin solitaire, sa vie devint une quête qu’il évoque dans des manuscrits dont beaucoup sont restés inédits.
Dans « A moi l’Atlantique », seul livre publié chez Laffont en 1957, il raconte l’épopée de sa toute première traversée en 55, sur « Hippocampe », bateau qu’il avait imaginé, dessiné et fait construire à Sartrouville près de Paris. Il relate ses Transatlantiques dans les revues maritimes de l’époque, dont celle de 1960 sur un «Cap Horn ». Il esquisse aussi le début d’une curieuse autobiographie militante qu’il appelle « moi, un blanc marron ! ». Fantasque, râleur, toujours en mouvement, acharné à perfectionner un idéal réclamant volonté et courage, Jean Lacombe a tracé un sillage unique dans l’histoire de la voile hauturière.

Nous avons besoin de croiser des vies d’hommes libres comme celle de Jean Lacombe, assumée jusqu’à la perfection, pour avoir l’énergie de réaliser nos propres rêves. Je me devais d’achever le travail du marin cinéaste Jean Lacombe dans le respect de l’esprit qu’il avait voulu lui insuffler. Ce fut une expérience très intense où j’ai eu l’impression de co-réaliser le film avec lui.

Fabienne Issartel, réalisatrice

 

L’article de François-Xavier Ricardou dans le magazine « Bateaux »

https://www.bateaux.com/article/27288/moi-jean-lacombe-marin-cineaste

 

Quelques minutes du film:

 

L’aventure de Jean Lacombe continue

En 2014, Eric Vibart et Laurent Charpentier retrouvent Hippocampe, le premier bateau de Jean Lacombe dont on n’avait plus aucune nouvelle et qu’on croyait perdu pour toujours dans un coin perdu de Caroline du Nord. Après avoir été vendu aux Etats-Unis, le bateau était passé de main en main. Acheté pour 500 dollars le voilier appartient aujourd’hui à Roy Mascari, 70 ans.  Ce retraité qui complète ses maigres revenus en déchargeant de nuit des camions chez Federal Express, a entrepris une restauration totale du bateau. Il a mis a nu la coque qu’un ancien propriétaire avait recouvert de polyester. Aussi volontaire et débrouillard que Jean Lacombe, Roy a entrepris de refaire bordés et aménagements intérieurs à l’identique. 

L’article d’Eric Vibart ici en PDF :

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Eric Vibart sur Hippocampe qu'il a retrouvé miraculeusement en Caroline du Nord en 2014. Photo Laurent Charpentier.

Eric Vibart sur Hippocampe qu’il a retrouvé miraculeusement en Caroline du Nord en 2014. Photo Laurent Charpentier

 

La Martinique…

« En 1987, vieillissant, oublié et de santé précaire, Jean Lacombe choisit d’aller vivre à la Martinique. Il s’y rend à bord de Yang à bord duquel il déménage toutes ses affaires en deux voyages mouvementés. Vivant un moment à son bord dans la baie de Fort-de-France, il finit par s’installer à terre sans abandonner pour autant ses projets de navigation. Il élit domicile dans un studio en sous-sol où il vit parmi ses boîtes de films, de vieux journaux relatant ses exploits passés, décorant ses murs de maximes glanées dans ses lectures où il est question de la destinée humaine. C’est dans ce contexte qu’il débute la rédaction d’un texte autobiographique, « Moi, un blanc marron », texte inédit resté inachevé. Connu pour son caractère abrupt et ses sautes d’humeur, économisant sou à sou avec le rêve inaccessible d’acheter un nouveau bateau pour participer à une nouvelle course transatlantique, il est atteint d’un cancer et finalement emmené à l’hôpital où il décède le 1er novembre 1995 à l’âge de 76 ans. »

Extrait d’une biographie de Jean Lacombe par Eric Vibart

 

Les boites rouillées contenant les rushs de Jean Lacombe retrouvées par sa famille après son décès en Martinique

Les boites rouillées contenant les rushs de Jean Lacombe retrouvées par sa famille après son décès en Martinique et confiées à Eric Vibart et Laurent Charpentier

 

Et voilà encore les autres articles faisant écho au film précédemment posté sur mon site. ICI : https://fabienneissartel.wordpress.com/?s=jean+lacombe

Ci-dessous une petite vitrine installée à l’entrée de salle de projection le 13 novembre à Brest. On y voit la caméra Pathé Webo utilisée dés 57 par Jean Lacombe sur son canot pneumatique, puis en 1960 sur le Cap Horn, bateau avec lequel il participe à la première OSTAR. En 1982, après sa séparation avec sa compagne Toni Austin, Jean arrête tout à coup de filmer…

La vitrine installée à Brest à l’entrée de la salle de projection de « Les Studios » pour la séance autour de « Jean Lacombe marin et cinéaste », le 13 novembre 2018, photo Laurent Charpentier

 

L’AMI PATRICK SCHNEPP A LARGUE LES AMARRES…

Patrick Schnepp, inventeur et animateur infatigable du Musée Maritime de La Rochelle était un personnage malicieux, intelligent et cultivé, frondeur et généreux,  qui a dédié sa vie à valoriser le patrimoine maritime avec une exigence et une délicatesse sans compromis : avec amour aussi et une pureté que Patrick partageait avec les navigateurs si particuliers auxquels il a voulu donner une visibilité dans son Musée Maritime de la Rochelle. Son devoir de mémoire avait la couleur de la poésie, celle d’un homme qui défendait l’existence de destins d’hommes libres, sur les mers comme dans nos cités. Notre monde a besoin de nouveaux Patrick Schnepp aujourd’hui avec une vision. 

Comment oublier aussi quelques unes des très joyeuses fêtes auxquelles j’ai pu assister dans les années 90 à bord du France 1, soirées fantasques interminables dont Patrick était à la fois l’initiateur et l’hôte enjoué et accueillant ? Bon vent Patrick, à toi « le chevalier des causes éperdues » !

Patrick Schnepp avait bien voulu évoquer la démarche de Jean Lacombe dans mon film. Je lui dédie bien modestement mes deux dernières projections de Saint-Brieuc et de Rennes.

"Jean Lacombe a voulu faire quelque chose de sa vie", dit Patrick Schnepp dans mon documentaire "moi Jean Lacombe marin et cinéaste", capture d'écran

« Jean Lacombe a tout simplement voulu faire quelque chose de sa vie« , déclarait Patrick Schnepp dans mon documentaire « moi Jean Lacombe marin et cinéaste », capture d’écran

 

LE LIEN vers L’HOMMAGE rendu à Patrick Schnepp à La Rochelle sur l’eau ci-dessous

Deux liens pour découvrir Patrick Schnepp :

https://france3-regions.francetvinfo.fr/nouvelle-aquitaine/charente-maritime/la-rochelle/patrick-shnepp-fondateur-du-musee-maritime-rochelle-est-decede-1578595.html

https://www.chasse-maree.com/patrick-schnepp-chevalier-des-causes-eperdues/

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Le vénérable Boris fêté chez le grand Charles, le mardi 16 octobre à Lille

NAÎTRE ET RENAÎTRE à LILLE

En avril 1945, Boris Pahor arrive à Lille avec deux de ses compagnons de déportation. Les trois amis sont venus par étapes de Bergen-Belsen et portent encore leurs costumes rayés quand ils passent le seuil de la gare. Boris Pahor raconte ses tous premiers pas d’homme libre dans les rues de Lille dans la nouvelle « le berceau du monde ».

En 2004, la Villa Marguerite Yourcenar l’accueille à Lille pour une résidence d’écrivain.

Le 16 octobre 2018, Boris Pahor, 105 ans, sera à l’honneur à Lille où un bel hommage lui sera rendu à la Maison natale Charles de Gaulle.

 

L’ouvrage « Et si c’était à refaire – chemins de Boris Pahor », dirigé par Guy Fontaine, Les Lettres Européennes

 

Rencontre organisée par la Villa départementale Marguerite Yourcenar autour de Boris Pahor à la Maison natale Charles de Gaulle à Lille de 17 h à 20 h.

Cliquer sur ce lien pour voir le carton

Boris Pahor à Lille le 16 octobre

Le programme :

– Mon documentaire « Boris Pahor – Portrait d’un homme libre », 98’, sera projeté avec une présentation de Boris Pahor par Guy Fontaine, conseiller littéraire de la Villa Marguerite Yourcenar

– Lecture de la nouvelle de Boris Pahor « Le berceau du monde » par le comédien Serge Flamenbaum.

– Table ronde autour de “litérature et déportation” avec Guy Fontaine, Thierry Capillier, directeur du Musée de la Coupole d’Helfaut, Laurent Seillier, responsable pédagogique du Musée de la Coupole, et Fabienne Issartel, réalisatrice du documentaire.

– Enfin l’ouvrage “Et si c’était à refaire – chemins de Boris Pahor”, de 130 pages, dirigé par Guy Fontaine (Les lettres européennes) a été spécialement édité pour l’occasion. On y découvrira de nombreux textes “hommage”, trois nouvelles de Boris Pahor et un entretien inédit entre Boris Pahor et Stéphane Hessel.

 

La machine à écrire de Boris Pahor dans la cuisine, septembre 2018

 

Voilà ci-dessous quelques extraits d’une lettre envoyée à Boris Pahor pour son 105ème anniversaire, en août 2018

Lettre à Boris,

« Je vous imagine Boris dans la cuisine de votre maison sur les hauteurs de Trieste à deux pas de Kontovel et de Prosek, assis sur le banc de bois clair verni, dos à la baie. Vous lisez, affairé comme un ministre votre abondant courrier et les journaux du jour. Vous réclamez du café à la dame qui est à vos côtés. Ce qui vous pousse à avancer plus loin, ce qui vous a toujours porté est cette haute idée de l’homme, d’une justice, ou plutôt peut-être d’une justesse. Car que serait la justice sans la justesse, n’est-ce pas ? Et la justesse, cette forme de sagesse, ne peut advenir sans la mémoire. La vôtre par miracle est restée intacte. Mais quel miracle ? Les nerfs du corps et de l’esprit marchent de paire chez vous. « Le nerf de la guerre » c’est d’abord beaucoup de travail et d’abnégation, mais aussi « la direction », le sens donc que l’on donne à toutes choses.
Quand bien même l’état du monde vous donne tort, vous avez cette certitude qu’il y a en chaque homme cette pépite d’éternité lumineuse qui ne demande qu’à être révélée, déclenchée, activée, que chacun dans son coin peut échafauder avec sa conscience notre Babel à tous. Alors vous ne ménagez pas votre peine. Votre vie suit les lignes d’un dessein imaginé par vous dès l’enfance au contact de vos parents, de vos grands-parents, de vos sœurs, de votre peuple slovène : ce « petit peuple » qui a atteint aujourd’hui à travers votre littérature sa dimension universelle. Vous avez réussi. Oui. Votre littérature a la limpidité de la justesse.
Aucun adjectif, aucun développement de phrases en longs intermèdes, aucun dialogue, ne surgit dans le texte par hasard. Il n’y a pas de fioritures pour faire joli. Et pourtant on est emmené et c’est joli. On partage la lumière et la sensualité de la nature du golfe de Trieste, la beauté rudes des âmes qui se promènent sur le karst. Plus encore, on est comme englobé dans le paysage.
Vous avez compris comment la fiction, la littérature, pouvait révéler avec encore plus d’acuité la réalité. Votre existence toute entière est littéraire. Il faudrait que vos œuvres soient réunies un jour dans un seul bouquin qui témoignerait de l’unité de ce souffle poétique et politique qui a régi de façon obsessionnelle votre travail.
Votre résistance fait honneur à l’idée même de la vie : cette mystérieuse flamme qui est chair et sang. »
Fabienne Issartel, août 2018

 

Sur la route de Kontovel, au-dessus de Trieste, septembre 2018

 

Page 181, « Pèlerin parmi les ombres », de Boris Pahor (ed la petite vermillon)

« Je repris les escaliers et montai lentement jusqu’à la terrasse du haut. Les terrasses étroites ressemblaient à celles qui s’étagent sur les flancs des collines triestines depuis la mer jusqu’au bord du plateau du karst. Mais là-bas, elles s’arquent dans la côte, cachées parmi les acacias et les ronces épaisses. Grâce à elles, nos jambes nous portent dans un vignoble tantôt à droite, tantôt à gauche là où de vieux ceps bravent le soleil et le contraignent lentement à enrichir le raisin noir du suc de la terre cuivreuse. »

 

En montant vers Kontovel, au dessus de Trieste, septembre 2018

En montant vers Kontovel, au dessus de Trieste, septembre 2018

 

Pages 188 – 189, « Pèlerin parmi les ombres », de Boris Pahor (ed la petite vermillon)

« … c’est à même le sol que l’homme se repose le mieux. Même dans l’univers concentrationnaire. Et quand je m’y étendis pour la troisième fois, il me sembla que le repos allait être définitif. Mais je me tirais à nouveau d’affaire comme un chien coriace. Ensuite le tissage et le découpage tranquille et idiot firent le reste. Et le panari à côté de mon auriculaire gauche. C’est alors que je vis mon sang. Il était rose comme de l’eau dans laquelle on aurait versé quelques gouttes de sirop de framboise… »

 

Dans la cuisine de Boris Pahor un admirateur allemand arrive par hasard avec un livre de Boris pour réclamer une dédicace. Je filme la scène assez surréaliste. Septembre 2018, Trieste.

Dans la cuisine de Boris Pahor un admirateur allemand arrive par hasard avec un livre de Boris pour réclamer une dédicace. Je filme la scène assez surréaliste. Septembre 2018, Trieste.

 

La note de réalisation du documentaire que j’ai consacré à Boris Pahor

UN PORTRAIT EN FORME DE PAYSAGE

 

L’expérience des camps pour Boris Pahor fondamentale, occupe dans le temps une année de sa longue vie, mais un an où il aura su rester vivant. Sans doute avait-il en lui cette propension rare, hors-norme, à l’espérance. Le film raconte comment cette résistance intérieure lui a non seulement permis de survivre dans l’univers hostile de la détention, mais l’a accompagné sans relâche toute sa vie pour conquérir avec courage et opiniâtreté de nouveaux champs de connaissances et de libertés. Car la culture, l’instruction et la littérature ont été ses chemins d’émancipation.
« J’écris pour tous les humiliés », déclare-t-il, faisant sienne la déclaration en 1954 de Camus dans « l’Eté » : « Oui, il y a la beauté et il y a les humiliés. Quelles que soient les difficultés de l’entreprise, je voudrais n’être jamais infidèle ni à l’une ni aux autres. »

Les tournages avec Boris Pahor ont démarré en février 2008 chez lui, lors de notre première rencontre sur les hauteurs de Trieste. Dès qu’une opportunité se présentait, je le retrouvais avec ma caméra. Six ans plus tard, j’avais ainsi quelques 120 h de rushs tournés dans plusieurs pays. Je procédais d’abord seule alors au montage, puis avec l’aide de Slobodan Obrenic et de Thomas Bertay de Sycomore Films. Peu à peu le portrait se dessinait sous mes yeux, trouvait naturellement les rythmes dont j’avais imaginé les grandes lignes.
J’avais décidé d’abord d’éliminer du film tout intervenant extérieur qui parlerait à la place de Boris Pahor. L’omniprésence de notre personnage serait la ligne de force du documentaire. Un film avec un vrai héros universel. Boris Pahor en avait de toute évidence l’étoffe. Il faudrait comprendre comment un homme peut tisser la trame de son propre destin avec les éléments donnés de toute existence : l’histoire d’une enfance, d’un peuple et d’un pays. Je me demandais quelle avait été l’incidence de la littérature dans sa façon d’appréhender le monde, autrement dit quelle part de fiction l’écrivain Boris Pahor avait-t-il pu ou su insuffler dans sa propre vie ?

J’imaginais alors que le film s’articulerait autour d’une succession de différents niveaux de plans qui feraient échos à ceux « des paysages » de Boris Pahor.

Au premier plan, se présente le corps de Boris. Car c’est son corps qui s’impose d’abord à mon regard. Celui d’aujourd’hui et celui d’hier. Je suis fascinée par son corps de vieillard qui est aussi un corps d’enfant. Chez lui jeune homme, cette ambivalence existait déjà. On peut le constater sur les photos. Filmer le corps de Boris Pahor serait donc une de mes priorités. La façon dont il tient ses mains par exemple est éloquente. Car ses mains doublent sa pensée et parfois la précèdent. Elles sont posées devant lui ostensiblement, les doigts longs et reptiliens en attente. Et puis de mystérieux tempos les mettent en vibration et la parole advient. Quand on le regarde en train d’écrire, la détermination avec laquelle il imprime comme un sportif son énergie sur les touches de sa machine à écrire manuelle est également significative. De toute évidence, son corps a la parole ! Cette parole qui lui a été arrachée enfant, quand le slovène sa langue maternelle lui fut confisqué dans les rues et les écoles de l’Italie devenant fasciste. Son corps a dû développer alors cette expressivité. Aujourd’hui encore, je vois que sa présence physique impressionne toujours ses interlocuteurs. Son rapport à l’amour qui se révèle dans une expression littéraire éminemment sensuelle, relève aussi sans doute de ce statut que Boris Pahor a su donner à son propre corps.

Au deuxième plan se dessinent les contours des paysages de Trieste et de son arrière-pays. C’est un autre corps vivant dans lequel Boris est enchâssé, une nature sauvage suscitant attirance et malaise au gré des évènements plus ou moins tragiques dont elle a été le théâtre. Pour aller de la mer Adriatique, de ce golfe de Trieste jusqu’aux plus hauts sommets des Alpes Juliennes, il faut, entre les deux, traverser le plateau du karst, creusé de grottes souterraines, ces gouffres noirs au centre de la terre, refuges ou charniers. La réalité physique, topographique, de ce paysage tridimensionnel, dévoile les contours du paysage mental, intérieur, cosmique de Boris Pahor. Il fallait filmer avec soin ces trois niveaux de conscience du paysage. « Quand je suis à la montagne », dit notre héros, « j’ai envie de retourner au bord de la mer. Et dès que je suis devant la mer, j’ai envie de rechausser mes chaussures de montagne ». Boris Pahor a pratiqué la randonnée en haute montagne toute sa vie, notamment autour du mont Triglav dont les trois dents acérées ornent le drapeau slovène…

Au troisième plan du film se présente le corps des livres de Boris Pahor, avec leurs mots et leurs phrases qui prennent ici dans le film « vie autonome », portée par le timbre chaud et velouté de la voix du grand comédien Marcel Bozonnet.

Ma propre voix off circonscrit aussi le film. Il s’agit de dire que je suis là, que c’est bien moi la réalisatrice qui scrute les paysages de Boris et que ce documentaire est aussi l’histoire de notre rencontre.

A la fin du film… Pour les 99 ans de Boris, nous avions décidé de rejoindre le mont Nanos non loin de Trieste : le Nanos où il avait échangé les premiers baisers avec sa femme Radoslava et où son beau-frère, le grand résistant Janko Preml, avait mené de farouches combats contre les fascistes… Ce lieu avait du sens. Nous nous sommes donc mis en route vers ce sommet étrangement recouvert en ce jour d’août d’une brume épaisse. Comme la météo n’encourageait guère à la promenade, nous étions donc les seules âmes de ces contrées. La grâce de ce moment fut à la hauteur des efforts incessants que j’avais déployés pour vaincre les premières réticences de mon héros. Un bonheur intense, magique, nous envahit dès que nous nous trouvâmes sur cette lande déserte au-dessus du monde. Je pleurais de joie en courant après Boris, et au-dessus des précipices avec ma caméra, nous rêvions aux voiles blanches des petits bateaux là-bas au-delà de l’horizon, traçant des sillons d’écume sur la mer si bleue, si pure, de la baie de Trieste.
Fabienne Issartel

La mer si bleue vue du château de Dino près de Trieste. Boris Pahor aimait se baigner dans la petite crique en bas du château !

La mer si bleue, si pure vue du château de Duino près de Trieste, septembre 2018. Boris Pahor aimait se baigner dans la petite crique en bas du château !

 

UN ARTICLE DANS LE MAGAZINE TAZ WEEK-END ALLEMAND
DU 18 NOVEMBRE 2018
Liens vers l’article en allemand et sa traduction en français :
L’écrivain Boris Pahor à propos du nouveau fascisme
interview de Martin Reichert
 
« TROUVONS UN AUTRE SENS »
 
Boris Pahor qui fut interné dans un camp de concentration, est un membre de la minorité slovène en Italie. Malgré le retour de la droite, il veut croire encore dans l’homme.
 
TRIESTE taz | 
 
Boris Pahor vit dans une maison sur les hauteurs, dans le quartier de Prosecco, au-dessus de Trieste. De là, vous avez une vue imprenable sur la mer, le golfe. Tout est bleu. Nous sommes en août. La gouvernante nous amène au salon et bureau de travail. Partout des fleurs et des objets décoratifs. Deux bouquets sont décorés du drapeau slovène. Boris Pahor vient d’avoir 105 ans. Après avoir conduit « le jubilé » jusqu’à son fauteuil,  la gouvernante se rend à la cuisine pour préparer le déjeuner. Les volets sont tous fermés à cause de la chaleur.
 
TAZ: Mr Pahor, saviez-vous que l’on peut apprendre le slovène à Berlin? Le ministère slovène pour la Science, l’Education et les Sports a rendu cela possible.
 
Boris Pahor: Je suis allé plusieurs fois en Allemagne et j’ai toujours eu un bon traducteur. Par exemple, lorsque je me suis rendu au camp de Dora dans l’entrepôt où le missile V2 a été construit. J’ai été invité là-bas comme survivant à plusieurs reprises pour des commémorations, en tant que témoin. Je parle aussi allemand, mais un petit allemand de voyageur.
Il a appris l’Allemand dans les camps de concentration allemand.
 
J’aurai préféré pouvoir parler en slovène si cela avait été possible… Mais que voulez-vous savoir ?
 
Nous avons pensé qu’il serait approprié compte tenu de la résurgence du fascisme, de se confronter aux témoins oculaires de cette époque…
 
Au début du fascisme il y a Mussolini. Hitler le considérait comme son professeur. Mussolini s’est présenté comme le successeur des Romains – mais un empereur romain qui a donné à l’Église le Vatican.
 
En 1929, le Vatican vit le jour avec le pape Pie XI. et c’est Benito Mussolini qui signa les actes.
 
Malheureusement l’église est devenue à ce moment-là presque fasciste parce que tout ce que Mussolini voulait était alors approuvé par le Vatican. Les fascistes, par exemple, ne voulaient pas d’un Slovène archevêque à Gorica. Il a donc dû partir. Plus tard, les catholiques slovènes se sont battus avec les communistes pour la liberté et contre le fascisme, même si le Vatican s’est opposé de manière catégorique à une telle coopération.
Les catholiques slovènes faisaient partie de cette résistance du mouvement de libération slovène.
 
Je parle du fascisme plus précisément en tant que membre de la partie slovène de Trieste. Car nous n’étions pas vraiment une minorité ici et nous n’avons pas eu de chance lorsque l’Italie est devenue un véritable État. Une partie de la population d’ici a déclaré que Trieste devait devenir italien. La population de Trieste était mélangée depuis toujours et l’est encore aujourd’hui d’ailleurs. Les Serbes ont ici l’église Saint-Spyridon sur le Grand Canal. Les Grecs ont leur église près de la mer et les Juifs leur grande synagogue.
 
La situation s’est ensuite aggravée après la Première Guerre mondiale.
 
En 1918, l’Italie a été récompensé par le territoire de Trieste et plus précisément celui de Trieste – Trento, auquel s’ajoutait toute la zone située derrière le Triglav, les Alpes juliennes. Et puis quand les fascistes sont arrivés ils ont voulu que tous deviennent des Italiens. Nous les Slovènes, avons été alors les premiers à souffrir du fascisme.
 
En 1920, les fascistes ont fait brûler le Narodni dom, le centre culturel slovène de Trieste. Là tu avais sept ans.
 
J’ai tout vu. Ils ont coupé les tuyaux des pompiers qui sont venus à la rescousse. En 1922, quand Mussolini est arrivé au pouvoir je n’ai plus été autorisé à parler slovène.La culture slovène a été supprimée.
Aujourd’hui, il y a de nouveau un théâtre slovène à Trieste, et les panneaux dans la région sont bilingues. Il y a une minorité italienne en Slovénie, et une slovène en Italie. 
Cela s’est beaucoup amélioré. Ce n’est qu’en 2000 que nous avons obtenu une loi, qui nous avait été promise en 1954 et qui nous protège en tant que minorité. Il y a des éditeurs, de très bons médias, une radio de sept heures du matin à sept heures du soir. Mais nous n’avons pas encore de vrais représentants dans le gouvernement à Rome.
Il y a maintenant des populistes de droite aux commandes.
 
Je vais répondre au nom du peuple slovène : nous sommes très malheureux. Il faut dire que les Italiens ont toujours préféré ne pas parler de fascisme. Ils préfèrent garder le secret. Laissez-moi vous donner un exemple. En 2004, une « loi sur le souvenir » a été adoptée en Italie – rappelant que la population italienne sous domination yougoslave devait quitter l’Istrie – mais cette loi ne mentionne en aucune manière ce que les fascistes avaient fait à la population avant 1945. La population italienne ne sait toujours pas ce que le fascisme nous a fait. La langue slovène, les écoles, les clubs – tout était interdit. C’était une destruction de tout ce qui était slovène. Les Croates ont également dû quitter l’Istrie. Entre les deux guerres mondiales, 500 000 personnes ont été internées, expulsées ou les deux. Dans un processus d’italianisation forcée.
 
Y a-t-il une écoute en Italie ?
Les Italiens de Trieste me disent : Monsieur Pahor, vous nous avez raconté votre passé. Nous ne le connaissions pas. Nous avons vécu tout le temps en Italie sans savoir qu’il y avait eu une autre histoire : que les Slovènes étaient considérés comme des sortes de terroristes. 
 
Des terroristes ?
Les Slovènes constituaient une minorité opprimée. Regardez les musulmans radicaux d’aujourd’hui, ils se vengent de ce que l’Europe a fait dans leurs pays. En Afrique et ailleurs. Les Européens étaient des colonialistes. Les Italiens, les Français, les Anglais, les Néerlandais : ils avaient toute l’Afrique entre leurs mains. Et maintenant que les gens fuient l’Afrique, ils n’en veulent pas. Ils disent : « Nous n’aimons pas les Africains. » Hier, cependant vous les aimiez, à l’époque où vous aviez leur continent entre vos mains et que vous divisiez à volonté.
Et l’Italie …
L’Italie ne dit pas la vérité sur le fascisme et le protège indirectement. Je ne sais pas comment cela se passe ailleurs. Si les Hongrois veulent vraiment avoir un dictateur, ils s’arrangeront de cette façon. J’espère que ce ne sera pas le cas. J’espère que l’Europe sera différente et en même temps unie. L’Europe est unique au monde sous cette forme – le pluralisme au sein de l’unité, comme à Trieste. L’Europe est en danger – et les nationalismes naissants constituent la principale menace. Lorsque l’Union soviétique s’est effondrée, on pouvait voir que les nationalismes étaient aussi une vérité. Outre la mondialisation, le particularisme a également le droit d’exister. Il s’agit du droit à une certaine indépendance. Prenons l’exemple de la Catalogne : à mon avis, ce ne sont pas des nationalistes. Je suis membre de l’Association pour les droits des minorités linguistiques en Europe et ami de certains Catalans. Je suis allé à un congrès de langue catalane – et partout il y avait de petits drapeaux slovènes. Ils suivent l’exemple de la Slovénie. Cela ne leur suffit pas d’avoir leurs propres écoles, ils veulent être indépendants. L’Union européenne devrait être suffisamment mature pour faire face aux besoins des Catalans.
Mais c’est aussi complexe. 
L’histoire de cette région ici l’est également, et elle doit être réécrite car, telle qu’elle existe aujourd’hui, elle est fondée sur les intérêts des Italiens. Je viens de publier un livre sur mon compatriote Edvard Kocbek, un socialiste chrétien qui a combattu le fascisme contre les communistes. Il espérait un changement dans l’Église catholique dans le sens d’un christianisme qui ressemble à Jésus. Jean XXIII. a commencé avec ça. Après lui, un autre est venu, qui voulait tout refaire.
Avec Paul VI, qui était alors l’original du pape Jean XXIII., le deuxième concile du Vatican a pris fin.
Et ainsi la voie était préparée pour les problèmes actuels de l’Église catholique – Nietzsche avait parfaitement raison avec sa prophétie selon laquelle nous aurions des problèmes lorsque l’Église catholique aurait perdu sa validité. Et maintenant nous en sommes là. Ce que le pape actuel peut accomplir, je ne le sais pas. Il ne peut pas faire grand chose. Il peut parler pendant qu’il est pape.
Après tout, vous l’écoutez.
Vous savez, j’ai eu le droit de parler pendant un quart d’heure au Parlement européen. Ils ont d’abord dit cinq minutes, puis dix – et ensuite, je me suis entretenu pendant quinze minutes avec les députés et je leur ai dit: « Écoutez, nous n’avons pas de solution aujourd’hui. J’ai aussi parlé des « triangles rouges ». Les prisonniers politiques du camp avaient des triangles rouges, et j’en avais un grand parce que j’étais italien.
 
En tant que membre du mouvement de libération slovène, vous avez été arrêté en 1944 par la milice Domobranzen, collaborant avec les nazis, et conduit au camp de concentration de Dachau. Vous avez aussi été emmené à Natzweiler-Struthof, Mittelbau-Dora et Bergen-Belsen. 
Nous devons parler non seulement des Juifs, mais également de ceux qui étaient dans les camps parce qu’ils étaient contre les nazis, parce qu’ils étaient homosexuels, et autres. Il y avait seize types de triangles. Nous avions faim du matin au soir, mais nous devions travailler de six heures du matin à une heure de l’après-midi. Et après le déjeuner, encore deux heures. Ou encore des exercices physiques. Corps pauvres et affamés, puis exercices. C’était en Allemagne. Nous avions un morceau de pain gros comme la paume de ma main et épais comme deux doigts, et puis une soupe de betteraves et d’autres choses. Non, attendez : la soupe c’était au déjeuner et le pain à quatre heures. Et quiconque ne travaillait pas, ou si la pelle lui échappait des mains et qu’il tombait aussi … alors le Kapo venait et le frappait, le frappait, le soulevait, et lui remettait la pelle à la main. S’il tombait à nouveau, on l’emmenait alors à la baraque et il s’allongeait jusqu’à ce que mort s’ensuive. Mais jusqu’à ce moment-là, il devait travailler : malgré la faim. Et ça c’était le pire.
 
Et vous deviez raconter tout cela en cinq minutes au Parlement européen ? 
 
J’ai dit aussi : « Excusez-moi, mesdames et messieurs. J’ai maintenant 104 ans. Je vais bientôt en avoir 105. J’ai quand même une certaine expérience de la société humaine. Pendant vingt ans, j’ai eu affaire au fascisme. Dans le camp, j’ai souffert du manque de tout. » J’étais ambulancier à Mittelbau-Dora. Aujourd’hui, il y a partout des sites commémoratifs en Allemagne. L’Allemagne est correcte et juste, et pour cela il faut louer l’Allemagne. Et aussi pour le fait que l’Allemagne est la principale puissance du socialisme chrétien.
Vous pensez à Angela Merkel ? 
Les sociaux-chrétiens sont forts en Allemagne ainsi que les sociaux-démocrates, tous deux partisans d’une certaine justice. Et vous devez féliciter l’Allemagne d’avoir accueilli les réfugiés. Mme Merkel l’a fait parce qu’elle avait besoin des travailleurs. C’est allemand. Elle a ensuite été accusée d’avoir d’abord pensé à l’Allemagne. Mais c’est une telle économie, il faut des travailleurs qui travaillent plus qu’ils ne dansent.
Avez-vous une expérience de la société humaine – savez-vous comment elle va ? 
 » Nous n’avons pas de solution », j’ai dit au Parlement européen. La seule solution que je vois aujourd’hui, c’est que nous procédions comme nous l’avions décidé : les technologies évoluent et on essaie de sauver quelque chose de cette terre où les icebergs fondent ! Tous devraient se rassembler, ceux avec et ceux sans pouvoir, et prendre une décision appropriée pour préserver la terre. Aujourd’hui l’homme est capable de fabriquer une chèvre sans chèvre. Il peut fabriquer les téléphones que vous sortez de votre poche pour parler à votre femme à New York.
Si un homme né en 1907 qui a vécu il y a 150 ans nous voyait, il dirait : «quoi, ils l’ont simplement sorti de leurs poches et ils ont parlé ?. Comment ça marche ? » Et vous lui diriez : « mais tout ça est normal aujourd’hui ».
Ce n’est pas normal ! C’est un miracle ! Ou alors, prenez encore le génie génétique, c’est incroyable. Mais vous savez, si nous sommes vraiment si intelligents, donnons alors un sens à l’humanité pour qu’elle ne soit plus comme avant : guerres, sang, prison, camps. Il n’est pas possible que ces gens miraculeux ne soient nés que pour inventer de petits téléphones portables. Trouvons un autre sens au monde ! Pourquoi sommes-nous des humains avec des cerveaux ici  juste pour détruire la Terre ? Juste pour nous battre ? Alexandre le Grand, Napoléon, Mao Tsé-Toung, Hitler, Mussolini, tous entrèrent dans les livres d’histoire et n’étaient que parasites. Ils ont travaillé pour détruire autant de personnes que possible, et au nom de la liberté et de la justice ! Et compte tenu de ce qu’il ya aujourd’hui dans les mains d’un millier de personnes, avec seulement un dixième ou un cinquième des milliards d’un de ces riches, personne ne devrait plus mourir de faim.
 
En ce qui concerne la faim, vous savez de quoi vous parlez. Ça sent bon dans la cuisine. Nous allons vous laisser bientôt. Qu’est-ce qu’il y a de bon aujourd’hui ?
 
Aujourd’hui, nous avons une très bonne soupe de légumes. Un minestrone. Mais comme il est en purée, vous ne pouvez pas voir de quels légumes la soupe est faite. Mais généralement, il y a au moins trois éléments : carottes, courgettes et que sais-je ? La soupe est en purée parce que j’ai dû emprunter des dents… Et puis il y a un dessert – dolce -. J’aime les fruits, les oranges, les melons, les raisins. J’aime beaucoup les bonbons. Les biscuits ou des crèmes. Les Autrichiens sont des spécialistes dans ce domaine. 
 
Monsieur Pahor, merci de nous avoir donné de votre temps.
Merci de m’avoir écouté.
 
BORIS PAHOR est né à Trieste en Autriche-Hongrie (aujourd’hui en Italie) en 1913 dans la communauté slovène. En tant que membre de la Résistance slovène, il est interné à Dachau, Natzweiler-Struthof, Mittelbau-Dora et Bergen-Belsen. Il publie en 1967 son roman le plus célèbre, « Necropolis » (Berlin Verlag, 2001), dans lequel il raconte les traumatismes des camps de concentration. En allemand ont été publiés  « Piazza Oberdan » (Kitab Verlag, 2008) et le recueil de nouvelles « Des fleurs pour un lépreux » (Kitab, 2004). 
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« PLACID et MUZO : à rire ou à pleurer ? », un film inédit de Fabienne Issartel et Eric Roussel, 1987, et la dernière exposition de Placid en décembre/janvier

UNE EXPOSITION parisienne

L’exposition 50 vues de Paris (3, pace des Grès, angle des rues Saint-Blaise et Vitreuse, Paris 20) est ouverte tous les jours de 14 à 18 heures en décembre et jusqu’au 5 janvier 2019.

8 vues en petit de Paris par PLACID

 

UN FILM INEDIT de 1987 :

Voilà ici un  film réalisé autrefois avec les artistes Placid et Muzo : « Placid et Muzo : à rire ou à pleurer ? ». Il a été tourné à la galerie Guy Mondineux en novembre 1987 lors d’une exposition en duo des deux artistes. Un extrait de ce film avait été montré à l’époque sur Canal + pendant une grande « nuit sur l’art ».
A noter que les images surex sont un choix artistique voulu et assumé par Eric Roussel, un des co-réalisateurs. Le point de vue de réalisation choisi ici est celui des acheteurs des toiles des deux artistes : « j’achète cette toile parce que… ». C’était un ton très novateur à l’époque.
Grand souvenir épique que ce tournage auxquels avaient participé toute une bande de joyeux amis autour de Guy Mondineux très accueillant et de Daniel Mallerin qui s’occupait à l’époque des deux artistes (lire son texte sur Pacid ci-dessous) !

Le film PLACID ET MUZO : à RIRE ou à PLEURER ? 

Conception, réalisation et montage : Fabienne Issartel et Eric Roussel.

Cliquez ICI !

 

« Placid et Muzo », noms empruntés par les deux artistes aux célèbres stars de Pif gadget

Placid et Muzo y Cervantes

 

Découvrez le Placid d’aujourd’hui :

A travers un texte de Daniel Mallerin :
http://www.galeriecorinnebonnet.com/sites/default/files/documents/version_4_horizontal.pdf

 

Par Placid

 

ou un ITV de Jean Rouzaud
http://www.nova.fr/index.php/novamag/76461/placid-punk-frais

 

Placid, le métro, huile sur toile, 38x55cm, 2016

 

Découvrez le Muzo d’aujourd’hui :

http://www.galeriecorinnebonnet.com/artiste/muzo

 

Par Muzo

 

Ou feuilletez le toutmuzo ici :

http://www.toutmuzo.fr/peintures.php

 

« Contes & Légendes », acrylique sur toile, 64 x 80 cm, 2016 (© Frédéric Bieth)

 

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BORIS PAHOR, LE PLUS VIEUX CANDIDAT DU MONDE défend DANS UNE VIDEO la cause des migrants. C’est RUSHES N°1. Des nouvelles ICI de la projection en mai de mon film portrait de Boris Pahor à Ajdovscina (Slovénie). Les articles sur son recueil de nouvelles, un interview en allemand et le TEASER du film !

Boris Pahor était sans doute le plus vieux candidat du monde, présent dans une liste aux élections régionales de la Frioulie Vénétie Julienne fin avril 2018. Il n’a finalement pas été élu, mais a obtenu quand même quelques 500 voix. Pas mal du tout à 105 ans et pour ce seul parti représentant la communauté slovène en Italie, associé au parti démocrate ! A la fin de cet article, retrouvez des articles de la presse locale annonçant en avril son improbable candidature.

Boris Pahor en 2009 à Trieste

Boris Pahor en 2009 à Trieste

 

VIDEO : RUSHES N° 1 Boire une goutte d’eau (cliquez ci-dessous)

« Tout le monde devrait avant toute chose, pouvoir boire et manger dans ce monde. Il faudrait tous se mobiliser pour cette cause, pour que plus personne ne meurent de soif sur la terre », déclare Boris Pahor.

Dans cette petite vidéo, le message de paix pour le monde de Boris pahor est prémonitoire des événements politiques italiens de ces derniers jours. Il plaide notamment pour l’organisation d’Etats généraux pour réfléchir et tenter d’anticiper avec humanité les problèmes migratoires de notre planète.

 RUSHES N° 1 : contexte du tournage

« Je séjournais à Trieste pendant une semaine en septembre dernier pour la projection de mon film « Boris Pahor, portrait d’un homme libre » dans sa version slovène. Aussi j’allais fréquemment visiter mon héros Boris, l’écrivain slovène de Trieste, rescapé des camps, humaniste toujours aussi combatif à 105 ans. Dans sa cuisine, nous discutions  librement du monde. Ce jour-là, le 2 septembre, Boris Pahor parlait des réfugiés en lisant le journal et des droits humains élémentaires : boire et manger d’abord, circuler ensuite. Il évoqua aussi la durée de la vie et les idées transhumanistes qui se développent… Un très léger flottement dans l’air m’obligea tout à coup à saisir ma caméra – une vieille sony à K7 même pas HD –, et j’enregistrais quelques bribes de notre rencontre. Je ne savais pas encore à ce moment-là que Boris Pahor serait présent sur la liste du parti slovène Slovenska Skupnost pour les élections régionales du 29 avril 2018. Quand j’ai pris connaissance de cette incroyable nouvelle, je me suis souvenue de cette journée du 2 septembre, dans la touffeur d’une après-midi de fin d’été où notre marathonien, bras nus et en « marcel », voulait une fois de plus sauver le monde : Don Quichotte levant son glaive devant les moulins dans la lumière de l’Adriatique… La petite K7 attendait depuis des mois sur mon bureau de révéler la parole libre de Boris Pahor, le plus vieux candidat du monde ! »

Fabienne Issartel, avril 2018

 

C’est le premier opus d’une série que j’appelle RUSHES (et dans laquelle on retrouvera sans doute encore Boris Pahor). RUSHES présentera des petits bouts d’instantanés de rencontres, de promenades ou de réflexions, à la façon de notes consignées dans un carnet. Dans ces moments apparemment sans importance dont nos vies sont peuplées, instants magiques en pointillés où il ne se passe presque rien et qui nous façonnent pourtant, nous ressentons soudain cette émotion particulière d’une intimité avec le temps. Alors dans une pulsion de vie, simple et belle, nous participons au « grand tout » à notre façon. En agissant. En témoignant. En cadrant.

Le message de Boris pahor était prémonitoire !

Le 23 mai 2018, Giuseppe Conte, un professeur de droit de 54 ans devient finalement le nouveau chef du gouvernement italien, fruit du compromis trouvé par les responsables du Mouvement 5 étoiles et de la Ligue : Luigi Di Maio et Matteo Salvini. Dans le programme de cette coalition, est inscrite l’expulsion annoncée (et irréaliste d’ailleurs) de 500.000 migrants d’Italie (le rythme actuel des expulsions étant de 6.514 en 2017 selon le ministère de l’Intérieur). Une partie des 4,2 milliards d’euros devant être consacré chaque année à l’accueil, sera maintenant transféré vers les expulsions. Marco Minniti, ancien communiste passé par les services secrets et devenu ministre de l’Intérieur en décembre 2016, avait déjà réussi à faire chuter les arrivées de 80% de la Libye depuis la mi-juillet ( Cf. une manifestation en septembre à Trieste mentionnant la politique migratoire de Minniti dans la vidéo ci-dessus). Grâce à ses vieux contacts en Libye, Minniti avait pu signer des accords avec les autorités, mais aussi avec des milices dans ce sens. Ainsi, pour réguler ces flux, l’Italie, avec le soutien européen, a contribué à former et à équiper les garde-côtes libyens, aux méthodes souvent plus que musclées.

Ci-dessous : Trente écrivains ont participé à cet ouvrage collectif passionnant et engagé pour la cause des migrants, sorti lors du dernier festival Etonnants Voyageurs de Saint-Malo qui en est le co-éditeur avec les éditions Philippe Rey :

Les droits d'auteur de l'ouvrage "Osons la fraternité, les écrivains aux côtés des migrants" (mai 18) seront versés au GISTI

Les droits d’auteur de l’ouvrage « Osons la fraternité, les écrivains aux côtés des migrants » (mai 18) seront versés au GISTI

 

Dernière nouvelle d’octobre 2018 :

Le Serment du Centquatre pour l’accueil des migrants: rendez-vous mercredi 31 octobre 2018 à partir de 19h sur Mediapart en libre accès

https://blogs.mediapart.fr/la-redaction-de-mediapart/blog/261018/le-serment-du-centquatre-pour-laccueil-des-migrants-rendez-vous-mercredi-31-octobre-p?utm_source=programme&utm_medium=email&utm_campaign=Live_31-10-2018_programme&utm_content=&utm_term=&xtor=EREC-1026-%5Bprogramme%5D&M_BT=436382103159

 

ENFIN DES NOUVELLES ET DES PHOTOS DE LA PROJECTION à AJDOVSCINA en Slovénie le 13 mai 2018 du film « Boris Pahor, portrait d’un homme libre » !

 

Boris Pahor à Ajdovscina devant le public du documentaire "Boris Pahor, portrait d'un homme libre", le 13 mai 2018
Boris Pahor à Ajdovscina devant le public du documentaire « Boris Pahor, portrait d’un homme libre », le 13 mai 2018

Les 7 membres de l’Institut culturel « Zavod Fluvium », (« les 7 mercenaires de la culture », comme je les appelle) m’avaient invitée le dimanche 13 mai 2018 avec Boris Pahor à une nouvelle projection de mon film organisée dans le cinéma de la ville slovène d’Ajdovscina ! 

Boris Pahor est venu en voiture de Trieste pour l’occasion. Après le générique de fin du documentaire, le public s’est levé avec enthousiasme pour le saluer dans un tonnerre d’applaudissements quand il est apparu sur la scène. Même si j’ai maintes fois vécu cette scène, c’est toujours un moment formidable et émouvant : celui où le héros du film a l’air de sortir de l’écran pour devenir un personnage réel en chair et en os…  Il a ensuite harangué l’assemblée pendant une heure, avec énergie et détermination. Les spectateurs nombreux en ce milieu d’après-midi de dimanche partagèrent bouche bée sa vision pertinente, mais néanmoins toujours positive de notre monde. 

Ainsi, cette tournée surréaliste d’avant-premières du film se poursuit encore et encore ! Jusqu’à quand ?

Boris Pahor arrive à la projection d'ajdovscina, 13 mai 2018
Je filme Boris Pahor qui arrive à la projection d’Ajdovscina, 13 mai 2018

 

Le TEASER de mon documentaire « Boris Pahor, portrait d’un homme libre » :

 

 

Boris Pahor boit un petit café à Ajdovscina avant la projection du film, le 13 mai 2018

Boris Pahor boit un petit café à Ajdovscina avant la projection du film, le 13 mai 2018

 

Pendant la projection à Ajdovscina, Boris Pahor s'adonne à une passionnante conversation littéraire avec son ami le photographe et écrivain Evgen Bavcar. Je filme. 13 mai 2018

Pendant la projection à Ajdovscina, Boris Pahor s’adonne à une passionnante conversation littéraire avec son ami le photographe et écrivain Evgen Bavcar. Je filme. 13 mai 2018

 

Boris Pahor et Fabienne Issartel après la projection du film à Ajdovscina, Slovénie, le 13 mai 2018Boris Pahor, 105 ans, et Fabienne Issartel, devant la salle de cinéma d’Ajdovscina en Slovénie, le 13 mai 2018

 

Le au-revoir à Boris Pahor qui retourne à Trieste après la projection du 13 mai à Ajdovscina. Boris Pahor que je devrai revoir en principe le 4 octobre en France....

Le au-revoir à Boris Pahor qui retourne à Trieste après la projection du 13 mai à Ajdovscina. Boris que je devrais revoir, en principe, le 4 octobre en France….

 

Fabienne Issartel et Anne-Cécile Lamy de la Zavod Fluvium, dans les rues d'Ajdovscina, Slovénie, le 13 mai 2018

Fabienne Issartel et Anne-Cécile Lamy de la Zavod Fluvium, dans les rues d’Ajdovscina, Slovénie, le 13 mai 2018

Merci à la « Zavod Fluvium » d’avoir permis qu’adviennent ces moments d’échanges riches et chaleureux. Et bravo à Boris de me soutenir et de continuer à m’accompagner avec une telle grâce dans cette aventure. Mon coeur est joyeux !

 

Fabienne Issartel après la projection à Ajdovscina le 13 mai 2018 avec quelques uns des imminents membres de la "Zavod Fluvium"

Fabienne Issartel avec quelques uns des imminents membres de la « Zavod Fluvium », après la projection de « Boris Pahor portrait d’un homme libre » à Ajdovscina le 13 mai 2018

 

« PLACE OBERDAN à TRIESTE », nouvelles de Boris Pahor, chez Pierre-Guillaume de Roux

La place Oberdan à Trieste, lieu cardinal de la destinée des Slovènes, doit son nom à un irrédentiste italien du XIXe siècle et a joué un grand rôle dans la vie de Boris Pahor. C’est là qu’à l’âge de 7 ans, en 1920, il vit brûler la Maison de la culture slovène incendiée par les fascistes. C’est là aussi que se dresse le palais où, bien des années plus tard, il eut à répondre aux interrogatoires de la police secrète nazie.
« Place Oberdan à Trieste », titre de ce recueil de nouvelles mêle fictions alertes et récits autobiographiques, tous traversés par les thèmes majeurs qui imprègnent l’oeuvre de Boris Pahor : la période noire du fascisme et de la Seconde Guerre mondiale, l’empreinte indélébile laissée par les camps, la défense de la « slovénité », sans oublier les particularités naturelles du Karst que sa sensibilité de poète fait miroiter au fil d’inoubliables descriptions. 

Boris Pahor dédicace mon exemplaire de "Pace Oberdan à Trieste", le 13 mai 2018
Boris Pahor dédicace mon exemplaire de « Pace Oberdan à Trieste », le 13 mai 2018 à Ajdovscina

ARTICLES autour de la parution  de son recueil de nouvelles « Place Oberdan à Trieste »  :

  • Dans l’excellente revue littéraire « En attendant Nadeau », l’article de Linda Lê, « Les errants de Boris Pahor »

En-attendant-Nadeau-n°51 Boris Pahor

  • Dans le magazine mensuel CAUSEUR N°57 de mai 2018, actuellement en kiosque, page 82, l’article « Boris Pahor, une vie parmi les ombres » de Daoud Boughezala qui a rencontré Boris Pahor à Trieste au mois de février.

Boris Pahor dans Causeur, février 2018

  • Dans Valeurs actuelles, septembre 2018

Article sur Boris Pahor, Valeurs Actuelles, septembre 2018

 

PLACE OBERDAN A TRIESTE : c'est aussi le titre du dernier recueil de nouvelles de Boris Pahor, paru en France en janvier 2018

LA PLACE OBERDAN A TRIESTE : « Place Oberdan » c’est  le titre du dernier ouvrage de Boris Pahor paru en janvier 2018, et aussi d’une des nouvelles page 63″

 

UN ARTICLE DANS LE MAGAZINE TAZ WEEK-END ALLEMAND
DU 18 NOVEMBRE 2018
Liens vers l’article en allemand et sa traduction en français :
L’écrivain Boris Pahor à propos du nouveau fascisme
interview de Martin Reichert
 
« TROUVONS UN AUTRE SENS »
 
Boris Pahor qui fut interné dans un camp de concentration, est un membre de la minorité slovène en Italie. Malgré le retour de la droite, il veut croire encore dans l’homme.
 
TRIESTE taz | 
 
Boris Pahor vit dans une maison sur les hauteurs, dans le quartier de Prosecco, au-dessus de Trieste. De là, vous avez une vue imprenable sur la mer, le golfe. Tout est bleu. Nous sommes en août. La gouvernante nous amène au salon et bureau de travail. Partout des fleurs et des objets décoratifs. Deux bouquets sont décorés du drapeau slovène. Boris Pahor vient d’avoir 105 ans. Après avoir conduit « le jubilé » jusqu’à son fauteuil,  la gouvernante se rend à la cuisine pour préparer le déjeuner. Les volets sont tous fermés à cause de la chaleur.
 
TAZ: Mr Pahor, saviez-vous que l’on peut apprendre le slovène à Berlin? Le ministère slovène pour la Science, l’Education et les Sports a rendu cela possible.
 
Boris Pahor: Je suis allé plusieurs fois en Allemagne et j’ai toujours eu un bon traducteur. Par exemple, lorsque je me suis rendu au camp de Dora dans l’entrepôt où le missile V2 a été construit. J’ai été invité là-bas comme survivant à plusieurs reprises pour des commémorations, en tant que témoin. Je parle aussi allemand, mais un petit allemand de voyageur.
Il a appris l’Allemand dans les camps de concentration allemand.
 
J’aurai préféré pouvoir parler en slovène si cela avait été possible… Mais que voulez-vous savoir ?
 
Nous avons pensé qu’il serait approprié compte tenu de la résurgence du fascisme, de se confronter aux témoins oculaires de cette époque…
 
Au début du fascisme il y a Mussolini. Hitler le considérait comme son professeur. Mussolini s’est présenté comme le successeur des Romains – mais un empereur romain qui a donné à l’Église le Vatican.
 
En 1929, le Vatican vit le jour avec le pape Pie XI. et c’est Benito Mussolini qui signa les actes.
 
Malheureusement l’église est devenue à ce moment-là presque fasciste parce que tout ce que Mussolini voulait était alors approuvé par le Vatican. Les fascistes, par exemple, ne voulaient pas d’un Slovène archevêque à Gorica. Il a donc dû partir. Plus tard, les catholiques slovènes se sont battus avec les communistes pour la liberté et contre le fascisme, même si le Vatican s’est opposé de manière catégorique à une telle coopération.
Les catholiques slovènes faisaient partie de cette résistance du mouvement de libération slovène.
 
Je parle du fascisme plus précisément en tant que membre de la partie slovène de Trieste. Car nous n’étions pas vraiment une minorité ici et nous n’avons pas eu de chance lorsque l’Italie est devenue un véritable État. Une partie de la population d’ici a déclaré que Trieste devait devenir italien. La population de Trieste était mélangée depuis toujours et l’est encore aujourd’hui d’ailleurs. Les Serbes ont ici l’église Saint-Spyridon sur le Grand Canal. Les Grecs ont leur église près de la mer et les Juifs leur grande synagogue.
 
La situation s’est ensuite aggravée après la Première Guerre mondiale.
 
En 1918, l’Italie a été récompensé par le territoire de Trieste et plus précisément celui de Trieste – Trento, auquel s’ajoutait toute la zone située derrière le Triglav, les Alpes juliennes. Et puis quand les fascistes sont arrivés ils ont voulu que tous deviennent des Italiens. Nous les Slovènes, avons été alors les premiers à souffrir du fascisme.
 
En 1920, les fascistes ont fait brûler le Narodni dom, le centre culturel slovène de Trieste. Là tu avais sept ans.
 
J’ai tout vu. Ils ont coupé les tuyaux des pompiers qui sont venus à la rescousse. En 1922, quand Mussolini est arrivé au pouvoir je n’ai plus été autorisé à parler slovène.La culture slovène a été supprimée.
Aujourd’hui, il y a de nouveau un théâtre slovène à Trieste, et les panneaux dans la région sont bilingues. Il y a une minorité italienne en Slovénie, et une slovène en Italie. 
Cela s’est beaucoup amélioré. Ce n’est qu’en 2000 que nous avons obtenu une loi, qui nous avait été promise en 1954 et qui nous protège en tant que minorité. Il y a des éditeurs, de très bons médias, une radio de sept heures du matin à sept heures du soir. Mais nous n’avons pas encore de vrais représentants dans le gouvernement à Rome.
Il y a maintenant des populistes de droite aux commandes.
 
Je vais répondre au nom du peuple slovène : nous sommes très malheureux. Il faut dire que les Italiens ont toujours préféré ne pas parler de fascisme. Ils préfèrent garder le secret. Laissez-moi vous donner un exemple. En 2004, une « loi sur le souvenir » a été adoptée en Italie – rappelant que la population italienne sous domination yougoslave devait quitter l’Istrie – mais cette loi ne mentionne en aucune manière ce que les fascistes avaient fait à la population avant 1945. La population italienne ne sait toujours pas ce que le fascisme nous a fait. La langue slovène, les écoles, les clubs – tout était interdit. C’était une destruction de tout ce qui était slovène. Les Croates ont également dû quitter l’Istrie. Entre les deux guerres mondiales, 500 000 personnes ont été internées, expulsées ou les deux. Dans un processus d’italianisation forcée.
 
Y a-t-il une écoute en Italie ?
Les Italiens de Trieste me disent : Monsieur Pahor, vous nous avez raconté votre passé. Nous ne le connaissions pas. Nous avons vécu tout le temps en Italie sans savoir qu’il y avait eu une autre histoire : que les Slovènes étaient considérés comme des sortes de terroristes. 
 
Des terroristes ?
Les Slovènes constituaient une minorité opprimée. Regardez les musulmans radicaux d’aujourd’hui, ils se vengent de ce que l’Europe a fait dans leurs pays. En Afrique et ailleurs. Les Européens étaient des colonialistes. Les Italiens, les Français, les Anglais, les Néerlandais : ils avaient toute l’Afrique entre leurs mains. Et maintenant que les gens fuient l’Afrique, ils n’en veulent pas. Ils disent : « Nous n’aimons pas les Africains. » Hier, cependant vous les aimiez, à l’époque où vous aviez leur continent entre vos mains et que vous divisiez à volonté.
Et l’Italie …
L’Italie ne dit pas la vérité sur le fascisme et le protège indirectement. Je ne sais pas comment cela se passe ailleurs. Si les Hongrois veulent vraiment avoir un dictateur, ils s’arrangeront de cette façon. J’espère que ce ne sera pas le cas. J’espère que l’Europe sera différente et en même temps unie. L’Europe est unique au monde sous cette forme – le pluralisme au sein de l’unité, comme à Trieste. L’Europe est en danger – et les nationalismes naissants constituent la principale menace. Lorsque l’Union soviétique s’est effondrée, on pouvait voir que les nationalismes étaient aussi une vérité. Outre la mondialisation, le particularisme a également le droit d’exister. Il s’agit du droit à une certaine indépendance. Prenons l’exemple de la Catalogne : à mon avis, ce ne sont pas des nationalistes. Je suis membre de l’Association pour les droits des minorités linguistiques en Europe et ami de certains Catalans. Je suis allé à un congrès de langue catalane – et partout il y avait de petits drapeaux slovènes. Ils suivent l’exemple de la Slovénie. Cela ne leur suffit pas d’avoir leurs propres écoles, ils veulent être indépendants. L’Union européenne devrait être suffisamment mature pour faire face aux besoins des Catalans.
Mais c’est aussi complexe. 
L’histoire de cette région ici l’est également, et elle doit être réécrite car, telle qu’elle existe aujourd’hui, elle est fondée sur les intérêts des Italiens. Je viens de publier un livre sur mon compatriote Edvard Kocbek, un socialiste chrétien qui a combattu le fascisme contre les communistes. Il espérait un changement dans l’Église catholique dans le sens d’un christianisme qui ressemble à Jésus. Jean XXIII. a commencé avec ça. Après lui, un autre est venu, qui voulait tout refaire.
Avec Paul VI, qui était alors l’original du pape Jean XXIII., le deuxième concile du Vatican a pris fin.
Et ainsi la voie était préparée pour les problèmes actuels de l’Église catholique – Nietzsche avait parfaitement raison avec sa prophétie selon laquelle nous aurions des problèmes lorsque l’Église catholique aurait perdu sa validité. Et maintenant nous en sommes là. Ce que le pape actuel peut accomplir, je ne le sais pas. Il ne peut pas faire grand chose. Il peut parler pendant qu’il est pape.
Après tout, vous l’écoutez.
Vous savez, j’ai eu le droit de parler pendant un quart d’heure au Parlement européen. Ils ont d’abord dit cinq minutes, puis dix – et ensuite, je me suis entretenu pendant quinze minutes avec les députés et je leur ai dit: « Écoutez, nous n’avons pas de solution aujourd’hui. J’ai aussi parlé des « triangles rouges ». Les prisonniers politiques du camp avaient des triangles rouges, et j’en avais un grand parce que j’étais italien.
 
En tant que membre du mouvement de libération slovène, vous avez été arrêté en 1944 par la milice Domobranzen, collaborant avec les nazis, et conduit au camp de concentration de Dachau. Vous avez aussi été emmené à Natzweiler-Struthof, Mittelbau-Dora et Bergen-Belsen. 
Nous devons parler non seulement des Juifs, mais également de ceux qui étaient dans les camps parce qu’ils étaient contre les nazis, parce qu’ils étaient homosexuels, et autres. Il y avait seize types de triangles. Nous avions faim du matin au soir, mais nous devions travailler de six heures du matin à une heure de l’après-midi. Et après le déjeuner, encore deux heures. Ou encore des exercices physiques. Corps pauvres et affamés, puis exercices. C’était en Allemagne. Nous avions un morceau de pain gros comme la paume de ma main et épais comme deux doigts, et puis une soupe de betteraves et d’autres choses. Non, attendez : la soupe c’était au déjeuner et le pain à quatre heures. Et quiconque ne travaillait pas, ou si la pelle lui échappait des mains et qu’il tombait aussi … alors le Kapo venait et le frappait, le frappait, le soulevait, et lui remettait la pelle à la main. S’il tombait à nouveau, on l’emmenait alors à la baraque et il s’allongeait jusqu’à ce que mort s’ensuive. Mais jusqu’à ce moment-là, il devait travailler : malgré la faim. Et ça c’était le pire.
 
Et vous deviez raconter tout cela en cinq minutes au Parlement européen ? 
 
J’ai dit aussi : « Excusez-moi, mesdames et messieurs. J’ai maintenant 104 ans. Je vais bientôt en avoir 105. J’ai quand même une certaine expérience de la société humaine. Pendant vingt ans, j’ai eu affaire au fascisme. Dans le camp, j’ai souffert du manque de tout. » J’étais ambulancier à Mittelbau-Dora. Aujourd’hui, il y a partout des sites commémoratifs en Allemagne. L’Allemagne est correcte et juste, et pour cela il faut louer l’Allemagne. Et aussi pour le fait que l’Allemagne est la principale puissance du socialisme chrétien.
Vous pensez à Angela Merkel ? 
Les sociaux-chrétiens sont forts en Allemagne ainsi que les sociaux-démocrates, tous deux partisans d’une certaine justice. Et vous devez féliciter l’Allemagne d’avoir accueilli les réfugiés. Mme Merkel l’a fait parce qu’elle avait besoin des travailleurs. C’est allemand. Elle a ensuite été accusée d’avoir d’abord pensé à l’Allemagne. Mais c’est une telle économie, il faut des travailleurs qui travaillent plus qu’ils ne dansent.
Avez-vous une expérience de la société humaine – savez-vous comment elle va ? 
 » Nous n’avons pas de solution », j’ai dit au Parlement européen. La seule solution que je vois aujourd’hui, c’est que nous procédions comme nous l’avions décidé : les technologies évoluent et on essaie de sauver quelque chose de cette terre où les icebergs fondent ! Tous devraient se rassembler, ceux avec et ceux sans pouvoir, et prendre une décision appropriée pour préserver la terre. Aujourd’hui l’homme est capable de fabriquer une chèvre sans chèvre. Il peut fabriquer les téléphones que vous sortez de votre poche pour parler à votre femme à New York.
Si un homme né en 1907 qui a vécu il y a 150 ans nous voyait, il dirait : «quoi, ils l’ont simplement sorti de leurs poches et ils ont parlé ?. Comment ça marche ? » Et vous lui diriez : « mais tout ça est normal aujourd’hui ».
Ce n’est pas normal ! C’est un miracle ! Ou alors, prenez encore le génie génétique, c’est incroyable. Mais vous savez, si nous sommes vraiment si intelligents, donnons alors un sens à l’humanité pour qu’elle ne soit plus comme avant : guerres, sang, prison, camps. Il n’est pas possible que ces gens miraculeux ne soient nés que pour inventer de petits téléphones portables. Trouvons un autre sens au monde ! Pourquoi sommes-nous des humains avec des cerveaux ici  juste pour détruire la Terre ? Juste pour nous battre ? Alexandre le Grand, Napoléon, Mao Tsé-Toung, Hitler, Mussolini, tous entrèrent dans les livres d’histoire et n’étaient que parasites. Ils ont travaillé pour détruire autant de personnes que possible, et au nom de la liberté et de la justice ! Et compte tenu de ce qu’il ya aujourd’hui dans les mains d’un millier de personnes, avec seulement un dixième ou un cinquième des milliards d’un de ces riches, personne ne devrait plus mourir de faim.
 
En ce qui concerne la faim, vous savez de quoi vous parlez. Ça sent bon dans la cuisine. Nous allons vous laisser bientôt. Qu’est-ce qu’il y a de bon aujourd’hui ?
 
Aujourd’hui, nous avons une très bonne soupe de légumes. Un minestrone. Mais comme il est en purée, vous ne pouvez pas voir de quels légumes la soupe est faite. Mais généralement, il y a au moins trois éléments : carottes, courgettes et que sais-je ? La soupe est en purée parce que j’ai dû emprunter des dents… Et puis il y a un dessert – dolce -. J’aime les fruits, les oranges, les melons, les raisins. J’aime beaucoup les bonbons. Les biscuits ou des crèmes. Les Autrichiens sont des spécialistes dans ce domaine. 
 
Monsieur Pahor, merci de nous avoir donné de votre temps.
Merci de m’avoir écouté.
 
BORIS PAHOR est né à Trieste en Autriche-Hongrie (aujourd’hui en Italie) en 1913 dans la communauté slovène. En tant que membre de la Résistance slovène, il est interné à Dachau, Natzweiler-Struthof, Mittelbau-Dora et Bergen-Belsen. Il publie en 1967 son roman le plus célèbre, « Necropolis » (Berlin Verlag, 2001), dans lequel il raconte les traumatismes des camps de concentration. En allemand ont été publiés  « Piazza Oberdan » (Kitab Verlag, 2008) et le recueil de nouvelles « Des fleurs pour un lépreux » (Kitab, 2004). 
Quelques livres de Boris Pahor dans une librairie de Ljubljana en 2012

Quelques-uns des livres de Boris Pahor dans la grande librairie de Ljubljana en 2012

 

Boris pahor dans les rues de Paris en 2014Boris pahor dans les rues de Paris en 2014 entouré de ses amies Liza Japelj à gauche et Anne-Marie Mansuy à droite

 

Boris Pahor candidat aux élections régionales italiennes :

Quelques liens pour mémoire, parmi une ribambelle d’articles, qui annonçait sa candidature (accompagnés d’éléments de traduction) :

L’écrivain italien Boris Pahor, qui appartient à la minorité slovène, participe aux élections régionales à Trieste à l’âge de 104 ans. « Je ne pouvais pas dire non. »dit-il. L’homme de lettres né à Trieste à l’époque des Habsbourg en 1913, participe avec l’Union slovène aux élections régionales du Frioul le 22 avril. « J’ai toujours été attaché aux droits des minorités. » Boris Pahor est considéré comme le représentant le plus internationalement reconnu de la littérature contemporaine slovène. Il a été interné pendant la Seconde Guerre mondiale dans quatre camps de concentration nazis, notamment en Alsace au Natzweiler-Struthof. Il raconte ses expériences des camps dans « Necropolis ». Ses œuvres, disponibles en traduction allemande, comprennent «Villa am See», «The Darkening», «Nomads without Oasis», «In the Labyrinth» et «Secret Language Gifts».
En 2007, Jacques Chirac l’a fait « Chevalier de la Légion d’honneur » en France. Depuis 2009, il est membre de l’Académie slovène des Sciences et des Arts. En 2010, il a reçu « la Croix d’honneur » en Autriche pour la science et l’art.
TRIESTE – Ses 104 ans ne l’arrêtent pas. En effet, l’écrivain slovène Boris Pahor va tenter de gagner une place au Conseil régional sous la bannière de Slovenska Skupnost, dont il est président d’honneur, aux élections du 29 avril prochain en Frioul-Vénétie Julienne. S’il est élu, il ne sera sûrement pas un homme de paille, juste inclus dans les listes pour attirer et recueillir davantage de voix, car on sait que Pahor est respecté par les institutions, comme le montre son engagement à la reconstruction historique de ce qui s’est passé dans cette partie du Nord-Est et à travers la frontière dans les terribles années de la Seconde Guerre mondiale et après. Donc, c’est une vraie candidature, malgré vénérable de 104 ans inscrit sur sa carte d’identité. Il est probablement le candidat le plus âgé de tous les temps. L’auteur de Necropolis et de nombreux autres livres, a survécu aux camps de concentration, pendant plus d’un an et a assisté à de terribles évènements toute sa vie. Pahor tente une nouvelle aventure en se portant candidat pour la première fois aux élections régionales en soutien à Sergio Bolzonello, candidat à la présidence et déjà vice-président de la Région. « Actif et enjoué – rapporte l’Ansa – Boris Pahor continue d’écrire des livres et surtout de rencontrer les jeunes et aller dans  les écoles. Et s’il devait être élu, il pourrait donner raison au slogan dont on abuse parfois : « à partir de demain, votre vie va changer. »
Le plus que centenaire candidat à la région Friuli-Venezia Giulia,  l’écrivain slovène de Trieste Boris Pahor, est né le 26 Août 1913. Auteur de romans et d’essais, plusieurs fois en lice pour le prix Nobel, son nom apparaît maintenant sur la liste de l’Union slovène qui soutient le Parti démocrate. « Je crois que je ne serai pas élu – dit-il – mais si c’est le cas, je passerai la main. Sans parler de mon âge avancé, je ne suis pas un politicien. Ma place est devant la machine à écrire. Ce que je veux faire, c’est témoigner de l’identité slovène, piétinée par l’histoire. Cette réalité n’est guère connue en Italie, ni comprise même « .
Comment la proposition pour cette candidature est-elle née? « Ce n’est pas la première fois, mais la cinquième, si je ne me trompe pas. Mais je n’ai jamais été élu de toute façon. La minorité dans la minorité. En 2009, par exemple, je me suis présenté comme candidat slovène avec le Sudtiroler Volkspartei. En tout cas, il y a quelque temps, Igor Gabrovec, l’actuel vice-président du Conseil régional Frioul-Vénétie-Julienne, est venu chez moi et m’a demandé d’entrer dans la liste. Évidemment, j’ai accepté. « 
Seriez-vous également prêt à assister à des réunions publiques? « Je le répète, je ne suis pas un politicien, mais si on me proposait d’organiser une sorte de conférence dans la Région, je ne dirais pas non. Bien sûr, je suis en forme. En ce moment je le suis. D’autre part, mon activité de conférencier est rodée. Si vous saviez dans combien d’écoles j’ai été… Les jeunes au moins devraient connaître cette histoire. »
Quels en sont les faits les plus marquants ?
«Mon livre le plus célèbre est Nécropole. Il raconte de l’intérieur, l’expérience atroce vécue dans les camps de concentration nazis. Mais la répression, même pour nous Slovènes, n’était pas seulement le fait d’Hitler. Cela avait commencé avec le fascisme dans les années 1920. En 1926, les lois de Mussolini envers nous devinrent particulièrement agressives. Mais en Italie, l’argument semble être tabou. Dans ma mémoire, il y a une date cruciale, celle du 13 Juillet 1920, ou enfant, j’ai vu des fascistes faire brûler à Trieste le Narodni Dom, la Maison du peuple slovène « .
Vous vous présentez avec l’Union slovène, un parti actif dans les élections politiques de 1963, d’inspiration chrétienne-sociale. Mais Boris Pahor n’est pas croyant, n’est-ce pas ?
« C’est vrai, je ne suis pas un croyant, et je le souligne. Politiquement, aujourd’hui je pourrais m’appeler un social-démocrate. Mes idées ont mûri lorsque, quittant le camp de concentration, je me suis retrouvé dans un sanatorium à Paris pour me soigner contre la tuberculose. A cette époque, je lisais de nombreux essais sur le communisme, mais entre le pro-communisme de Sartre et les idées de Camus, qui se détachaient du communisme, j’ai opté pour ce dernier. L’engagement civil de Camus, pas enclin aux idéologies, est un exemple. Après avoir clarifié cela, je soutiens volontiers Slovenska Skupnost pour sa ligne de défense des minorités. Et c’est bon pour moi de soutenir le Parti démocrate. Lors des élections du 4 mars, malgré la baisse des votes pour le PD, mon amie Tatjana Rojc, écrivain, traductrice, a été élue au Sénat en tant qu’indépendante. La loi italienne devrait néanmoins garantir la représentation des minorités au Parlement « .
Aujourd’hui l’écrivain anti-fasciste Pahor est candidat avec l’Union slovène: « J’ai toujours lutté pour les droits des minorités. Oui. Je me présente aux élections à 104 ans « . La voix du grand écrivain slovène de Trieste Boris Pahor est toujours énergique. Donc c’est bien vrai : il sera candidat pour le Regionali de Friuli-Venezia Giulia. C’est peut-être un record du monde : s’il était élu, le mandat se terminerait à 109 ans. À Trieste, il doit y avoir un élixir de longue vie, car c’est ici aussi qu’est né l’ultracentenaire Gillo Dorfles. Pahor né sous les Habsbourg, a été déporté dans les camps nazis en raison de ses idées antifascistes.
Pahor a survécu aux nazis. Et à son retour, il a écrit des livres extraordinaires comme Nécropoles  avec des passages éblouissants: «De la mort et de l’amour on ne peut parler qu’avec soi-même ou avec l’être aimé. Ni la mort ni l’amour ne tolèrent la présence d’étrangers « . Aujourd’hui, il se présente aux élections régionales: « Je postule pour l’Union slovène du Frioul-Vénétie Julienne. Je ne pouvais pas dire non, je me suis toujours battu pour les droits des minorités. Cela fait plus d’un demi-siècle que je me bats pour ça. L’Italie reconnaît douze langues, mais aujourd’hui il semble qu’il n’y ait pas d’argent pour payer les enseignants. Peut-être que mon nom sur la carte servira à ça, à attirer un peu l’attention sur ceux qui n’ont pas de voix. Mais s’il gagne ? Pahor sourit. « S’il arrivait que … beaucoup de gens choisissaient mon nom sur la carte … eh bien, je laisserais immédiatement la place à ceux qui viendraient après moi. Je ne veux pas faire de politique maintenant.  » Mais à partir de sa villa à Barcola, à Trieste, Pahor continue de regarder le monde: «L’Europe écrase les Catalans». Et l’Italie? « Carlo Cattaneo, les Etats-Unis d’Italie, me vient à l’esprit. Peut-être que cela aurait été la bonne solution « .
Pahor, comme recette de vie parle d’un petit déjeuner avec du café, pain, beurre et confiture. Pahor a souffert et a vécu intensément : « j’ai côtoyé ma dernière femme à 85 ans », a-t-il raconté il y a peu de temps au Corriere della Sera. Et sa dernière  nomination aura lieu – qui sait – à 104. Et il n’a pas l’intention de ralentir : « je travaille encore plusieurs heures par jour. Et si on m’appelle, si on vient me chercher en voiture, je vais partout pour parler… J’ai parlé des centaines de fois de ce que j’ai vécu. Je suis un missionnaire… de la mémoire « .
"Le ciel est sous nos pieds", place de l'Unité à Trieste, photo Fabienne Issartel

Sur la place de l’Unité à Trieste, cet homme me rappelle le titre d’un autre de mes films : « Le ciel est sous nos pieds », portrait de Pierre Székely, photo Fabienne Issartel

 

En août, celui qui aura 105 ans a de nouveau attiré l’attention du public italien après avoir accepté la candidature du Conseil régional sur la liste de la Communauté slovène. Le journal du Corriere della Sera consacre aujourd’hui un entretien complet avec lui. Quand on lui a demandé s’il accepterait de participer à une réunion électorale, il a répondu par l’affirmative. « Je ne suis pas un politicien, mais si vous me demandiez d’assister à une réunion dans le pays, je ne refuserais pas. Je devrais, bien sûr, me sentir en forme, mais pour le moment ça va. « Dans un entretien il a dit qu’il ne croyait pas en Dieu, qu’il est un socialiste d’après la vision du monde. Il se sent proche de Camus. Il est heureux de soutenir la communauté slovène qui défend les droits des minorités. « Je suis d’accord pour qu’il soit  affilié au Parti démocrate », a déclaré le plus âgé des candidats cette année aux élections du Frioul Vénétie Julienne.
"Seule, la nuit place de l'Unité à Trieste", photo Fabienne Issartel

« Seule la nuit, place de l’Unité à Trieste », photo Fabienne Issartel

 

Boris Pahor parlait dans « RUSHS N°1 » d’Etats généraux qu’il faudrait organiser pour réfléchir ensemble aux problèmes migratoires. Des initiatives s’organisent ces temps-ci dans le bon sens. Allons-nous enfin sortir de la nuit ?

 

Le Serment du Centquatre pour l’accueil des migrants: rendez-vous mercredi 31 octobre 2018 à partir de 19h sur Mediapart live

https://blogs.mediapart.fr/la-redaction-de-mediapart/blog/261018/le-serment-du-centquatre-pour-laccueil-des-migrants-rendez-vous-mercredi-31-octobre-p?utm_source=programme&utm_medium=email&utm_campaign=Live_31-10-2018_programme&utm_content=&utm_term=&xtor=EREC-1026-%5Bprogramme%5D&M_BT=436382103159

ET AUSSI

PREMIÈRE SESSION NATIONALE DES ETATS GÉNÉRAUX DES MIGRATIONS

Le 26 ET 27 MAI a eu lieu la PREMIÈRE SESSION NATIONALE DES ETATS GÉNÉRAUX DES MIGRATIONS à Montreuil (93). Un document  » Socle commun pour une politique migratoire respectueuse des droits fondamentaux et de la dignité des personnes » a été établi pour préparer ce rassemblement. 

Renseignements ici :

https://eg-migrations.org/26-et-27-mai-premiere-session-nationale-des-Etat-Generaux-des-Migrations

https://www.lemonde.fr/immigration-et-diversite/article/2018/05/26/etats-generaux-des-migrations-les-associations-poussees-a-jouer-collectif_5305004_1654200.html

Les ministres de l’Intérieur de l’Union Européenne se réunissent à Luxembourg le 5 juin pour parler des lois européennes asile et immigration :

https://www.la-croix.com/Monde/Europe/LEurope-reste-prudente-nouvel-executif-italien-2018-06-03-1200944071?id_folder=1200943713&from_univers=lacroix&position=0

L’Aquarius près des côtes libyennes :

https://www.letemps.ch/grand-format/cimetiere-marin-mediterranee

https://www.letemps.ch/grand-format/piege-haute-mer

Dernières nouvelles du 12 juin : dans quel pays pourra accoster l’Aquarius avec ses plus de 600 passagers ?

http://www.repubblica.it/cronaca/2018/06/12/news/aquarius_sos_mediterrane_e_i_migranti_saranno_portati_a_valencia_da_navi_italiane-198786734/

Sur France Inter (12 juin) : Aquarius : « Rome refuse, Paris regarde ses chaussures »

https://www.franceinter.fr/emissions/l-edito-politique/l-edito-politique-12-juin-2018#xtor=EPR-5-%5BMeilleur12062018%5D

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Une projection de : « MOI JEAN LACOMBE MARIN ET CINEASTE » de Fabienne Issartel, a eu lieu au FILMAR d’Hendaye ce samedi 24 mars à 9 h. Un film culte !

Une nouvelle projection de « Moi Jean Lacombe, marin et cinéaste » est toujours un événement. Sélectionné au prestigieux festival de la mer, le FILMAR 2018 d’Hendaye (du 22 au 25 mars), vous avez pu le découvrir ce SAMEDI 24 MARS 2018 à 9 h à l’auditorium Sokoburu d’Hendaye. 9 h, un horaire idéal pour tous les amoureux de la mer, lesquels, on le sait aiment se lever tôt !

Le film n’ayant pas été produit cette année, il n’était pas en compétition officielle, mais pouvait prétendre néanmoins au plaisir de votre regard

Entrée gratuite. Laissez vos messages ici à l’issue de la projection.

En savoir plus http://filmar.hendaye.com/

Jean lacombe à son arrivée à Porto Rico avec son Hippocampe, le 23 janvier 1955

« A mon réveil, le 23 janvier, il y avait attroupement sur le quai : journalistes, photographes, télévision, actualités cinématographiques ! Les navigateurs solitaires viennent rarement à Porto Rico, et mon minuscule Hippocampe est spectaculaire. Ma barbe aussi sans doute. » Jean Lacombe dans « A moi l’Atlantique ! », Robert Laffont

Voilà le seul film consacré à Jean Lacombe, célèbre pour avoir couru la première transat anglaise de 1960, puis à bord d’un Golif, celle de 1964 qui lui valut aux côtés de Tabarly les félicitations du Général De Gaulle ! Le documentaire dévoile l’intimité de ce navigateur autodidacte, opiniâtre et révolté, exilé à New York pour vivre dans la marge et la liberté. Avec une caméra 16 mm, Jean Lacombe a filmé ses multiples traversées de l’Atlantique Nord toujours à bord de petits voiliers. Après sa mort en Martinique en 1995, la famille de Jean Lacombe confie ce trésor de bobines de film à Eric Vibart et Laurent Charpentier, journalistes à Voiles et Voiliers. La réalisatrice Fabienne Issartel viendra plusieurs années après terminer avec eux ce travail de résurrection de « Jeannot », personnage hors-normes qui nous donne à tous la force de suivre notre destin.

LE FILM A ETE RECOMPENSE EN 2014 PAR LE PRIX du film « MEMOIRES DE LA MER » de la Corderie Royale de Rochefort

Jean Lacombe à New-York sur « Tigre », un bateau en polyester de 7 m, au début des années 70

Jean Lacombe : le Kerouak de l’Atlantique !

Aventurier plus que marin de compétition, Jean Lacombe fit de l’Atlantique nord, tempétueux et froid, de façon obsessionnelle, son domaine d’élection. Marginal, enthousiaste, il accepta délibérément une vie précaire à New York où il s’était établi dès les années cinquante pour assouvir dès qu’il le pouvait sa passion dévorante de navigations sur des bateaux qu’il voulait absolument de taille modeste (de 5, 48 m à 7, 42 m). A l’aube de la plaisance moderne, il a traversé l’Atlantique sur le premier voilier en polyester.

Issu d’un milieu populaire, artisan maroquinier à Paris, Jean Lacombe, sextant en main acheté aux puces, sera un “clochard céleste” à la manière d’un Slocum. Sans aucune expérience maritime, il construira lui-même son premier bateau, refusa toujours tout sponsoring qu’il considérait comme une compromission. Franc-tireur, attaché par-dessus tout à son libre-arbitre, il assuma jusqu’au bout les conséquences de ses choix. Son seul viatique était sa foi, la certitude que l’aventure lui ouvrirait les portes d’une vie libre initiatique.

Jean Lacombe filme sa vie quotidienne de marin solitaire

Dès 1960, il emporte avec lui une caméra 16 millimètres mécanique et des boîtes de pellicule inversible. Auto-filmeur avant l’heure, son habileté d’opérateur alliée à ses qualités de photographe – profession qu’il exerça aussi à New York – permettent de bénéficier d’une matière visuelle d’une étonnante richesse. Hormis un montage personnel jamais diffusé de 662 mètres (environ une heure), le marin cameraman a laissé de très nombreux rushes (extraits de reportages, moments d’intimité en mer ou à terre) numérisés pour le film que personne n’avait jusqu’alors visionnés.

En suivant ce chemin solitaire, sa vie devint une quête qu’il évoque dans des manuscrits dont beaucoup sont restés inédits. Dans « A moi l’Atlantique », seul livre publié chez Robert Laffont en 1957, il raconte l’épopée de sa toute première traversée en 55, sur « Hyppocampe », bateau qu’il avait imaginé, dessiné et fait construire à Sartrouville près de Paris. Il relate ses Transatlantiques, dont celle de 1960 sur un « Cap Horn » dans les revues maritimes de l’époque. Il esquisse aussi le début d’une curieuse autobiographie militante qu’il appelle « moi, un blanc marron ! ».

Jean Lacombe à New-York, auto-filmage, années 70

Nous avons besoin de croiser des vies d’hommes libres comme celle de Jean Lacombe assumée jusqu’à la perfection, pour avoir l’énergie de réaliser nos propres rêves. Alors il fallait aussi achever le travail du Jean Lacombe cinéaste, dans le respect de l’esprit qu’il avait voulu insuffler. Ce fut ma mission. Débrouillard, fantasque, râleur, toujours en mouvement, acharné à perfectionner un idéal réclamant volonté et courage, Jean Lacombe a tracé un sillage unique dans l’histoire de la voile hauturière. Sur sa route, il aurait pu croiser un Kerouac…

Fabienne Issartel, réalisatrice

L’entretien bouleversant avec Pierre Gazarian, l’ami de New-York de Jean, tourné pour le film, est ici en entier :

Cliquez sur ce lien pour écouter Pierre Gazarian :

https://vimeo.com/258217983

Jean Lacombe fait des essais de flottaison dans sa baignoire avec la maquette de son dernier bateau Yang, avec lequel il traversera encore bien souvent l'Atlantique

Jean Lacombe fait des essais de flottaison dans sa baignoire avec la maquette de son dernier bateau Yang, avec lequel il traversera encore bien souvent l’Atlantique dès 1980

Autres articles concernant le film sur ce site :

Sortie du DVD, et témoignage de l’ami new-yorkais de Jean, Pierre Gazarian :
https://fabienneissartel.wordpress.com/2017/12/09/evenement-pour-tous-les-fans-de-jeannot-moi-jean-lacombe-marin-et-cineaste-enfin-disponible-en-dvd/

Le premier bateau de Jean Lacombe retrouvé :
https://fabienneissartel.wordpress.com/2014/12/30/on-a-retrouve-hippocampe/

Le film au Festival Etonnants Voyageurs :
https://fabienneissartel.wordpress.com/2014/05/20/moi-jean-lacombe-marin-et-cineaste-au-festival-etonnants-voyageurs-de-st-malo/

l’Hippocampe de Jean Lacombe échoué sur les rochers de l’ïle Graciosa aux Canaries le 22 septembre 1955

A propos du festival FILMAR dans la presse :

http://www.aquitaineonline.com/actualites-en-aquitaine/euskal-herria/3451-festival-film-de-la-mer-hendaye-filmar.html

https://presselib.com/11eme-festival-international-film-de-mer-de-environnements-dhendaye-sera-preside-celebre-navigateur-bien-bel-evenement/

New-York dans les années 50 filmé en 16mm par Jean Lacombe

 

Jean Lacombe pose sur le Golif dans les chantiers Jouet. Photos de Roland de Greef :

https://rolanddegreefphotos.photoshelter.com/gallery/G0000xFuak3ZpT0Y

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Un recueil de nouvelles inédites de BORIS PAHOR vient de paraître. Grand succès cet automne 2017, à Trieste et à Ljubljana autour des premières projections du film « Boris Pahor, portrait d’un homme libre » devant un public slovène.

Depuis le 18 janvier 2018 vous pouvez trouver dans vos librairies « PLACE OBERDAN À TRIESTE », un recueil de nouvelles inédites de Boris Pahor, l’écrivain slovène de Trieste, 104 ans.
Les nouvelles ont été traduites du slovène par Andrée Luck-Gaye (qui a reçu le prix européen de traduction).
C’est sur la place Oberdan, au sous-sol d’un bâtiment, siège de la Gestapo à Trieste, que Boris Pahor a été enfermé, interrogé et torturé en 1943, avant d’être finalement emmené dans les camps allemands. C’est aussi sur cette place en 1920, enfant, qu’il avait vu les « chemises noires » de Mussolini incendier la Maison de la culture slovène (Narodni dom). Aujourd’hui on trouve sur cette place, emblématique des luttes et de la résistance slovène, la grande librairie slovène de Trieste…

Commandez « PLACE OBERDAN À TRIESTE » dans votre librairie de quartier !

Le recueil de nouvelles « PLACE OBERDAN À TRIESTE », DE BORIS PAHOR
(Editions Pierre-Guillaume de Roux, 208 pages, 23 euros)

  • Dans le magazine mensuel CAUSEUR N°57 de mai 2018, actuellement en kiosque, page 82, l’article « Boris Pahor, une vie parmi les ombres » de Daoud Boughezala qui a rencontré Boris Pahor à Trieste au mois de février.
  • Dans l’excellente revue littéraire « En attendant Nadeau », l’article de Linda Lê, « Les errants de Boris Pahor »

En-attendant-Nadeau-n°51 Boris Pahor

Boris Pahor, chantre de la mémoire slovène, évoque à travers ces nouvelles des actes de résistance tantôt frappants tantôt subtils, les souffrances passées inaperçues et les gestes d’amour de quelques héros anonymes.

« Guglielmo, blond, élancé, de nature réservée, enleva le k final de son nom de famille et se mit à fréquenter les irrédentistes. Il ne s’adonna probablement pas à leurs rixes urbaines, il s’inscrivit à l’École polytechnique de Vienne et fut bientôt appelé au service militaire. Ne voulant pas servir sous les ordres de la capitale autrichienne haïe, il jeta son uniforme aux orties et franchit la frontière. Psychiquement instable, il était obsédé par une seule idée, comment réveiller le cœur de Trieste et allumer chez ce peuple commerçant la flamme de la révolte ? Il voulait se sacrifier, donner l’exemple, scandaliser si nécessaire ; et au moment de son arrestation à Ronchi, il répéta avec ostentation que sa bombe était bien destinée à l’empereur François Joseph qui devait venir à Trieste en 1 882. Il l’affirma encore résolument devant le tribunal afin d’être condamné comme, en quelque sorte, un coupable qui aurait déjà lancé la bombe.

Oui, voilà des choses bien connues, me disais-je tout en constatant que ma façon de voir ce jeune homme avait changé. Il est vrai qu’il avait abandonné sa consonne finale, me disais-je, mais il n’avait pas pu rejeter, avec elle, ce qui était archétypique dans la lignée de Jozefa Marija, cette tendance à l’idéalisme et à la recherche de l’universalité. Le jeune homme avait transmis l’aspiration de la petite communauté maternelle à dépasser son cadre étroit à un groupe de fanatiques qui rêvaient de liberté et luttaient contre le puissant empire. C’est ainsi que dans la crypte qui lui est dédiée, là où la corde a serré sa nuque, il y a la statue d’un homme nu qui est un martyr pour la communauté italienne et, pour la communauté slovène, un cas typique de ses nombreuses pertes, tragiques et pitoyables à la fois.

J’ai évidemment pensé à Franc Kavs, un jeune homme de Tolmin, à sa ceinture bourrée d’explosifs, qui aurait dû libérer la population de la dictature fasciste lors de la visite de Mussolini ; mais Kavs avait un idéal de liberté bien différent. Il ne fut pas pris avant l’attentat, il y renonça de lui-même car l’explosion aurait ôté la vie à des écoliers venus saluer le grand chef. Malgré cet acte profondément éthique, Kavs fut condamné à mort puis gracié ; mais le juge italien, comme avant lui son collègue autrichien, le condamna ensuite sur sa seule intention. »

Et aussi l’article de Thierry Clermont dans le figaro du 1er février :

Dans Le Figaro,Thierry Clermont a lu le dernier ouvrage de Boris Pahor, 1er février 2018

La bande annonce française du documentaire « Boris Pahor, portrait d’un homme libre », documentaire de Fabienne Issartel, 98′:

 

L’affiche du film en version sous-titrée slovène :

Affiche slovène du film « Boris Pahor, portrait d’un homme libre » de Fabienne Issartel, présenté pour la première fois au public slovène en septembre 2017

Aidée par des amis slovènes, j’ai oeuvré pour que « Boris Pahor, portrait d’un homme libre » soit enfin entièrement sous-titré en langue slovène. Un gros travail. C’était mon cadeau d’anniversaire pour les 104 ans de Boris. Il était fondamental pour lui que les slovènes puissent enfin assister aux projections de son film – car il dit toujours « mon film »-. Alors, voilà c’est fait. J’ai ramené le film à la maison. Je suis contente. Ce fut une fois de plus une véritable épopée accompagnée par la présence énergétique de mon héros. Ce film décidément m’aura nourrie d’une belle façon pendant toutes ces années (2008), et auprès de Boris, j’ai connu une forme de grâce, d’émotion intense et pure, jusqu’alors inédite.

Ci-dessous quelques articles parus en septembre dernier après les projections du film en slovène à Trieste et à Ljubljana.

Boris pahor et Fabienne Issartel le 1er septembre 2017, Opicine, Trieste, projection en slovène organisée par les rencontres DRAGA

Article paru dans Mladika après la projection organisée lors des 52 ème rencontres DRAGA à Opicine, sur les hauteurs de Trieste :

Article dans Mladika après la projection de Trieste

Dans l’encadré en couleur beige présent dans l’article, mes réponses traduites ici en français à trois questions :

Quand avez-vous eu envie de parler de Boris Pahor la première fois ?
C’est un slovène prénommé Igor Korsic qui m’a parlé pour la première fois de Boris Pahor lors d’un festival de cinéma à Pécs dans le sud de la Hongrie. Il avait su trouver les mots pour exciter ma curiosité puisque à mon retour à Paris j’ai acheté et lu tous les livres traduits en français de Boris Pahor. Ce fut une révélation, et grâce à lui, s’est ouvert en moi un nouvel espace de conscience. Car il avait réussi dans son oeuvre à relier le particulier à l’universel, les paysages de sa Vénétie Julienne à la grande histoire, l’âme au corps ! C’est là je crois la grande force de son écriture que d’avoir pu redonner aux causes de l’humanité leur dimension sensuelle. C’est ce qu’on appelle la littérature tout simplement. Mais c’est rare. La nécessité d’une rencontre avec Boris, je veux dire physiquement, en face à face, s’est donc tout naturellement imposée dans mon esprit et je suis partie pour Trieste.

Que s’est-il passé lors de votre première rencontre et qui vous a donné envie de faire un film ?

Quand je suis arrivée à Trieste en février 2008, tout m’a semblé étonnamment familier, et dès mes premières rencontre avec Boris, je fus séduite par son accueil chaleureux, sa vivacité d’esprit et aussi son humour. J’ai eu l’impression de retrouver un vieil ami et j’ai commencé tout de suite à filmer. Ma venue avait étrangement coïncidée avec la publication de deux grands articles en pleine page dans « La Repubblica », et le « Piccolo », qui relatait enfin au grand public l’histoire de Boris Pahor. Avec la réédition, quelques jours auparavant de « Necropoli », préfacé par le célèbre écrivain Claudio Magris, l’Italie découvrait donc, et en même temps que moi, l’existence de son héros de 95 ans. En quelques semaines, tout le pays s’est ému de son destin. Boris Pahor en était tout joyeux et je partageai avec lui ce bon moment. Nous nous retrouvions
alors chez lui et dans les rues de Trieste pour manger des gnocchis chez Fabris place Oberdan ou boire des caffè ristretto au San Marco. C’était un contexte idéal pour commencer ce film qui allait témoigner de ce soudain engouement médiatique autour du personnage « hors normes » de Boris Pahor.

Quel est le message de ce documentaire ?

L’expérience des camps pour Boris Pahor, fondamentale, occupe une seule année de sa très longue vie : mais un an où il aura su rester vivant ! Sans doute avait-il en lui dès l’enfance cette propension rare, hors-norme, à l’espérance, c’est à dire, une certaine foi dans l’humanité. Ce film raconte donc comment cette résistance intérieure lui a permis de survivre dans l’environnement hostile des camps, mais aussi de pouvoir conquérir sans cesse, avec courage et opiniâtreté, de nouveaux champs de connaissance et de liberté. La culture, l’instruction et la littérature ont été ses chemins d’émancipation. On sait que c’est grâce à sa bonne pratique de plusieurs langues étrangères qu’il devra sa survie dans les camps. C’est avec la culture et sa machine à écrire qu’il participera auprès des siens, les Slovènes, à la résistance contre le fascisme, le nazisme, puis plus tard, le communisme. « J’écris pour tous les humiliés », déclare Boris Pahor, faisant sienne la déclaration en 1954 de Camus qui écrivait dans son livre « l’Eté » : « Oui, il y a la beauté et il y a les humiliés. Quelles que soient les difficultés de l’entreprise, je voudrais n’être jamais infidèle ni à l’une ni aux autres. »

projection au Cankarjev Dom à Ljubljana, septembre 2017, Fabienne Issartel, Boris Pahor et le Ministre de la Culture slovène

l’article dans DELO du 19.9.17 après la projection de Ljubljana au Cankarjev Dom devant 600 spectateurs
Ou le lien internet, si le PDF est difficile à déchiffrer :
http://www.delo.si/kultura/film/osem-let-na-poti-z-borisom-pahorjem.html

Quelques phrases de cet article, traduites du slovène par Andrée Luck-Gaye :

« Boris Pahor : portrait d’un homme libre est une merveille de documentaire à petit budget réalisé par Fabienne Issartel. La réalisatrice française qui appelle le Triestin de maintenant cent quatre ans « mon héros » montre avec enthousiasme et entrain un Pahor déterminé, contemplatif, rêveur, pensif et réfléchi. »

« Ce film de Fabienne Issartel – qui a, pendant huit longues années, accompagné comme une ombre, caméra en main , Boris Pahor dans ses voyages en Europe, dans les festivals littéraires, les écoles, et même dans l’ascension du Nanos – est « long et court, comme la vie ». Jusqu’à présent on ne l’a malheureusement vu que rarement. »

« Dans un français fluide, l’écrivain a remercié la réalisatrice « pour avoir choisi le représentant d’un petit peuple pour parler de ce qui concerne le monde entier car », a-t-il ajouté, « il ne s’agit pas d’un film sur Boris Pahor mais d’un film sur le XXe siècle » ».

« Fabienne Issartel a réussi à faire un film sophistiqué qui mérite plus qu’une place dans le documentaire du mois à la télévision nationale, mais plutôt celle de la section des documentaires de la décennie. »

https://www.cd-cc.si/sl/kultura/kino/boris-pahor-portret-svobodnega-cloveka-boris-pahor-portrait-d-un-homme-libre

Quelques photos parues dans un journal de Ljubljana après la projection du Cankarjev Dom

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EVENEMENTS POUR TOUS LES FANS DE JEANNOT : une projection au FILMAR d’Hendaye, le 24 mars à 9 h de « MOI JEAN LACOMBE MARIN ET CINEASTE », un film culte enfin disponible en DVD. Et en exclusivité ici, le témoignage bouleversant de son ami de New-York Pierre Gazarian !

« On ne devient pas esclave. On naît esclave. Si vous allez en Haïti, vous verrez à Port au Prince, la statue de l’esclave qui a brisé ses chaînes et s ‘évade vers la liberté. C’est le « Nègre Marron ». Ne sommes-nous pas tous les esclaves d’une société qui nous impose ses lois auxquelles il est difficile de se soustraire… Alors, moi aussi un jour j’ai brisé mes chaînes et me suis enfui sur la mer, tout seul, avec un petit voilier. Je suis devenu un « Blanc Marron ». C’est ce marronnage à la recherche de la liberté qui va être ici raconté. »

Jean Lacombe

EVENEMENT :

Le film « Moi Jean Lacombe, marin et cinéaste » à été sélectionné au festival FILMAR 2018 qui se déroulera à Hendaye du 22 au 25 mars 2018.

PROJECTION LE SAMEDI 24 MARS 2018 à 9 h à l’auditorium Sokoburu, Hendaye

 

La galette du DVD de MOI JEAN LACOMBE MARIN ET CINEASTE / Jeannot dans son Hippocampe, 1955

Bonne nouvelle pour tous les fans de ce marin mythique : le film « MOI JEAN LACOMBE MARIN ET CINEASTE », prix « Mémoires de la mer » 2014 du documentaire de la Corderie Royale de Rochefort, est enfin disponible en DVD.
Vous pourrez bientôt vous le procurer à la Corderie Royale de Rochefort et dès maintenant auprès de la production l’Heure Bleue (en laissant vos coordonnées mail à yoann@hbleue.fr ou encore en laissant un message sur ce site. Le film est en vente prix de 21 €, frais de port inclus.

LA PRESSE /

Un article sur le film et le DVD par François-Xavier Ricardo, rédacteur en chef du magazine « Bâteaux » :

https://www.bateaux.com/article/27288/moi-jean-lacombe-marin-cineaste

 

La jaquette du DVD de JEAN LACOMBE MARIN ET CINEASTE, sortie décembre 2017

 

Dans le Voiles et Voiliers de mars 2018, page 24

 

Le 9 mars sur le site petits voiliers :

https://www.petitsvoiliers.com/2018/03/09/jean-lacombe-le-grand-navigateur-en-petit-voilier/

 

Jean Lacombe était le héros populaire de la plaisance naissante, mais aussi un esprit libre, « un vagabond céleste » qui méprisait les conventions sociales. Sa fantaisie s’apparentait à celle d’un « facteur cheval », à un virtuose de « l’art brut » pour qui cette notion d’amateur ou de professionnel n’avait plus de sens…

Un jour, il décide de quitter sa vie d’artisan, de construire son propre bateau et de partir, tout seul, vers les Amériques :

« J’achetais des livres techniques, dépouillais toutes sortes de revues de yachting, regardais les plans et les récits des navigateurs à la voile, solitaires de préférence. Et la conclusion s’imposa à moi (…) Le mieux était de faire à mon idée (…) Je décidai de dessiner moi-même mon bateau. Les femmes qui veulent un sac à main se classent en trois catégories : celles qui prennent ce qu’on veut leur vendre, celles qui choisissent parmi ce qu’on leur offre, et c’est quelquefois très long, et celles qui disent : « je le veux comme ceci, comme cela ». Ce sont les plus emmerd… , mais au fond, celles que je respecte le plus. Après tout, c’est pour elles, le sac : pas pour moi ! Deux ou trois fois, la cliente a su bien m’expliquer sa conception, la dessiner. Quand j’ai eu compris, le résultat a été bon. Elles n’étaient pourtant pas du métier. Moi non plus, je n’étais pas architecte naval. Mais je pouvais essayer… »

Jean Lacombe, à propos de la conception de son premier bateau, Hippocampe.

Mise à l’eau d’Hippocampe à Sartrouville le 17 décembre 1953

 

« Hippocampe, conçu au hasard des idées de notre parisien populaire et archi terrien, retrouve les formes les formes les plus traditionnellement marines. C’est extraordinaire ! Ce bateau rejoint les admirables coques des petits bateaux cancalais, si profondes, si « coulées », qu’on les croirait faîtes avec de la glaise par les mains d’un sculpteur de génie ! Hippocampe serait peu commode pour la petite croisière. Mais l’Atlantique est assez profond. Et c’est là que Lacombe a compris : tel usage, telle forme ! Il a ainsi fait de son bateau « un petit roc », alors que la tendance de cent ans, en plaisance et en traversée solitaire, avait été de créer des « mouettes »

Jean Merrien, dans la préface de « A moi l’Atlantique »

 

Une publicité pour le livre récit de la première traversée de l’Atlantique de Jean Lacombe, 1957

 

Jean lacombe l’ingénu est devenu marin, cinéaste, photographe et même écrivain. Le film raconte avec les propres images du navigateur et les témoignages de ses amis, quelques-uns des épisodes de sa vie hors-normes.

Jean Lacombe est parti seul sur la grande mer ne sachant qu’à peine naviguer. C’est comme cela qu’il se retrouve un matin échoué sur une plage de Graciosa aux Canaries. Ce total manque d’expérience lui permet de vivre une expérience humaine exceptionnelle qui s’apparente à la fameuse scène de Fitzcarraldo, ce film allemand de Werner Herzog, sorti en 1982 avec Claudia Cardinale et Klaus Kinski…

Impossible de remettre Hippocampe à l’eau du côté où il s’est échoué à cause de l’état de la mer. Les habitants de Graciosa n’ont alors d’autre choix que celui de porter le bateau qui pèse quand même 2 tonnes de l’autre côté de l’île par-dessus une colline. Pas de machines. Tous les hommes vaillants participent à cette curieuse épopée. Le bateau glisse maintenu droit sur des rondins de bois…

Jean Lacombe à propros de cet épisode dans « A moi l’Atlantique ! »

« On prend la montée en biais, mais le bateau ne dérape pas. Dans les passages difficiles et les virages, il faut avoir recours à des leviers… Cette foule est adroite, calme, disciplinée. A tant d’hommes, tout est facile. Je comprends comment on a bâti les pyramides. Sous le soleil, les hommes transpirent. Voici Hippocampe au sommet. Il prend la pose comme un alpiniste victorieux. Je vais chercher ma bonbonne de vin et fais une distribution générale. On redescend de l’autre côté, sans que le bateau ne glisse. Ces gens sont vraiment des as. A midi, ça y est ! Hippocampe est à la petite crique, après avoir été traîné pendant plus d’un kilomètre. Mon cœur bat de joie. »

Après cette première traversée sur Hippocampe, Jean Lacombe décide de s’installer à New-York. Pierre Gazarian devient son grand ami :

 

Pierre Gazarian, l’ami français de New-York, le complice indéfectible de Jean lacombe

 

Pierre Gazarian qui témoigne dans le film nous a quitté depuis un an. Laurent Charpentier qui avait tourné à New-York cet entretien de Pierre parlant de Jean Lacombe pour mon film, vient de mettre en ligne sur son site un long moment de son évocation si sensible de mon héros. J’espère que là-haut, les deux indéfectibles amis se sont retrouvés  !

L’entretien bouleversant avec Pierre Gazarian tourné pour le film, ici en entier :

Cliquez sur ce lien pour écouter Pierre Gazarian :

https://vimeo.com/258217983

Il avait écrit aussi plusieurs textes pour parler de son ami Jean :

« Je vois arriver cet homme petit, carré, la tête un peu penchée de côté, comme un oiseau. Son teint est bronzé, ses yeux intenses et pétillants d’espièglerie : des yeux bleus gris de marin, phosphorescents, habitués à ce concentrer sur l’horizon. Nous allons déjeuner. Il s’installe, solide à table. Il verse le vin rouge. C’est un français. Non. Un parisien. Dans des conditions précaires, il trouve toujours le moyen d’inviter les copains. Jean, c’est le génie de la débrouillardise, c’est l’expert pour faire beaucoup avec rien, c’est l’anti gaspilleur rayonnant avec toujours une grande énergie physique et mentale. Il méprise tout ce qui est étriqué et rigide. Il avait le goût de la discussion. Il aimait la confrontation et mettre l’interlocuteur en porte à faux. Et pourtant, il avait aussi besoin d’être compris et admiré. Jean aimait le paradoxe. Il disait : « être premier, cest facile. Mais arriver dernier, c’est plus difficile. C’est ça la véritable épreuve ! Je ne sais combien de fois, j’ai voulu lui arracher quelques descriptions héroïques de ses traversées, mais sans succès… Il disait « Les problèmes, c’est avec les gens quand j’arrive. En mer je me débrouille… » La relation de Jean et de son voilier était très importante. L’un et l’autre se confondent, comme un cavalier et sa monture d’une façon animée, presque organique…  Pierre Gazarian 

Qui était Pierre Gazarian :

Né à Paris en 1932, Pierre Gazarian est arrivé à New-York à l’âge de 15 ans. A l’époque où il fait la connaissance du navigateur Jean Lacombe, il est président de Renault pour l’Amérique du Nord. L’un et l’autre, libres-penseurs à leur manière, seront des amis proches. Retiré des affaires en 1987, Pierre Gazarian publie des livres de poésie et donne des chroniques régulières au Suffolk Times, un hebdomadaire papier (et quotidien sur le Web) de la côte Est des Etats-Unis. Il décède chez lui, à Manhattan, le 8 février 2017.

Et pour retrouver les autres articles parus précédemment sur ce site à propos du film « moi jean Lacombe, marin et cinéaste » :

https://fabienneissartel.wordpress.com/tag/jean-lacombe/

 

Jean Lacombe sur Le tigre à New-York

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ALERTE ROUGE : aujourd’hui 7 juillet, tout le monde se promène !

Le métro Barbès Rochechouard à Paris non loin de la porte de la Chapelle,
vu par Plantu, 2017, pour l’association « Cartooning for Peace », tous droits réservés

Depuis ce matin 6 h, 2771 migrants de la Porte de la Chapelle à Paris sont mis à l’abri pour l’été dans des gymnases d’Île de France encadrés par une foule de CRS. On les entasse à la queue leu leu dans 60 bus aux destinations inconnues, pendant que des pelleteuses détruisent les traces de leurs oripeaux… Au même moment, d’autres migrants, des vacanciers, envahissent les routes et les trains pour rejoindre leurs lieux de villégiatures à la mer ou la montagne. Eux-aussi sont partis tôt. À Hambourg, il est dix heures et les dirigeants du monde entier viennent d’arriver en avion pour participer au G 20. Ils vont parler du climat, du terrorisme, du libre échange et de la sécurité. Un séjour de deux jours à huis clos sous haute surveillance. Dans les rues de la ville allemande, depuis l’aurore, des manifestants anti capitalistes marchent aussi. « Nous voulons leur faire savoir que nous sommes le peuple » disent ces individus dits «violents» qui vont essayer de s’infiltrer dans la zone dite «rouge» de l’assemblée des plus riches chefs d’états de la planète. Une trentaine d’actions sont prévues par ces militants déterminés venus du monde entier.
Quelle drôle de journée. Quel monde fou, n’est-ce pas ?

Et que retiendra l’histoire de cette journée ? Sans doute celle de deux premières rencontres : celle de Donald Trump et de Vladinir Poutine, et celle d’Emmanuel Macron et du président chinois Xi Jinping. Les images de ces deux poignées de mains feront alors le tour de la planète à la vitesse de la lumière…
Pendant ce temps-là, d’autres CRS (comprendre Collectif Roya Solidaire) de la vallée de la Roya continuent leur travail de fourmis, prennent des trains, chez eux, entre la gare de Garavan et de Vintimille à la frontière italienne, pour témoigner des agissements «hors la loi» des polices des frontières vis à vis de migrants mineurs.
Voir leur vidéo édifiante ici :

http://www.europe1.fr/societe/video-une-association-francaise-denonce-le-renvoi-expeditif-de-migrants-vers-litalie-3381857

Aujourd’hui, c’est aussi la 7ème étape du Tour de France, 213 kms entre Troyes et Nuits-Saint-Georges pour ce peloton qui traversera sous la canicule les plus beaux vignobles de France…
Oui, aujourd’hui 7 juillet, tout le monde se promène.
Alerte rouge !

Fabienne Issartel, réalisatrice, 7 juillet 2017

QUELQUES MOTS SUR MON PROCHAIN DOCUMENTAIRE

Après « Chacun cherche son train », je prépare un nouveau documentaire qui s’appellera

« (DELITS) DE SOLIDARITE »

Des médecins viennent en aide aux boat-people vietnamiens qui viennent d’être recueillis sur le Rose Schiaffino en 1987, photo Laurent Charpentier

Cliquez :

couverture dossier de DELITS DE SOLIDARITE – copie

Voilà ci-dessus la couverture du dossier de mon prochain documentaire qui interroge l’idée de solidarité vis à vis des migrants des années 70 à nos jours, solidarité qui est devenue aujourd’hui souvent un délit. Le travail militant des citoyens du Collectif Roya Solidaire dont je parle plus haut, sera l’objet d’une séquence de ce documentaire. Seule une réponse politique planétaire sans déni pourra répondre aux violences du monde et aux réalités climatiques, qui poussent des milliers de gens en détresse à quitter leurs maisons vers un destin incertain : des flux humains qu’on ne pourra pas indéfiniment contenir derrière les murs qui s’élèvent partout.
Dans les années 70 et 80, les boat-people asiatiques ont pourtant été accueillis à bras ouverts chez nous et se sont bien intégrés. Que s’est-il passé depuis ? Que vaut la vie humaine ? Celle d’un enfant français vaut-elle celle d’un enfant syrien ou érythréen ?
Que dévoile cette situation sur l’état de nos démocraties occidentales ?

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